‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 102 sur 163 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l»ERCEl»ÏA.

L'exercice des facultés morales et intellectuelles, les institutions politiques et religieuses réagissent sur les naissances, les décès, les mariages, sur la durée moyenne de la vie, sur la qualité de la population. Pour ne pas sortir du domaine positif de l'hygiène, il ne sera question ici que des résultats les mieux constatés que fournit l'action des causes morales sur les masses humaines.

RAPPORTS DES CAUSES MORALES AVEC LA POPULATION. S 1. — Fécondité.

Nous avons vu que les unions contraires à la morale produisent moins d'enfants, plus de nouveau-nés, et plus de mortalité parmi les survivants; les rapprochements trop précoces donnent lieu aux' mêmes résultais. Toutes les habitudes qui énervent diminuent le nombre des conceptions; l'ivrognerie affaiblit la faculté de pro- : création et dénature en quelque sorte ses produits (voy. p. 203 ; ' chez les femmes, elle est une cause d'avortement [ibid.]. Toutefois, la diminution de la fécondité peut être un effet calculé des habitudes d'ordre et de prévoyance. Dans les classes supérieures de la société, les mariages produisent moins, parce que les parents songent à perpétuer dans leur famille certaines conditions d'aisance, d'éducation et de prééminence sociale; mais alors la vie moyenne s'allonge, et cette donnée sert à fixer la véritable valeur de l'abaissement du chiffre des naissances. La coïncidence d'une fécondité luxuriante et d'une excessive mortalité est presque toujours le signe delà pauvreté d'un peuple ou de sa démoralisation; sir Francis d'Ivernois a observé au Mexique, dans la province de Guanaxato, le triste ensemble de ces phénomènes qui n'y dérive point de la misère, puisque le bananier prodigue à cette population une nourriture facile; il est dû à des causes morales dont cet écrivain a tracé un hideux tableau (1830). Remarquons, en passant, que l'époque du maximum des conceptions est aussi celle où l'on compte le plus de viols et d'attentats à la pudeur. Dans les pays où

l'EllCEPTA. — l'ÉCONOlTK. T.'iT

l'industrie et ragricullure prospôreiit sons la prolection d'inslitutioiis libérales, la population s'accroît sans détriment ni risquepour ses moyens de subsistance : tels sont les États-Unis. A répO(]ue de la révolution, la suppression de la dîme, des impôts sur le vin et sur le sel, des redevances féodales, des maîtrises et desjurandes, etc., j^niena une aisance inaccoutumée parmi les petits ouvriers, les petits cultivateurs, c'est-à-dire dans la classe la plus nombreuse de la Dation. La conséquence de ce changement, observe M, Villermé, fut une augmentation du nombre des naissances. La guerre et la paix, qui sont en quelque sorte contenues dans les institutions politiques, déterminent, l'une un abaissement, l'autre un retour ascensiormel dans le chiffre des naissances. La multiplication de l'espèce est le vœu de la religion, qui a tait de la fécondité un signe de bénédictioncéleste et de prospérité ; mais le vœu aéléformulé par les législateurs sacrés à des épo(]ues et dans des pays où l'homme ne suflisait point à l'espace, où les ressources d'alimentafion abondaient sous sa main; il est vrai que toutes les fois qu'une nation se relève d'une déchéance j)assagère ou sort d'une crise énergique, elle donne un plus grand nombre de naissances ; mais la fécondité est alors l'effet, non la cause d'un état meilleur ; de valeur absolue elle n'en a point. Dans la plupart des pays catholiques, le carême, tel (ju'on l'observe, et surtout tel qu'on l'observait autrefois, diminue le nombre des conceptions, au moins pendant qu'il dure(Villermé), On peutcroire que l'anéantissement des grandes corporations religieuses, la suppression d'un grand nombre de fêtes anciennement consacrées par l'Eglise, une observation moins rigoureuse du carême, et d'autres circonstances de ce genre, ont modifié de nos jours quelques-uns des éléments de la fécondité.

S 2. - Mortalité.

Que la mortalité diffère entre deux peuples, dont l'un est industrieux et prévoyant, et l'autre plongé dans l'abrutissement et l'oisiveté, c'est ce que les faits démontrent en foule. Quetelet a calculé qu'elle est trois fois plus forte dans la république de Guanaxato qu'en Angleterre. Si elle est bien plus faible dans les classes supérieures de la société que dans les classes infimes, la cause n'en gît pas seulement dans l'aisance des uns et dans les privations des autres; ellese trouve aussi dans les habitudes de propreté, de tempérance, dans la nature des passions les plus fréquemment excitées, y KDiT. — r. II. 4.7

'•^o BYGIÈNK PUHLIQUE.

flans los variations plus ou moins brusques du mode d'existence. L'intluencc léllialo des passions ne ressort-elle j)as de l'excès de mortalité qui pèse sur l'homme entre vingt et trente ans, alors qu'il a terminé son évolution et se trouve muni de toute l'énergie nécessaire pour lutter contre les causes de destruction? L'intempérance désigne d'avance aux coups de toutes les épidémies meurtrières; la terreur multiplie leurs victimes; mais l'exemple le plus frappant de ce que peuvent les causes morales sur la mortalité, c'est la proportion des décès des enfants légitimes et des enfanis illégitimes (voy page 610) : non-seulement ces derniers fournissent le maximum de mort-nés, mais le funeste héritage du vice les poursuit au delà de leur naissance, et d'après Baumann, un dixième d'entre eux seulement parvient à la maturité. Les recherches de M. Benoiston de Chàteauneuf assignent la plus forte proportion d'enfants trouvés à Saint- Pétershourg (45 sur 100 naissances), à Moscou (27,96), à Rome (27,90), à Lihbonne (26,28), à Madrid (25,58); Vienne, Paris, Bruxelles en ont moins. Les conclusions que l'on pourrait tirer de ces doiniées, au point de vue di la civilisation, seraient peut-être hasardées ; mais l'influence de la misère et de la démoralisation des grandes villes se montre encore ici ; tandis que Paris compte annuellement 21 enfanis trouvés pour 100 naissances, le reste de la France n'en produit que 3,52, disproportion qui se maintient forte même après toutes les déductions dont le chiffre 21 est passible. L'abaissement du chiffre proportionnel des décès et la prolongation de la vie moyenne, démontrés par tous les statisticiens de l'Europe (voy. page 620), mettent en évidence l'efficacité de la civilisation : assainissement des habitations privées et publiques, dessèchement des marais, extensions et améliorations de l'agriculture, subsistances mieux assurées et plus variées, rareté des famines, développement de l'industrie, échange des produits qu'elle donne chez les ditîerentes nations, progrès des connaissances physiques et médicales, tout cet immense labeur qui résume les inlluences morales et intellectuelles accroît l'aisance publique et multiplie les moyens de conservation. Les gouvernements arrêtent ou favorisent ce mouvement ascensionnel de l'espèce humaine, suivant (ju'ils tendent au despotisme ou à la liberté. Quelle distance énorme entre les degrés de mortalité de ^e^clave et du maître, malgré tous les excès que ce dernier commet ! A New- York et à Plnladel|,hie, il meurt 1 esclave sur 18, tandis que pour tous les habitants pris ensemble la mortalité n'est que de 1 sur 33 à 39!

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