‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 118 sur 163 · I. — ClHCUMFUSA · texte numérisé non relu

I. — ClHCUMFUSA

Les professions se partagent sous ce rapport en deux classes, suivant qu'elles s'exercent à l'air libre ou dans l'air confiné. La phlhisie est deux fois plus fréquente pour les premières que pour les secondes. Ce dernier groupe présente des professions exercées dans des locaux vastes et bien aérés, d'autres qui relèguent les ouvriers dans des locaux étroits et clos. M. Lombard a constaté pour ces dernières une plus forte proportion de plitliisiques. Ainsi l'atelier bien fermé où l'on entasse un certain nombre d'ouvriers, les écoles où la jeunesse studieuse se presse, le cabinet où le savant passe de longues heures dans la méditation, agissent d'une manière identique : toutes ces habitations temporaires pèchent par les dimensions, par le non-renouvellement de l'air, par l'élévation de la température et la saturation hygrométrique de l'atmosphère, etc. Dans un grand nombre de professions, l'air se charge de vapeurs ou de poussières qui portent leur action directe sur le poumon et peuvent donner lieu à des phénomènes généraux. Les matières en dissolution dans l'air sont purement aqueuses, animales, végétales ou minérales : il en sera question plus loin. Quant aux poussières, indépendamment des efléls spécifiques qu'elles produisent par leur nature et que nous examinerons en traitant des professions en particulier, elles portent sur le poumon une action directe qui est en rapport avec le volume, le poids et la consistance de leurs molécules. L'inhalation des molécules grossières est moins dangereuse que celle des poussières très divisées qui pénètrent plus aisément jusque dans les dernières ramifications bronchiques. Les recherches de MM. Betioislon et Lombard ont prouvé que les sculpteurs, maçons, plâtriers, terrassiers, chapeliers, brossiers, bourreliers, matelassiers, etc. , fournissent moins de phthisiques que les meuniers, perruquiers, paveurs, balayeurs des rues, charbonniers, boulangers, couteliers, ramoneurs, polisseurs, etc. Les poussières détachées des corps très durs déterminent un nombre beaucoup plus grand de phthisiques que les poussières détachées de corps mous ou d'une dureté ordinaire. La pesanteur spécifique des poussières

n'intervient pas d'une manière bien sensible dans la produclion de la piilhisie. Sons le rapport de leur origine, les poussières minérales sont les plus nuisibles pour les poumons ; vierment ensuite les poussières animales, et, en dernière ligne, les poussières végétales.

Les habitations particulières des ouvriers laissent beaucoup à désirer; qui n'a lu les enquêtes et les récits de MM. Villermé, Blanqui, Frégier, Lestiboudois , Kolb-Bernard, Ebrington, Henri Roberts, Grainger? Sous le rapport de l'habitation, la population ouvrière se partage en trois classes : 1° les ouvriers manufacturiers qui résident dans les centres d'industrie ou aux environs ; 2° les ouvriers sédentaires, occupant des logements loués et qu'ils garnissent d'un mobilier ; 3° les ouvriers nomades qui s'entassent dans les maisons garnies. La condition des premiers est généralement satisfaisante, surtout dans le midi de la France, si ce n'est à Lodève où les logements sont des rez-de-chaussée humides, mal éclairés ou des espèces de greniers trop chauds et trop l'roids suivant la saison. Dans l'est et dans le nord, les habitations ne sont pas insalubres aux environs et hors des villes; même dans la banlieue de Lille, comme à Réthel, à Sedan, à Saint-Quentin, elles sont saines et assez commodes. Mais c'est dans l'intérieur des grands centres que la misère des ouvriers sédentaires et nomades s'est accumulée; Mulhouse, Amiens, Reims, Rouen, Lyon, Lille, Paris, oifrent les plus tristes tableaux. A Mulhouse, à Dornach, Villermé a vu des lamilles coucher chacune dans un coin, sur de la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches... Ces logements se louaient fort cher! J'ai parcouru les impasses labyrinthiques, fangeuses, obscures, les constructions élevées , humides et sombres , où sont entassés les 25,000 métiers de Lyon. A Rouen, maisons délabrées avec allées basses, obscures, parcourues par le ruisseau fétide des eaux ménagères, avec des cours mal pavées et à flaques d'immondices, avec escaliers en spirale sans garde-fous, incrustés d'ordures endurcies, avec rez-de-chaussée tapissés de mousse, etc. M. Blanqui a retracé l'horreur des caves de Lille, situées à 2 ou 3 mètres au-dessous du sol, le quartier Saint-Sauveur de cette ville coupé par des ruelles étroites aboutissant à de petites cours {courettes) qui servent à la fois d'égouls et d'immondices : « A mesure qu'on pénètre dans l'enceinte des courettes, une population étrange d'enfants étiolés, bossus, contrefaits, d'un aspect pâle et terreux, se presse autour des visiteurs et demande l'aumône. » Le 8 juillet 18£j8, leconseil de salubrité de la Seine, résumant les visites faites en 18/i6

