I. — Substances végétales
1° Chanvre. Plante annuelle de la famille des urticées, et qui , originaire de la Perse et de l'Inde, est cultivée aujourd'hui dans toutes les contrées de l'Europe. Avec les fibres de sa tige on prépare la filasse qui sert à la fabrication des toiles et des cordages. La fibre ligneuse du chanvre , moins douce et moins blanche que celle du lin, résiste mieux et dure davantage. Le chanvre màle perd par sa dessiccation à l'air ZiO à 60 pour 100 de son poids ; une fois séchés, le chanvre mâle contient en moyenne 26 pour 100 de chanvre teillé, et le chanvre femelle 16 à 22. Le chanvre teillé séché à l'air ne renferme que 60 à 65 pour 100 de filaments textiles , le reste étant formé de matières étrangères solubles dans les lessives alcalines ; de sorte que 100 parties de chanvre vert ne fournissent , en définitive, que 5 à 8 pour 100 de filaments textiles. Ceux-ci sont plus lourds, plus grossiers, plus résistants que ceux du lin, et avant d'être blanchis, ils s'en distinguent par leur coloration jaunâtre.
2° Lin {Linum usitatissimum, L.), famille naturelle détachée des caryophyllées. Cette plante annuelle, cultivée particulièrement dans
(1) Michel Alcan, Essai sur l'industrie des matières textiles. Paris, 1847, avec atlas.
3* ÉDIT. II. 4 o
UYGIÉNK IMUVÈE.
lu nord de l'Europe, s'élève sur les bords du Nd jusqu'à U pieds de liaul; mais dans nos régions elle- exige plus de soins, et pi'oduit moins que le chanvre. L'antique usiige de cette matière est attesté par les bandelettes des momies égyptiennes, et par lu description bibli(jue des habits pontificaux. Cependant l'industrie mécani(iue du lin est la plus récente parmi celles qui ont pour base les matières textiles : elle est due aux travaux de Philippe de Girard. Elle donne naissance à des (ils , premiers éléments des toiles communes, à 1 franc le mètre, et de nos batistes sans rivales a l'étranger, dont le mètre coûte 20 francs et davantage; elle produit aussi ces lils si délicats qui entrent dans la plus riche dentelle , et dont la finesse étirée à la main va jusqu'à 200 kilomètres (50 lieues) par kilogrammes. La culture du lin exige des terres glaises, profondes, fermes, convenablement labourées ; elle épuise en deux ans les terres graveleuses et légères. Le lin brut , détaché de la lige , se présente en filaments forts , nerveux , souples , doux au toucher, nuancés suivant leur provenance territoriale ; le lin blanc est plus estimé que le lin gris, et comprend les variétés blondes : le lin gris est plus fin, mais moins nerveux. Suivant le choix des brins, on le distingue en fin , moyen et têtard : ce dernier sert à la confection des grosses toiles. Depuis la récolte jusqu'à sa transformation en fil, le lin subit deux séries d'opérations : les unes agricoles, les autres manufacturières. Ces préparations sont les mêmes pour le chanvre; nous nous bornerons à les énoncer :
Lin et chanvre.
Préparations agricoles. — Rouissage ; broyage et assouplissage ; leillage.
FiZatore. — Peignage;cardagedesétoupes; étirages sans torsion; étirages av torsion ; filage en gros à sec ; filage jptermédiaire à l'eau froide ; filage en fia à l'eau chaude; dévidage et mise en écheveaux; empaquetage.
Tissage. — Bobinage; ourdissage ; parage ; dévidage des canuettes ; tissage.
Teinture. — Teinture.
Apprêts. — Galendrage ; gommage et passage.
Quand les tissus de lin, dont l'industrie a perfectionné la beauté, la finesse ou la force de résistance, sont usés, on en fait de la charpie et plus tard du papier ; de sorte que cette plante textile donne lieu', par la série de ses utiles transformations , à un mouvement prodigieux de capitaux et de bras.
