I. — Précautions générales
L'exercice se doit prendre, autant que possible, à l'air libre, à l'onfibre pendant l'été, en hiver à l'abri des intempéries. Quelques exercices (escrime, danse) ont lieu dans des espaces clos; il y faut réunir toutes les conditions de salubrité et prévenir l'encombrement : même recommandation pour les gymna«es. Les anciens procédaient à leurs exercices, le corps nu, et pour empêcher les sueurs excessives, ils se frottaient d'huile ou se roulaient dans lu poussière; ces pratiques ne sont pas de notre temps ni de notre climat; des vêtements légers, amples, extensibles, se prêtent à la variété des mouvements, sans surcharger le corps d'un excès de calorique; point de liens, point de compressions qui puissent gêner le jeu des muscles, le cours du sang, l'expansion des cavités splanchniques; une ceinture large et souple est le seul contentif qui cou vienne; l'excrétion des fèces, des urines, du mucus nasal, etc., précédera l'action musculaire. On ne fera point succéder sans transition aux exercices violents le repos absolu, et avant de le prendre, on se couvrira un peu plus chaudement, afin de ne pas supprimer brusquement la fluxion sudorale qui s'opère vers la peau par l'élimination d'un excédant de chaleur, et dont l'interruption donnerait lieu à une congestion ou à une piegmasie interne. On ne mangera pas immédiatement après s'être livré à un exercice violent. Après le repas, point d'exercices ; cette règle ne souffre d'exception qu'en faveur des personnes sédentaires ou adonnées aux travaux de l'esprit; chez celles-là, un peu de mouvement facilite l'action des organes digestifs; on leur prescrira la promenade à pied ou en voiture ou à cheval au petit pas, une lecture récréative à haute voix, le jeu du volant, etc. Pris sans ménagement après le repas, l'exercice réduit l'estomac à l'impuissance, en rappelant la forée sur d'autres organes, et par les secousses réitérées du diaphragme, il le provoque à se vider de son contenu : deux chiens ayant été gorgés d'aliments, on fit courir l'un, on laissa l'autre dans le repos ; puis on les tua. L'autopsie fit voir, chez le premier, les aliments passés dans les intestins sans avoir subi une élaboration convenable, et che^ l'autre la pâte chymeuse encore dans l'estomac et achevant
GESTA. — UÈGLES GÉNÉllALES. «>7J
de se perfectionner sous l'intluence du suc gastrique (1). Le régime sera proportionné à la quantité du mouvement; la ration de liquide, plus forte qu'aux jours de repos, ne doit pas cependant fournir trop à la sueur; l'eau pure convient moins après l'exercice qu'une boisson légèrement alcoolisée, et pendant l'action musculaire, on ne doit user que d'un breuvage légèrement fortifiant.
n. — Conditions de l'individualité.
1° Tempérament, constitution. Les exercices les plus actifs conviennent aux individus lymphatiques, pâles, faibles, bouffis, disposés aux scrofules; la chasse, la lutte, la course, l'escrime, la gymnastique sous toutes les formes, produiront chez eux l'absorption des fluides blancs qui surabondent dans leurs tissus, prononceront les systèmes musculaire et sanguin, redonneront à leur teint la fraîcheur et la vivacité, à leur fibre la force et la résistance, corrigeront l'inertie et la langueur habituelles de toutes leurs fonctions. Les personnes chez qui l'hématose est très énergique doivent s'abstenir des gestations plus ou moins passives, et des efforts violents
(I) Le 23 janvier 1845, un garde municipal rentre après plusieurs heures de marche vers huit heures du soir au quartier; sans se reposer, il mange gloutonnement de la viande de mouton, des pommes de terre, des haricots, des pruneaux; il arrose ce repas d'une forte quantité d'eau, et se remet incouiinent en marche pour se rendre à pas accélérés du quai des Céleslins à la place de la Madeleine où il était de service (environ trois quarts de lieue); à peine arrivé à son poste, il est pris de coliques et de vomiturilions ; ramené au quartier, il passe la nuit dans des soufïraiices atroces; le matin ou le transporte au Val-de-Grâce où je diagnostique chez lui l'existence d'une invagination ou d'un étranglement interne, consécutif au brusque passage des aliments indigérés de l'estomac dans l'intestin grêle et aux ballottements imprimés à la masse des viscères abdominaux ; les douleurs ne discontinuent point jusqu'à la mort qui arrive le lendemain vers raidi, sans agonie; il n'y avait pas eu de vomissements; la constipation n'avait cédé à aucun moyen ; le ventre, ballonné, prononçait les reliefs des circonvolutions intesiinales. A l'autopsie, l'estomac est vide, exsangue, sans aucune trace de lésion; môme état des deux tiers supérieurs de l'intestin grêle dont les valvules connivcntcs sont presque effacées, si ce n'est qu'ils contiennent une quantité notable de liquide jaunâtre, dans lequel nagent en grand nombre des débris d'aliments non digérés et très reconnaissabics, tels que des morceaux de viande, des fragments de pommes de terre, des haricots entiers, des pellicules de pruneaux : au-devant et sur le côté droit de la quatrième vertèbre lombaire existe un étranglement produit par un diverticulum intestinal qui
'^^^ IlY(;iÈNE PRIVÉE.