HYGIÈNE fUBLIQUE.

par une commission d'assainissement, s'exprimait ainsi dans un rapport olliciel : « Le défaut d'air et de lumière, i'Iiumidité, la stagnation des eaux ménagères, la malpropreté générale, et,' en particulier, la mauvaise tenue des lieux d'aisances et des plombs caractérisent la presque totalité des habitations, etc. « Mais la grande plaie de l'hygiène des classes laborieuses et malheureuses, ce sont les hôtels à la nuit, les maisons meublées, les garnis. Sur plus de 200,000 ouvriers employés à Paris, plus d'un cinquième, et sur 106,000 ouvrières, beaucoup plus d'un vingtième logent en garni, les deux tiers d'une manière permanente, un tiers temporairement! pendant la saison des travaux ; ainsi Zj 0,000 hommes et 6,000 femmes s'entassent, souvent sans séparation, dans des retraites immondes qui, d'après un rapport de la commission sanitaire du onzième arrondissement, sont pour la plupart de vieilles masures humides, peu aérées, mal tenues, à chambres contenant huit à dix lits pressés les uns contre les autres, et où plusieurs individus couchent dans le même lit. Nous renvoyons à l'ouvrage de M. Frégier (1) pour de plus amples détails sur ces sordides exploitations de garnis, et à celui de M. Tardieu (art. Habitation) sur les bouges de Londres et des grandes villes d'Angleterre, connus sous le nom de Common lodging houses. Ceux qui s'imaginent que tout est caprice dans les grandes épidémies, seront-ils étonnés d'apprendre que, en 1832, à Paris, sur 954 garnis qui recevaient des journaliers, des balayeurs, des chiffonniers, des ramoneurs et des maçons, k99, plus delà moitié, ont été fouillés par le choléra?

Une ordonnance de police du 20 novembre 18Zi8, rendue par un médecin, M. Gervais (de Caen), a stipulé, pour les habitations en général et pour les maisons louées en garni, une série de conditions sanitaires, notamment la ration de 14 mètres cubes d'air par personne, la ventilation des pièces, l'interdiction du coucher dans celles qui ne reçoivent pas directement l'air d'une rue ou d'une cour assez étendue, etc. M. de Melun a le mérite d'avoir porté cetie grande question de police sanitaire dans le domaine des délibérations du Pouvoir législatif; la loi du 13 avril 1850 sur les logenienls insalubres est l'une des conquêtes mémorables de l'hygiène publique en France. L'institution d'une commission municipale chargée de rechercher et d'indiquer les mesures indispensables d'assainissement des logements et dépendances insalubres mis en

(1) Des classes dangereuses de là population des grandes villes. Paris, 1840.

location ; la déclaration d'insalubrité attachée de droit à tout logement dont les conditions sont de nature à compromettre la vie ou la santé de ses habitants ; l'obligation de l'aire visiter les lieux signalés comme insalubres, et de spécifier les causes de cette insalubrité, ainsi que les moyens d'y remédier; la détermination par le conseil municipal des travaux d'assainissement à effectuer et des délais de leur achèvement ; l'interdiction provisoire par l'autorité municipale et l'interdiction absolue par le conseil de préfecture de louer les logements non susceptibles d'assainissement : telles sont les principales et salutaires clauses de cette loi qui a déjà produit, en peu d'années, les plus utiles conséquences à Paris. Son exécution a marché plus lentement dans les départements; jusqu'au commencement de 1853, vingt-trois seulement ont fait parvenir à l'administration centrale le compte rendu des opérations accomplies par les commissions locales.

