‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 146 sur 163 · GESTA. — PROFESSIONS HYGROMÉTRIQUES · texte numérisé non relu

GESTA. — PROFESSIONS HYGROMÉTRIQUES

: pour en extraire les particules métalliques entraînées par les égouts.

L'observation ayant démontré que les climats froids et humides

sont ceux où la phthisie exerce le plus de ravages, on pouvait : croire que ces professions augmentent le nombre des phtbisiques ;

M. Benoiston est arrivé à cette conclusion pour les blanchisseuses de i Paris; M. Lombard, au contraire, a trouvé à Genève ces professions

au-dessous de la mortalité moyenne par phthisie. Une opinion an- |i cienne, partagée par Ramazzirii, Richerand, etc., a accrédité la

fréquence des ulcères atoniques chez les individus qui ont les jambes

i immergées dans l'eau froide. M. Parent-Duchâtelet n'a constaté qu'un seul cas d'ulcère atonique sur 670 débardeurs ; un grand

, nombre d'entre eux portent de larges cicatrices provenant d'an-

ii ciennes blessures, et qui n'avaient aucune tendance à se rouvrir; Il en revanche, ils sont tributaires d'une maladie spéciale qu'ils ap- I pellent grenouille, et qui consiste dans un ramollissement avec

usure et gerçure de la peau; les extrémités supérieures en sont I moins souvent le siège que les intérieures ; il affecte surtout le talon et les espaces interdigitaux; la peau est profondément fendillée, usée, mâchée, en lambeaux, et le fond des crevasses, rouge, pulpeux et très sensible, ressemble à une plaie récente : supportable dans l'eau, la douleur qu'elles occasionnent devient cuisante à l'air. Cette lésion, que le repos seul guérit, atteint plus delà moitié des ouvriers, presque toujours les mêmes, et se développe sous l'influence de toutes les causes débilitantes, particulièrement par la chaleur de l'eau ; aussi est-elle plus rare en hiver qu'en été, et dans les eaux courantes que dans les canaux ou bassins à eaux immobiles; pour s'en préserver, les ouvriers saupoudrent leurs souliers de tan, ou se lavent matin et soir avec une forte décoction d'hièble, ou simplement avec du vinaigre. RamazzinietM. Pâtissier attribuent encore aux ouvriers qui travaillent dans l'humidité, des catarrhes, des fluxions de poitrine, des coliques, des rhumatismes, des fièvres intermittentes; aux blanchisseuses les dérangements du flux menstruel, etc. Mais ces assenions, si respectable que soit leur source, ne peuvent entrer dans la science que par la voie de la statistique qui ne les a pas encore contrôlées.

Le séjour prolongé dans la mer agit-il comme le séjour dans l'eau des rivières? Les guides des baigneurs à la mer répondent à cette question. J'ai fait sur eux, pendant deux étés à Dieppe, des observations multipliées et une sorte d'enquête dont voici sommairement les résultats : de la fin de juillet jusqu'au 10 septembre ils passent

en iDoyeniie sept à huit heures par jour à la mer, immergés jusqu'au-dessus de la ceiiiturf!, souvent jusqu'aux aisselles, en hutte aux vagues par les gros temps, etc. ; en juin, et du 10 au 30 septembre, la durée moyenne de leur imtnersion journalière est de trois heures. Les liommes de taible complexion ne résistent pas a ce métier; les troubles de la respiration et de la circulation les obligent à y renoncer; il en est de même des ivrognes. Tous éprouvent, au début de celte pratique, de la dyspnée et de l'anxiété précordiale qui nécessitent des suspensions de travail. Forcés d'entrer dans l'eau après leurs repas, ils finissent par s'habituer à cette épreuve. Au retour de chaque saison de bains, après une interruption de neuf mois passés à d'autres travaux, ils ressentent encore quelques troubles épigastriques et dyspnéiques, sorte d'acclimatement annuel assez comparable à celui des marins qui, reprenant la mer après un long débarquement, lui paient le tribut du novice. Ils perçoivent dans les parties immergées une impression de froid qui va jusq'uau frisson par les temps de grosse mer avec abaissement de la température. J'ai relevé fréquemment chez eux la température sous la langue ou dans l'aisselle au moment où ils sortaient de l'eau; j'ai toujours constaté un abaissement : 36 degrés centigrades chez un baigneur de 60 ans, 36", 5 chez un autre peu ancien, et âgé de 39 ans, 37 degrés et 37°, 5 chez d'autres. La durée de l'immersion, l'âge, la force de constitution, l'habitude, et surtout la température atmosphérique, interviennent' le plus dans ces résultats. Dans les beaux jours de l'été, rien de pareil ; mais au sortir de l'eau, ils se refroidissent, probablement par l'évaporation du liquide qui imbibe leurs vêtements; cette sensation est plus intense et les atteint même à la mer, s'ils y entrent à jeun. La réaction s'opère chez eux à la fin du jour et pendant toute la nuit, à la faveur de la température du lit ; ils la passent à transpirer. Ce phénomène est commun à tous les guides; la sueur de nuit est assez abondante pour les forcer de changer de chemise ; elle ne les débilite pas, ils la considèrent comme favorable à leur santé : « c'est ce qui nous sauve » me disait l'un d'eux. La sécrétion urinaireest notablement augmentée pendant la durée de leur séjour dans l'eau. Point de congestion vers la tête, point de céphalalgie ni de vertiges ; point d'éruptions, d'ulcères ni de varices. L'œdème des pieds et du bas des jambes se montre assez souvent chez eux, mais à titre de symptôme passager; ils l'attribuent plus à la station prolongée qu'à l'action de l'eau. Les affections rhumatismales sont, avec cet

œdème, les seules qu'ils accusent ; elles atteignent surtout les membres inférieurs ; mais pour leur explication étiologique, il faut tenir compte, non-seulement du froid humide qui impressionne les baigneurs, mais encore de la violence et de la continuité de leurs exercices musculaires. Ce qui achève d'ailleurs de prouver leur bonne santé habituelle, c'est qu'en hiver ils se livrent à d'autres métiers pénibles, pêcheur, cordeur, etc. Sur 2li baigneurs attachés à l'établissement de Dieppe, il n'a fallu, en dix-huit ans, renouveler que le tiers ; dans cette même période de temps, ils ont donné 3 décès dont 1 par anévrysme, 1 par déliriura tremens, 1 à la suite d'une suette miliaire qui a régné épidémiquement. L'un de ces baigneurs compte trente-cinq ans de service, l'autre trente ans, etc.

