CHAPITRE III
EXCRETA.
Tous les peuples de l'antiquité ont compris l'utilité des bains ; la civilisation augmentant leurs besoins, ils ne se contentèrent plus de les prendre dans les eaux naturelles, et ils construisirent pour cet usage des édifices particuliers dont la destination hygiénique finit par se perdre dans les pratiques de la mollesse et de la luxure. L'emploi des bains dans certains établissements publics, connu de temps immémorial dans les grandes cités de l'Orient, passa de l'Asie en Grèce, et de la Grèce en Italie. L'énorme volume d'eau que les aqueducs amenaient à Rome fournissait non-seulement à i la boisson des habitants, mais encore à l'entretien d'une multitude > de bains publics et particuliers (1). La description que Vitruve en ? a laissée montre qu'aux simples ablutions dans les piscines d'eau [ froide ou élevées à un certain degré de température, on faisait suc- > céder des bains de vapeurs d'eau plus ou moins chauds. Si la série | des procédés hygiéniques et gymnastiques qui constituaient le bain 1 complet (voyez t. I, p. 22) était réservée à l'opulence, le peuple était admis à se baigner dans des établissements qui, par leur étendue et leurs dispositions, affectaient le caractère des monuments de premier ordre. Les thermes d'Auguste, ceuxd'Agrippa, son gendre, ceux dans lesquels Néron amena les eaux de la mer, les thermes de Caracalla, de Titus, de Trajan, de Dioctétien, en sont des exemples. Par la conquête, les Romains propagèrent leurs mœurs, leurs habitudes, et par conséquent l'usage des bains publics : les aqueducs, dont les vestiges marquent encore leur domination dans les Gaules, servaient comme ceux de Rome, à l'alimentation des fontaines et des bains publics, ou de ceux qui faisaient partie de l'habitation des empereurs et de leurs délégués. Les thermes de Julien, le plus ancien des monuments romains de Paris, en est une preuve. L'introduction du christianisme ne changea point cet
(1) Recherches sur les bains publics de Paris, par P. -S. Girard (Annales d'hy' giène et de médecine légale, 1" série. Pari.s, 1832, t. Vit, p. ri et suiv.)-
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usage. Grégoire de Tours nous apprend que des religieuses de cette ville abandonnèienl leur couvent, alléguant, entre autres griers,que leur abbesse avait ouvert.à des étrangers les bains de leur maison. Vers l'époque des croisades, à laquelle se rattache l'institution de la plupart des ordres de chevalerie, on n'était armé chevalier qu'après des ablutions. L'ordre du bain tire son nom des purifications préalables dans l'eau, auxquelles étaient soumis les récipiendaires. A partir du xn'= siècle, les bains de vapeurs, dont les croisés avaient sans doute contracté l'habitude en Orient, se donnèrent à Paris, à prix d'argent, dans des étuves publiques qui avaient remplacé les anciens thermes. Sous le règne de saint Louis, le nombre des étuves publiques fut assez grand pour quon réunît en corps de métier ceux qui, sous le nom d'estuveurs ou d'estuviers, exploitaient ces établissements. L'hospitalité et les réceptions privées de ce temps n'étaient complètes que par l'offre d'un bain plus ou moins recherché. Il y eut plus tard des barbiers-baigneurs-étuvistes (ordonnance du 15 juin 1655), et quand la mode des grandes perruques devint générale vers la même époque, des barbiers-perruquiers-baigneursestuvistes. Les bains froids se prenaient en été sur la rivière, dans un de ces grands bateaux appelés ioues^ auxquels une grande toile à voile servait de toiture, moyennant une faible rétribution qui en ouvrait l'accès au peuple. En 1761, un nommé Poitevin établit les premiers bains d'eau chaude sur la rivière dans des bâtiments portés par des bateaux, et que l'on trouve aujourd'hui dans la plupart des grandes villes. Paris possède aujourd'hui 335 baignoires sur bateaux, 1,059 baignoires mobiles pour le service des bains à domicile organisé en 1819, et 2,37^1 en place dans les établissements. 11 a suffi de porter l'eau dans des quartiers qui jusqu'alors en étaient privés, pour qu'on vît se multiplier les maisons de bains, dont l'opportunité ressortait du succès même de l'entreprise. Il faut joindre à ces ressources de cosmétologie publique les baignoires des hôpitaux, les emplacements couverts qui existent sur la Seine, et où le public est admis à prendre des bains froids, enfin les écoles de natation qui concourent à populariser cette utile partie de la gymnastique. Le prix des bains chauds, les seuls qui se puissent prendre en hiver, est encore un obstacle à l'extension de leur usage, qui devrait exister au même degré dans toutes les classes de la société; néanmoins le prix a baissé. M. P.-S. Girard a calculé que la valeur des bains, comparée à celle du blé, n'est aujourd'hui qu'environ la moitié de ce qu'elle était au milieu du xur siècle. Sous te règn^-.
