IX. — Zinc
L'emploi de ce métal a pris une extension considérable dans les usages domestiques et dans les constructions; il s'est substitué heureusement au plomb pour la toiture des maisons, dans la préparation des couleurs, pour la fabrication d'un grand nombre d'ustensiles, etc.
Ou extrait le zinc de la calamine et moins abondamment de la blende où il est associé au soufre et au plomb. Ses plus riches gisements appartiennent à la Belgique et a la Pi usse. Ce rainerai, séparé de l'argile qui se délite par une longue exposition à l'air, lavé et calciné dans des fours coniques analogues aux fours à chaux, est ensuite pulvérisé sous des meules verticales, tamisé, mélangé avec moitié de son poids de houille sèche en poudre et introduit dans des espèces de cornues de terre que l'on chauffe à blanc dans des fours de réduction. Le travail de ces fours comprend: le chargement
(1) Pietra-Santa, Union médicale du 22 octobre 1855.
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des creusets, le tirage du métal et le nettoyage ou le remplacement des creusets. Dans ces opérations, les ouvriers sont exposés à l'action d'une haute température et des vapeurs du zinc. Les recherches de M. Chevallier ont établi que cette dernière influence ne se traduit par aucun résultat fâcheux pour leur santé et leur longévité ; on a observé seulement, parmi les ouvriers les plus âgés, quelques cas d'asthme, dus sans doute à l'inhalation très prolongée des poussières. Celles-ci, lancées en grande quantité par les fours à zinc, agissent-elles sur la végétation et sur les animaux? L'herbe des prairies, certains légumes et arbres à fruit (pécher, pommier, cerisier, etc.) paraissent en souffrir, de l'aveu même des industriels du zinc, mais sans qu'on puisse en accuser plutôt les émanations du zinc que l'action toute mécanique des matières pulvérulentes ; il faut aussi considérer la nature de ces terrains métallifères, peu favorables par eux-mêmes au développement des plantes et des arbres. L'enquête faite en Belgique n'a pas démontré la réalité des maladies que le zinc aurait produites sur le gros bétail. La couperose blanche (sulfate de zinc) est le seul élément très soluble des poussières des fours à zinc; en évaluant celles des dix fours de la Vieille-Montagne à 320 kilogr. par jour (32 kilos par four) et à 125,600 mètres carrés l'étendue territoriale où elles se disséminent on a pour chaque mètre carré 2 gram. 5Zi de poussière en 24 heures' et, comme 1 gramme contient 0,007 d'éléments solubles, les 2 gram. 5a de poussière déversée en 24 heures sur 1 mètre carré de surface renferment 0,0175 de sels solubles dont une partie seulement adhère aux herbes des pâturages; cette proportion est trou mmime pour nuire à la santé des ruminants; au reste en raison du peu d'élévation des cheminées et de leur pesanteur spécifique les matières qui s'échappent des fours a zinc retombent à peu dé distance. Du Imge placé le matin à 100 mètres d'intervalle des fours, n'a présenté a trois heures de l'après-midi aucune trace de dépôt de poussière.
Le laminage du zinc est une opération inoffensive pour la santé c es ouvriers, ainsi que M. Chevallier l'a constaté dans la plupart des usines; elle exige la refonte des lingots; les plaques de zinc chautiees a 100 degrés centigrades, passent ensuite entre des lami' noirs de fonte, mus par la vapeur ou par un cours d'eau
C est aux fonderies de zinc, surtout a celles de zinc et de cuivre que M. Blandet a imputé une maladie spéciale, caractérisée par là courbature, des douleurs musculaires, de l'oppression, de la cépha-
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hilgie, (les liîillucinalions, clos bruits da inarloau dans les oreilles, des vomisseineDls, des frissons persistant durant trois à quatre heures et se terminant par une réaction f(!brile avec sueurs copieuses. La courbature métallique ou maladie de zinc, comme l'appelle M. Blanchet, dure 28 à /i8 heures et se produit le jour ou le lendemain du jour de fonte dans les conditions suivantes: tirage imparfait de la cheminée, vent contraire rabattant la fumée dans l'atelier, clôture de celui-ci pendant l'hiver, coulée du métal en fusion au milieu de l'atelier. On l'observe dans les fonderies d'alliages de zinc et de cuivre, non dans celles de zinc seulement où ce métal est liquéfié k une température moins élevée; elle cède d'ailleurs aux sudations et aux purgatifs. Le vin chaud et le thé sont les remèdes empiriques des ouvriers. Nous pensons avec M. Guérard que dans les faits de ce genre, il faut tenir compte de l'action de plusieurs fourneaux ardents sur l'encéphale, du travail prolongé, de l'ingestion d'une grande quantité d'eau, etc.
Le produit qui intéresse le plus l'hygiène, c'est l'oxyde ou blanc de zinc que M. Leclaire est parvenu à substituer à la céruse, par le perfectionnement économique des procédés de fabrication. Les ouvriers qui y sont employés sont exposés en partie à une haute température ; tous sont tapissés de la tète aux pieds par la poussière de blanc de zinc. M. Bouchut a signalé chez eux (1852) des maux de gorge, de la toux, des démangeaisons et des éruptions superfi- ' cielles aux aines, au scrotum et aux aisselles. Uneventilation mieux réglée et l'usage réglementaire du pantalon k pied et de la blouse fermée ont supprimé ces accidents. Quant à ceux d\[s cadmiques, fièvre nocturne, céphalalgie, agitation nerveuse, ivresse passagère, les vérifications minutieuses de MM. Chevallier et Tardieu, et l'observation si imposante de M. Rayeront prouvé qu'ils n'étaient pas réels. L'industrie du blanc de zinc, si fertile en applications salubresaux arts, n'olfre par elle-même aucune insalubrité.
