‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 38 sur 163 · III. ^ Règles générales d'hygiène oculaire · texte numérisé non relu

III. ^ Règles générales d'hygiène oculaire

L'école de Salerne les a brièvement résumées en ces vers :

Balnea, vina, venus, ventus, piper, allia, fumus, Porruni cum cœpis, faba, leos, fletusque, sinapis, : Sol, coitusque, ignis, labor, ictus, acumina, pulvis,

Ista nocent oculis, sec! vigilare magis.

[ Un air pur est le meilleur topique des yeux ; mais trop chaud et trop desséché, il les irrite par l'éclat de la lumière, par l'évaporation des larmes ; sec et froid, il n'a que l'inconvénient de provoquer cette sécrétion, tandis qu'une température froide et humide dispose aux ophthalm.ies catarrhales. Un courant d'air très froid, reçu brusquement sur l'œil pendant un certain temps, comme en chemin de fer, au sortir d'un bal en hiver, peut déterminer une amaurose symptomatique d'un décollement delà rétine par collection séreuso (besmaries). Les vents impressionnent les yeux par là rapidité de leurs courants, leur température et les matières qu'ils propulsent; on ne saurait trop les en garantir. En 1811 et 1812, Reveillé-Parise a vu des colonnes entières de troupes, en Espagne, forcées de s'ar- ;rêterdans leur marche, à cause de la poussière soulevée par les ! vents si fréquents dans les contrées méridionales de l'Europe. On ■ prévient les inflammationsdont les yeux sont alors menacés par des . ablutions d'eau fraîche qui entraînent les molécules pulvérulentes let apaisent un commencement d'irritation immédiate (1). Une vue • débile, délicate, doit redouter l'exposition brusque au grand air et H'action de l'eau froide. L'usage des aliments âcres, salés, épicés, f les réplélions habituelles de l'estomac déterminent des accidents

(1) Reveillé-Parise, Hygiène oculaire ou conseils, etc., 3* édition, 1843

•^^"^ UYGIÈNE PlUVÉK.

d'hypérémie cérébrale qui s'éleiul aux organes de la vision. La sobriele les conserve; elle est surtout nécessaire aux personnes qui réduites à la vie sédentaire et aux labeurs de l'intelligence, exercent incessamment leurs yeux. L'abus des alcooliques se traduit par la rougeur habituelle des conjonctives oculo-palpébrales, par un regard terne et émoussé, etc. Les buveurs d'eau mettent de leur côtô une grande chance de conservation et d'immunité pathologique de leurs yeux. L'inertie, la stagnation domiciliaire leur sont, comme a tous les organes, une cause de détérioration, tandis que l'exercice pédestre au grand air leur procure une utile stimulation de contact, de perspectives et d'accommodations variées. Les voyages en chemin de 1er donnent lieu à des maladies d'accommodation sous l'iniluence desquelles la lecture devient fatigante; elles sont dues a la succession rapide des objets extérieurs qui surprennent les muscles accommodateurs. Si le sommeil trop prolongé congestionne les yeux et les rend plus impressionnables à la lumière, les veilles iramodérées les compromettent par le maléfice combiné de l'éclairage artificiel, de réchauffement des humeurs, de l'excitation nerveuse, etc. La régularité des évacuations alvines contribue efficacement au bon état de la vue; l'injection et la fatigue des yeux se lient fréquemment à la constipation. L'amblyopie est l'un des châtiments de l'onanisme et des excès vénériens; il estsouvent aisé de le deviner au clignotement, à la vacillation, a la flétrissure et à la langueur inexpressive des yeux. Nous pourrions étendre, développer cette revue des résultats nuisibles que produit sur le sens le plus précieux l'abus ou l'excès des différents modificateurs hygiéniques, sans donner pins de force aux préceptes qui s'en déduisent et qui se résument tous dans l'appropriation convenable de toutes choses à l âge, au tempérament, aux forces, aux circonstances extérieures, etc. Le problème de la conservation de la vue est celui de la pondération des fonctions : Ita valet corpus, sicut valent oculi (Hippocrate). A ce principe général, ajoutons qu'il appartient à chacun d'étudier soigneusement la force de ses yeux, de leur donner en tout temps des intervalles de repos qui seront proportionnés à leur faiblesse, de varier les travaux de manière à fixer alternativement les yeux sur des objets de volumes différents et situés à des distances variées, de graduer la transition matinale de l'obscurité à la lumière, et de s'exposer quelque temps à l'air avant de reprendre la tâche du travail quotidien; de s'abstenir le soir de l'examen des objets fins dans un lieu sombre, d'éviter le passage