'2d hygiène publiode.
de Louis XI, un hectolitre représentait la valeur de 10 bains complets, pris dans les étuves publiques, à raison de û deniers l'un; aujourd'hui on pourrait échanger la même quantité de blé contre 1 8 bains, à raison de 1 tVanc, ou contre 25 à raison de 75 centimes.
Les bains de rivière suffisent en été aux exigences de la cosmétologie publique; il conviendrait seulement d'ordonner des mesures propres à en étendre l'usage et à en écarter toute espèce de danger. C'est ainsi que l'époque de leur opportunité et celle de leur cessation devraient être fixées, sur l'avis des médecins, par l'autorité locale ; on recommanderait aux baigneurs de se présenter à une consultation , ouverte pendant la saison des chaleurs, pour les éclairer sur l'utilité ou l'inconvénient que les bains de rivière pourraient avoir pour leur santé individuelle. Dans les villes situées au voisinage des rivières ou traversées par des cours d'eau , il serait prescrit d'établir des bains couverts avec école de natation, où l'admission serait gratuite; les élèves de toutes les institutions publiques, les militaires, les ouvriers des grands établissements d'industrie, etc., y seraient conduits à des heures et jours déterminés. Si les cours d'eau passent à une certaine distance des villes, l'autorité aurait à fixer un emplacement convenable pour les bains publics ; elle le désignerait d'après l'exploration préalable de nageurs sur une étendue de rivière à lit peu profond, s'abaissant par degré, sableux ou formé par des cailloux ronds, exempt de débris de verre, de poterie. Des surveillants exercés à la natation se tiendraient prêts à porter aide aux baigneurs en péril ; tous les moyens de secours et de revivification dont l'expérience conseille l'emploi dans les différentes formes d'asphyxie par submersion seraient réunis dans un poste voisin, etc. Une telle organisation de bains de rivière ne tarderait pas à en populariser l'usage si nécessaire en été à la santé des hommes, et particulièrement aux classes inférieures, qui, exécutant des travaux plus pénibles, transpirent davantage et changent moins souvent de linge. La plupart d'entre elles vivent plongées dans une atmosphère chargée de poussières diverses ou souillent leur peau des matières de manipulation professionnelle. C'est pourquoi l'une des plus désirables mesures d'hygiène publique consisterait à mettre, en hiver, à la disposition de la population ouvrière un certain nombre de baignoires. Tout établissement public de quelque importance, collèges, pensionnats, casernes, fabriques, prisons, etc., devrait être pourvu d'un nombre de baignoires proportionnel à sa population, pour
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l'administration des bains tièdes en hiver. Combien il reste à faire sous ce rapport dans les localités rurales, où la culture du corps est si négligée ! Combien la malpropreté des classes pauvres et laborieuses est invétérée et difficile à combattre ! L'omission continue des soins qu'exige la peau n'est pas la moindre des causes qui concoureni à la viciation de leur sang, à la détérioration de leur constitution, à la fréquence et à la gravité de leurs maladies. La société moderne n'entoure la santé des peuples que d'une protection négative. La loi civile se tait sur les conditions favorables au développement régulier et au perfectionnement physique des hommes. Quant à la religion chrétienne, elle ne s'attache qu'à la spiritualité : les masses sont donc abandonnées à leurs instincts, à leur ignorance, à leurs routines. Les législateurs d'un autre temps n'ont pas négligé une moitié de l'homme, c'est-à-dire l'organisation et ses besoins. Sous