VI.— Gesta
Sous le rapport de l'exercice musculaire, nous divisons les professions en quatre classes : 1» professions sédentaires et presque inactives ; 2° professions avec insuffisance de mouvement ; 3° professions avec excès de mouvement; 4° professions avec altitudes vicieuses. — Plusieurs causes se réunissent dans la production des états morbides qui sont l'apanage de la vie sédentaire : l'air confiné, la nature des matières mises en œuvre, l'attitude vicieuse dont il sera question plus bas, et le défaut d'exercice en plein air. Celte dernière cause suffit pour amener l'inertie des organes, l'embarras de la circulation, la disposition aux engorgements splanchniques, à la bouffissure, à la prédominance lymphatique, aux scrofules, etc. Les professions sédentaires donnent en moyenne \U\ phthisiqnes sur 1000 décès, tandis que les professions actives n'en ont que 80. M. Lombard a trouvé de plus que sur 30 professions sédentaires qui laissent le corps dans un repos presque complet, les 2/3 sont au-dessus de la moyenne générale des décès parphthisie dans toutes les professions, et qui est de \ \U sur 1000. Sur 56 professions qui nécessitent des mouvements assez prononcés, les 2/5 seulement sont au-dessus de la moyenne, et les 3/5 au-dessous. Ramazziiii (Pâtissier, p. 360) avait déjà remarqué que les professions sédentaires qui exercent les bras, les pieds et tout le corps, débilitent moins et usent moins vite : ainsi l'insuffisance du mouvement retarde l'effet de l'inaction musculaire, mais ne l'annule pas, observation que nous avons déjà faite. L'excès d'action musculaire se joint pres(pie toujours dans les professions qui le nécessitent à d'autres influences nuisibles, et notamment à une mauvaise alimentation. Nous avons signalé les désastreux efïets qui en résultent : sur 107(S enfants Ira-
vaillant dans les filatures et fabriques en Angleterre, 22 seulement étaient arrivés à l'âge de /lO ans, et 9 à celui de 50 ; sur S'i/i ouvriers, la pluparten bas âge, employés dans G filatures, il n'y en avait que 183 jouissant d'une bonne santé, 2^0 étaient délicats, 258 malades,
;Z|3 rabougris, 100 affectés de tuméfaction des cous-de-pied et des §enoux, et 37 atteints de déviation du rachis (1). Les professions à labeur excessif, outre la rapide décadence qu'elles déterminent dans
I l'organisme, exposent à la courbature et aux affections intlamma-
itoires, aux ruptures des muscles, aux hémorrhagies, aux anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux, aux hernies, etc. D'après
■ Friedlander, le quart environ des ouvriers en Angleterre sont atteints de hernies, en Allemagne un huitième ou un dixième. Les attitudes forcées, vicieuses, longtemps prolongées, influent et sur le développement de l'appareil locomoteur et sur la santé générale. L'iuégale répartition de la nutrition , due à l'exercice de certaines parties et à l'inertie des autres, donne aux professions un cachet d'extériorité bien connue : aux porteurs de la halle, les larges épaules ; aux boulangers pétrisseurs, les bras volumineux ; aux cordonniers, la dépression sternale, etc. C'est dans l'enfance que les attitudes contribuent puissamment à déformer le squelette. Chez les enfants, les membres prennent la forme requise par les occupations de chaque jour; le défaut d'action des extenseurs du rachis produit l'incurvation de cette tige, et par suite un changement de rapport dans la situation des membres thoraciques. La conformation générale s'altère encore quand l'exercice forcé ne met en jeu i que certains muscles, et laisse dépérir les autres dans l'inertie : les cordonniers et les tailleurs ont presque tous le dos courbé. Ramazzini parle du plaisant spectacle de bossus, de courbés, de boiteux, que donnaient de son temps les processions de communautés de ces deux métiers. On n'a pas encore apprécié, à l'aide delà statistique, les effets réels de certaines attitudes vicieuses ; on a bien dit que les métiers à station verticale donnent naissance aux varices , aux I œdèmes, aux ulcères des jambes, à la faiblesse articulaire, aux douleurs néphrétiques communes, dit Ramazzini, chez les gentils-
i hommes de la cour d'Espagne, où il n'y a aucun siège, etc. ; mais ce ne sont là qu'assertions d'auteurs, d'ailleurs recommandables, sans preuves à l'appui. Ainsi M. Mérat affirme que les domestiques postés derrière les voitures sur la pointe des pieds sont sujets à
(1) Annales d'hygiène publique, V* série, t. XII, p. 286.
