VIII. — Cuivre
Si l'on en croit M. Blandet, les ouvriers qui travaillent le cuivre sont sujets à une colique métallique qui a des rapports avec celle de plomb; on la croit plus rare parce qu'elle conduit rarement à l'hôpital ; les relevés faits par M. Blandet (1) indiquent que sa fréquence dans les hôpitaux est de 1 sur 1,500 malades, tandis que d'après l'interrogatoire des ouvriers en cuivre eux-mêmes, elle est de 1,500 sur 1,500. Cette maladie, qu'il faut chercher dans les ateliers, serait l'inévitable tribut que les apprentis paient au cuivre. Les ouvriers qui en sont atteints continuent de travailler, ou, dans les cas les plus graves, ne suspendent leur besogne que pour quelques jours. Voici les caractères différentiels que M. Blandet assigne à la colique cuivreuse et à la colique saturnine. Dans la première, diarrhée, plus fréquemment matières alvines vertes; ventre le plus souvent douloureux à la pression ; vomissements assez fréquents, flux sanguin, durée de US heures; point d'accidents du côté du système nerveux. On finit par s'acclimater à l'atmosphère cuivreuse. Le lait et l'albumine sucrée préviennent et combattent l'affection. Dans la seconde, constipation, selles séro-muqueuses, ventre indolent et soulagé par la pression ; vomissements très rares, jamais de flux sanguin ; accidents graves du côté du système nerveux ; durée de plusieurs semaines; point d'acclimatement possible: ceux qui continuent le travail du plomb périssent misérablement. L'affection dont il s'agit serait due h l'inspiration des poussières cuivreuses, non de vapeurs de ce métal ; car le cuivre chauffé au degré de sa fusion est peu volatil. Les ouvriers en cuivre ont les avant-bras, les cheveux et la barbe verts ; leurs dents sont recouvertes d'une couche grise de sulfure de cuivre; ils mangent dans l'atelier, ils mor-
(1) Journal do mcdocine, par M. Trousseau, mars 1845.
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j dent dans leur pain posé sur la limaille de cuivre, de sorte qu'ils ( absorbent peut-être aussi le cuivre par la surlace digestive; mais la cause la plus évidente de la maladie serait l'inhalation de la poussière du métal, car elle atteint les personnes qui nettoient les tours et les tables le samedi ou le dimanche, et qui soulèvent des poussières de cuivre ; les chaudronniers qui nettoient des vases de cuivre, les tourneurs ou limeurs qui soufflent la poussière qu'ils produisent en travaillant sur leurs pièces, etc. Plus la poussière estfine, comme dans le tour au poncé, plus la maladie est fréquente : ces tourneurs devraient se garnir les narines et la bouche d'un objectif propre à arrêter les corpuscules métalliques. M. Blandet ne voit dans la colique cuivreuse qu'une phlogose du tube digestif, et recommande le traitement antiphlogistiqne. En admettant les faits qu'il a publiés, on en tirerait la preuve de son erreur et la réalité d'une intoxication j fort analogue à celle du plomb, sans nier les effets primitifs de la poussière de cuivre, lesquels consistent en coryza, bronchite, etc., et ne s'éloignent guère de ceux des autres poussières dures' Les observations I et III, qu'il rapporte, sont évidemment des cas d'absorption du cuivre. N'a-t-il pas lui-même constaté la présence du cuivre dans les matières fécales du sujet de l'observation première ?
iMais voici d'autres faits qui militent puissamment contre les observations de M. Blandet et portent à y soupçonner une erreur d'induction : les chaudronniers de Durfort (Tarn), qui travaillent le cuivre rouge à froid, et qui ne cessent d'avaler par le nez et par la bouche la poussière cuivreuse, en absorbent une telle quantité qu au rapport de beaucoup de témoins (1), leurs os se colorent en vert ou en bleu, et communiquent après leur mort ces teintes à la I terre ambiante des cadavres; le sternum présente au maximum cette coloration. Vivants, ces ouvriers ont les cheveux colorés en j vert ; leur urine donne cette couleur au mur ou à la portion du sol qu Ils en arrosent fréquemment; et néanmoins ils sont robustes et vivent en moyenne aussi longtemps que les autres. MM. Chevallier et Boys de Loury ont visité à Paris tous les établissements où lé cuivre se travaille : fondeurs, acheveurs, ciseleurs, bronziers lamL neurs, cloutiers. fondeurs de monnaies et de médailles, chaudir. n.ers, poeliers, capsuliers, ils les ont tous explorés, interrogés ; i
HYOliiNE PUBLIQUE.
n'ont pas rencontré un seul cas de colique cuivreuse, pas plus que le docteur (le Pietra-Saiita (1), (jui s'est livré à des recherches non moins consciencieuses. Ces ouvriers ne leur ont présenté aucun accident qui pût être attribué à l'action d'une influence toxique particulière; aucun des malades signalés dans les hôpitaux comme atteints de colique de cuivre n'était réellement atteint de cette affection. Ces résultats si péremptoires tendent à prouver l'innocuité iie la permanence du cuivre dans l'organisme. La préparation de l'acétate de cuivre basique (vert-de-gris) ne paraîtrait point plus nuisible, d'après les renseignements publiés par M. Chevallier (/oc. cit.), et la faible proportion de vert-de-gris à l'état humide, que les mains peuvent absorber à longs intervalles, resterait sans influence sur la santé comme hur la durée moyenne d'existence des ouvriers. Quant au travail qui consiste à renfermer des pains secs de vert-degris dans les futailles destinées aux expéditions, on lui reproche seuleînent de produire une poussière irritante pour les yeux et les orifices muqueux. Un seul fabricant l'accuse d'occasionner quelquefois un peu de colique. Ces témoignages d'origine directe, mais intéressés, nécessitent un contrôle. Pour les mouleurs en cuivre, les inconvénients de leur travail se résument dans l'inspiration des poussières de charbon, de ponsif, de noir de fumée (voy. Charbon).