l'influence des idées d'unité divine et d'unité humaine, Moïse a multiplié pour son peuple les obligations cosmétologiqnes ; il a fait de la saleté du corps une impureté de l'âme : un bain de purification est prescrit aux femmes juives après chaque menstruation. A son exemple , Mahomet a prescrit des ablutions, celle des parties génitales quatre fois par jour. Les anciens ne se contentaient pas des aspersions d'eau lustrale ; ils avaient leurs thermes. A la fin du vin« siècle, le pape Adrien I" recommandait au clergé des paroisses d'aller se baigner processionnellement en chantant des psaumes, tous les jeudis de chaque semaine. De toutes ces prescriptions ou institutions, i I ne reste que l'eau bénite.
Depuis que ces lignes ont été écrites (18^i5), une commission nommée le 6 novembre 18^i9, par M. Dumas, ministre de l'agriculture et du commerce , a été chargée de recueillir en France et à l'étranger tous les documents relatifs aux moyens de créer dans les grands centres de population des bains et des lavoirs publics ; une loi du 3 février 1851 est venue encourager par des subsides la création de ces établissements dans les grandes villes, à titre de modèles et à prix réduit. L'Angleterre nous a devancés dans cette voie. Les premiers bains publics ont été fondés en 18ù2 à Liverpool ; en août 18^6 et en juillet 18^i7, le parlement anglais a autorisé par une loi les paroisses à emprunter pour imiter cet exemple. Les bains sont divisés en Angleterre en deux classes :
I-^es classes ouvrières s'y sont portées avec empressement ; une
20 cent.
2' classe.
Froid . . .
Chaud . .
10 cent.
'■^^ 11Y(;IÈNK IMJBLIOlJE.
seulo administration donne plus de 100,000 bains par an. M. Chevallier, que l'on retrouve dans toutes les questions d'Iivgiène populair(3, a depuis longtemps insisté sur la possibilité de créer à l'usage des classes i)auvres des bains et des lavoirs économiques en réunissant dans un bassin les eaux chaudes des machines à vapeur, qui se perdent actuellement à l'égout, emportant avec elles une température moyenne de 30 degrés centigrades. La seule machine de Chaillot en donnerait un volume de 200 hectolitres par jour, quantité sulTisanle pour 700 bains. Les expériences faites en ISVJ sur les conduites alimentées par le puits artésien de Grenelle prouvent que le refroidissement de l'eau chaude en circulation dans des tuyaux posés sans aucun soin dans la terre n'est que de environ pour 500 mètres de parcours, et que, laissée en repos pendant huit heures par la fermeture des robinets disposés aux extrémités des conduites, elle ne se refroidit pendant ce temps que de r,7 dans les points où l'on a observé le décroissement de sa température. Ces résultats conduisent à utiliser ces eaux à distance, et déjà des chefs d'usine font arriver les eaux de condensation de leurs machines à vapeur dans des baignoires mises à la disposition de leurs ouvriers. On comprend le bienfait d'une pareille mesure pour les ouvriers travaillant la céruse, le minium et le massicot, les teinturiers, les étameurs de glaces, les manipulateurs de noir animal, les hongroyeurs , les mégissiers, les couverluriers, leschupeliers , les plâtriers, etc. Malheureusement les vues libérales du gouvernement n'ont pas encore porté tout leur fruit : un petit nombre de villes ont sollicité les allocations que la loi leur accorde pour établir des bains et lavoirs ; de nouvelles instructions, accompagnées de plans dressés par un architecte hygiéniste, M. Gilbert, ont été envoyées dans les départements. Londres, n'a pas eu besoin de ces stimulations ; un rapport officiel y constate en cinq années la progression suivante :
En 1848, un seul établissement. . 48,637 bains.