IlVUlliNlC l'UULlUUE.
l'anévrysme de l'artère poplitôe ; ainsi Stoll attribue aux cordonniers les héiiiorrhagies du poumon, Morg<i{^iii les anévrysmes du cœur, Corvisartles squirriios du pylore et de l'esloinac.
Peu satisfait de ces indications vagues, M. A. Tardieu (1) a entrepris de nouvelles recherches sur les modifications et déformations physiques que produit invariablement, dans certaines parties, l'exercice des diverses professions; il les partage, quant à leur nature, en quatre groupes : l" Épaississements partiels de l'épiderme; efîel direct du travail des mains chez les cardeursde m-itelas, large surface oblongue, rugueuse, durcie, plus ou moins calleuse à la partie antéiieure de l'avant-bras gauche, sur lequel appuie le peigne; calus palmaire des bàtonnisles, des tambours, des ouvriers à marteau, des charrons, des serruriers, des cloutiers, etc.; durillons entre le pouce et l'index de la main droite chez les cochers; double durillon en forme de cor sur la face dorsale de la deuxième phalange du doigt annulaire et au pouce, à la face palmaire et vers le bord interne de la première phalange chez les coiffeurs maniant le fer à papillotes, sans oublier l'élévation du thorax du côté actif par l'influence continuelle des muscles de l'épaule (Sœmmerring) ; durillon en forme de cor sur le bord cubital du peiit doigt de la main droite, au niveau de l'articulation de la phalangette, chez les écrivains, commis, etc., très occupés ; callosités en bourrelets plus ou moins saillants, plus ou moins étendus, que portent en diverses parties, suivant le siège des pressions habituelles, les blanchisseurs, les menuisiers, les tourneurs, etc. — 2" Altérations profondes de la peau; ramollissement; destruction du derme; crevasses comme chez les blanchisseurs de tissus, les débardeuis, les polisseurs; destruction des ongles, comme chez les nacrières et les polisseuses de cuillers; formation de tumeurs et de kystes dermiques ou sousdermiques, comme chez le tailleur d'habits, le vermicellier. — 3° Changement de coloration chez les ouvriers qui blanchissent les tissus de laine à la vapeur du soufre; la peau des mains est ramollie par le contact de l'acide sulfureux, l'épiderme blanchi et ridé se soulève et se détruit par places; chez les brunisseuses en cuivre, toute la face palmaire de la main droite est calleuse et noircie, excepté au niveau des plis de flexion; la main des corroyeurs est colorée en brun par une espèce de tannage ; la peau présente une coloration subictérique chez les cérusiers, rouge chez les ouvriers
(I) Annales d'hygiène, l. XLII et XLlll (1819-1850).
en minium : le liséré blenâtre des gencives est un indice presque positit de l'intoxication saturnine; chez les serruriers, chaque pli idela peau est incrusté d'une matière noire, qui n'est autre chose £ que de la poudre de fer ; le teinturier se dénonce de loin par ses i mains parcheminées et teintes presque uniformément par une cou- % leur qui, rebelle au lavage, cède à peine à l'action du chlore. - JW Déformations limitées à un organe, à une partie du corps, ou : portant sur l'ensemble de la constitution : telles sont les variétés de doigts en spatule chez les cordonniers, les fleuristes, les repasseuses, les vitriers ; la déviation des doigts et l'ouverture de l'angle qu'ils forment entre eux ou avec le poignet chez le cloutier et chez l ébéiiisle; la rétraction des tendons fléchisseurs chez le cloutier; la cambrure des doigts chez la repasseuse. Les cordonniers otfrent une dépression profonde, circulaire du sternum, immédiatement au-dessus de l'appendice xiphoïde, sans déformation générale du thorax, et sur l'une des cuisses où s'applique un tampon de cuir, un aplatissement de la peau souvent glabre en ces points, par suite (le l'oblitération des bulbes pileux. Les nacrières, occupées à mouvoir avec le pied droit une meule sur laquelle elles appuient fortement la petite pièce de nacre, ont une forte saillie de la hanche oauche et un