APPLICATA. — DliS VÊTEMENTS. 195
3° Coton. C'est la bourre ou le duvet qui entoure les semences du Gossypium, genre de la ramille des malvacées, originaire de l'Inde et de rAmérique; les espèces de celte plante sont aussi variées que leurs produits sont difficiles à caractériser, tant ils se montrent difCcrents par leur multiplicité même dans le commerce. On les ramène aujourd'hui à trois classes : cotonniers herbacés, arbustes et arbres. La première , annuelle en Chine , dans l'Inde et aux Etats-Unis, atteint une hauteur de 60 à 65 centimètres ; ses feuilles , d'un vert foncé et veinées de brun , ont cinq lobes ; sa fleur, d'un jaune pâle, avec un large pistil et cinq pétales, est remplacée par une capsule à limbe profondément dentelé, et reposant sur cinq feuilles vertes triangulaires; !a cosse, terminée en pointe et à trois compartiments, a le volume d'une grosse noix aveline : quand la graine a mûri la cosse s'entr'ouvre, et des trois compartiments renfermant les graines s'échappent trois houppes ou flocons de duvet, d'un blanc de neige ou jaunâtre. Le cotonnier-arbuste et le cotonnier-arbre ne diffèrent du précédent que par quelques particularités de la fleur et du fruit, et le dernier par la hauteur de sa tige. Le cotonnier parasol, autre variété , offre un coton soyeux et d'une blancheur éblouissante , mais d'une fibre si courte et si cassante qu'on n'a pu l'employer dans la filature. La longueur, la finesse, l'élasticité, la force et la douceur des filaments de coton déterminent leur valeur commerciale, qui varie de 1 franc 3Zj centimes à 7 francs 75 centimes; sous ce double rapport, comme pour sa force, sa propreté et sa blancheur argentée, le Sea-Island, ou Géorgie-long, occupe le premier rang. Vues au microscope,' les fibrilles de coton ressemblent à un rubafi tordu sur lui-même - la partie plate de ce ruban est plus ou moins diaphane à sec , parfaitement transparente dans l'eau , et elle présente à ses bords deux bourrelets ou lisières : dans le plus fin Sea-Island ou Géorgie-long, ce ruban n'a pas plus de l/llO" de millimètre en largeur. M. Heilmann a vérifié que la force nécessaire pour rompre une fibre de coton varie de 2 1/2 à /i 1/3 de gramme, suivant les espèces. le commerce s'est attaché à un seul caractère pour classer les cotons la longueur des filaments , et il est d'observation que ce caractère essentiel estgénéralement en rapport avec les autres qualités, c'està-dire que les colons les plus longs sont aussi les plus fins, lés plus soyeux , les plus élastiques : de la la division commerciale et pratique en coto.is à longues soies et en cotons a courtes soies Les uns ont une longueur qui varie de ()'»,0202 à 0-,039, les autres de 0- m,
196 HYfilÈN'K PHIVHR.
à O^.OSf) ; inilis (inniid la socoixhî classo ollVo rlns filîiirKiiits de. rolift (lerniôro longiUMir ôg,i\\o. à celle de la preinière classf, ils sont iiil'érieurssous d'autres rapports. Les Etats-Unis produisent seuls autiiot de coton que le reste de l'univers; viennent ensuite, sur l'écliellede production, les Indrs, le Levant, l'Egypte, l'Algérie. Le coton subit successivement les préparations que nous nous bornons à mentionner :
Filature. — Baltngcs; cardagcs; étirages sans torsion; élirayes avec torsion;
filage en gros ; filage en fin ; retordage ; passage à la vapeur ; dévidage et mise
en éclieveanx; empaquetage.
Tissage. — Bobinage; ourdissage; parage; formation des cannelles; lissage. Teinture. — Teinlure.
Apprêts. — Gommage; pressage; lustrage.
Les trois substances dont il vient d'être question, chanvre, lin et coton, servent à la conleciion du linge, qui joue un rôle si important dans l'hygiène moderne, dans les usages domestiques, dans le bien-être des différentes classes de la société, dans les vicissitudes du commerce et de l'industrie.
U" Le Phormium tenax, ou lin de la Nouvelle-Zélande (liliacées), observé pour la première t'ois par Forster, compagnon de Cook , et qu'on n'a pu encore acclimater parfaitement en France. Les insulaires en tirent une filasse Tort belle, foi-t longue, et qui, peignée et exposée à la rosée, prend une blancheur soyeuse. Elle ressemble pour la couleur à notre plus beau chanvre , et lui est supérieure en force. Un brin de phormium supporte 23 a/5«% le chanvre 16 1/3, et le lin ordinaire 11 3/Zi. Les naturels du pays en font des cordes, des vêtements, des ceintures, des pagnes, des nattes, etc. En France on ne l'a employé jusqu'à présent qu'à faire des cordages de luxe et des toiles à voile; on lui reproche de s'altérer par les lessivages.