En 1849, deux établissements. . . . 297,831 — 9,070 laveuses.
En 1850, trois — 509,200 — 60,154 —
En 1851, cinq — 647,242 — 132,251 —
En 1852, onze — 800,163 — 197,580 —
Les lavoirs publics ne promettent pas moins que les bains à l'hygiène des classes laborieuses. D'après Cadet de Vaux, 100 kilogr. de linge sale contiennent en moyenne 4''", 76 en poids de matières salissantes composées do 1° substances diverses solubles dans l'eau
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froide ou tiède, 2» matières saponifiables seulement dans la lessive alcaline. Un rapport de MM. Emile Trélat et Gilbert, en détaillant les opérations du blanchissage, fait ressortir les conditions de leur construction. Ces opérations sont au nombre de huit : l" Essangeage ou lavage à l'eau froide, 2° lessivage. On jette sur le lavoir rempli de linge une dissolution de carbonate de potasse ou de soude à la température de l'eau bouillante, et on la recueille par un robinet fixé au bas du cuvier, pour l'y rejeter de nouveau. Ce procédé est long et défectueux : sous l'action de dissolutions alcalines à 100 degrés centigrades, certaines taches, au lieu de disparaître, s'imprègnent dans le linge. Un appareil inventé par un ouvrier fait passer et repasser la lessive dans le cuvier, d'abord froide, puis de plus en plus chaude, jusqu'au degré de l'ébuUition, qui marque le terme de l'opération , dont la durée moyenne est de deux heures. 3° Rinçage et passage au bleu. L'eau de puits étend mieux le bleu, que l'eau de Seine rend pointillé. k° Essorage, ou rotation accélérée des pièces dans un espace circulaire grillé qu'un homme met en mouvement ; il remplace par une dessiccation partielle la torsion du linge à la main. 5° Séchage. C'est la condition qui fait généralement défaut dans les lavoirs ; les femmes, échauffées par un travail presque violent, emportent sur leurs épaules leur linge à peine tordu ou essoré, pour aller le tendre dans leurs étroites demeures, déjà si encombrées, si mal aérées. 10 kilogrammes de linge mouillé retiennent 10 litres d'eau, qu'une vaporisation plus ou moins lente n'enlève que pour en imprégner l'air, le mobilier, les murs même du logement; c'est ainsi que des générations entières vivent et se détériorent dans une atmosphère saturée d'eau. Un système économique et expéditif de séchage est donc le complément indispensable des lavoirs publics ; il affranchira l'humble foyer de l'artisan et du pauvre d'une des causes les plus actives de malaise et de maladie. M. Baly, à l'établissement modèle de Gadston-Square, à Londres , place le linge dans des espaces hermétiquement clos, h l'abri du contact de l'air extérieur, et fait rayonner directement la chaleur sur les pièces à sécher. Quand la température est montée à 110 degrés centigrades, il ne reste plus d'eau ou presque plus d'eau dans le linge. La vapeur dégagée s'échappe par une soupape qu'elle ouvre par sa tension même, et se l'eferme quand le séchage est terminé. C'est par des perfectionnements de ce genre qu'il sera possible de faire produire aux lavoirs publics toute leur utilité. L'industrie privée exploite encore une partie de
ceux qui existent à Paris. En I8.5/4, il y avait à Paris 91 lavoirs recevant unn concession de 10,815 hectolitres d'eau , et contenant o,27() places, plus 81 bateaux-lavoirs, contenant 2,968 places.
Quand la double institution des bains et lavoirs sera ce qu'elle doit être, elle aura réalisé l'un des plus précieux résultats de l'hygiène publique : elle aura donné à l'ouvrier de l'eau chaude pour se laver, du linge sec et propre pour se couvrir ; elle aura en mémo temps assaini ses foyers domestiques.