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subit d'une lumière artificielle à l'obscurité; de se procurer un éclairage suCnsant et tranquille, de préférer sous sa lueur l'écriture à la lecture, etc. Il importe aussi de varier les positions pendant le travail, en faisant alterner la station assise, la station verticale et la déambulation; dene point appliquer les yeux immédiatement après le repas et de s'affranchir, pendant la durée des travaux sédentaires, de toute compression susceptible de retenir le sang dans les parties supérieures du corps. Un jour doux, ni trop éclatant ni trop voisin de l'obscurité, convient généralement le mieux; les presbytes seuls ont besoin d'une lumière plus vive. Le lieu consacré aux occupations de chaque jour doit être spacieux, aéré et ne frapper la vue que parles teintes d'un vert clair. Enfin, des lotions seront faites tous les jours sur les yeux, à grande eau et en nappe au moyen d'une éponge : l'eau fraîche est indiquée à cet effet pour les personnes bien constituées, douées de bons yeux, et pendant la saison chaude et sèche; les yeux faibles, délicats, disposés aux irritations catarrhales, s'accommodent mieux de l'eau tiède ou ichaude.

DE l'encéphale.

I Notre intention n'est point de faire ici, sous prétexte d'hygiène ' encéphalique, un cours de morale ou de phrénologie. Plus l'hygiène a de connexions avec toutes les branches de connaissances, plus nous jugeons qu'il est nécessaire de circonscrire son domaine; nous avons une autre raison pour nous abstenir de controverses et de préceptes relativement à la nature du principe psychique, à la classification et à la direction de ses facultés et de ses penchants : c'est tout simplement que nous admettons la dualité de l'homme; nous apercevons en lui la forme organique liée au monde extérieur par des lois d'antagonisme et de mutualité, et une âme, c'est-à-dire le principe des manifestations morales et intellectuelles. Sans doute, comme l'a dit un physiologiste allemand , le monde fait l'éducation de l'âme par les sens; mais il ne la crée point, il ne peut rien créer en elle, il ne fait qu'exciter les germes qu'elle recèle. Une fois fé- ■| condée par l'action intermédiaire des sens, et surtout par la parole de la tradition humaine, l'âme émet de son propre fonds des pro- I duits sans analogue avec ceux de l'univers matériel. Laissons à i chacun sa tâche dans l'œuvre collective de la science : au philo-

^^^^ nifilÉNE PRIVÉE.

sophe l'analyse des faits d'intuition et de conscience; au moraliste la pédagogie; au médecin la recherclie des causes qui déterminent régularisent ou troublent les fonctions de l'organisme. Cette recherche conduit à des applications précieuses pour l'éducation et ia règle sociale de l'homme; mais elles ne peuvent former à elles seules un système de direction morale et sociale. Nous nous bor lierons a l'examen sommaire des conditions intrinsèques et extrinsèques qui modifient l'encéphale, et des réactions réciproques nui s exercent entre lui et les autres organes de l'économie : de la des règles hygiéniques pour la pondération de l'activité physique et morale de l'homme. » ^ ^

S 1. - Modificateurs intrinsèqncs de l encépbale.