abaissement de l'épaule du même côté. Les portefaix qui traînent une voiture à bras développent outre mesure les muscles de l'épaule, notamment la portion angulaire externe du trapèze, en même temps qu'à la base du cou et sur chaque épaule la peau devient dure et calleuse par les frottements de la bretelle. Chez les tourneurs en cuivre, mécaniciens, ajusteurs d'instruments de précision, saillie sterno-costale, comprenant le point de jonction des deux premières pièces du sternum et les deux secondes côtes qui proéip-inent fortement, à partir de leur tiers antérieur ; au-dessous de cette crête, méplat large, formé par le sternum et l'extrémité antérieure des côtes, et représentant la surface d'appui de l'outil ; rétrécissement thoracique du côté droit, qui est projeté en avant avec l'épaule correspondante ; pieds très larges à leur extrémité phalangienne, surtout le pied gauche, qui fait mouvoir la pédale; son coussinet graisseux plantaire est plus épais et recouvert par un épiderme corné. Les tailleurs ont une dépression notable de la partie inférieure du thorax, par suite de leur attitude voûtée; elle est placée plus bas que chez les cordonniers, au-dessous de l'appendice xiplioïde, et non limitée à un point du sternum : elle provient d'une déformation générale de la cage thoracique. Chez
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les mouleurs eu cuivre, les muscles des régions sus-claviculaires extraordiiiairement développés, forment une saillie considérabl.; à laquelle s'ajoute la dilatation des veines jugulaires ; la poitriiie ofïre une voussure très prononcée, tantôt générale, tantôt bornée à la partie antérieure, plus souvent à la partie postérieure et à l'un des côtés de la poitrine; ces vices de conformation coïncident avec des troubles fonctionnels graves (voy. plus loin. Charbon).
C'est à ce quatrième ordre de lésions professionnelles que l'hygiéniste accordera le plus d'importance ; car, bornées à une partie du corps ou entraînant une altération générale des formes, elles constituent les traits permanents de l'économie, et déterminent une altération parallèle dans ses fonctions. Beaucoup de ces effets d'exercices professionnels se résolvent en infirmités incurables et restreignent fatalement les chances de la vie. Ainsi, l'attitude courbée exerce une influence certaine sur la production de la phthisie pulmonaire. StoU, en signalant la pléthore locale des poumons et du cœur chez les tailleurs, l'expliquait , soit parce que le sang se distribue difficilement aux viscères de l'abdomen comprimé par la flexion du tronc en avant, soit parce qu'en raison des courtes inspirations que font ces hommes sédentaires, le sang qui est entré dans les poumons n'en sort pas assez promptement, La statistique, maniée par Benoiston de Châteauneuf et par Lombard, a justifié cette opinion en montrant que les ouvriers constamment courbés deviennent plus fréquemment phthisiques (1). Toutefois l'exercice musculaire, s' ajoutant à la position courbée, en corrige le maléfice. Ainsi, les jardiniers, les tanneurs, les blanchisseuses et les lavandières comptent très peu de phthisiques, tandis que les professions qui, en arquant le corps, le laissent dans un repos presque complet (tailleurs, cordonniers, graveurs, vanniers, horlogers, etc.), dépassent la moyenne générale des phthisies par 100 décès (134 sur 1000).
L'introduction des machines dans les fabriques donne lieu à de graves questions de sécurité pour les ouvriers et pour les habitations voisines qu'elles menacent de leurs feux ou de leurs éclats en cas d'explosion ; elle épargne à l'ouvrier les travaux les plus rudes et les plus fatigants, mais lui impose une prudence, une attention de tous les instants. La rapidité des rouages et des courroies de transmission, la force des arbres en fer, sont des causes fréquentes de blessures, de mutilations et de mort. Le docteur Thouvenin, de
(1) Annales d'hygiène publique, t. VI, p. 5; t. XI, p. 5; t. XIV, p. 107.
