V. — Houille , Houillères
Les mines de houille produisent sur les ouvriers qui y travaillent des effets communs, et d'autres qui varient suivant leur degré de ventilation, leur humidité, leurs eaux stagnantes, la quantité de gaz méphitiques qu'elles renferment, etc. Cette dernière condition dépend elle-même de l'étendue et de la profondeur des galeries, de la composition du sol, etc. Les maladies et la mortalité des mineurs se rapportent : 1" à l'excès de travail ; 2" aux attitudes gênées et difficiles ; 3° aux effets accidentels des gaz et vapeurs ; W à l'influence lente et prolongée du séjour dans les mines. — Nous ne reviendrons pas sur le premier ordre de causes ; il faut lire les résultats de l'enquête que le gouvernement anglais a fait faire en 1860, suivant le vœu de la chambre des cou)munes (1), pour prendre une idée des
{i) Annales d'hygiène, t. XXIX, p. 241.
fatigues et de l'épuisement quotidien des mineurs du Derbyshire, oii le travail souterrain se poursuit pendant et même 16 heures sur 2U, du Northumberland, du district est de l'Ecosse, etc. Tous les commissaires anglais attestent la croissance lente et imparfaite des enfants employés dans les mines; les mesures de taille ont donné une forte différence au profit de la population agricole, comparée à celle des mines. Le peu d'élévation des galeries souterraines oblige les ouvriers à se tenir baissés ; de là de fréquentes courbures du rachis, et chez les enfants ce que l'on appelle des poitrines de poulet. Dans le Lancashire, les femmes qui charrient le charbon dans les fosses ont généralement le dos voûté. Les enfants occupés à pousser les wagons et les traîneaux éprouvent au sommet de la tète des pressions, des frottements qui déterminent la chute des cheveux, l'épaississementet l'inflammation du cuir chevelu, etc. Les ouvriers employés à la taille sont exposés à des inflammations des jointures des genoux et des coudes, par suite des froissements qu'ils éprouvent dans leur position forcée. — Quant aux accidents, ils sont causés par des chutes, des éboulements, des asphyxies par submersion, des déflagrations de gaz inflammables, etc. Dans une partie seulement des houillères de la Grande-Bretagne (55 districts), on a enregistré 349 morts occasionnées par les accidents de cette espèce; laplupart de ceux-ci reconnaissent pour cause le défaut de surveillance des machines qui servent à descendre et à remonter les ouvriers, l'usage de préposer de très jeunes enfants à la garde des portes d'aérage, l'ineflicacité de la ventilation, l'accumulation excessive de gaz impropres a la respiration. Les gaz sont produits parla respiration des ouvriers dans un air stagnant, par les eaux croupissantes, par la décomposition des bois qui revêtent et soutiennent les puits et les galeries, par la fumée des lampes et celle de la poudre brûlée, enhn par les exhalaisons des matières extraites. On présume que l'atmosphère des mines contient du gaz acide carbonique, hydrogène, oxyde de carbone, et diverses combinaisons du gaz hydrogène avec des substances minérales (gaz sulfhydrique). L'analyse de l'atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, par M. P. Moyle (1), a démontré une altération considérable de l'air que le mineur respire pendant un tiers de son existence (8 heures de suite sur 2Zi). En moyenne, il a trouvé pour 100 d'air: 17,067 d'oxygène, 0,085 d'acide carbonique, 82, 8Zi8 d'azote, et du' gaz
(1) Annales de chimie et de physique, 3" série, t. UI, p, 318.