L'hygiène des ouvriers qui travaillent dans l'humidité se résume dans l'usage des vêtements de laine et de toile cirée, et d'une nourriture fortiliante. Quant aux établissements où s'exercent les professions, comme les lavoirs, les buanderies, etc., ils exigent une ventilation suffisante pour enlever la buée qui, dans les temps froids et humides, devient une cause d'insalubrité et d'incommodité, un sol imperméable à l'eau et assez incliné pour en empêcher la stagnation, des murs qui résistent aux infiltrations et à l'action destructive de l'humidité. Les eaux qui s'écoulent de ces ateliers ne doivent pas séjourner sur la voie publique; elles produiraient en été une odeur infecte, en hiver une accumulation de glaces, en tout temps la dégradation du pavage. Là où des égouts existent, il faut exiger que les eaux s'y déversent "au moyen de conduites souterraines ; là où ils manquent, que les ruisseaux soient bien pavés et aient une pente suffisante. Il ne faut pas considérer comme des eaux simples et propres à laver les ruisseaux, celles qui proviennent des blanchisseries et des lavoirs publics ; chargées de savon et de matières animales, elles fermentent et donnent naissance à de l'ammoniaque, à de l'hydrogène sulfuré ou à du sulfhydrate d'ammoniaque qui, dans leur courant gazeux, entraînent en dissolution des miasmes putrides d'une odeur très méphitique. Les eaux contenant des principes acitles, alcalins ou autres, peuvent détériorer les tuyaux métalliques et les caniveaux en maçonnerie ; aussi est-il nécessaire de les neutraliser ou de les modifier avant de les écouler dans les conduites souterraines.

S 7. — Professions qai mêlent à l'air des matières animales.

Ces professions ajoutent à l'air des matières animales] d'origine

diverse, tant sous forme de vapeurs et d'émanations qu'à l'état de poussières plus ou moins divisées ; la plupart, d'entre elles nécessitent en même temps la manipulation ou le contact de substances animales fraîches et putrides, brutes ou dénaturées par l'indubtrie (bouchers, équarrisseurs, garçons d'amphithéâtre, tanneurs, boyaudiers, mégissiers, égoutiers, vidangeurs, fossoyeurs, etc.). Les faits publiés par le docteur Warren et feu Parent-Duchâtelet tendent a décharger ces professions de toute espèce de dangers pour ceux qui les exercent. Dans les épidémies de fièvre jaune à Boston (1798), et à Philadelphie (1795;, les bouchers, quoique établis au centre du quartier ravagé, n'ont offert, la première fois, que 1 cas, et la seconde 3 sur 100. Bancrofi remarque que les chandeliers et les savonniers, malgré la graisse putréfiée dont ils se servent, échappent aux épidémies et se portent bien. Les tanneurs, corroyeurs, chamoiseurs, travaillent en élé des peaux que la décomposition a rendues verdâlres, sans autre risque que celui des affections chaibonneuses qu'ils peuvent contracter ; les marins des vaisseaux baleiniers jouissent d'une santé proverbiale, au milieu des émanations fétides. Rusch et Clarke attribuent aux fossoyeurs une sorte d'immunité contre les fièvres malignes. Les mémoires de Parent-Duchâtelet sur les salles de dissection, sur les chantiers d'équarrissage, sur l'enfouissement des animaux morts, etc., sont remplis d'observations du même genre. Guersant et Labarraque signalent la santé florissante des ouvriers boyaudiers, quoiqu'ils vivent dans un air fétide et toujours en contact avec des intestins mis depuis longtemps en macération. On oppose à ces auteurs l'autorité de Pringle, I3esgenettes, Vaidy (voy. page 5^1), Navier, Lassonne, Vicq d'Azyr, l'opinion de Fourcroy et de Berzelius, sur la nature inconnue des combinaisons fétides organiques, les expériences de Gaspard et Magendie, qui ont produit une sorte d'empoisonnement typhique chez les animaux en leur injectant des matières putrides, et qui ont déterminé une progression croissante de phénomènes graves par l'injection de putrilagesde végétaux, d'animaux herbivores, d'animaux carnivores, de poisson pourri. Nous avons déjà exprimé un jugement sur ces faits en apparence contradictoires. Rappelons qu'il faut distinguer ici : 1" l'expansion des émanations animales dans l'air vague, ou leur concentration dans des enceintes plus ou moins fermées; 2° l'état frais, ou la putréfaction plus ou moins avancée des matières qui fournissent ces émanations; 3" le degré d'aisance des ouvriers, leur âge, leur force de réaction, leur

nourriture, leur aptitude individuelle à ressentir ou à neutraliser l'effet des émanations animales; enfin, leur acclimatement dans l'atmosplière qui en est saturée. Les boucliers réunissent toutes les conditions avantageuses, viandes Iraîclies, diffusion des produits qui s'en dégagent par volatilisation, régime l'orliliant, etc. : quoi d'étonnant à les voir en rubiconde santé? Que l'on examine, d'après les points de vue précités, les différentes professions nommées plus

I haut; presque toutes trouvent, ou dans la dissémination des miasmes, ou dans des conditions spéciales, ou dans l'aisance des ouvriers, l'explication de leur innocuité. Il n'en est pas de même pour les fossoyeurs qui exhument des débris de cadavres ; aussi courent-ils alors des dangers que l'on n'écarle d'eux qu'à force de

! précautions (voy. page 5txU). Les fosses d'aisances, les égouts qui n'ont pas été curés depuis longtemps, s'éloignent aussi des condi-

ji lions d'innocuité, et c'est ce que personne ne nie, pas même Parent- Ducli.àtelet (voy. page 516). Nous avons indiqué les règles d'hygiène applicables aux amphithéâtres, aux lieux d'équarrissage (page 534), aux fosses d'aisances (tome I), aux vidangeurs et égoutiers (page 515). Les émanations animales ont-elles un pouvoir de préservation contre la phthisie? On connaît l'ancien usage de loger les phthisiques au-dessus des étables. AI. Lombard a trouvé que les ouvriers entourés d'émanations animales sont environ deux fois moins sujets que les autres à contracter la phthisie pulmonaire.