De quelque manière que l'on interprète les liaisons du sang avec le système nerveux, la constitution de ce fluide universel de l'économie influe nécessairement sur les fonctions cérébrales. Il est impossible de méconnaître la correspondance intime qui existe entre le sang, centre de la vie végétative, et la matière nerveuse centre de la vie de relation ; et c'est là ce qui donne de la vérité aux attributs moraux et intellectuels que l'on a rattachés à chaque espèce de tempérament. Rien de plus certain et de plus mystérieux à la fois que la coïncidence de certains phénomènes cérébraux avec la diminution et l'augmentation de la masse du sang. L'affaiblissement ou la perversion des actions sensoriales, le trouble des facultés intellectuelles porté jusqu'au délire ou à la stupeur, la prostration de la volonté, et dans les cas extrêmes la perte des sens et l'abolition de la conscience : tels sont, avec une série parallèle de lésions musculaires, les résultats progressifs de l'anémie. Au contraire, que l'afflux du sang vers le cerveau augmente médiocrement, on observe un excitement plus vif, un surcroît d'activité de l'âme, une aptitude plus grande à passer d'une idée à l'autre ou à combiner les idées ensemble, une propension aux affections énergiques. L'afflux devient-il pins considérable, les signes de dépression commencent : pesanteur de tête, malaise, difficulté de suivre le 111 des idées et de rassembler ses souvenirs, disposition à la taciturnité, à l'agitation ou à l'anxiété; brusquerie de paroles et des mouvements, .somnolence vigile; à mesure que la pléthore encéphalique augmente, les idées deviennent confuses, les sens sont le jouet d'hallucinations, la faculté d'équilibrer les idées faiblit,

l'ERCEPTA. — DE l'eNCÉPUALE. 305

rimagination s'égare; à un plus haut degré, il y a perte de la liberté, etc. On s'explique de la même manière l'accroissement de la céphalalgie et du délire par riiorizontalité du corps. Ce qui se manifeste clairement dans la maladie se passe à un degré moins visible clans la santé; cependant M. Bricheteau cite un homme qui n'avait de mémoire que quand il s'étendait la tête très basse; feu le professeur Goupil nous a raconté qu'il élaborait dans cette position les brillantes leçons qu'il faisait à la faculté de Strasbourg. Il n'y a que le sang artériel vermeil qui puisse entretenir la vie dans tous les organes. L'imperfection de l'hématose n'est donc pas sans influence sur l'activité du cerveau ; or elle est en rapport avec le fond de la constitution et le tempérament. Est-il besoin de rappeler ici les modifications si remarquables qu'impriment à l'activité cérébrale l'hérédité, les habitudes physiologiques et morbides, les oscillations de la santé, etc.? Nous les avons mentionnées en traitant de ces différentes formes de la vie individuelle ( tome I), et nous avons msisté sur un fait essentiel à savoir, qu'ils supposent toujours la libre initiative de la volonté, soit dans l'individu qui les présente, soit dans les parents dont il est issu.

§ 2. — . Modificateurs extrinsèques de l'encépliale.

1° L'influence du climat sur le développement intellectuel et moral de l'homme est une vérité qui a inspiré bien des pages brillantes. Hippocrale et, à son exemple, Montesquieu l'ont l'exagérée (vo?/. tome I). C'est le monde extérieur qui dirige les pi*emières excitations sur l'âme du nouveau-né. D'abord il existe, puis il connaît qu'il existe par les impressions qu'il reçoit du dehors, qu'il distingue et dont il se distingue ; puis, par la variété des impressions, il arrive à connaître le mode de son existence. Les phénomènes, saisis d'abord dans leur isolement, puis dans leurs relations de simultanéité et de succession , servent de base première aux opérations de son entendement. Or tous ces matériaux sont recueillis par les sens; ceux-ci sont donc des portes ouvertes par lesquelles la nature extérieure, c'est-à-dire les irradiations du climat, se propagent jusque dans le foyer intime de l'être humain. L'intelligence et l'âme se colorent de reflets de l'horizon natal. Mais le climat n'entraîne pas seulement la spécialité des premiers matériaux fournis par les sens à l'activité de l'âme, il réagit encore sur l'encéphale par la modalité qu'il imprime aux fonctions d'hé- 3' ÉniT. — II. 20

IJYGItNIi l'IUVKE

"'«tose. (le nutrition, de génération , etc. Toutefois et .. .r h i io. ce de sa spontanéité. 1 ame arrive ï «e con^ ^ .