Tout ce qui peut réduire l'industrie des garnis et éclaircir les agglomérations des quartiers insalubres, constitue un progrès ; à ce titre, les cités ouvrières, consistant dans des groupes de bâtiments ou de maisons modèles à l'usage des familles d'ouvriers, méritent les encouragements de l'autorité. Dès 1835, M. Villermé signalait à Mulhouse une création semblable, due à la philantrophie de M. André Kœchlin ; trente-six ménages d'ouvriers y possèdent chacun deux chambres, une petite cuisine, un grenier, une cave et i jardin potager pour 12 ou 13 francs par mois, mais à la condition de cultiver lui-même ce terrain, d'envoyer les enfants à l'école, d'éviter les dettes, de faire chaque semaine un dépôt à la Caisse d'épargne, et de payer 15 centimes à la caisse des malades de l'établissement. Depuis 18kk, il s'est formé à Londres de semblables établissements, parmi lesquels nous distinguons la construction de cottages, logements assainis pour les ouvriers de la campagne. M. Grainger, délégué du General Board ofhealth, n'a constaté dans quatre établissements modèles comprenant 1,238 habitants dont 726 enfants, qu'une mortalité de 1 pour 100, alors que l'on compte quelquefois en Angleterre plus de deux décès sur 100 habitants. Les cités ouvrières permettent d'appliquer à un grand nombre de familles les avantages économiques de l'association, tout en laissant à chacune d'elles sa libre sphère d'existence et d habitudes particulières; mais elles ont aussi leurs inconvénients et leurs difficultésl'ordre, la propreté, la discipline, dans une telle agglomération' qui les maintiendra ? On a remarqué que les familles ouvrières

BYGIÉNE PUBLIQUE.

répupfnent à l'espèce de communauté qui résulte des cohabitations sous le même toit; les célibataires n'y pourraient trouver place : « Au lieu de bâtir, dit M. Villermé, un monument ressemblant à une vaste caserne pour y réunir ZiOO à 500 individus de la classe ouvrière, il vaudrait mieux acheter de bonnes maisons ordinaires ou même les louer à long bail, sauf à les appropriera leur nouvelle destination, ou mieux encore, s'il est possible, donner à chaque famille sa maisonnette. De cette manière, il est vrai, on n'aurait pas un édifice dont les proportions colossales frappent tout le monde et servent de prétexte à des promesses illusoires ; mais avec le même sacrifice d'argent, on ferait modestement plus de bien à un nombre beaucoup plus grand de personnes (1). » Jusqu'à présent l'expérience n'est pas favorable aux cités ouvrières, et le gouvernement semble être entré dans la voie des constructions restreintes à quelques familles seulement. Le système des cottages anglais est évidemment le plus favorable à la salubrité et à la moralité des familles ouvrières ; les chemins de fer permettent aujourd'hui de procurer aux classes laborieuses le double bienfait de la dissémination et de l'air pur hors des centres populeux où tout est plus coûteux, la subsistance, le loyer, etc. Des villages d'ouvriers, autour des grandes cités, avec des facilités de transport aux ateliers et aux usines qui les occupent, leur permettraient de combiner, de faire alterner, suivant les chômages, le travail industriel avec le travail agricole, les enlèveraient pendant les heures et les jours d'inaction aux excitations de la ville, etc.

Ce serait ici le lieu d'examiner le degré de salubrité des ateliers, des fabriques, des manufactures, des usines, où les ouvriers passent une grande partie de leur vie ; mais ces établissements diffèrent tellement entre eux qu'il est difficile de les comprendre ensemble dans une appréciation générale, sans tomber dans les lieux communs de l'hygiène publique. Nous donnons à la suite de cette revue des professions la nomenclature des établissements classés avec l'indication sommaire de leurs causes propres d'insalubrité, lesquelles agissent non-seulement sur les ouvriers, mais encore sur les habitants des quartiers où ils existent. La loi les a partagés en quatre classes, suivant qu'ils sont plus ou moins dangereux, insalubres ou incommodes: dangereux, en raison des explosions instantanées ou des incendies graves auxquels ils peuvent donner lieu par la na-