Une foule d'ouvriers vivent au milieu des poussières animales de toutes sortes : tels sont ceux qui travaillent la laine et la soie, les chapeliers, les couverturiers, les brossiers, les fourreurs, les matelassiers, les plumassiers, les cardeurs, etc. Parent-Duchâtelet, après avoir constaté le bon état de santé d'ouvriers vivant au sein de poussières épaisses d'origines diverses, pose en principe qu'elles ne peuvent nuire qu'aux individus en proie ou au moins prédisposés à la phthisie pulmonaire. M. Lombard place, au contraire, en seconde ligne des causes de phthisie, et immédiatement après les poussières fines et dures, les substances filamenteuses, comme celles qui servent au travail des cardeurs, des fileurs, des plumassiers et des brossiers; toutefois les chiffres sur lesquels il a opéré sont trop limités.

Le kdtaf/e à la main des laines teintes ou chaulées, qui n'ont pas été bien lavées, et le peigna(/e à sec des couvertures pour les garnir de poils à leur surface, sont des opéiations qui, pénibles

3' ÉDIT, — T. n. "K

FlYOIKNli PUBMQUR.

par les etibrts de bras qu'elles nécessitent, (loiinent lieu à un dégagement de poussières capidjie d'occasionner des aff.fclions pulmonaires ou de les ai-graver, et d'en hâter la terminaison funeste; l« battage des laines à la mécanique est exempt d'nicoiivénients.' Nous renvoyons à l'ouvrage de M. Villermé pour les détails relalifi à la santé des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de laine. Il n'a pas vu, comme le prétend M. Pâtissier, les ouvriers qui travaillent debout, être atteints de varices, d'ulcères aux jambes, ni les fouloimiers sujets aux anévrysmes du cœur. Les peigneurs de laine éprouvent des maux de téle à cause du charbon de bois qu'ils brûlent dans leurs fourneaux; on leur a conseillé de placer ces fourneaux sous une cheminée à tirage énergique ; dans le peignage à la mécani(|ue, la vapeur d'eau remplace le charbon. Les laines d'Angleterre, lavées sur le dos même des moutons, n'ont pas cet inconvénient. Le lavage des laines dans les cuves, leur dégraissage dans une eau chaude alcaline, leur séchage, leur teinture, sont des travaux qui se font à l'an* libre ; leur battage soit par les mécaniques appelées diables ou loups, soit a l'aide de baguettes, produit une poussière nuisible, mais qui en plein air ou dans des ateliers à fenêtres ouvertes, fournit peu à l'absorption. Le peignage à l'aide de peignes d'acier chautfi;s sur des fourneaux qui dans certains ateliers man(|uent de cheminée d'appel ou de tuyaux de tôle communiquant à l'extérieur, donne assez souvent lieu à des accidents d'asphyxie qu'il est aisé de prévenir.

M. Pâtissier avance que les trieurs et laveurs de laine en suint sont sujets au charbon et à la pustule maligne, mais les ouvriers ont assuré le contraire à M. Villermé; toutefois les trieurs qui manient les laines avant tous les autres exécutent un travail immonde, et répandent autour d'eux l'odeur du ranci des toisons.

La chapellerie em\)\o\Q les poils les plus propres au feutrage, castor, loutre, chameau, lièvre, lapin, laine de cachemire, de vigogne et des agneauxdedeux ans. Ces toisons sont nettoyées, peignées et battues {dégalage), débarrassées des longs poils qui ne frisent pas {ébarbageei éjari^age)^ et disposées au feutrage par l'action d'une brosse trempée dans unesolution étenduede nitrate d'argenl(sécrétage). L'arf(;»?j(?w/fait ensuite passer les poils sur les cordes d'un instrument appelé violon. Les piècesou plaques de poils qui résultent de ce travail sont ensuite roulées, comprimées entre des feuilles épaisses de papier, et suffisamment feutrées; elles sont foulées en tous sens pendant trois ou quatre heures avec de la lie de vin ou de l'eau aiguiséed'acide sulfu-

rique. Le dressage sur une forme, la teinture et l'apprêt complètent ces opérations. L'arçonnage et la coupe de poils ontété longtemps réputées insalubres. Parent-Duchâtelet a combattu cette opinion par des faits. La provenance des toisons peut avoir son danger; M. Guérard (1) a visité une femme découpeuse de poils de lapin et chez laquelle un œdème charbonneux, développéà la paupière, avait envahi la face, le cuir chevelu et le cou. Quand les toisons ont été trempées dans la lie de vin, il s'élève des cuves des buées d'une odeur insupportable; l'eau aiguisée d'acide sulfurique n'a pas cet inconvénient. La poussière noire qui se dégage à Ilots par le battage du feutre après sa teinture, est une autre cause d'incommodité qui justifie la classement des chapelleries dans la deuxième catégorie.