5° Le ma et Vabacca sont deux substances textiles exotiques d'une certaine importance. Le premier remplace, pour les Chinois, le chanvre et le lin ; il n'est autre que VUrtica nivea qui s'élève à 1 hauteur des arbustes; c'est avec les filaments de cette plante qu les Chinois fabriquent le tissu blanc écru de leur vêtement d'été, improprement appelé drap d'herbe par les Anglais [grass cloth), e" désigné en chinois sous le nom de Hia pou. D'autres plantes d ma servent aussi à procurer cette étoffe, le Cannabis satiim, le Sidœ
APPLICATA. — DES VETEMENTS. 197
|i tiliœfolia, Valoès pit. Le ma est cultivé comme le mûrier, par semis, puis transplanté, arrosé et coupé. Les tiges étant plongées dans l'eau, on en sépare les filaments à la main, puis on les réunit cil pelotons pour les laver et les blanchir : ils subissent ensuite les mêmes procérlés de tissage que le colon et la soie. L'abacca [Musa textilis) fournil des tissus assez grossiers aux îles Pliilippines ; on les fabrique avec les filaments de l'écorce d'une espèce de bananier sauvage; on coupe celle écorce par tranches qui sont mises dans l'eau, oji en sépare les matières mucila!j;ineuses, on forme les fîla- ^ ments avec un peigne ou râlelier à dents de fer. On les divise i ensuite aussi finement que possible, et l'on rattache les fibres entre ' elles par un nœud ou par un tordage pour les lisser sur des métiers ordinaires. Dans ces mêmes îles, on l'ait usage de tissus qui passent pour les plus délicals du monde et (|ui se fabriquent avec les filaments des feuilles du Pinaow Bromelia ananas.
G" Le caoutchouc, importé d'Amérique au commencement du xviu' siècle, et d'abord d'un usage très borné, occupe aujourd'hui . une place considérable parmi les ressources vestimentaires de i l'homme, soit comme enduit imperméable, soit comme substance propre à se transformer en fil ; il sert, en outre, à la fabrication d'une foule d'objets de toilette qui exigent une certaine élasticité. Touristes, soldats, marins, c'est à qui s'abrite sous les écrans impénétrables et diversement configurés que l'on fabrique avec le caoutchouc, source d'une industrie toule nouvelle. Le principe qui le constitue réside dans un grand nombre de végétaux ; nos euphorbes, nos apocynées, etc., en contiennent, mais pas assez pour défrayer une exploitation. La presque totalité du caoutchouc livré au commerce est fourni par le Siphonia cahucha, ou Hevea guyanensis, qui croît dans l'Amérique du Sud et dans l'île de Java. Cet arbre, d'après M. Bûussingault, est surtout commun à Choco et dans les forêts de TÉquateur. Pour en extraire la gomme élastique, les indigènes incisent l'arbre jusqu'au delà de l'écorce; le lait qui s'en échappe avec abondance peut se conserver liquide pendant longtemps à l'abri de l'air, propriété favorable à sa mise en bouteilles qu'on envoie hermétiquement fermées en Europe. Étendu en couche mince, il se coagule au bout d'une ou de deux minutes, et manifeste alors sa propriété caractéristique, l'élasticité. Les ouvriers de Quito, très habiles au travail du caoutchouc, le moulent a l'elat laiteux sur des formes, et en font des souliers, des bottines; ils labriquent aussi des tissus imperméables en interposant entre
HYOlfiNK PlUVÉH.