science de la part d ndi.n (,ui lait 8a propre et véritable essencp elle possède la faculté de se déternle; par elle- e e ^ conquis tout, «a liberté. A ce point culminant du déve op^elu n^oral le climat perd . s droits; mais les masses n y atE^^^^^^ point; eurperp.Huelle enfance perpétue les dissemblanc s 'i racter.s Kp.es entre les peuples du Nord , du Midi et dos pays te m pères. Le tableau que les médecins et les a.lminis.n.tems des contrées marécageuses ont tracé des populations qu'ils avaient sou es yeux semble reahser au maximum l'empire que les eaux. I heux e au- exercent sur l'état moral des bommes ( voy. tom page ^181 et suiv.). Un pouvoir spécilique semble dévolu à la lumière : a-t-elle une affinité matérielle et directe avec la substance du cerveau? Un pbilosophe qui fut mon maître, M. Bautain nroesse celte opinion. A l'éclat ou à l'absence de la lumière 'se lie 1 exallation ou la sédation de l'activité cérébrale. L'obscurité en fermant les sources de la perception visuelle, permet à l'esprit de se replier avec plus d'énergie sur les impressions antérieuiLent reçues, sur les sujets de ses affections, de ses craintes, etc L'obscurue est la mère des fantômes, des superstitions, des frayeurs vaines, etc., parce qu'elle supprime le contrôle exact de la vision 2" Les effets immédiats de la digestion sur le cerveau sont connus de tout le monde : tantôt une douce et pétulante gaieté, signe de stimulation générale; tantôt la somnolence et l'affaissement produits par le labeur excessif et lent d'un estomac surcbargé Les pliilosoplies et les législateurs des peuples ont mis à profit Tinfluenco si différente que la diète végétale et la diète animale exercent sur l'animal. Pytbagore, Zénon, Plotin, Porpbvre, Aloïse, Mahomet, etc., ont fait concourir cet ordre de moyens a l'améliornlion des bommes, à l'adoucissement des mœurs. La violence est la loi des peuples carnivores, tandis que les préceptes d'une morale plus pure ont pris naissance chez les nations vouées à l'abstinence des viandes comme les placides Indous, ou réglées sévèrement dans leur régime comme les Spartiates. Galien a dit : « A7iwius sanguine et adipe suffocatus cœleste aliquid pervidere non pofest. » Nous avons signalé (boissons) l'énorme part qui revient à l'usage et à l'abus des alcoolique;' dans la production des maladies mentales.

PKUCEPTA. — DE l'KNCÉPIIALE. 307

3° Parlerons-nous de l'action morale du vêtement et des cosméti(|ues? Le costume joue un rôle immense dans la société : il est le symbole de la hiérarchie sociale. Les attributs extérieurs des chels (les États, les insignes du sacerdoce, les marques distinciives de la magistrature et de l'armée, etc. , sont des éléments très réels de puissance et de discipline. On gouverne les hommes par la vanité; la dimension ou la forme d'un ornement extérieur soulèvent des orages. L'habit oblige : lu soutane contient le prêtre libertin, i'humblc paysarj redresse le front sous le casque du cavalier. On a observé que le soldat, vêtu de l'habit à basques, se respecte plus qu'en petite tenue de veste avec le bonnet de police. Le sauvage lui-même se pare d'un luxe grotesque de plumes de verroterie. Le manteau de Diogène couvre la vanité crasseuse d'un philosophe tlont l'espèce n'est pas éteinte. L'habit, c'est l'homme, dit un pro* verbe cynique. La femme l'a pris au sérieux, et elle puise dans l'arsenal de la toilette une grande partie des moyens qu'elle emploie pour susciter, pour entretenir, pour irriter au besoin les passions sur lesquelles se fonde l'irrésistible empire de son sexe.

Zi° Le balancement régulier des excrélioris est une cojidilion de bien-être moral qui se lie étroitement au sentiment de la santé. Nous avons noté les phénomènes moraux qui accompagnent l'apparition première des menstrues, leur gêne, leur suspension, leur suppression définitive; ceux qui, d'après Gall, précèdent et suivent des évacuations analogues chez l'homme; les effets de la continence, des excès et des abus génitaux ; l'hypochondrie des individus tourmentés par une constipation habituelle, etc. (voy. tome I).