Lille (1), estime qu'à Rouen et à Lille 2 ou 3 ouvriers périssent annuellement par cette cause, que 5 ou 6 sont forcés de subir des opérations graves, et que plus de 150 éprouvent des accidents moins funestes, tels que perte de doigts ou phalanges, plaies, arra- . hements, fractures, etc. Du 1" janvier 1847 au 12 mai 1852, r)0 établissements industriels ont envoyé à l'hôpital de Lille 390 blessés dont 12 sont morts, 339 ont guéri ou étaient encore a cette dernière date en voie de traitement, et 39 ont été amputes ou estropiés. L'habitude des ateliers ne préserve point les contre-maîtres, les ouvriers les plus anciens ; l'étourderie ne fait donc pas seule tant de victimes. Outre la surveillance que nécessite un danger continu, il faut que l'ouvrier ait des habits courts, des manches étroites ; que les arbres en fer, les courroies de transmission, les roues d'engrenage les plus puissantes, soient enveloppés décaisses
de bois ou de cuir.
La Société industrielle de Mulhouse a institué récemment une enquête sur les moyens de prémunir contre les accidents occasionnés par les machines. M. Audiganne, dans la note que nous avons citée de lui plus haut, reconnaît que l'on ne s'est pas assez préoccupé des conditions de sûreté à l'intérieur des usines : les accidents résultent des appareils mécaniques, des roues, des engrenages, des communications de mouvements, etc. Fussent-ils dus aussi souvent qu'on le prétend à la seule négligence de l'ouvrier, encore les patrons auraient-ils le devoir d'y obvier, de garantir l'ouvrier contre sa propre incurie. Une commission, nommée en ISkS par le préfet du Nord, et présidée par le maire de Lille, a procédé par elle-même à des informations qui l'ont amenée à dire, dans son excellent rapport auquel nous ferons d'autres emprunts : « Nous entendons dire tous les jours que les accidents ou les blessures observés dans les fabriques sont toujours le résultat d'une imprudence de la part des ouvriers. Cela n'est pas exact, et c'est établir une fâcheuse prévention. » Avant de mentionner les dangers et les améliorations qui sont consignés dans cet important document, rappelons ce qui a été prévu et stipulé par les dispositions relatives aux machines à vapeur ; ces dispositions ont été refondues et coordonnées dans l'ordonnance royale du 2/i mai 1843. Aucune chaudière ne peut être mise en service que sa pression n'ait été déterminée au préalable ; à cet effet, elle est soumise par la pompe à pression à un effort triple, si la
(1) Influence de l'industrie sur la santé des populations y etc. [Annales d'hygiènV, t. XXXVI, XXXVII elXLIII,p. 261).
chaudière a été construite en tôle ou en cuivre, et quintuple si lou s'est servi de fonte ; la résistance des soupapes est essayée au moyen de poids ; chaque chaudière doit en avoir deux d'un diamètre proportionné à l'étendue de la surface de chaulfe ou de la puissance de vaporisation des générateurs. La tension de la vapour dans la chaudière doit se dénoter d'une manière constante par des manomètres à l'air libre ou tubes de verre dont une extrémité est ouverte, et dont l'autre plonge dans une cuvette remplie de mercure directement pressée par la vapeur. Deux robinets et tubes de verre ou des flotteurs servent, en outre, à marquer le niveau précis et constant de l'eau dan« les chaudières, et mettent en garde contre les dangers qui pourraient résulter de l'insuffisance de l'alimentation. Chaque chaudière doit avoir un flotteur d'alarme qui ménage une ouverture à la vapeur, dès que i'eau descend au-dessous du niveau fixé ; le bruit qu'elle produit, en s'échappant par cette ouverture, sert d'avertissement. Les machines étaient classées autrefols en deux catégories, suivant qu'elles fonctionnaient à haute ou à basse pression, et de très petits appareils se trouvaient ainsi, par le seul fait du degré de leur tension de vapeur, subordonnés à des conditions d'emplacement souvent très incommodes, quoique leur explosion fût beaucoup moins à craindre que celle de grandes machines travaillant à basse pression. La nouvelle ordonnance établit quatre classes, fondées et sur le degré de tension