‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 121 sur 163 · V. — Percepta · texte numérisé non relu

V. — Percepta

1° Sens. Certaines professions fatiguent particulièrement tel ou tel sens. Celles qui s'exercent sur des matières très éclatantes comme les métaux, les glaces, nuisent à la vue : il importe d'interposer entre la lumière artificielle et la pièce mise en œuvre, une toile tendue, un papier huilé, une gaze, ou quelque autre écran qui intercepte les rayons lumineux directs, et ne laisse arriver que de la lumière diffuse. La ténuité des objets et l'intensité de la lumière directe ou réfléchie finissent à la longue par compromettre l'intégrité de la vision. Plusieurs astronomes, appliqués à l'observation du soleil, sont arrivés à la cécité comme l'immortel Galilée; les opticiens qui essaient journellement des lunettes et des microscopes, les graveurs, les horlogers, les compositeurs en imprimerie, sont menacés d'amblyopie et d'amaurose; le travail de nuit fatigue autant par l'exiguïté des caractères d'imprimerie ou d'écriture que par la blancheur du papier réfléchissant la lumière des lampes ; les ouvrières en linge, en dentelle, les plisseuses, etc., sont forcées par la même cause de recourir promptement à l'usage des lunettes. Une statistique de 952 cas de cataracte a conduit M. Desmarres à cette conclusion que la cataracte n'est pas plus fréquente chez les hommes qui fatiguent leurs yeux à regarder de petits objets que les individus vivant à la campagne et occupés à des travaux de culture, et (]ue son étiologie réside, non dans les professions, mais dans une disposition individuelle non connue, plus marquée chez le vieillard que chez l'homme jeune. Les diverses professions figurent dans celle statistique pour des chiffres proportionnés au nombre des individus qui les exercent, non à la nature des travaux qu'ils exécutent. D'après M. Dumont (1), les aveugles ne sont pas

(1) Recherches statistiques sur les causes et les effets de la cécité, par G. Dumont, médeciD des Quinze-Vingts. Paris, 1856.

HYGIÈNE ruULigUE.

plus nombreux dans les cenlres manufacturiers que flans les classes agricoles, et les professions industrielles, môme colles qui faliguent parliculièi ement la vue et qui s'exercent, soit à l'aide d'une loupe soit à proximité constante de foyers incandescents, ne com|)iciit pas plus d'aveugles que les autres; le département du Kliône ne compteque63 aveugles sur 100,000 habitants, landisquela moyenne générale pour la France est de 105 sur 100,000. Il paraît démontré que les métiers à marteaux et le séjour dans les ateliers où fonctionnent les miichines bruyantes, déterminent l'afiaiblissement d(i la sensibilité acoustique (voy. plus haut, p. 275).

2° Fonctions cérébrales. Les professions excitent à divers degrés les facultés cérébrales; il n'en est aucune qui ne s'accommode d'une certaine dose d'instruction. Si l'ignorance n'est pas la cause de la misère et de la plupart des crimes, ce que nous accordons aux statistiques de MM. Guerry,, Quetelet, d'Angeville et Charles Dupin, l'instruction tend d'une manière indirecte à augmenter la masse du travail ; d'après M. Naville (1), elle n'est pas sans quelque influence sur la diminution de la misère. Il se peut, comme le prétend M. Charles Dupin, qu'une instruction élevée, créant des désirs et des besoins qu'elle ne peut satisfaire, soit une cause de malheur pour ceux qui l'ont reçue 5 mais l'instruction primaire, celle qui convient aux ouvriers, ne peut être qu'un bienfait pour eux; J elle féconde leur intelligence, elle leur rend accessible un ordre plus élevé de notions et de jouissances, elle les met en communion avec la sagesse des siècles, elle polit les mœurs, elle amortit la bru- ■ talité de leurs passions; en un mot, elle les civilise. On la donne • aujourd'hui aux enfants des fabriques; néanmoins la durée quotitidiennede leur travail y met obstacle. Les rapports sur l'instruction primaire en France et les tableaux offlciels du recrutement prouvent que l'enseignement primaire se propage, surtout dans les cantons manufacturiers. On y a joint dans quelques localités (Chàlons, Angers, Nantes, etc.) l'instruction professionnelle que l'Allemagne a mise en honneur avant nous. On a nié les avantages des écoles d'arts et métiers; mais les reproches qu'on leur adresse ne portent point sur le principe de leur institution. Elles doivent concourir évidemment à l'amélioration physique et morale des enfants de la classe laborieuse, auxquels il convient de les ouvrir avec faveur. Quant aux mœurs, il est injuste de stigmatiser les professions,