Soie. Dans les manufactures de soie, deux opérations compromettent gravement la santé des ouvriers : le tirage des cocons et le cardagede la filoselle; de pauvres femuies, assises toute la journée dans la saison des plus fortes chaleurs, auprès d'un fourneau et d'une bassine d'eau bouillante, tirent la soie des cocons, au milieu des émanations infectes de la chrysalide; et d'autres, plus misérables encore, les aident, sous le nom de tourneuses, en faisant marcher à bras leurs dévidoirs. iMiVL Yincens et Baumes (2) les disent sujettes aux fièvres putrides, aux congestions pulmonaires, a l'hémoptysie, a une sorte de bouffissure du visage, à l'enflure des jambes et des pieds, aux furoncles, à des tumeurs qui ressemblent à l'anthrax, etc. Le battage et le cardage des débris de cocons secliés au soleil (filoselle ou frisons) soulèvent des poussières malsaines. Au rapport de M. Boileaa deCastelnau et de tous les médecins du pays de Nîmes les cardeuses de la filoselle sont pâles, ont les yeux rouges, une toux fréquente, presque continuelle, et sont attaquées d'ophthalraie chronique, d'hypertrophie du cœur, de phlhisie pulmonaire ; les plus intrépides ne peuvent continuer ce métier au delà de 48 à 50 ans. Ces observations concordent avec celles de MM. Vincens et Baumes et avec celles de Bamazzini, qui attribuait une âcreté particulière aux cadavres des vers à soie. Pendant le dévidage des cocons, le contact de l'eau bouillante où ils sont plongés, détermine dans les derniers temps surtout un gontleraent avec ramollissement de l'extrémité des doigts, et parfois des crevasses et des abcès. Sous le nom de mal de ver ou de mal de bassine, le docteur Patton, de Lyon, a décrit une éruption vésiculo-pustuleuse qui se montre à la

(1) Topographie de Nimes, 1802.

(2) Rapport général du Conseil de salubrité de Paris, 1848.

naissance et dans l'inlorvalle des doigts ou sur le dos et dans les plis de la main ; cette éruption dure cinq ou six jours quand elle est bénigne; le plussouventellea unedurée moyenne de qninz.; jours et s'accompagne de vivesdouleurs; parfuiselle se complique, de pliieg mons très graves. Les lotions astringentes modèrent ce mal ([ui paraît n'être point sujet à récidive; les ouvrières qui l'ont eu, jouissent ensuite d'une sorte d'immunité. Il est à désirer que des machines remplacent un jour le travail de la main dans les deux opérations dont nous venons de parler. Depuis l'émission de ce vœu (deuxième édition), MM. Alcan elLinetont appliqué la vapeur audevidagedes cocons, et ont ainsiapporté un notahie amendement aux conditions sanitaires de l'industrie séricieole. L'orgasinage ou mouliiiage de la soie paraît être un métier tout à fait innocent.

Crins. De même qu'il faut bien laver les laines avant le battage, pour en rendre la poussière moins abondante et moins désagréable à l'odorat; de même il laut, au déballage, assainir les crins et les laver à la vapeur de l'eau bouillante. Uii homme est mort à l'hôpital de Seez, pour s'élre servi d'un mouchoir dans lequel il avait conservé longtemps les crins d'une jument (Huzard). En effet, les crins, imprégnés de sécrétions cutanées et de sang, salis paries matières fécales qui s'échappent au moment de l'abatage ou de la mort naturelle, sont mis en ballots pour être expédiés du Brésil, de Buénos-Ayresou de la Russie; ils donnent une poussière de débris animaux fermentés, altérés, qui, respirée en grande quantité, peut agir comme un poison, sans que les animaux soient morts de maladies contagieuses. Dans les prisons de Metz, la plupart des détenus sont employés à battre, à éplucher et tirer le crin. Outre la toux et l'irritation perpétuelle des bronches que la poussière entretient chez eux, ils absorbent les émanations délétères rjui se dégagent des crins de qualités inférieures. Le docteur Ibrelisie, de Metz, a observé chez quinzed'entreeux des éruptions furonculeuses, chez sept des anthrax, dont plusieurs fort graves, et chez les autres des tumeurs intermédiaires entre le furoncle et l'anthrax (1). Si dans les ateliers libres ces accidents ne surviennent point, c'est que le déballage et le battage ont lieu en plein air; les crins sont triés à la main, peignés par un procédé mécanique, filés, puis soumis à l'ébullition dans une chaudière à robinet inférieur qui déverse immédiatement les eaux dans un conduit souterrain, ensuite ils sontséchés et frisés.

(1) Anmles d'hygiène, 18t5, t. XXXIII, p. 330.

UESTA. — PUOb'ESSlOlNS A MATIEUES ANIMALES. 869

Les tanneries, mégisseries, corroirics, sont des foyers d'émanations animales qu'on laisse multiplier dans les villes. Les peaux sont apportées fraîches ou en vert, c'est-à-dire très odorantes ; salées et séchées, elles subissent ensuite un traitement par la chaux ou par l'action de la vapeur, d'un courant d'eau chaude ou simplement celle de l'eau courante ; ces opérations qui facilitent le grattage des { poils, cor)stitutent le travail de rivière. Les peaux ainsi préparées j sont mises en couche avec du tan (écorce de chêne broyé) ou de I l'alun ; c'est le tannage, suivi du séchage et du graissage à l'aide du suit londuoude Thuilede dégras. Les manipulations descorrnyeurs ! et des maroquiniers, moins compliquées, sont l'humectation, le i battage, le graissage et la teinture des cuirs. On voit que cette industrie produit une grandequanlilé de résidus organiques, solides et liquider; très putrescibles, et devenant presque toujours pour le voisinage une cause d'insalubrité par l'omission ou l'observance difficile des précautions nécessaires. Les citernes d'eaux sales, les plains, les cuves, les fosses doivent être étanchés; lescours et dépeni dances pavées de grès rejointoyé avec une pente sulTisante pour l'écoulement des eaux dans la citerne ; les eaux grasst\s doivent s'écouler par des conduits isouterrains ou être transporlées dans des tonneaux bien fermés jusqu'à un coursd'eau où l'on puisse les déverser. La bourreet la tannée ne doivent pas êtrecoiiservées dans l'intérieur des usines. Les uiégissiers sont exposés à deux maladies des doigts, décrites par M. Ârmieux : la première, (Vile choléra des doigts, consiste en une ecchymosede la partie interne des doigts, où la peau finit par s'ulcérer; de là, au contact de la chaux, des souffrnnces atroces; la seconde, nommée rossignol, phis douloureuse encore, consiste en un trou capillaire à l'extrémité des doigts, dû à l'amincissement de la peau corrodée par la chaux, et mettant l'air en contact avec les papilles nerveuses. Des gants huilés préserveraient les ouvriers de ces deux altérations.