et sur les dimensions des appareils. On exprime en mètres cubes leur capacité vérifiée avec les tubes bouilleurs, eten atmosphères la tension de la vapenr, puis on multiplie ces deux nombres l'un par l'autre ; si le produit excède 15, les chaudières sont classées dans la première catégorie; s'il surpasse 7 et n'excède pas 15, dans la seconde ; s'il est au-dessus de 3 et au-dessous de 7, dans la troisième; s'il ne dépasse pas 3, dans la quatrième. Les chaudières de la première catégorie ne peuvent être établies dans l'intérieur des ateliers et des habitations ; le préfet pourra toutefois les autoriser dans l'intérieur des ateliers qui ne font point partie de maisons habitées; toutefois il y aura au moins 10 mètres de dislance entre les chaudières de la première catégorie et les maisons d'habitation ou la voie publique. Un mur de défense de l'épaisseur d'un mètre sera construit en bonne et solide maçonnerie à 50 centimètres d'intervalle au moins du massif de maçonnerie des fourneaux et des maisons voisines. Quand une chaudière de la première catégorie est autorisée dans un local fermé, celui-ci ne sera point voûté et sera couvert d'une toiture
légère, disposée sur une charpente particulière et sans liaison avec les bâtiments contigns. Los cliaudières de la deuxième catégorie peuvent être établies dans l'intérieur d'un atelier qui ne tait point partie d'une maison babilée ou d'une fabrique à plusieurs étages ; une distance de 5 mètres au moins doit les séparer de la voie publique et des maisons d'iiabitalion ; c'est de ce côté que sera construit le mur de défense. Celui-ci n'est pas exigé pour les chaudières delà troisième catégorie qui sont autorisées dans l'intérieur d'un atelier isolé des habitations. Les chaudières de la quatrième catéuorie sont tolérées dans l'intérieur des ateliers même attenants aux maisons habitées.
Là s'arrêtent les prévisions de l'autorité. La commission de Lille se demande si la vérification préalable, bornée par l'ordonnance de 18Ù3 aux générateurs, ne devrait pas s'étendre aux autres pièces qui constituent une machine à vapeur, et à leur ajustement, le moindre défaut dans ces machines pouvant donner lieu à de grands désastres? Cette vérification, seulement initiale, ne devrait elle pas se répéter périodiquement? Les roues de volée ne devraient-elles pas être solidement recouvertes, garanties avec soin ? La surveillance de la force motrice est-elle conliée partout à des hommes intelligents, capables d'une attention soutenue pour en régler le jeu selon toutes les lois du mouvement? Pour activer le travail, on peut imprimer une vitesse trop grande aux arbres de transmission du mouvement, en raison de leur calibre ou de leur force de résistance, comme en raison de la disposition ou de la capacité relative des métiers à mouvoir. La disproportion du nombre des mécaniques avec l'étendue des locaux augmente les dangers pour les ouvriers chargés du replacement des courroies. Les arbres de transmission devraient être recouverts , isolés dans des enveloppes comme les roues de volée. Le nettoyage des métiers, l'onction des rouages ne devraient jamais se faire pendant que la machine à vapeur est en mouvement. Un règlement ne pourrait-il fixer, dans loules les fabriques, l'ordre du travail, la conduite dans l'atelier, la manière de se vêtir, prévenir la confusion des emplois et le tumulte si favorables à la multiplicité des accidents? Des vêtements trop larges, les bouts de manclied'un sarreau, d'une chemise, des lambeaux, se laissent attirer, ern'ouler dans les cylindres louiTiants; les mains, les doigts suivent ce terrible mouvement d'attraction, et s'ils ne sont arrachés ou coupés, l'avant-bras, le bras sont broyés. A l'hôpital Saint-Sauveur de Lille, les blessures les plus graves
HYGliiNE PUBLIQUE.
sont présentées par les ouvriers cliargés du replacement difficile des courroies qui viennent i» se dévier de leur poulie, replacement qui paraît ne pouvoir s'etrectuer que par la main de l'ouvrier, sans le secours d'une tige à crochet ni d'aucun autre instrument.
S s — IMoyciiK (l'amélioration des classes proressionnelles.