L'application des eaux minérales à l'assistance publique a inspiré récemment à M. J. François, ingénieur des mines, chargé du service de ces eaux, un excellent mémoire dont Villermé a discut.' et sanctionné en partie les idées (1) : choix et désignation des indigents à traiter par l'action combinée de l'autorité administrative et médicale, translation gratuite aux localités thermales, hospitalisation du service qu'ils composeraient , etc. L'ensemble de ces mesures constitue à la fois l'une des difficultés financières de la commune ou du département, et l'un des sérieux désidérata de la médecine sociale. Une autre question a été justement agitée au sujet des eaux minérales, et attend sa solution d'expériences qu'il convient à l'administration d'instituer : l'usage des eaux minérale peut-il être suivi de bons effets en toute saison ? Dans un documen relaté par A. Chevallier (2), on voit que, dès 1731, un seigneur d'Odival, nommé Marier, démontre par des exemples l'elficacité des eaux de Bourbonne à toutes les époques de l'année. M. A. Chevallier, en 18Zi3, et plus tard, le professeur Lallemand ont provoqué des essais destinés à fixer la valeur de cette grande ressource d'hygiène et de thérapeutique pendant la saison d'hiver : les malades n'attendraient pas pendant huit mois le soulagement de leurs souffrances ; ils ne se borneraient plus au traitement incomplet d'une courte saison d'été, et ils consolideraient leur guérison au lieu de la compromettre par le prompt retour aux habitudes passées ; ils s'abriteraient contre les influences de l'hiver, qui sont le plus à redouter (rhumatismes, affections pulmonaires, etc.). C'est aussi pendant cette saison que les travailleurs agricoles et les militaires perdent le moins à s'éloigner de leurs occupations, et qu'ils trouvent les conditions dévie les plus aisées dans les localités à sources alors désertes.
(1) Annales d'hygiène, 18i9, t. XtJI, p. 241.
(2) Journal de chimie, septembre 1843 et août 1845.
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D'après MM. Liébig et Boussingault, les excréments liquides et solides d'un homme s'élèvent par jour à 750 grammes, 625 d'urme et 125 de fèces. Ils renferment ensemble 3 pour 100 d'azote; ce qui donne pour un an 273 kilogrammes 750 grammes d'excréments contenant 8 kilogrammes 205 grammes d'azote, quantité suffisante pour ÙOO kilogrammes de grains de froment, de seigle, d'avoine ou d'orge, et qui, ajoutée à l'azote puisé dans l'atmosphère, suffirait à faire produire annuellement à 50 ares la récolte la plus riche; l'urine d'un seul homme donnant par an 228 kilogrammes 125 grammes, servirait à fumer plus d'un are de terrain. Ces évaluations font ressortir et les foyers d'insalubrité que crée toute population aggloméiée, et l'utilité que l'on peut en tirer par une exploitation étudiée dans l'intérêt de l'hygiène. M. Chevallier (1) 'a calculé que le million d'habitants de Paris produit chaque année:
En matières solides 45,625,000 kilogr. j ^-g qoC kilogr.
En liquides 228,125,000 — i ' '
quantités suffisantes pour fumer environ 17,500,000 hectares de terrains. Le total des terres en France, imposables ou non, étant de 52,760,798 hectares 52 ares 72 centiares (26,710 lieues carrées), les matières fécales et urines pourraient servir à la fertilisation du tiers du sol. MM. Hayvood et Lée ont calculé que la ville de Sheffield, qui compte 110,000 habitants, produit en débris et en détritus de toute sorte environ 2,177 tonnes contenant 1,193,500 livres de potasse et de soude, 818,400 de chaux et de magnésie, 1,173,700 d'acide phosphorique, et 1,683,800 d'azote. Ces débris, d'une valeur de 750,000 francs, fourniraient l'engrais de 100,000 acres de terre.