5" L'activité des sens aboutit au cerveau, réservoir des sensations, qu'il distribue ensuite dans l'organisme par un mouvement de renvoi. Les sensations, dit avec raison Georget (1), se confondent avec les opérations cérébrales; elles donnent naissance à des ailéclions morales, à des passions, à des combinaisons intellectuelles. La vue d'un péril imminent, l'annonce d'une nouvelle fâcheuse, causent tout à coup l'eflVoi, du chagrin, etc. La musique n'est-elle pas le mobile sensorial le plus apte à déterminer les affections morales les plus vives, les plus énergiques, les plus opposées? — Il sera question, dans le chapitre suivant, des changements qu'éprouve l'action cérébrale par suite des exercices et de la gymnastique. Nous avons déjà insisté ailleurs sur l'efficacité des

(1) Physiologie du système nerveux, 1. 1, p. 335.

HYGIÈNE l'lUVÉK.

diversions musculaires contre certaines habit.ides vicieuses de I'h. cépliale (tome I. page 185). vicieuses de I en-

S 3. - Inniience du «.oral sur les fonctions de l'économie.

1° Fonction de la reproduction. La disposition à la gaieté favorise ce te (onc .on; les soucis, la crainte, la tristesse, la frayeur, la paralysent; les travaux d'esprit. les émotions morales éfoignent d.i plaisir sexuel. La lubricité, dit Burdacl, (1), tient souvent plus au vide de^ la (ête qu'à la plénitude des testicules. L'imagination provoque I érection, accroît la sécrétion du sperme, exalte l'activité plastique des ovaires; elle supprime ou augmente la formation du la. t elle appelle ce fluide dans les mamelles desséchées, etc U a, leurs la volupté vénérienne est !e produit d'une perception cérébrale; tous les phénomènes qui précèdent et suivent le coïtse rapportent au cerveau : les femmes et les enfants, qui n'ont point de sperme, sont passibles des mêmes sensations que l'adulte - 2" Fonctions plastiques. La digestion est à la merci des vicissitudes de l'état moral: une frayeur l'interrompt brusquement; la tristesse la rend lente et pesante; la gaieté l'aiguillonne ; en un mot la marche de la fonction et le degré d'élaboration des matières ingérées dépendent du mode d'irradiation cérébrale. Le docteur Beaumont a vu de ses propres yeux la muqueuse de l'estomac devenir rouge et sèche, ou pâle et terne par l'effet d'une commotion morale. Il en est de même du rhythme circulatoire, et l'effet des émotions morales est la plus forte preuve de l'action du cerveau sur le cœur; elles rendent ses mouvements tumultueux, et, quand elles sont très vives, elles causent la syncope. Dans toutes lesexaltations de I ame, dans les énergiques et libres déterminations de la volonté, le cœur domine le sang et le lance avec force et par larges ondées dans les canaux artériels. Dans les divers états de concentration morale, d'oppression du sentiment ou de la volonté, le cœur lutte avec peine contre le sang et s'épuise en battements petits, intermittents, accélérés. La crainte de la saignée refoule le sang et laisse la veine béante sans écoulement. Un homme robuste, insulté par son prince, et qui mourut subitement sous la compression forcée de sa jusie colère, offrit à Harvey un cœur extraordinairement dilaté. D'après Proust, l'exhalation d'acide carbonique par les voies

(1) Burdach, Traite de physiologie^ t. V, p. 27.