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dangereux provenant en partie de la poudre ù canon. Parmi ces gaz, les uns s'ennamrnent et détonent au contact des corps en ignition, les autres déternninent les symptômes de l'asphyxie mépiii. tique. Les ouvriers distinguent trois espèces de vapeur: la feu grisou ou feu sauvage, qui s'échappe avec siltlcment des souterrains, sous hi forme de toiles d'araignée ; il s'enflamme avec une explosion terrible quand il rencontre une lumière; le ballon, qui flotte dans l'air sous forme d'une poche arrondie et asphyxie subitement, avant de crever, les ouvriers qu'il rencontre: on pense que ces deux vapeurs sont constituées par le gaz hydrogène; lamoffelte, qui se dégage à flots épais à l'ouverture des mines profondes, riches en minerai, ou des mines fermées depuis longtemps avec les déblais: sa présence s'annonce par la diminution ou l'extinction de la lumière des lampes; formée par le gaz azote, elle cause l'asphyxie. Les principales précautions contre les accidents des vapeurs sont l'emploi de la lampe de Davy, des lumières introduites de très loin dans la mine, la désinfection par le chlore, mais surtout la ventilation. Dans les mines abandonnées pendant quelque temps, il faut provoquer la détonation du feu grisou dont l'ignition purifie l'air ; l'ouvrier, chargé de celte opération, la fait impunément en se couchant à plat ventre. Quand on perce des galeries pour l'écoulement des eaux, il faut s'en éloigner au momentde la débâcle, et ne rentrer qu'après avoir essayé l'air. La lampe de Davy ne procure point une sécurité absolue : un air trop agité, un courant rapide de gaz hydrogène, comme il advient dans ce que l'on nomme un soufflard, et probablement d'autres causes non conmies, peuvent annuler momentanément l'effet de la lampe et produire des accidents que l'on impute à l'imprudence des ouvriers. Eclairer les mines en soustrayant le foyer de combustion à leur atmosphère explosive, tel est le problème que la science paraît appelée à résoudre par l'application des appareils voltaïques à l'éclairage. Boussingault a expérimenté avec la pile de Mûnch ; le courant, établi en deux pointes de charbon placées sous l'eau ou dans le vide, a fourni un jet de lumière quia pu être lancé impunément dans une atmosphère détonante. M. de la Rive a fait d'autres tentatives, et l'on doit espérer un progrès qui sauvera un ouvrier par jour en Europe de la mort par le feu grisou (1). M. Grove l'a peut-être réalisé, car il a pu lire
(1) Voyez Guérard, Sur remploi de la lampe de Dam/ {Annales d'hygiène, 1846, t. XXXV, p. 59 et 3i9).
UESTA. — IMIOI'ESSIONS A MATIÈRES INORGANIQUES. 901
plusieurs heures à la lumière émise par un fil de platine roulé en spirale et traversé par un courant voltaïque.
Le séjom- prolongé dans les mines donne lieu à une maladie spéciale des organes respiratoires, dite mélanose, plitliisie charbonneuse du poumon, crachement noir [black spittle), et à la cachexie connue sous le nom d'anémie des mineurs. En 1831, le docteur Gregory publia l'observation d'un bouilleur mort avec les symptômes de la phthisie pulmonaire; les cavernes qu'offrirent ses poumons étaient incrustées dans leurs parois d'une matière noire que Chrislison analysa et trouva analogue aux produits de la distillation de lahouille.Enl83û, le docteur Marshall fit de cette fausse mélanose l'objet d'un mémoire {Lancette anglaise) où il attribue cette maladie à l'accumulation de la poussière de charbon dans les vésicules pulmonaires. Le docteur Gibson croit que tous les mineurs de la houille en sont plus ou moins atteints. L'enquête de 18^0 a mis hors de doute la fréquence, la nature et la gravité de la phthisie charbonneuse. Les docteurs Thomson (d'Édimbourg), Scott, Alison, Makellar, etc., s'accordent à dire que l'infiltration du charbon dans le tissu pulmonaire est parmi les ouvriers d'un certain âge la maladie la plus ordinaire comme la plus funeste : l'asthme queM. Fellowes a observé chez presque tous les ouvriers de quarante ans ne reconnaît point d'autre cause. Le crachement noir élimine une partie du charbon qui pénètre les poumons, mais il s'accompagne des phénomènes progressifs de la consomption ; chez d'autres la matière noire existe longtemps dans les poumons sans produire ni toux ni expectoration, et on l'y constate en cas de mort accidentelle. Les seuls moyens de prévenir ce mal, c'est d'amener de l'air pur dans les galeries, d'y diriger une ventilation assez énergique pour balayer les vapeurs, les gaz, la poussière de charbon, et de substituer à l'huile un autre mode d'éclairage. L'heureuse idée qu'a eue M. Friger (I8Z16], d'employer l'air comprimé comme force motrice pour l'exploitation des mines, aura poureffetde préserver lesouvriers du crachement noir; car à l'aide de deux machines à vapeur de dix à douze chevaux qu'il établit, l'une à l'intérieur de la mine et l'autre à l'air libre, il assure l'aération de toutes les parties de l'exploitation et il fait affluer l'air pur sur des points jusqu'alors inaccessibles aux autres agents de ventilation. Dans les houillères bien ventilées, on ne rencontre pas le crachement noir : le docteur Makellar mentionne l'immunité de l'exploitation de Pension, voisine de celle de Pen. caitland où sévit la phthisie charbonneuse, et il a connu des ouvriers