(jui leur fout risque (l'anévrysmes, d'iifimorrhagies, de congestions cérébrales; mais les marches prolongées, la course modérée, la danse, les professions qui nécessitent l'activité de tous les muscles en plein air, les préserveront de la pléthore sanguine qui les menace et fixeront sur les organes du mouvement l'exubérance des fluides plastiques, toujours prêts à se déverser en congestion sur les organes internes. Tous les exercices, sans exception, sont utiles aux sujets nerveux, et l'on peut assurer que ce tempérament, poussé même au degré pathologique, retire de la gymnastique les plus précieux avantages de prophylaxie et de curation : développer les muscles et les fortifier, activer la circulation générale jusque dans les capillaires les plus ténus, amplifier le champ de la respition, détruire les concentrations viscérales, l'excès d'irritabilité du système nerveux, telles sont les indications du tempérament nerveux et de la névropathie; la gymnastique les remplit à elle seule; pour les hystériques, pour les névropathiques, pour les hypochondriaques, etc., elle est le meilleur calmant, l'antispasmodique le plus certain; pour les jeunes choréiques, un remède certain. Aux bilieux secs et maigres les gestations, la promenade à pied et en bateau, en un mot les exercices modérés qui n'ajoutent point au
naît du bord libre de l'iléon, à 1 mètre environ de la valvule iléo-caecaie ; ce diverticulum, ou prolongement intestinal, constitué par les trois tuniques de l'intestin, forme un nœud embrassant en manière de huit de chiffre une double anse qui, développée, présente 2 mètres de long et est constituée par toute l'extrémité inférieure de l'iléon, moins les 12 derniers centimètres qui tiennent à la valvule iléo-cœcale (voy. Gazette médicale, mars 184-5). Deux litres d'un liquide poisseux et brunâtre (sérosité et sang non réuni en caillots) dans la cavité péritonéale. Tous les autres organes sains.
Quel exemple saisissant des effets de l'exercice violent pris avant et après un repas qui d'ailleurs était fort indigeste! L'estomac, dont le système musculaire en action avait détourné le sang, n'avait pu cliymifier la masse énorme des aliments qu'il avait reçus; transmis à l'intestin sur lequel ils ont fait impression de corps étrangers, ils ont provoqué des mouvements péristaltiques que les succussions de la marche ont rendus tumultueux, désordonnés; et quand par le repos du lit, par l'ingestion des boissons ihéiformes, par les applications chaudes sur le ventre et surtout par la phlogose des anses comprimées, la circulation est devenue prépondérante vers l'intestin, le sang a trouvé un obstacle insurmontable à son cours dans le nœud de l'étranglement; il s'est accumulé au-dessus de l'obstacle dans la portion la plus déclive de l'intesiin grêle, et il a transsudé par compression dans les deux sens à travers les parois vasculaires pour se répandre dans la cavité de l'intestin et dans celle du péritoine.
type accéléré do leurs fonctions ; la gymnastique, employée avec inesiire, augmentera leur force de résistance, développera leurs muscles; l'équitation tacilitera chez eux la circulation abdominale et contribuera à les préserver des stases splauchniques, si fréquentes chez leurs pareils.