Les boyavderies oui été rangées avec raison dans la première classe (les établissements hisalubres ; elles doivent être éloignées au moins de 100 mètres de toute habitation, et situéessur lebord d'une rivière ou d'un ru. L'infection qu'elles répandent est des plus méphitiques; les ouvriers qui débutent, éprouvent des troubles fébriles des voies digestives qui cèdent à l'emploi des purgatifs (Guérard et Chevallier). Les principales opérations consistent à dépouiller les intestins de la graisse que les bouchers y ont laissée adhérente et des matipres fécales (jui les obstruent, puis àen séparer

^7,0 IIYUIÈNK l'UULigUE.

pijr une macéralioii de six à huit jours dans des tonneaux reniplis d'eau la membrane pôritonéale dont ledéjiraissajje n'a enlevé (luc^ des lambeaux. Quand la puliélaclion est assezavancéo, les boyaux sont immergés h plusieurs reprises dans l'eau Iraîclu;, et ratisses sous la pression de l'ongle; ils sont ensuite souillés et portés au soufroir où ils blanchissent et perdent leur odeur. Le conseil de salubrité de Paris prescrit de ne recevoir dans les boyauderies que des intestins préalablement nettoyés dans les abattoirs, de transporter journt llement les résidus à la voirie, de préférer le procédé par les alcalis ou procédé de fermentation pour séparer les matières animales fermentescibles ou solubles d'avec les deux membranes de nature musculeuse et fibreuse qui sont employées dans l'industrie, de répandre continuellement du chlorure de chaux dans les ateliers et d'en saupoudrer les débris de fabrication avant de les eavoyer à la voirie.

Les fabriques de colle forte utilisent les brochettes ou raclures de peaux préparées par les mégissiers, ]es buenos-ayres ou peaux d'emballage et rogmires de peaux venant du Brésil, les effîeurures ou débris de la fabrication dt'S buffles, \es patins ou gros tendons de bœuf, les ro^nwre.s des parchemineries, les tanneries ou parties rejelées par les tanneurs, et les os qui, sans prix il y a cinquante ans, sont aujourd'hui un élément de trafic important el de fret des navires. Les matières sont macérées dans un lait de chaux, égouttées, desséchées, dénudées dans l'eau bouillante au bain-marie jusqu'à ce que le liquide de la chaudière, soumis à un courant d'air froid, se prenne en gelée. Les os sont dégraissés et traités, soit par la chaleur dans une chaudière autoclave, soit par l'acide chlorhydrique. Les fabriques où l'on n'agitquesur des os sont rangées dans la troisième classe, les autres dans la première ; les eaux qui s'en écoulent sont chargées de matières animales, fermentescibles et répandent une odeur infecte.

Les fonderies de suif, de graisse, incommodent par leurs vapeurs sébaciques, quel que soit le mode de fabrication. En plein air, une buée lourde et nauséabonde flotte sur les poêles et répand son méphitisme aux alentours des abattoirs, seules localités où la fonte des suifs en branche est autorisée à Paris. En vase clos et avec le concours des acides qui identifient avec le suif les débris de chairs don! il est accompagné, il n'y a pas de résidu (creton), il y a moins d'odeur; mais d'après M.Bizet, cette odeur modifiée, moins cho- (juante pour l'odorat, acquiert un caractère de nocuité; elle occa-

sienne aux ouvriers des douleurs thoraciques et un malaise qu'ils évitent en opérant la fonte des suifs dans les vases découverts. Le procédé de M. Darcet, consistant à introduire par petits morceaux le suif en branche dans une chaudière de cuivre rouge et de l'y chautîér en contact avec 1 d'acide sulfui ique et 50 pour lOU d'eau, donne des produits plus blancs et plus fermes, un crelon plus facile à sécher, mais il ne supprime pas l'odeur infecte, irritante et diffusible de cette fabrication.

Les générateurs à vapeur étant d'un usage presque général dans ces fabriques comme dans celles de colle forte, on exige habituellement que les gaz dégagés des matières en fabrication soient ramenés dans le foyer des fourneaux et brûlés avec les matières combustibles ; ce qui procure le double avantage de détruire des émanations insalubres et d'utiliser des produits propres à la combustion; mais ce moyen crée un danger d'incendie par la communication du feu à la chaudière à travers les conduits.

S 8. — Professiout» à matières végétales.

L — Emanations végétales.

L'influence qu'exercent les émanations des végétaux vivants a été signalée (t. I", p. 481 et 656). Les agriculteurs, les jardiniers et les fleuristes, constamment entourés d'émanations végétales, sont loin d'en souffrir. Mais nous ne pensons pas qu'on puisse, avec M. Lombard, rapportera cette cause le petit nombre de philiisiques parmi les professions agricoles. Nous ne reviendrons pas sur l'Hifluence des émanations des végétaux qui se putréfient sur le sol ou dans l'eau. Nous avons étudié en détail les effets morbides que l'on rattache à celte classe d'agents toxiques et les moyens de préservation qu'il convient de leur opposer.

IL — Poussières végétales.

