‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 148 sur 163 · V. — Coton · texte numérisé non relu

V. — Coton

M. Villermé n'a pas vérifié les effets pernicieux que l'on a attribués à l'huile qui sert au graissage des machines et qui imbibe les planchers, à la colle employée par les tisserands pour assouplir leurs fils, à certains procédés de teinture ou à quelques mordantsemployés pour l'impression. Les ouvriers s'accoutument aux odeurs désagréables que répandent ces matières ; mais ce qui les tue, c'est l'épais nuage de poussières irritantes et de duvet cotonneux qui s'attachent à leurs cheveux, à leurs orifices muqueux, et qui s'insinuent dans le nez, la bouche, le gosier et jusque dans les voies aériennes; la légèreté spécifique de ces corpuscules fait qu'ils sont entraînés dans l'inspiration et mis en contact avec le poumon, qu'ils enflamment. Leur forme filamenteuse et leur flexibilité leur permettent de pénétrer profondément et de s'adapter à la direction des divisions bronchiques. Les nouveaux ouvriers se plaignent d'abord de sécheresse de la bouche; puis la toux se déclare, symptôme d'une maladie naissante qui recevra plus tard la dénomination significative de phthisie ou de pneumonie cotonneuse, suivant la lenteur ou la rapidité de sa marche. Ceux qui abandonnent l'atelier pour n'y plus revenir guérissent. Le battage soulève ces mortelles poussières par nuages ; aussi, dans beaucoup de filatures, les ouvriers des ateliers du cardage en sont chargés à tour de rôle comme d'une lâche périlleuse. Autrefois le battage se faisait à la main ou à la baguette. On a inventé pour la laine et le coton des machines qui ouvrent ces substances au sortir de la balle, les battent et les épluchent: ce qui a permis de supprimer les épluclieuses à la main et de réduire le nombre des batteurs; néanmoins ces deux opérations ne peuvent encore se (aire qu'à la main pour le filage en fin. La même insalubrité pèse sur les premières opérations du cardage, sur le débourrage

et l'aiguisage des cardes ; les aiguiseurs se trouvent à peu près dans les mêmes conditions que les polisseurs d'acier. Un masque de gaze préserverait tous ces ouvriers des poussières en suspension dans l'air; mais celles-ci, attirées sur le masque par chaque inspiration, ne tarderaient point à l'oblitérer par l'épaisseur de leur dépôt. Heureusement on a modilié les machines à battre et à nettoyer le coton, de manière qu'elles ne soulèvent plus autant de poussières et de dépôt. M. Villerméa visité en 1836, à Zurich, et plus tard en Alsace, des ateliers de batteurs ventilateurs où les ouvriers portaient à peine des traces de leur occupation. Il faut joindre aux causes précitées de maladies la température élevée de plusieurs ateliers. Il faut pour le filage des fils les plus fins une chaleur de 24 à 25 degrés centigrades, pour le parage à la mécanique 3i à 37 degrés centigrades, et pour certains apprêts jusqu'à UO degrés; dans ces ateliers sans ventilation, on voit les ouvriers, bras, pieds et jambes nus et à peine vêtus du reste, baignés dans l'abondance de leur transpiration. Enfin, un travail borné à quelques mouvements qui se répètent avec une accablante uniformité et dans l'enceinte étroite d'une même salle ne leur est pas moins préjudiciable, et les iette dans un état mixte de langueur physique et d'ennui que M. Villermé compare à la nostalgie.

Les afi"ections tuberculeuses, scorbutiques et rhumatismales, précédées de l'étiolement et de la faiblesse générales de l'organisme, tel est le triste lot des tisserands à bras qui travaillent U à 17 heures par jour à faire des toiles de coton, de lin ou de chanvre, et qui, mal nourris, sentent leur poitrine incessamment ébranlée par les percussions du balancier sur le cylindre autour duquel l'étoffe s'enroule. Pour empêcher la dessiccation trop prompte de la couche de colle dont les fils de la chaine sont enduits, ils sont obligés de fabriquer ces toiles dans des lieux frais, un peu humides et à l'abri des courants d'air. On a inventé une colle dite purement hygrométrique, et qui permet de tisser à tous les étages, comme on fait pour la soie et la laine ; mais elle coûte trop cher, et les simples tisserands languissent encore dans les rez-de-chanssée et les caves. Les tisserands en laine et en soierie travaillent dans des ateliers plus salubres et jouissent d'une aisance plus grande. L'invention du métier à la Jacquart épargne beaucoup de fatigues aux ouvriers qui fabriquent les étofiés brochées et façonnées, en même temps qu'il exige par sa hauteur des ateliers mieux aérés, mieux éclairés; elle a de plus supprimé les tireurs -auk genoux cagneux. Nouvelle preuve que les

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machines, dont les classes ouvrières semblaient redouler l'automatique rivalité, profilent autant à leur liyyiène qu'à l'économie de la fabrication.

!\ 9. — ProfCHSionM à matières inorganlqueN.

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