(1) Annales d'hygiène el de médecine légale, 1850, t. XUH, p. 241 et suiv.

turc des opérations qui s'y pratiquent; insalubres ou incommodes, à cause des émanations qui s'en dégagent, des résidus solides ou liquides qui s'en écoulent sur la voie publique, ou des bruits tantôt intermittents, tantôt continus qui s'y produisent jusqu'à troubler le repos d'une localité. L'article V' du décret de 1810, le plus ancien décret de classement, exige que les établissements de première classe soient éloignés des habitations particulières à des dislances suffisantes, pour qu'ils ne puissent incommoder les voisins les plus rapprochés; ces distances n'ont pas été déterminées à l'avance, elles ne pouvaient l'être, la nature des établissements et la disposition des localités étant sujettes à de grandes variations. La création des ateliers et des manufactures de la première classe ne peut être autorisée que par un décret du pouvoir exécutif rendu en conseil d'État. Ceux de deuxième classe ne doivent, aux termes de la même loi, être autorisés par l'administration que lorsqu'elle a acquis la certitude que les opérations qu'on y pratique n'entraînent aucun inconvénient ni dommage pour les propriétaires et locataires voisins; les demandes dont ces créations sont l'objet, au lieu d'être portées jusqu'au ministère et au conseil d'Etat, relèvent de l'autorité des préfets ; elles ne nécessitent pas, comme celles qui concernent les établissements de première classe, l'apposition d'affiches pendant un mois dans la commune intéressée; il suffit d'une enquête préalable dite de commodo et incommodo, faite par les commissaires de police près des propriétaires ou des voisins menacés d'un préjudice. Les établissements de troisième classe peuvent être autorisés partout, pourvu qu'ils ne causent aucun préjudice au voisinage; point d'affiches, point d'enquête préalable; l'autorité peut se contenter du simple avis des délégués qu'elle désigne.

Parmi les établissements qui suscitent le danger des explosions et des incendies, nommons les ateliers des artificiers, les fabriques d'allumettes chimiques, d'amorces fulminantes, les poudrières, les distilleries d'alcool, de goudron et de résines, les fabriques de vernis, les fonderies ou épurations de suif, les soufreries, les verreries, etc. Parmi ceux qui répandent des émanations, les boyauderies, les fabriques de gélatine, les fonderies de suif ou de graisse, les fabriques d'engrais, les voiries, les vacheries, les amidonneries, les féculeries, les buanderies, les teintureries, les fabriques de glucose, d'orseille, de sels ammoniacaux, d'eau de javelle, de sels d'étain, etc. Les échaudoirs, les boyauderies, les fabriques d'amidon, de sirop de fécule, d'eau de javelle, etc., versent sur la voie

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UY(;iÈNE PUBLIQUE.

publique des résidus solides, les lavoirs et les buanderies des rési dus liquides. Malj^ré quelques décisions conlradicloires du conseil d'Ltat, le bruit causé par les métiers à marteaux, par les pompes à incendie, par les forges, constitue une raison suffisante d'incommodité, pour que le décret de 1810 leur soit applicable ; telle a été la constante jurisprudence du conseil de salubrité de Paris.