PKKCEl'TA. — IJfci l'eNCIÎI'UALK. IjOO

respiratoires augmente sous l'iiilluonce des impressions exliilarantes, et diminue parla tristesse, rin(]uiétude; la transpiration insensible suit les mêmes phases; les aliénés ont presque tous la peau sèche et suent difficilement. Le blancliissement des cheveux, a l'annonce d'une catastrophe, pronvo que la sécrétion du pigment est brusquement modifiée. Le repos de l'âme, la sérénité de l'esprit favorisent la formation de la graisse; les passions fortes et contrariées la réduisent. L'intestin, paralysé par une terreur soudaine, laisse échapper en diarrhée les fluides contenus dans ses follicules. La salive coule plus abondamment pendant la colère, pendant l'éréthisme vénérien. L'effusion des larmes, pi'écédée de rougeur à la cot)jonctive et de tension dans l'œil, t st la crise des émotions qui s'accompagnent de spasme épigastrique et d'oppression précordiale. La colère violente produit des vomissements et une diarrhée de matière bilieuse, l'amertume de la bouche, des douleurs à la région hépatique; les affections tristes, le dépit, la contrariété abaissent toutes les actions organiques, et par conséquent aussi celle du foie; c'est pourquoi ils entraînent la constipation, la perte de l'appétit, la pneumalose intestinale, la coloration ictérique de la peau, l'induration du foie, t^t la production des concrétions biliaires. — S- Fonctions derelation. Les fortes contentions de l'esprit suspendent ou dénaturent l'activité des sens; les rêveurs, les illuminés, les extatiques en sont des exemples. Le cerveau subit lui-même le ravage des passions et des idées ; et c'est ici qu'apparaît le néant des doctrines matérialistes. Si c'est le cerveau qui pense et. qui sent, comment est-il altéré dans ses conditions

) matérielles par le simple effet de .ses fonctions, ou plutôt a comment se fait-il qu'une idée tout à fait métaphysique, invisible, intangible, sans étendue, sans forme ni substance, agisse néanmoins avec une force, une persévérance capable de détruire l'organisme matériel le plus fortement constitué? Un homme apprend qu'à deux mille lieues de distance le vaisseau qui porte sa fortune est englouti dans les flots... Rien ne le touche, rien ne l'atteint physiquement, mais l'épine morale enfoncée dans le cerveau amènera presque infailliblement les plus graves accid.mls. Le premier de tous est une commotion extrême, rapide, fulgurante, qui ébranle

i l'organe. A ce premier effet succède une douleur plus profonde, plus âpre, dont le résultat est d'irriter continuellement le cerveau :

de là la perte du sommeil, l'augmentation de l'irritabililé physiologique; puis, au moral, la disposition à l'emportement, à la''mé-

IIYUIÈNB ruiVÉE.

Hance, n la niomsilé, oi si rien ne d.Hruit on n'eff^cn la cause, la méningite, los congestions cérébrales, l'apoplexie, les paralysies es ramollissements du cerveau, l'aliénation mentale, etc., en' sont les suites plus ou moins immédiates. Mais où donc est la racine de tant de maux? Dans une idée, et cette idée; commande à toutes les autres (1). » Sous le coup des émotions ou par les impulsions de la volonté, l'action musculaire est paralysée, saccadée, tremblante, roidie, précipitée, etc. Le sommeil ne suspend les phénomènes de relation qu'avec le consentement de l'âme, et quoique la résistance an besoin du repos menace l'intégrité des centres nerveux, elle n'est pas moins un acte de prépondérance du moral sur le physique.

Ainsi, toutes les fonctions, tous les organes subissent l'empire des vicissitudes do l'âme; l'influence morale conserve et détruit, guérit et tue : Fernel, Racine. Fourcroy, Fontanes, Diipuytren, Orfila ont succombé à sa mortelle atteinte; la maladie qui a terminé prématurément la grande vie de Napoléon rappelle ce mot du célèbre Ant. Dubois, que la cause du cancer est dans les nerfs. Les viscères les plus fréquemment atteints par cet ordre de causes, sont le cerveau qui est leur siège et leur point de départ, l'estomac sur qui elles retentissent presque instantatiément, le cœur qui, suivant le langage commun, à la fois pittoresque et vrai, bondit de joie, se serre ou se brise de douleur; enfin le foie, qui est affecté surtout par les souffrances morales chronicjues; ce qui a fait dire que les longs chagrins jaunissent. Tous les fluides de l'économie peuvent être modifiés dans leur quantité et dans leur qualité par l'action des causes morales; leur altération parfois instantanée suppose nécessairement celle du sang. Borelii affirme que dans un paroxysme de colère, la température du sang s'élève autant que dans un accès de fièvre : s échauffer le sang ne serait donc pas une métaphore. Le lait et la bile sont les deux liquides organiques qui se ressèment le plus souvent des perturbations du rhylhme encéphalique. Enfin, l'effet des causes morales ne se localise pas toujours dans un viscère, ne se traduit point toujours par la lésion d'un liquide; il arrive que tout l'organisme en est frappé par sidération ou d'une manière lente. Les exemples de mort subite par excès de colère ou de joie, quoique rares, ne manquent point: Sophocle en est le plus

(1) Réveillé-Parise, Essai demédec. morale, dans les Études de Vhomme, etc. Paris, 1845, t. II, p. 31.