On voit par ces données qu'un problème d'une égale importance pour l'agriculture et la salubrité est proposé aux efforts de l'administration : prévenir la dissémination, et par suite, la perte des excréments solides et liquides dans les localités habitées; substituer à l'immonde systènie des vidanges encore si généralement employé, les procédés qui, depuis plus d'un demi-siècle, sont l'objet de perfectionnements successifs, et qui ont le double avantage d'opérer la désinfection des matières dans les fosses, la séparation des matières solides d'avec les liquides, permettant ainsi le rejet immédiat des matières sans valeur et l'enlèvement de celles qui sont utiles au sol. Nous renverrons pour ce dernier objet à l'article
(1) Rapport de M. Chevallier sur le concours ouvert par' la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, etc, 1848, p. 9.
liYGlKNE l'UULIQUE.
Voiries et à rintéressant Rapport rlo M. Chevallier, suivi d'un extrait d'un travail complet de M. Vincent, sur tout ce qui a élé propose depuis 13Z,8 jusqu'à I8/16 pour l'assainissement des fosses et 1 utdisation de leur contenu. La désinfection ries matières fécales s'obtient en les arrosant d'une dissolution de sulfate de zinc {U à 5 kilogrammes de sel pour 2 hectolitres d'eau, soit un tonneau) ; le sulfiite de zinc coule (1856) 22 centimes le kilogramme. Quant à la dispersion des excréments dans l'intérieur des villes et au dégoûtant usage d'uriner contre les murs, il n'y peut être remédié que par l'établissement de latrines publiques gratuites et d'urinoirs. Il y avait à Rome lUU latrines publiques, distribuées dans les dilférents quartiers. En 1840, M. Chevallier a publié une brochure à l'effet d'en faire établir à Paris ; jusqu'à présent la spéculation en a seule fondé un certain nombre; le système des fosses mobiles faciliterait l'extension de cette utile création. En 1805, M. Decœur eut le premier l'idée de construire un appareil pour recueillir les urines; en 1822, M. Dufour proposa un urinoir consistant en un baquet ou récipient garni d'un entonnoir à soupape dans lequel filtrent les urines. Cette soupape s'ouvre d'elle-même à la première goutte d'eau qui traverse l'entonnoir; elle se referme aussi d'ellemême à la dernière goutte. Les récipients sont surmontés d'une cage ou enveloppés d'une guérite dont la forme angulaire ou elliptique s'adapte au local. A cette cage, ou guérite assez spacieuse pour admettre un homme, est fixée une bassine qui reçoit les urines et les écoule, par une trémie, dans un conduit inférieur qui les verse dans l'entonnoir du baquet. En 1837, M. Lenoir inventa une grille d'urinoir avec cuvette sous-jacente et communiquant par un tuyau avec les égouts ordinaires. M. Chevallier propose pour urinoir une cuvette fixée dans le mur, et dirigeant les urines dans les égouts et de là à la rivière, au moyen d'un tube en foroie de siphon, afin qu'il ne puisse se vider entièrement et servir à l'aérage de l'égout par la cuvette, ouvrant ainsi la porte à des émanations méphitiques, f^es tinettes ou tormeaux que l'on pose dans les cours et aux alentours des édifices publics ont l'inconvénient de fournir sur leurs parois intérieures une surface trop étendue au contact de l'urine et de l'air ; il est aisé de les remplacer, comme dans les casernes, les prisons, les fabriques, etc., par l'une des nombreuses cuvettes qui ont été proposées : au moins, que l'on y jette du goudron de houille qui prévient pendant quinze jours la fermentation de l'urine (Bayard, 1843), ou de la suie de cheminée qui, depuis
APPLICATA. l'io
plus (le vingt ans, sert à désinfecter journellement les baquets-urinoirs disposés dans les rues de Toulouse. C'est un pharmacien militaire, M. Astié, qui a recommandé le premier l'usage de cet excellent moyen de désinfection sans aucuns frais.