L'emploi de la vapeur comme puissance motrice a pris une telle extension, que les machines qu'elle met en jeu règlent aujourd'hui le travail de toutes les grandes industries et interviennent encore sous des dimensions plus restreintes, dans beaucoup d'établi.ssementsdu second et du troisième ordre. Usera question dans le paragraphe suivant de ces appareils dont le fonctionnement intéresse la sécurité des ateliers (voy. p. 799). Nous ne les mentionnons ici que pour signaler un de leurs inconvénients publics, auquel on s'applique depuis quelques années à remédier, l'énorme quantité de fumée qu'ils dégagent par leurs cheminées. L'ordonnance de police da 11 novembre 185/i prescrit aux usiniers qui font usage d'appareils à vapeur, de brûler la fumée produite par les fourneaux ou de les alimenter avec des combustibles qui ne donnent pas plus de fumée que le coke. La houille, la tourbe, le bois, exposés soudainement à ' une température élevée, dégagent avec abondance des produits volatils constitués en majeure partie par des. carbures d'hydrogène qui sont eux-mêmes très combustibles, s'ils sont mélangés avec l'air en proportion convenable et soumis à une haute température ; , ces deux conditions doivent s'offrir, soit dans le foyer lui-même, ' soit dans les conduits que parcourent les produits gazeux de la combustion; sinon, ceux-ci se décomposent et fournissent en abon- \ dance de la suie ou du charbon en particules ténues que le courant < de gaz entraîne par l'orifilce de la cheminée. Si l'on jette sur une grille chargée de coke incandescent une couche de houille d'environ : 20 à 25 centimètres d'épaisseur, l'air ne traverse plus cette grilleet sa ' charge, la température du foyer diminue brusquement, et la houille j fraîche, qui recouvre le coke en ignition, subit une distillation rapide. On a beau pousser de l'air par la porte du foyer ou par toute ouverture débouchant directement au-dessus du chargement de houille, la température est insuffisante pour enflammer les produits . gazeux, et des torrents de fumée opaque se dégagent par la che- \ minée. « Les foyers dont les grilles ont assez d'étendue pour que les charges de combustible ne les recouvrent qu'en partie et en couche de faible épaisseur, donnent peu de fumée, surtout si la

houille y est cliargée par petites quantités a la Ibis, et si le cliauffeur a la précaution de déposer la charge sur la partie antérieure de la grille, de telle sortit que les produits gazeux de la distillation arrivent aux carneaux, en passant sur la surface du coke embrasé qui recouvre la partie postérieure, et laisse toujours un passage suffisant à l'entrée de l'air. La production de la fumée est considérablement accrue par les dimensions trop petites des grilles, eu égard à la quantité de combustible qui doit être brûlé dans un temps donné, et par une mauvaise conduite du loyer de la part des chauffeurs qui chargent à de trop longs intervalles et par trop grandes quantités à la fois (1). » Les houilles grasses et collantes donnent plus de fumée, c'est-à-dire contiennent plus d'éléments volatils que les houilles sèches des environs de Charleroi. Le coke ne donne aucune fumée; il ne produit par sa combustion que des gaz incolores entraînant quelques cendres ou poussières extrêmement ténues. Tous les appareils ou procédés fumivores sont fondés sur le double principe indiqué plus haut (2); ils ont tous pour but d'opérer dans le fourneau l'inflammation et la combustion complète des carbures d'hydrogène résultant de la distillation du combustible. Les uns, mécaniques et mus parla vapeur, distribuent le combustible sur la grille à des intervalles réguliers et courts ; les autres, fixes et dirigés par la main du chauffeur, combinés avec les dispositions du foyer et des ouvertures à registres, servent à mesurer les charges sans laisser passer par la porte du foyer un excès d'air froid ; d'autres amènent le combustible frais dans le foyer en dessous du combustible déjà carbonisé, de manière à enflammer les produits volatils dès qu'ils se dégagent, etc.

IL — Ingesta.

Les classes ouvrières ont besoin d'une nourriture saine et proportionnée à l'intensité de leurs déperditions quotidiennes. Rien n'est plus certain pour eux que la dépense journalière de force, l'efficacité de la réparation ne l'est point ; dans la plus grande partie des campagnes leur pain est encore aujourd'hui ce qu'il était il

(1) Instruction du conseil de salubrité (rapporteur, M. Combes), en date du 27 avril 4855.

