‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 149 sur 163 · I. — Sulfure de carbone · texte numérisé non relu

I. — Sulfure de carbone

Nous avons mentionné ailleurs les applications nombreuses que le caoutchouc a reçues dans l'économie domestique, dans l'art vestiaire, etc. (voy. t. II, p. 198). Cette industrie presque nouvelle repose sur le procédé de la dissolution de la matière brute et emploie presque exclusivement, pour l'obtenir, le sulfure de carbone qu'elle achète à des prix minimes et consomme en quantités énormes. Des accidents graves, développés chez les ouvriers en caoutchonc, sont dus à l'action des vapeurs que dégage ce dissolvant; déjà M. Duchenne (de Boulogne) avait signalé la paralysie occasionnée par la vulcanisation du caoutchouc ; mais c'est M. Delpech (1) qui a le premier appelé l'attention sur l'ensemble des elfets dus à cette cause et qui les a étudiés avec attention.

Le sulfure de carbone (alcool de soufre) est un liquide incolore, d'une densité de 1,26,'i, d'une odeur nauséabonde et spéciale ; il bout à k3 degrés ; il dissout rapidement le caoutchouc en toutes proportions, et prend la consistance que l'on veut. De là les usages si variés du caoutchouc ainsi dissous : deux surfaces humectées de sulfure de carbone, puis enduites de la solution, adhèrent avec force quand on les applique l'une sur l'autre. Tel est le procédé de fabrication des chaussures imperméables et de leur réparation par l'addition d'une plaque peu épaisse de gomme élastique. Ce dernier travail, qui exige un très modeste outillage, se fait presque généralement en chambre, dans des conditions qui favorisent l'intoxication par le sulfure de carbone; aussi cette catégorie d'ouvriers en a-t-elle offert à M. Delpech les formes les plus graves. Dar)s les fabriques, les appareils sont lutés avec soin et la vapeur de sulfure ne s'y répand que par accident; on y opère d'ailleurs en plein air ou sous des hangars ; les ouvriers n'y éprouvent donc que des troubles passagers, lorsqu'on dépose le sulfure ou lorsqu'il s'échappe

(1) Mémoire sur les accidenls que développe l'inhalation du sulfure de carbone en vnpetir, elc, lu à TAcndémio de rn(<decine. Paris, ir; janvier 1856.

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par une fuite que l'on se hâte de réparer. Il n'en est pas de même dans les ateliers bas et étroits, dans les chambres habitées de jour et de nuit par les ouvriers qui travaillent isolément, etc. L'intoxication peut se manifester brusquement avec prédominance de phénomènes analogues à ceux de l'ébriété alcoolique ; le plus souvent l'invasion est lente et progressive. Sur neuf ouvriers observés par M. Delpech, un seul a pu travailler trois ans sans ressentir autre chose qu'un peu de céphalalgie ou d'inappétence passagères ; les autres sont tombés malades dans un délaide quatre semaines à six mois. C'est en général par les troubles digestifs que le mal débute : anorexie, nausées, quelquefois vomissements après le repas du matin, cracholement; les coliques sont constantes d'après M. Bouchardat, et les matières fécales ont l'odeur du sulfure de carbone. Point de fièvre continue ; quelques accès, surtout nocturnes. Mais, c'est le système nerveux qui développe les symptômes les plus caractéristiques : altération profonde de la mémoire, au point que les ouvriers commettent d'importantes erreurs dans les détails dont ils sont chargés; ils se plaignent du vague de leurs idées, de la difficulléde fixer leur attention; quelques-uns deviennent irascibles, violents ; ils ont de l'insomnie, des rêves pénibles, des réveils en sursaut : le jour, abattement et propension au sommeil ; dès le début, céphalalgie compressive, vertige intense; douleurs dans les membres, fourmillements, picotemenis; chez un ouvrier, analgésie; chez un autre, hyperesthésie ; affaiblissement et trouble de la vue, surdité, impuissance génitale chez des hommes fortement constitués; crampes chez un ouvrier, contractions involontaires chez un second, contracture chez un troisième. La faiblesse musculaire jointe à l'obscurcissement de la vue leur donne la marche chancelante de l'ivresse. A la longue, l'atrophie musculaire survient et arrive à un degré marqué, la peau et les muqueuses se décolorent, et une cachexie plus on moins profonde se réalise : la faiblesse géné rale, l'anaphrodisie, une sensation de vague dans l'esprit sont les phénomènes qui l'accompagnent le plus ordinairement.

Le traitement hygiénique, avec la condition première de l'éloignement de la cause, suffit pour ramener à la santé les ouvriers déjà atteints d'une manière sérieuse ; malheureusement, leur travail étant lucratif, ils y retournent et multiplient les rechutes dont l'influence finale peut être pressentie, mais n'a pas encore été précisée. Il y a donc lieu d'interdire l'emploi du sulfure de carbone en chambre et dans des logements dépendant de maisons habitées

IIYCIKNK l'LIHLIQUP.

Quant aux liibriquos, nllos sont do doux sortes : les unes produisent 11' sulfure par centaines de kilogrammes par jour; les autres l'apl)li(pient à des usages industriels. On doit exiger que, dans les premières, les appareils soient placés sous des hangars ventilés, et les vases contenant le sulfure soient hermétiquement clos. Dans les secondes, qui sont rangées dans la deuxième classe, les cuves de dissolution doivent être fermées avec soin au moyen d'une fermeture hydraulique; on n'en sortira que la quantité de matière nécessaire au travail immédiat; une ventilation active entraînera les vapeurs, qui, portées dans les fourneaux avec les précautions commandées par leur combustibilité, seront utilisées et détruites. La vapeur de sulfure de carbone étant plus lourde que l'air, il sera possible d'effectuer la ventilation per descensum, en établissant dans le sol de l'atelier une série de canaux énergiquement aspirés par un foyer, une cheminée d'appel, etc. On pourrait encore prendre au centre et à la partie inférieure de l'atelier l'air nécessaire à l'alimentation du foyer.

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