(\ouK ('loïïes le lait qui se coagnie en lame mince et élastique. M. Boussinganlt prête ce mode à l'application fin caontcliouc par le moyen de dissolvants, l.e caoulcliouc est expédié en Europe sous la forme de poires lisses et tatouées de divers dessins, forme cpii est celle des moules sur lesquels les Indiens l'élendent couche par couche. On le trouve aussi dans le commerce en plaques épaisses ou en cylindresde couleur blanche, jaune ou brune. D'après Faraday et Uro, 100 parties de caoutchouc contiennent 87,2 de carbone et 12,8 d'hydrogène. Sa densité est de 0,925 ; à l'action d'une basse température, il durcit sans devenir cassant; si l'on élève ensuite la température, il redevient souple et flexible. Il fond un peu au-dessus de 120" centigrades, il n'est pas attaqué à froid par l'acide sulfurique et l'acide nitrique. Toutes les applications industritîlles et hygiéniques du caoutchouc sont fondées sur la propriété qu'il a de se dissoudre à l'aide des huiles essentielles, et de sécher vite en revenant à son état primitif. L'éther sulfurique, s'il n'était d'un prix élevé, serait le meilleur agent de ces dissolutions ; l'huile essentielle de térébenthine bien rectifiée est aujourd'hui d'un emploi général. C'est en étendant sur les étoffes une couche de caoutchouc ainsi liquéfié que l'on prépare les tissus impei-méables ; les tissus doubles en ont une couche intermédiaire à leurs deux feuillets. Les premiers essais de cette fabrication datent de 1793 et de 1811; perfectionnée par Makintosch (de Glascow), elle emploie aujourd'hui l'enduit de caoutchouc à l'état pâteux, pour qu'il ne puisse traverser et salir l'étoffe; un cylindre répartit également l'enduit sur lequel on applique immédiatement la seconde étoffe ; un second cylindre comprimeur fait adhérer celle-ci tout en égalisant encore la couche pâteuse de caoutchouc dont l'excès déborde de chaque côté des étoffes. Une dessiccation lente et un apprêt terminent ce travail qui fournit par centaines de mille les paletots, les cabans, les manteaux, les coussins, les matelas insufflés, etc.
î e caoutchouc se découpe aussi en fils qui sont ensuite soumis au lissage ; ce travail; d'abord confié à la main des ouvriers, est aujourd'hui exécuté par des machines. Au sortir de cette fenderie, les fils sont ramollis dans l'eau chaude, étirés du quintuple au décuple de leur longueur primitive et enroulés sur des dévidoirs qu'on place ensuite dans des chambres aussi froides que possible. Au bout de quelques jours, on peut dévider les fils devenus assez roides pour le tissage ; on a soin de masquer le fil de caoutchouc dans l'étoffe fabriquée. Les longues lanières tissées qu'on obtient ainsi
APPLICATA. — DES VETEMENTS. 199
n'ont plus d'élasticité ; pour leur restituer cette propriété, il suffit de passer sur le tissu un fer convenablement chauffé, mais l'étoffe diminue aussitôt de près d'un tiers en longueur.
Le caoutchouc s'altère par l'usage, il s'amollit par la chaleur: dans les contrées septentrionales, le froid annule ses propriétés ; dans les pays très chauds, il est trop extensible, trop adhésif. Combiné avec une petite quantité de soufre, le caoutchouc conserve toujours son élasticité et résiste à ces conditions extérieures d'altération ; cette sulfuralion du caoutchouc a reçu le nom de vulcanisation, mais sous cette nouvelle forme il intéresse jusqu'à présent plus l'industrie et la chirurgie que l'hygiène; cependant M. Gariel a fait d'utiles applications du caoutchouc vulcanisé à un système mieux entendu de couchage que celui" que nous conservons par routine.
7° Quelques autres substances végétales entrent dans la confection de certaines pièces d'habillement. On fait des chapeaux avec le chaume de quelques graminées [Triticum, Oryza), avec les stipes des cypéracées , des joncées, des typhacées, etc. La meilleure paille est celle du froment d'été, à tiges déliées ; la culture sait lui imprimer ce caractère. En Toscane, on le sème très serré sur les collines tournées au midi ; lorsqu'il approche de sa maturité, et que ses grains ont une consistance laiteuse, on arrache soigneusement les pieds avec leurs racines, et on les étale pendant trois ou quatre jours sur le sol, puis, réunies en bottes, les tiges restent encore trois ou quatre semaines à l'air et au soleil, jusqu'à dessiccation parfaite. On les blanchit ensuite en éparpillant les tiges sur un pré, et en ayant soin de les retourner souvent ; l'action de la rosée et des rayons solaires ne suffit pas pour leur blanchiment, on y ajoute le soufrage en caisses, précédé ou non de l'exposition des tiges à un courant de vapeur d'eau. La paille est aussi employée au couchage; elle constitue tout le lit des populations pauvres, des soldats en campagne, de beaucoup d'ouvriers en garni, etc.; elle s'imprègne de l'humidité du corps et de l'air, des émanations organiques ; elle contracte de l'odeur et fermente, aussi ne saurait-on la renouveler trop souvent. Dans les paillasses, il faut la remplacer par les spathes de maïs ; mieux encore, substituez à cette pièce de couchage le sommier élastique, et si celui-ci est d'un prix trop élevé, renoncez à la paillasse, qui n'améliore point le lit et le superpose à un réceptacle de miasmes.
HYGIÈNE PUIVÉE.