Les unes, comme le duvet uniformément répandu sur les feuilles et les branches du platane, comme les poussières amylacées qui entourent les meuniers, les boulangers, les amidonniers, irritent mécaniquement les surfaces muqueuses sur lesquelles elles se déposent (yeux, narines, larynx, bronches); les autres, outre cet

HYUliîNE PUBLIQUE.

effet, pénètrent par absor|)tion dans l'organisme et (Jéterminent alors une autre série de pliénomènes: telles sont les poussières de noix vomique que respirent les pileurs de drogues, les poussière, d'aconit, de jusquiame, de tabac, etc. Cette dernière plante mérite, avec le coton et le chanvre, un examen spécial à cause de l'importance industrielle de ces végétaux et des discussions qu'ils ont lait naître parmi les hygiénistes.

IJl. — Tauac.

Le monopole du tabac rapporte aujourd'hui en France 100 millions, dont 75 de bénéfice net ; et depuis 1811, épofjue de son établissement, il a fait entrer au Trésor plus d'un milliard et demi. Il y a loin de là au temps de Louis XIII et du cardinal de Richelieu (1635), où un règlement de police défendait la vente du tabac à tout autre qu'aux apothicaires, sous peine d'une amende (h; 80 livres parisis, et interdisait son usage jusque dans l'intérieur des maisons, à peine de prison et du fouet. En 1866, la consommation s'élevait à 16 millions de kilogrammes, ce qui fait en moyenne 500 grammes par individu, dont 1/3 en poudre et 2/3 en tabac à fumer. En 1867, elle est montée à 18, '230, 700 kilogrammes, et, en 1853, à 19,581,700 kilogrammes Le produit net de la vente a été, en 1867, de 86 millions de francs; en 1853, il a été de 105 millions. Dans lappiiode comprise entre ces deux dates, la fabrication du tabac en pondre, des rôWs et des carot'es, est à peu près restée statioiniaire ; mais celle des scaferlatis et des cigares a notablement augmenté.

Quelle inlluence la fabrication du tabac exerce-t-elle sur la santé et les maladies des ouvriers? D'un côté, Ramazzini, Fourcroy, Cadet-Gassicourt, Tourtelle, Percy, Pâtissier et Wérat, les représentent maigres, décolorés, jaunes, asthmatiques, etc. D'autre part. Parent- Dncliàtelet a été conduit par une enquête minutieuse à nier ces effets. Suivant lui, les ouvriers s'acclimatent au bout de quelque temps, ne contractent pas de maladies particulières et vivent longtemps ; les émanations du tabac ne les incommodent que lors de la démolition des masses. Les rapports des médecins attachés aux manufactures de l'État semblent confirmer cette opinion. Le document officiel qui les résume pour l'année 1862 fait connaître : 1" que les ouvriers n'ont offert aucune maladie particulière que l'on puisse attribuer au tabac lui-même; il aurait seulement ag-

gravé à Paris des broncliites et des céphalalgies qui y ont régné pendant les chaleurs d'été; 2° que le tabac aurait agi comnne préservatif de quelques maladies, de la fièvre typhoïde à Lyon, de la dysenterie à Morlaix, de la suette à Tonneins ; 3" que le séjour des manufactures de tabac serait peut-être salutaire aux individus menacés de la phthisie, qu'il pourrait les préserver de celte maladie et même en guérir ceux qui en seraient afiéctés. Entre ces assertions et ces fails opposés, que faut-il admettre? Les nouvelles recherches de M. Mêlicr (1) aideront, suivant nous, à la solution véritable du problème. Indiquons d'abord la série des travaux auxquels donne lieu la fabrication du tabac et dont plusieurs ont été modifiés depuis la publication du mémoire de M. Parent-Duchâtelet. Les opérations préliminaires sont l'époulardage ou triage des feuilles, et la mouillade ou leur humectation par l'eau froide simple ou salée. La mouillade se fait dans des salles dallées, divisées en travées où les feuilles sont élalées par couches minces et arrosées; on mouille à 21 pour 100 d'eau salée à 12 degrés Baumé pour la poudre, à 28 pour 100 d'eau salée à 6 drgrés pour les scaferlatis; à 20 pour 100 pour les rôles ; à 8 pour 100 d'eau pure pour les cigares. Les manipulations préparatoires s'arrêtent là pour les feuilles desiinées à la poudre, aux rôles, et aux cigares; mais pour les scaferlatis, ou tabacs à fumer, elles subissent l'écôtage qui a pour but de leur enlever la portion sadiante des côtes ou nervures, le hachage, qui se fait maintenant à l'aide de machines à vapeur, et la dessiccation ou torréfaction des feuilles placées à cet effet sur des cylindres que la vapeur venant de la chaudière des machines échauffe jusqu'à 80 degrés centigi ades et davantage. Le tabac à priser est aussi haché, à 10 millimètres de coupe environ ; mais ensuite on le réunit en tasreclangulaires de^j mètres de hauteur sur à 5 de largeur et 6 à 7 de profondeur, du poids de ^0 à 50,000 kilogrammes, que l'on met à feruienler dans des magasins fermés. Ces masses s'échauffent, la tem()érHture s'y élèveà 60 degrés lentement ; d'autres fois elle y monte rapidement et atteint, au bout de trois mois, 75 à 80 degrés centigrades. Elles éprouvent, par la réaction de leurs principes, un travail intestin qui communique au tabac des qualités nouvelles ; en même temps il se dégage une quantité considérable de gaz non encore analysés jusqu'à ce jour, mais que l'on suppose, d'après leur impression sur l'odorat, être de l'ammoniaque, de l'acide acétique et probable-

(I) fitilletin de l' Académie demédecine, 1845, t. X. p. S60.