902 HYGIÈNE PIJBLIQUK.
qui, ayant passé de la premièreà la seconde, y ont trouvé une mort lente. L'anémie des mineurs a été décrite au commenceniet)t de ce siècle par Hallé, d'après l'épidémie qui affligea les ouvriers des environs de Valenciennes (Anzin): décoloration universelle, effacement des ramifications des vaissoaux capillaires ; teinte jaune de la peau, pareille à celle de la cire blanche quand elle a été longtemps gardée; bouffissure, impossibilité de marcher sans suffoquer; palpitations, sueurs habituelles, accélération du pouls, céphalée ; appétit conservé ou même augmenté; bonnes digestions, souvent selles demi-liquides: tels sont les caractères que Hallé assigne à cet état et auxquels on peut ajouter aujourd'hui des bruits dans les artères et dans le cœur. M, Chomel a publié un cas d'anémie de mineur (l);un autre s'est présenté dans le service de M. Andral (2); un jeune soldat, sortant des mines de Saint-Etienne, est entré dans notre service au Val-de-Grâce avec tous les symptômes de l'anémie. M. Ducpétiaux signale l'état chlorotique de la plupart des jeunes bouilleurs de Belgique. On a considéré à tort cette affection comme une intoxication sulfhydriqiie lente, ou comme due à l'usage interne de l'eau qui filtre à travers les mines, car les bouilleurs ont cessé d'en boire et continuent d'être anémiques. Succède-l-elle à l'absorption des émanations charbonneuses? Mais les charbonniers de Paris, toujours en contact avec les poussières de charbon, en sont affranchis: elle provient de la privation d'air parfaitement respirable, de soleil et de lumière que subissent les bouilleurs dans des souterrains humides d'une immense étendue; le même étiolemeiit, le même appauvrissement du sang survient dans les prisons, dans les ateliers mal éclairés, dans les logements obscurs et humides des pauvres, etc. On ne peut en préserver les bouilleurs qu'en les faisant sortir souvent des mines pour respirer à l'air libre et s'exposer à l'influence plastique du soleil. Les statistiques anglaises prouvent que la vie des bouilleurs est abrégée; dans le sud du pays de Galles, ils atteignent rarement leur quarante-cinquième année, et sur 1163 individus, il n'y en a pas six qui soient arrivés à soixante ans.
VL — Fer.
Les mines de fer, exploitées d'après les procédés analogues à ceux des houillères, exigent un travail plus rude à cau.se de la pesanteur
(1) Dictionnaire de médecine, en 30 volumes, article Anémie.
(2) Journal de médecine, par M. Beau, avril 1843.
des matières à transporter; mais leur insalubrité ne provient que de leur défaut de ventilation, de leur dessèchement imparfait, etc. Dans les mines de fer où ces causes nuisibles n'existent point, les ouvriers ne paraissent subir aucune influence nuisible. M. Julien (1) rapporte que les ouvriers employés dans les mines de fer de Vic- Dessos ne sont nullement sujets aux maladies qu'on rencontre dans les autres mines: ils sont robustes, vivent très longtemps; seulement les courbatiers, qui portent continuellement des fardeaux très lourds, sont affectés de voussure dorsale.