1" Amélioration phijsique. L'enquête de 183/i a prouvé que la durée journalière du travail est trop longue; avant la dernière loi, on faisait un abus homicide desenfants : c'est le terineemployé par M. Villermé, dont la modération est empreinte sur chaque page de son livre. Le législateur doit étendre aux adultes, hommes et femmes, sa tutelle sanitaire, et stipuler un maximum de durée de travail quotidien. La stabilité du salaire sauverait l'ouvrier de bien des mau.^c; mais peut-on l'assurer? Les chômages et les mortes saisons ne peuvent être atténués dans leurs désastreuses conséquences que par l'établissement de sociétés mutuelles de secours, les dépôts réguliers dans des caisses d'épargne, les prêts gratuits de monts-de-piété, la création d'ateliers de travaux publics dans le^ temps de crise, l'exécution opportune de travaux tenus eu réserve par le gouvernement. Parmi ces moyens, le plus efficace est l'esprit d'association et de charité fraternelle; les sociétés de secours mutuels que les ouvriers fondent entre eux ont le double avantage de garantir leurs vieux jours du besoin et de développer en eux des habitudes d'ordre, d'économie et de bonnes mœurs. Paris seul eo compte plus de deux cents, et elles se sont étendues à toute l'Europe. L'Etal aura peut-être à intervenir un jour plus activement dans l'organisation du travail, dans les rapports entre ouvriers et maîtres ; mais les problèmes qui se rattachent à ce difficile sujet sont encore à l'étude de l'opinion publique. Aux mesures que l'on pourrait réaliser immédiatement, nous ajoutons l'avis des médecins sur le choix d'une profession, l'établissement de bains à l'usage de^ ouvriers, l'adoption d'un système d'exercice musculaire propre à contre-balancer le résultat des attitudes vicieuses et des mouvements spéciaux, l'élévation de l'impôt sur les spiritueux, la diminution de l'octroi qui frappe la viande (1).
(1) Cette page est reproduite ici telle qu'elle a été imprimée en 1845 dans la première édition de cet ouvrage. Si nous Taisons cette remarque qui nous a été reprochée {Ann. d'hygiène, Analyse bibliographique, par M. A. Tardieu, Paris,
GESTA. — VMÉLIOIUTIQ.N Dïïl CLA^gSti PROFESSIONNELLES. 80?
2° Amélioration morale. Elle s'obtiendra par la propagation des salles d'asile et des écoles primaire?, par rencpuragomerit à l'épargne et a l'économie (1), par la proscription impitoyable de l'ivrognerie, déjà tentée avec succès dans plusieurs fabriques, par la séparation des sexes, par la surveillance morale des ateliers; par la stipulatiofp légale des devoirs des chefs dé fabrique envers les ouvriers, qu'ils exploitent trop souvent comme des machines, les renvoyant quanti ils peuvent les remplacer avantageusement par d'autres, les abandonnant quand ils les ont usés par le travail. Des pensions, des secours sont dus aux travailleurs estropiés, mutilés dans les ateliers. Que les fabricants cessent de faire retomber indûment sur les ouvriers les charges qui leur reviennent ; qu'une augmentation d'iiiqpôts ne se traduise point par une réduction de salaire des ouvrier^; qu'ils traitent ceux-ci avec aménité, avec intérêt, surtout avec justice ; qu'ils sacrifient quelque chose à leur santé, à leur instruction; qu'ils proscrivent sévèrement le libertinage et le punissent dans leurs comnpis et contre-maîtres ; qu'ils repoussent de leurs ateliefs l'ivrognerie ; que tout travailleur trouvé ivre ou manquant à l'atplier le lundi subisse une arpende, et, en cas de récidive, l'exclusion temporaire ou définitive. Celte combinaison de bienveillance et de sévérité, de discipline et de libéral appui, crée aux chefs d'établi^sements une influence que rien ne remplace, influence morale, active, tutélaire, que l'ouvrier accepte et bénit.
Nous terminons cette revue générale des professions, au point (^e vue de l'hygiène, par la nomenclature complète des établissemenls Industriels qui intéressent la salubrité publique; ils ont été partê^- ■gésen trois classes, suivant le degré de leurs inconvénients. La lis^e suivante comprend tous les établissements classés depuis 1810 jusqu'à 1852.
1850), c'est uniquement pour établir que nous n'avons obéi, en écrivant, à aucune excitalion de circonstance.
(1) En 1846, il existait 314 caisses d'épargne en France : Gap, Ajaccio et Mendc élaieiil les seuls chefs lieux de préfecture qui n'en eussent point encorç. Au \" janvier 1841, il existait 334,1)22 livrets, sur lesquels 91,770 appartenaient aux ouvriers (1/4). La population totale des ouvriers en Fçapçe es^ 4 à 5 millions; c'est donc 1 sur 40 à 50 qui avise au lendemain.