ment delà nicotine ; ils imprègnent l'air d'une odeur âcre, et le rendent diincileà respirer à une certaine époque de la fermentaiion. Celle-ci marche d'autant plus vitcque les masses coiitiennt'iit une plus forte proportion de Virginie et de bons tabacs indigènes; elle est plus faible, quand elles se composent de tabacs légers, de débris: l'étHt de l'atmosphère n'est pas sans influence sur son développement ; a la suite d'un orage, on voit quelquefois partir une masse en retard. La fermentation n'est pas égale dans les diverses zont ^ delà masse; nulle au pied, faible à 1 mètre de hauteur, très setisibie à 2 mètres, elle a son maximum aux jonctions des masses o\ aux angles antérieursà 50 ou 60 centimètres de la surface supérieure. A cette hauteur, la coupe met à nu un cordon de parties d'autant plus noires qu'elles sont plus fermenlées; quelquefois elles sont entièrement carbonisées ; ces deux nuances s'expriment dans le langage des ouvriers par les mots bouilli rôti; une bonne fermentation doit donner la plus forte proportion de bouilli et la moindre de rôti. Quand la température s'élève à 80 degrés, on pratique àvtranchées pour mettre à nu les parties trop échauffées et éviter un excès de rôti ; les tassements, ouvrant par des fentes un accès a l'air jusqu'aux endroits les plus chauds, donnent lieu aux coups de feu, c'est-à-dire à la carbonisation. Les parties noiies refroidies ont une odeur douce et éthérée. Au bout de cinq à six mois, la température des masses devient statioimaire : on procède alors à leur démolition ; il en sort une vapeur épaisse et fumante. Cette opération ne peut être exécutée que par des ouvriers acclimatés et robustes. Le tabac subit ensuite le lâpage, qui se faisait autrefois à bras, et qui est remplacé par une sorte de mouture dans une suite de moulins d'où le tabac s'échappe de plus en plus fin Après la mouture, il est soumis à une deuxième fermentation dite en cases, précédée d'une mouillade salée par suite de laquelle le râpé sec, qui prend alors le nom de râpé parfait, acquiert environ 18 pour 100 d'humidité. Pressé, foulé en tas de 25 à 50,000 kilogrammes dans des chambres ou cellules où il subit une fermentation de neuf à dix mois, et soustrait autant que possible au contact de l'air, il acquiert une température de 55 à 60 degrés centigrades; la chaleur irait même jusqu'à produire la carbonisation du tabac, si on ne le changeait de cases. Ces transvasements sont le travaU le plus pénible et le plus dangereux : l'ouvrier forcé de remuer une poudre brûlante d'odeur ammoniacale et d'en remplir des sacs ou hottes, respire un air àcre et infect qui pi(pie les yeux, irrite la pi-

liESTA. — FKOFESSIUNS A MATIÈRES VÉGÉTALES. 875

i tuitaire, prend à la gorge et suffoque. Ces transvasements, qui ont I pour but de ranimer le travail du tabac, ont lieu deux ou trois lois, i suivant (lue la couleur, le montant et le goût répondent plus ou I moins aux exigences de la consommation; ce point détermine ce que l'on appelle la maturité des cases. Il faut distinguer le montant, la force et le parfum du tabac : le montant s'apprécie l'odeur et I dépend des sels ammoniacaux ; la force, due à la nicotine, se me- I sure par les effets de la prise, c'est-à dire de l'absorption par la surface interne du nez. Le parfum parait indépendant de l'ammoi niaque et delà nicotine; il n'est autre que l'odeur douce dont sont I doués certains tabacs, ceux de la Virginie au plus haut degré, et qui se développe surtout pendant la fermentation. Celle-ci, dans la fabrication du tabac à priser, a finalement pour but : la formation de l'huile essentielle qui contribue pour beaucoup au parfum du tabac; la destruction d'une partie de la nicotine qui, sans cette réduction, exercerait une action dangereuse sur l'organisme; la production du caractère alcalin par la décomposition partielle des acides malique, citrique, pectique ; enfin la transformation des matières azotées en ammoniaque et en corps noirs auxquels le tabac doit sa couleur brune aimée des consommateurs (1), Au sortir des cases, le tabac n'a plus besoin que d'être tamisé, opération qui se fait aujourd'hui à la vapeur ; l'atelier du tamisage est un des moins désagréables. Toutefois la poussière de tabac y voltige comme la farine dans un moulin. La fabrication des rôles fournit les rôles ordinaires^ véritables cordes en feuilles mouillées écôtées, et les rôles menu-filés composés entièrement de Virginie de qualité supérieure ; l'enroulement s'opère à l'aide d'un rouet. La préparation des cigares est confiée aux femmes et se fait avec deux sortes de feuilles, les unes pour robes, les autres pour l'intérieur; celles-ci sont légèrement humectées, puis écôtées ; celles-là sont assez mouillées pour être souples et extensibles, écôtées, étalées sur une planchette et découpées en morceaux de 25 centimètres. Les cigares sont, après leur confection, étendus sur des claies dans des séchoirs, et y restent pendant huit jours exposés à une température de 20 à 1U degrés, pour être ensuite renfermés dans des caisses et manulentiormées aussi longtemps que possible dans les magasins.

Ainsi l'élabonition du tabac, qui ne se termine qu'en dix-huit là vingt mois, expose : l'à des travaux de force ou simplement

(Ij Pelouze etFrémy, Chimie générale, t. IV, p. 448.

HVtilliNB PUBLIQUE,

pénibles ; 2» à un air chargn d'une poussière plus ou moins ôpaissp et âcre ; 3- à l'humidité Iroide du mouillage ; 4° ii (piHques émanations de la ph.nte fraîche et humide (écôtage) ; 5" à des émanations plus fortes augmentées par une grande chaleur (torrélaclion) ; 6° aux émanations et à des gaz dév(;loppés sous l'influence de la chaleur et de la fermentation (travail des masses) ; 7" aux mêmes causes, et de plus à la poussière du tabac (travail des cases) ; 8" à la poussière seule, sans chaleur ni fermentation (tamisage). Or'la progression des accidents est en rapport avec ces conditions : faibles dans les opérations simples qui agissent sur la plante entière fépoulardeurs, écôteuses, ouvriers du mouillage et du hachage (cigarières), plus prononcés dès que la chaleur est appliquée àla plante et que la fermentation s'en empare, ils acquièrent leur maximum d'intensité, quand à ces deux circonstances s'ajoute l'état pulvérulent de la plante.