(2) Voyez, pour leur description, le Bulletin de la Sociélé d'encouragement mars 1855. '

"^^^ nVCIÈNU PUBLIQUE.

y a cinquante ans; dans les villes, il esl meilleur. D'après les renseignements recueillis par RI. Villermé, la viande, la soupe grasse, le pain blanc, seraient d'un usage plus commun qu'autrefois parmi les ouvriers de plusieurs villes (Lyon, Reims, Sedan, etc.) et de la Normandie. Une partie de cette classe de la population est encore réduite à Faire habituellement sa principale noui riture de la pomme de terre; une autre vit de châtaignes et de sarrasin. Quand la lécoite de ces produits vient à manquer, ces malheureux tombent à la charge publique, alors même que les céréales abondent, parce qu'ils n'ont pas assez de ressources pour acheter du froment ou môme du seigle. La viande, si nécessaire aux travailleurs, manque à beaucoup d'ouvriers, ou ne ligure dans leur régime que pour une proportion insuffisante : cependant elle est indispensable à ceux qui exécutent des ouvrages de force, et la supériorité des ouvriei s de la Grande-Bretagne ne provient que de la consommation plus grande qu'ils en font. Les propriétaires d'une fonderie, située à Charenton, n'ont pu obtenir des ouvriers du pays la même quantité de travail qu'ils obtenaient d'ouvriers anglais, qu'en les obligeant à se nourrir comme ces derniers. Malheureusement la nourriture des travailleurs est subordonnée au taux des salaires qui oscillent dans de grandes limites; leur dépense la plus forte est celle de la nourriture : elle monte ordinairement, pour un homme, à plus de la moitié de la dépense totale, et aux deux tiers ou trois quarts, s'd a des habitudes d'intempérance ; elle atteint la moitié, rarement plus des deux tiers pour une femme, et pour un adolescent elle arrive aux trois quarts. Dix centimes par jour au-dessus ou bien au-dessous du taux nécessaire à l'entretien d'un travailleur économe et sans famille suffisent pour lui procurer une sorte d'aisance ou pour le jeter dans une grande gêne (Villermé). Or toutes les crises, tous les événements réagissent sur le commerce, sur l'industrie, et déterminent une dépression des salaires. Telle est surtout la conséquence des agitations politiques ; et, pour surcroît de malheur, ce sont toujours les ouvriers les moins payés qui la subissent d'abord. D'un autre côté, une augmentation ou une diminution de 10 centimes dans le prix du pain produit le même effet de gêne ou d'aisance ; une simple hausse de 2 centimes par jour dans le prix du pain et qui se maintient toute l'année, donne pour les 3/i,000,000 de Français une somme de 2Zi8,200,000 francs, dont Ja plus forte partie est prélevée sur le salaire de toutes les classes ou- , vrières. Il n'y a que les journaliers de la campagne qui Tie se res-

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sentent pas du haut prix du pain, parce qu'ils trouvent dans leurs travaux mieux payés autant de bénéfices que leur vaudrait une légère diminution dans le prix des céréales. En définitive, l'alimentation des ouvriers est généralement insuffisante pour les travaux qu'ils exécutent ; elle est inégale pour leur salaire. L'habitude de fêter le dimanche et le lundi par des repas ou des excès de boisson diminue d'autant les ressources nécessaires à la subsistance de la semaine ; les femmes surtout ne peuvent échapper à la misère qu'en s'imposant beaucoup de privations. Dépense obligée et continue de forces, réparation incomplète, irrégulière, tel est le sort des classes ouvrières. Cependant le besoin de stimulation subsiste; il augmente en raison même de l'insuffisance de la nourriture et de la disproportion du travail. Que fait alors le travailleur? Quelques centimes avec lesquels il n'achèterait ni le pain ni la viande nécessaires à sa restauration lui procurent une dose d'eau <le-vie qui ranime artificiellement ses forces ; l'essai de ce moyen de confort conduit a l'habitude, au besoin, à la passion des liqueurs; l'ivrognerie, le plus grand fléau des classes laborieuses, s'oppose à l'épargne, creuse l'indigence des familles , éloigne toute éducation, multiplie les rixes, les délits, les désordres. M. Villermé mentionne, comme cause de l'ivrognerie, le choix de certains métiers qui comptent plus d'ivrognes, l'organisation du compagnonnage fertile en débauches, le travail en commun dans les ateliers des manufactures, l'oisiveté du dimanche, les chômages, le bas prix des spiritueux, le grand nombre des cafés et des cabarets où l'on peut eu boire à toute heure et avec excès, l'oubli des principes religieux et moraux; à cette énuraération, il faut ajouter le défaut de réparation alimentaire, et l'impossibilité pour l'ouvrier d'humecter ses maigres repas de famille d'une boisson fermentée.

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