(l) Do la charilé légale, t. II, p. 243.

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comme l'a railCadet-Gassicourt par l'énuméralion des vices et des mauvaises qualités que l'on observe chez ceux qui les exercent ; il n'est pas prouvé que leur corruption dépasse celle des autres classes de la société : les ouvriers possèdent au plus haut degré une vertu qui en résume beaucoup d'aulres, celle qui consiste à secourir son prochain dans toute espèce de besoin. Villermé, qui ne les flatte point, les a trouvés admirables en ce point. Au reste, leurs qualités, bonnes ou mauvaises, sont le produit des circonstances au milieu desquelles ils grandissent et vivent ; si le libertinage et le concubinage sont plus communs parmi eux, c'est qu'ils ont eu sous les yeux les mauvais exemples de leurs parents, c'est que dès leur âge le plus tendre ils ont respiré le miasme délétère de la lubricité dans les manufactures, et subi le cynisme des discours qu'y tiennent les adultes. 11 faut mentionner encore parmi les causes de dépravation, la promiscuité des deux sexes dans les ateliers, les chômages prolongés qui laissent sans ressources les jeunes filles entourées de séductions et privées de la surveillance maternelle ; le choix du samedi pour le jour de la paie ; la liberté accordée aux ouvriers qui travaillent à la tâche, et qui, apportant une égale ardeur au travail comme au plaisir, partagent leurs semaines entre les excès des deux genres, La situation morale des ouvriers est donc en partie le résultat de l'organisation actuelle de l'industrie; les maîtres en partagent la responsabilité. Ces derniers s'informent-ils delà position, de la santé de l'ouvrier, de sa femme, de ses enfants ? Malade, ils l'abandonnent ; guéri, ils ne le reprennent pas, parce qu'ils ont disposé de son emploi; et quand la vieillesse a rendu son bras plus faible, sa main moins habile et son travail plus lent, le salaire baisse à mesure que les besoins augmentent. Absorbés dans leur égoïsme, les maîtres n'ont aucun souci des lois de la décence, et pourvu que l'inventaire réponde à leur espoir, il n'importe que l'ivrognerie, la dissipation, le libertinage régnent parmi les ouvriers. Il y a des manufactures où les sexes sont séparés, où les femmes sont renvoyées chaque jour un peu avant les hommes, où les mœurs sont strictement surveillées, où l'ivresse est proscrite, où les malades sont soignés et leurs emplois réservés jusqu'à leur guérison, où l'on pousse les ouvriers à faire des dépôts à la caisse d'épargne, etc. M. Villermé en cite, et là on n'observe ni misère ni démoralisation. L'ivrognerie, les chômages, l'habitude de fêter le lundi, conduisent à la paresse, au vagabondage, et par une pente presque inévitable à la criminalité. Les comptes rendus de la justice de 1832 à \Ml

prouvent que pendant une période de dix ans l'oisiveté a poussé a„ crime environ le sixième du nombre total des accusés. Les nroj sions ont ete classées d'après leur proportion de criminalité celles qui occupent aux travaux des champs fi^jurent en première lisneelles fournissent plus du tiers du nombre total des accusés Ce ré' sultat discrédite l'innocence tant vantée de la vie champêtre fa classe des ouvriers chargés de mettre en œuvre les matières pre mières. le bois, la laine, le fer, le coton, etc., renferme un peu moins du tiers du nombre total. En troisième ligne vient la classe des gens sans aveu, vagabonds, mendiants.

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