PERCEPTA. — DE l'MCÉPIIALE. 311

illustre. Les affectons morales épuisent inseusibleineiiL les constitutions les plus robustes; la jalousie fait tomber certains enfants dans le marasme ; et puisque le scalpel ni le microscope ne peuvent vérifier sur le cadavre les résultats de ce tœdium vitœ, reste une sorte d'usure dynamique, une consomption nerveuse, triste mais irrécusable preuve de l'existence et de la puissance du principe immatériel dont notre corps est le réceptacle éphémère.

S 4. — Influence des fonctions snr le moral.

Sans rattacher le penchant d'un sexe vers l'autre à l'influence t immédiate de la génération, rappelons que les phénomènes moraux i qui font cortège à la puberté (voy. tome 1, chapitre III) manquent ^ totalement chez les castrats; qu'avec l'alîaiblissement delà faculté < procréatrice par les excès coïncident l'inertie de la pensée, l'inapti- \. tude au travail, la diminution de la mémoire, une sorte d'imbéciU i lité ; qu'une continence difficile agite le cerveau ou produit l'em- T barras de la pensée, l'ennui, le dégoût; que la génération conduit ^ à la sociabilité, à la vie de famille, etc. Les organes de la vie plas- \ tique transmettent au cerveau, par l'intermède du grand sympa- [] thique, des impressions qui modifient les manifestations de l'intellect ' et du moral, car on ne saurait méconnaître dans le nerf trisplanchnique un foyer d'incitations, pas plus que la transmission des incitations cérébro-spinales fi la libre musculaire de la vie organique. Tout ce qui a été dit au § 1" de cet article s'applique à la démonstration de l'influence que les autres organes de l'économie exercent sur l'encéphale; elle peut aller jusqu'à troubler profondément ses fonctions, jusqu'à fausser les résultats de l'activité sensorielle : le délire accompagne les inflammations suraiguës des principaux viscères; il est surtout produit fréquemment par celles du tube digestif. « Mens sana in corpore sano, » cet axiome résume, non-seulement les conditions de l'éducation, mais encore celles du libre arbitre. Cas. Broussais a raiso» de dire que le libre arbitre n'a rien d'aksolu (1); que l'apoplectique, le phrénétique, l'endormi, l'idiot, en sont privés; que l'homme le plus libre est celui dont les organes I et les facultés ont acquis leur développement le plus complet; mais nous ditlérons de lui dans l'explication du rapport qui existe entre la liberté morale et la santé parfaite; pour les phrénologistes, c'est

(t) Hygiène morale. Paris, 1837, p. 265.

" iiv(;ii;ne i'uivkk.

un, apport ,1e causalilô. pour nc.s un rapport dM,ar,nouie • Ho mêmoquo toutorga..eeslappropriôà sa fonclion, ainsi la san nous seuible uno appropriation de lorf^anisme à l'expression narta.te de la v,e morale; n.ais celle-ci ne dépend pas virtuellement et pnmord.alement de l'état des organes. L'apoplexie, la plirénosie 1 Idiotisme, ne sont pas d'ailleurs des étals plivsiolocinues et SI l'on peutains. dire, légitimes; la santé a été la dot primitiv4 dê homme, et sa liberté n'a connu d'autre limite que la nécessaire limitedes lois de l'organisation et du milieu ambiant • les causes qui ont amené l'idiotisme, la plirénésie, l'apoplexie, c'est-à-dire 1 oppression de son libre arbitre, il peut les avoir volonlairemenl mises en jeu. lui ou ses ascendants : combien d'états organiques ou psychologiques qui entraînent l'abolition de la volonté sont les résultats d'un suicide qui fr,.ppe l'individu seul, ou la famille avec l'individu! Je vois dans l'idiot de naissance le spectre de l'intelligence du père ou de l'aïeul, ou le produit condamné d'un croisement illégitime.

