‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 145 sur 163 · GESTA. — PROFESSION AGRICOLE · texte numérisé non relu

GESTA. — PROFESSION AGRICOLE

du besoin ; que si une diminution du prix des grains lui permet, comme à l'ouvrier dos villes, d'économiser de 35 à ^0 fr. , son aisance est proportionnellement plus grande, puisque son revenu s'est accru d'un vingtième au-dessus de ses besoins habituels ; remarquez encore qu'il gagne plus sûrement 620 fr. que l'ouvrier des villes 860 fr., l'industrie étant sujette à chômages et les produits des fabriques étant d'un débit moins certain que ceux des exploitations agricoles. Nous avons signalé (t. I, p. 839) la composition du régime de beaucoup de populations agricoles; il varie beaucoup d'une contrée à l'autre. D'après M. Combes, il se compose en Bretagne de bouillies, crêpes et galettes de sarrasin, de pain de froment, de seigle ou d'orge, de pommes de terre, de beurre, de lait et une fois par semaine de viande de bœuf ou de porc salé. Dans la Haute- Garonne, il consiste en légumes, en salé, en pain de froment et en bouillie de maïs. Dans le nord le paysan déjeune avec du lait, du pain et du beurre, dîne avec la soupe au lard et de légumes, goûte avec du pain et du beurre, et soupe avec une bouillie ou une salade. Dans le département de l'Isère, soupe aux légumes, lait, fromage, pommes de terre frites ou assaisonnées, œufs, salade; deux fois par semaine, du salé. Dans le Tarn, pain de blé ou de seigle, rarement du millet; millas grillé quelquefois; farine de sarrasin, pommes de terre, soupe à la viande de porc ou d'oies salés, etc. Dans les Landes, pain noir mal pélri, fait avec la farine de seigle et de maïs, sardines de Gallice, soupe de légumes et de lard rance, bouillie de mais ou de millet appelée escauton, etc. A certaines époques de l'année, la nourriture devient plus abondante et plus azotée à la campagne pour aider aux. travaux extraordinaires que nécessitent la fauchaison, la moisson, les vendanges, le battage des grains, les labourages d'automne et les semailles. C'est alors qu'un peu de vin s'ajoute aux repas, luxe à peu près inconnu il y a 150 ans dans les campagnes, ainsi que nous l'apprend Vauban. Quelque imparfait qu'il soit encore, le régime de nos paysans est en voie d'amélioration. Du temps de Vauban le commun peuple ne mangeait pas de viande trois fois en un an ; dans la plupart des fermes, on en mange aujourd'hui deux fois par semaine, à la vérité dans une proportion insuffisante; le pain de froment, autrefois presqu'inusité dans les campagnes, n'y est plus rare; le pain d'orge et d'avoine non blutées a fait place généralement à celui de froment et de seigle ou d'orge; l'introduction de la pomme de terre n'a pas seulement amélioré la nourriture féculente des paysans, mais elle

HYOIKNE PUBLIQUE.

leur facilite l'élève des porcs; U; bourre et le lait, qui se veiidaien presque exclusivement dans les villes, se consomment en parti dans les campagnes (Boucliardal), etc.

En traitant des localités au point de vue de l'hygiène publique nous avons signalé les dilîérences de maladies, de nai.ssances et d décès que l'on observe entre les villes et les campagnes (page i90) Le docteur Charpentier (de Valenciennes) a lait ressortir dans 1 hameaux et les villages les elFets plus meurtriers des épidémies qu les villes y propagent. Le docteur Gcndron a insisté sur la contagion plus évidente de quelques petites épidémies dans les campagnes. La disposition vicieuse des maisons, l'encombrement qui y existe, le manque de soins éclairés, la privation ou le retard d'une direction médicale, etc., expliquent ces différences. Les causes de mort ne sont pas même enregistrées; les inhumations .sont autorisées sur les déclarations de décès faites par des personnes étrangères à la médecine.

Sous le rapport psychologique, les agriculteurs nous montreni l'influence torpide que les travaux continus exercent sur l'intelligence; dispersés pour leurs travaux au milieu des champs, l'isolement les porte à l'égoïsme, à la méfiance, à la susceptibilité ; penché^ vers le sol coaime leurs bêtes de labour, se redressent-ils vers \ê ciel, c'est pour l'interroger sur le sort de leur moisson ; l'idée de la propriété les absorbe, et s'ils ignorent les grandes passions de iîi cité, ils sont dévorés par l'orgueil, par le sentiment de la vengeance, par l'envie des biens d'aulrui ; ils prisent leurs enfants pour le secours qu'ils en tirent dans le travail des champs, aussi faut-il qu'une loi les force de les envoyer à l'école. Ce que l'instruction et le contact des sentiments généreux pourront sur leurs natures hébétées, le recrutement le démontre; leurs fils acquièrent dans les rangs de l'armée tout ce qui manque aux pères, et c'est surtout pour les campagnes que l'armée peut devenir, comme nous l'avons dit, un instrument de régénération.

§ 6. — Professions «'k température élevée.