Il faut distinf-uer les efiéts du tabac en primitifs et en consécutifs : 1" le voisinage d'une manufacture de tabac se dénote par une odeur qui augmente à mesure <|ne l'on en approche; dans l'intérieur, on n'observe pas la sternutation continuelle dont parle Ramazzini, et qui incommoderait jusqu'aux chevaux ; mais si l'on y séjourne quelque temps, on éprouve de la céphalalgie, du mal de cœur et des nausées, quelquefois de la diarrhée. Celle ci, plus fréquente chez les femmes, est salutaire et semble un effort spontané d'élimination des principes qui ont pétiétré dans l'organisme. Beaucoup d'ouvriers ne cessent point de ressentir ces symptômes, et force leur est de renoncer au travad des maruifaclures. Ceux qui s'acclimiilent oublient les circonstances au milieu desquelles ils travaillent. Insouciants de toute précaution, ils mangent dans les ateliers sans se laver les mains, et comme si le tabac ne les pénétrait pas assez, on les voit fumer et chiquer ; cependant l'action lente du tabac, pour être inaperçue, ne cesse point; elle finit par opérer en eux un changement profond. « il consiste, dit M. Mêlier, dans une altération particulière (lu teint: ce n'est pomt une décoloration simple, une pâleur ordinaire, c'est un aspect gris avec quelque chose de terne, une nuance mixte qui tient de la chlorose et de certaines cachexies. La physionomie en reçoit un caractère propre auquel un œil exercé pourrait, jusqu'à un certain point, reconnaître ceux qui ont longtemps travaillé le tabac ; car il faut dire que ce faciès ne s'observe que chez les anciens de la fabrique qui ont passé par tous les travaux. M. Hurteaux estime qu'il ne faut pas moins de deux ans pour

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qu'il se produise ; c'ust alors (jue l'acclimatement est complet. C'est là une intoxication lente due à l'absorption de certains principes du tabac. Il est vrai que M. Félix Boudet n'a pas retrouvé la nicotine dans le sang d'un de ces ouvriers cachectiques; mais le sang qu'ils fournissent dans les pldegmasies n'est pas couenneux (Hurteaux) ; ils sont sujets aux congestions passives. Chez eux les saignées sont rarement utiles ; il est d'ailleurs probable qu'ils évacuent une partie de la nicotine absorbée par les urines qu'ils rendent en abondance, malgré leurs sueurs habituelles ; enfin, M. Slollz, en accouchant une ouvrière de la manufacture de Strasbourg, a reconnu l'odeur du tabac dans les eaux de l'amnios, sans qu'il fût instruit de la profession antérieure de celle femme. Les progrès de la cacliHxiese dénotent par l'aniaigrissement et la diminution des forces, phénomènes (|u'on observe surtout chez les ouvriers des cases dont la constitution s'altère en peu de temps. Tel est le résultat sommaire des observations de M. Mélier ; elles s'accordent avec celles que le docteur Pointe, attaché à la manufacture de Lyon, a publiées presque à l'époque où parut le mémoire de M. Parent. Les documents manquent sur la longévité des ouvriers. Notre ami, le docleur Maurice Ruef, signale, sur une population de 123 individus, 5 vieillards au-dessus de 72 ans, dont k ont travaillé toiite leur vie à la manufacture de Strasbourg (1). Les améliorations obtenues sont l'aération des ateliers, l'établissement de cheminées d'appel, l'euiploi des machines à vapeur, les arrosages d'eau vinaigrée, déjà recommandés par Ramazzini, et dont M. Hurteaux a reconnu l'utilité, etc.

Le travail dans les manufactures de tabac préserve-t-il ou guérit-il de certaines maladies? Les ouvriers atteints de douleurs rhumatismales, névralgiques, de lumbago, se couchent sur un tas de tabac, et se réveillent guéris ou soulagés. Le docteur Berthelot emploie avec succès contre ces affections un cataplasme de graine de lin cuite dans une forte décoction de tabac. M Réveil lé-Parise a expérimenté l'eflicacilé du tabac contre la goutte. MM. Pointe, Mératet Delens le considèrent comme préservatif des fièvres intermittentes. A Paris, ces maladies sont rares ou bénignes; à Strasbourg, M. Rutf en a observé chez ses ouvriers. Nous avons mentionné l'action préservaiive qu'il a exercée, dit-on, contre la suette la fièvre typhoïde, la dysentérie. M. Gasca noté la rareté de la gale et de la vermine parmi les ouvriers qui travaillent le tabac. Cinq

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1845, t. X, p. 677.

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sur les dix médecins attachés aux dix manulaclures de l'Étal se sont rencontrés par fortuite coïncidence dans 1 opinion que la phthisie est rare chez les ouvriers, et qu'elle lait des progrès moins rapides chez ceux qui en apportent le germe déjà développé (Bordeaux, le Havre, Morlaix, Lille, Strasbourg); deux nient cette sorte d'immunité; trois n'en parlent point. C'est surtout M. KueCqui l'a signalée avec insistance. M. Mêlier fait remarquer d'aboid que la population des manufactures est choisie et subit une visite préalable à son admission; ensuite il y a eu en 18ù2, 3 phthisiques à Paris, 5 à Morlaix, 2 à Marseille; la phthisie ne fait donc pas défaut dans les manufactures; déplus, M. Mélier a vu un cas de phthisie présumée se confirmer et s'aggraver dans la fabrique de Paris. Dans aucune, on n'a encore fait connaître un cas de phthisie confirmée qui ait été ralentie ou guérie ; du moins les faits pro;iuils jusqu'à ce jour manquent de rigueur scientifique. Ce point reste donc à éclaircir ; l'administration s'en occupe.

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