Après le fer, le zinc est sans contredit le métal qui prête aux usages les plus variés : toitures et gouttières, citernes et réservoirs, tuyaux, conduits d'eau et pompes, plaques hydrofuges, doublages, chevillages et clonages des navires, baignoires, vases et ustensdes d'économie domestique, enveloppes de conserve et munitions, zinc perforé, fil de fer galvanisé, grains métalliques, caractères typographiques, etc. Il a cola d'excellent, suivant la judicieuse remarqua de M. Tardieu, que tandis que le danger des autres métaux est dans la facilité de leur oxydation et dans la solubilité de leurs oxydes
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prompts à former avec les acides beaucoup de sels à propriétés toxiques, il donne lieu à un oxyde innocent par lui-même et relativement insoluble.
Nous avons mentionné l'emploi du zinc pour citernes, gouttières (voy. p. 652), pour les ustensiles de ménage (p. 103). Nous empruntons à M. Schauefèle les résultats suivants d'expériences qu'il a poursuivies avec persévérance et quisont d'accord avec celles de MM. Payen et Chevallier :
ûlise en contact avec le zinc, l'eau-de-vie contient des traces de ce métal dès lepremier jour ; au bout de huit jours, elle en contient une quantité notable; dans un vase de fer galvanisé, elle contient des traces de zinc vers le deuxième jour et une quantité très appré-. ciable vers le huitième jour.
Le vin, l'eau de fleur d'oranger et le vinaigre attaquent les vases de zinc et de fer galvanisé et contiennent, après 2k heures, des proportions notables de zinc. Le vinaigre en contient le plus.
Nulle trace de zinc dans l'huile d'olive, même après 15 jours de conservation dans des vases de zinc et de fer galvanisé.
Il y a du zinc, après 2U heures, dans le bouillon maigre placé dans ces deux espèces de vases; le bouillon n'en a offert en proportion sensible que vers le quatrième jour.
Les deux espèces de récipients cèdent du zinc au lait au bout de 48 heures.
Contrairement aux observations de M. Boutigny, l'eau conservéedans un vase de zinc, n'a présenté au bout de Và jours aucune trace de zinc ; celle qui avait été mise dans un vase de fer galvanisé, en a fourni des traces. L'eau distillée les révèle dans les deux vases dèslecinquième jour; l'eau de seltz, dès le premier dans le fer galvanisé, au bout de 24 heures dans le zinc, a dissous ce métal qui augmente notablement au bout de deux jours.
L'eau salée dissout du zinc en notable quantité après 2U heures de contact avec ce métal et le fer galvanisé.
Après 15 jours de contact, M. Schauefèle a trouvé les proportions suivantes de zinc dans les liquides filtrés et clairs :
M , 1. . . Liquide relire Liniiide retire'
Noms des hqu.des. ,,u vuse de zinc. d,i vase de fer galvanisé
Ea«-de-vie 0,95 0,70
Eau de fleur d'oranger.... 0,50 0 75
^■'"aigre 3l'75 6o'75
Bouillon gras 0,46 0,00
y F.DIT. T. Il, ,^8
Liijuide retiré Liquide rtliré
Noms des Ii(|iiidcs. <lii vase de liin'. <lii vuse de (lt gulvuDisip.
Bouillon maigre 0,86 1,76
Lait 5,13 7,00
Eau salée 1,75 0,40
EaudeSellz 0,35 0,30
Eau distillée des traces des traces
Eau commune néant des traces
Huile d'olive néant néant.
On est parvenu à fabriquer des clichés et des caractères d'imprimerie eu zinc d'une grande netteté ; cette innovation préservera les fondeurs en caractères et les imprimeurs typographes des accidents d'intoxication saturnine; elle supprime une autre cause d'insalubrité, l'emploi du sable, la fonte duzinc s'opérant dansdes matrices métalliques, non dans des moules siliceux. L'oxyde de zii)c réalise, dans la peinture, l'un des plus salutaires progrès que l'hygiène professionnelle ait eu à enregistrer; il assainit non-seulement la peinture en blanc, mais celle en jaune et en vert; grâce à la découverte d'un siccatif approprié que l'on mélange par avance au blanc de zinc (2 p. 100), on substitue des couleurs inaltérables et d'une application innocente aux teintes infidèles et perfides de plomb, de cuivre, d'arsenic. Le blanchiment des dentelles , l'apprêt des cartes et papiers, des cartons-porcelaines et des toiles à tableaux, la préparation des fards, la confection des mastics destinés à luter les pointsdes machines à vapeur et les ajustages des divers tuyaux, etc., toutes ces opérations et d'autres qui se faisaient avec les dangereux composés de plomb, s'exécutent aujourd'hui à l'aide du blanc de zinc. Ce produit sert aussi à préparer des enduits hydrofuges, formant une couche inaltérable sur les surfaces de pierre, plâtre, ciment, bois et métaux.