Une foule d'ouvriers (taillandiers, émailleurs, forgerons, fondeurs, boulangers, cuisiniers, mécaniciens, chauffeurs de machines à feu, raffineurs de sucre, etc.) séjoui-nenl habituellement dans une atmosphère dont la température, rarement au-dessous de 20 degrés centigrades, atteint fréquemment ZiO et même 75 à 80 degrés ; la sécrétion de leur peau s'accroît d'une manière extraordinaire;

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ils ont en général peu d'embonpoint et on les voit s'exposer à peine couverts à l'air froid du dehors, et cela avec une apparente impunité. John Davy a étudié les effets physiologiques que produit sur les chauffeurs la température d'une machine : la température extérieure étant à 26% 7 centigrades, le pouls à 60, la respiration à 15 et la chaleur du corps à 37°,17, il a vu, après un quart d'heure de séjour dans une soute à charbon où le thermomètre marquait Z;5",89, le pouls s'élever à 83, la respiration à 16, la température de la langue à 37", 50; au bout de 25 minutes, le pouls était à 102, la respiration à 18, la température de la langue à 37", 89. Dans une autre expérience, il a vu le pouls montera lZi2 pulsations et la chaleur du corps à 39°, 5 centigrades. Rien de positif dans les maladies ou dans les différents genres d'imminence morbide qu'on impute à ces catégories d'ouvriers, si l'on excepte les lésions de l'appareil visuel (voy. tome I, page 369) et la remarque faite par Esquirol que les professions qui exposent à l'action du feu envoient beaucoup d'aliénés à Charenton. On les dit sujets à l'anémie, suite des sueurs excessives et d'une hématose incomplète, au rhumatisme, aux congestions cérébrales, à l'apoplexie, à l'hypertrophie du cœur, au flux diarrhéique déterminé par l'ingestion immodérée d'eau froide, aux phlegmasies aiguës des bronches et du parenchyme pulmonaire ; mais la statistique n'a rien établi à cet égard. M. Lombard pense qu'ils succombent plus facilement que les autres ouvriers à la phthisie pulmonaire (127 sur 1000, au lieu de MU, moyenne des autres professions) : conclusion conforme à l'expérience générale qui signale l'air sec comme irritant ; mais les chiffres qu'il donne sont fort restreints, et sur les 47 fondeurs qu'il mentionne, aucun n'est mort phthisique.

M. Desayvre (1), par une observation attentive de diverses catégories d'ouvriers, qui , dans la manufacture de Ghâtelleraut, travaillent exposés de près à l'action du calorique rayonnant, est parvetm à déterminer les lésions oculaires qui les atteignent. La température du foyer et la dislance à laquelle sont placés les ouvriers, influent sur l'intensité de ces altérations. Les forgeurs de canons et de bayonnettes, les marqueteurs et les raffîneurs, travaillent au blanc soudant, les forgeurs de garniture et de platine au roiiye blanc, les forgeurs de lames de sabre au rouge rose, les trempeurs de l'arme à feu au rouge cerise, les trempeurs de l'arme

(1) Ann. (V'hyg. et de médecine légale, 2' série, 1856, t. V, p. 73 et 341.

oOO HYGIÈNE l'UBLIQnK.

blanche au rouge cerise foncé. De tous ces ouvriers, les trempeurs de l'arme à feu sont les plus rapprochés du foyer ; aussi ne travaillent-ils en moyenne que deux heures par jour. Les forgeurs de lames de sabre ne soutiennent leur métier pendant longues années (trente ans et plus) qu'en se restreignant à trois heures de travail par jour. Pour la rapidité et la gravité du développement des lésions oculaires, ces diverses spécialités se groupent sur l'échelh; suivante : forgeurs de canons et de bayonnettes, forgeurs de platine et trempeurs de l'arme à feu, puis trempeurs de l'arme blanche ; en dernière ligne, les forgeurs de lames de sabre et les monteurs de sabre. Chez 25 de ces ouvriers, la vue a été habituellement trouble, 15 étaient devenus presbytes, 2 voyaient plus clair d'un œil; tous offraient un changement de coloration dans le fond de l'œil qui, au lieu de sa teinte noire, avait un aspect nébuleux ou même blanchâtre. Chez au lieu de trois images dont on constate l'existence au fond de l'œil, quand ses membranes ont toute leur transparence et leur poli, on n'observait que la grande image; chez les 11 autres, on voyait les deux images droites. Sur Zi9 canonniers ou forgeurs qui, placés à 60 centimètres du foyer, roulent une lame de fer rougie au feu sur une broche froide, 25 jeunes ou débutant dans leur profession n'ont fourni qu'un seul cas de maladie oculaire ; des 2k autres, plus anciens, 15 souffraient de l'action du calorique rayonnant et des paillettes de fer incandescent qui leur jaillissent aux yeux ; leur pupille était habituelle- j ment rétrécie ; chez 6, la vue était notablement altérée ; le fond de I l'œil était terne, d'une nuance de pellicule d'oignon, ou même ! d'un aspect blanchâtre; la piesbytie avec affaiblissement de la vue existait chez h Une ou deux images manquaient chez 6 qui avaient la vue trouble ; h ne laissaient voir dans leurs deux yeux à fond blanchâtre que la grande image, présomption d'opacité de tout l'appareil cristallinien ; 1 était atteint de cataracte double.

§ 6. — Professions Iiygroniétrlqaes.

Un certain nombre de professions entraînent le séjour habituel dans l'eau ou dans un air chargé de vapeur aqueuse : telles sont celles de pêcheurs, laveurs de cendres, tanneurs, blanchisseurs, bateliers, lavandières, porteurs d'eau, baigneurs ou plutôt guides des baigneurs à la mer, débardeurs ou déchireurs de bateaux et de trains, regralteurs ou ravageurs qui lavent les sables des rivières

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