S ;i. - CoiiKétiiiences liygiénlques.

Déterminer le juste balancement des actions organiques et des influences morales, réaliser et faire durer le « mens suna in corpore sano, » tel serait l'objet de l'hygiène encéphalique; tel est aussi le but que poursuivent à travers les siècles les philosophes et les moralistes. Laplirénologie, en substituant à l'anthropologie religieuse, à la psychologie, une sorte de mécanique cérébrale, simplifie en apparence les termes du problème; mais en mettant la théorie des phénomènes moraux et intellectuels à la portée des plus médiocres esprits, elle n'ôte rien aux difficultés de la pratique, c'est-a-dire de l'éducation et de la direction des hommes. Sans agiter ici en phrases magistrales les problèmes dont personne ne cherche les solutions dans un livre d'hygiène élémentaire, contentons-nous d'avoir spécifié les réactions réciproques qui existent entre le physique et le moral, et qui projettent une lueur de plus sur le côté dynamique des actes de l'économie. C'est au médecin à combiner, pour le but qu'il se propose, les éléments de l'organisation et de la diététique, les mouvements spontanés de l'âme et les impulsions qu'elle est susceptible de recevoir par la voie des organes. Les moyens moraux composent une partie essentielle de la thérapeutique ; ils sont aussi un merveilleux levier pour l'hygiène ; mais quant à la manière d'en

PEUCEITA. — 1>K L'ENCEPHALE.

chacun l'enlen-l dive,-seme„t. Si la vérité est ,:«ns un la,-ge ili u. il est permis de blâmer, d'une part, a culture outrée du s t cet,e sollicitude innnie qui polit le fourreau sans songer . la lame, d'autre part, les immolations qu'un ze e myst.que ,mpose à l-m-ganistne, les exaltations malsaines d'un spn.lual,srae qui place une douleur partout où le Créateur a rn.s un beson,, e qui divinise le suicide sous le nom de pénitence. L egois e obèse et rubicond dégoûte; le moine consumé par les dévotions l.briles de la solitude excite la pitié du médecin. Inclinons-nous devant le sage dont la verte et lucide vieillesse atteste le sobre usage de toutes choses.

En parlant des tempéraments, des sexes, des âges, etc., nous avons esquissé les modifications intellectuelles et morales qui comcident avec les phases de l'organisme. Nous n'ajouterons que peu de mots en laveur de l'enfance, trop sacrifiée à la vanité des familles ou aux exigences d'une société encombrée d'ambitions. L'instruction desenfants commence trop tôt; on n'attend pas que leurs organes soient affermis, leur santé constituée; on en fait des êtres mal équilibrés; leur cerveau s'irrite par l'exercice inopportun ou forcé de la pensée, leurs organes deviennent pour l'esprit des instruments imparfaits on trop faibles. La conception et la génération intellectuelles exigent la maturité de la substance cérébrale et la consolidation des rapports du système nerveux avec le système musculaire et les autres organes. Les éludes précoces, les contentions de l'esprit, sont pour un enfant de quatre à six ans ce que les excitations génitales sont pour un impubère. Plus lard, quand l'éducation sera en pleine activité, l'œil du médecin devra veiller toujours sur les effets qu'en éprouvent la nutrition, l'innervation, la contractilité musculaire, etc. L'habitude d'apprendre aux enfants plusieurs langues à la fois retarde le développement de la parole et compromet la lucidité de leur cerveau. Quant au principe qui doit présider à leur direction hygiénique et morale, c'est celui de . l'autorité, exercée par une volonté douce, mais constante, régu- 1 lière, inflexible même, car rien ne jette plus d'incertitude dans leur tenue, plus de caprices dans leur volonté, plus de trouble dans leurs idées, que les oscillations et les faiblesses de leurs guides.

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