La combinaison du régime et des exercices peut amener un changement dans les formes de la constitution. Depuis longtemps la gymnastique est considérée comme le correctif de cet état de santé équivoque, caractérisé par la prépondérance viscérale et l'accumulation de la graisse : Galien fit disparaître l'énorme embonpoint d'un client en lui prescrivant de courir tous les matins jusqu'à ce qu'il fût baigné de sueur ; nous avons mentionné la méthode suivie en Angleterre ; pour façonner des coureurs. Les constitutions primitivement débiles acquièrent par la gymnastique une vigueur et une force remarquables : Thémistocle, Alcibiade, Socrate, Pélopidas, les deux Caton, César, Adrien, Marc-Aurèle, etc., lui durent leur puissance de résistance aux fatigues; Démosthène, frêle et maladif, se livra 1 pendant son enfance à des exercices continuels qui préparèrent ! son corps aux luttes et aux travaux de l'homme d'État; Agésilas, né boiteux et si faible qu'on l'eût noyé sans la pitié de sa mère, devint, grâce à la gymnastique, l'un des plus vigoureux et des plus illustres capitaines de son siècle. Cœteris vero omnibus, quœ ad impediendam humorum indigestionem et ad sanguinem idcirco corroborandum, ac firmitudinem partibus conciliandam, faciunt, exeixitium corporis facile palmam prœripit (1). Les boxeurs anglais de profession possèdent une force prodigieuse, une adresse rare, une insensibilité aux coups qui passe toute croyance, et en môme I temps une parfaite santé : dans une lutte célèbre de h heures Zi5 minutes entre les boxeurs Maffez et Maccarthy, l'un des deux I tomba étourdi 196 fois. Ce n'est point l'habitude qui produit ces 1 qualités, car les débutants valent les vétérans; mais on les a sou- ' mis à une éducation spéciale appelée condition ou entraînement, et qui a pour effet de renouveler les matériaux de l'organisation et d'en changer les caractères : le boxeur formé présente des membres plus volumineux, des muscles durs, saillants, élastiques au toucher, l'abdomen effacé, le thorax prononcé en avant, la respiration ample et profonde, la peau exempte de toute éruption, ferme, lisse et transparente, d'une coloration uniforme, ne tremblotant pas à
I (l)Sydenham, Traclatus de podagra, op. cit., p. 467.
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la région axillaire et aux côtés de la poitrine pendant les mouvc ments du bras, mais parfaitement adliérente aux muscles sous-jacents. D'après sir John Sinclair, l'entraînement donne aux os plus de résistance; quoique la sensibilité soit diminuée par cette gymnastique athlétique, les boxeurs ont la vue plus nette, l'ouïe plus fine, l'esprit plus libre, un sentiment général de bien-être et de confiance en eux-mêmes : ce qui lait dire aux Anglais que l'entraînement modifie le moral aussi bien que le physique (1). Voila donc un type d'organisation que l'on crée à l'aide de moyens qui se résument dans un emploi spécial de l'aliment et de l'exercice; les coureurs, les jockeys, sont façonnés sur un autre type par une combinaison différente de ces moyens; un système particulier d'entraînement sert à former des plongeurs dont on développe la force
(1) Voici les bases du régime auquel les boxeurs, c'est-à-dire des hommes destinés à un exercice violent et souvent répété, doivent leur force, une santé ferme et une grande longévité : Soin incessant de la peau ; lotions et frictions avec l'eau savonneuse tiède, puis avec l'eau froide ; chaque soir, ablution générale de tout le corps; par les temps froids et humides, frictions sèches plus on moins rudes. Après chaque sudation, immersion de courte durée dans de Teau de mer ou de l'eau salée très froide. Si après quelques jours le sujet répugne encore à ces lavages, à ces immersions, on le saigne et on le purge. Linge toujours propre ; celui de la nuit ne sert pas le jour. Sudations proportionnées à la force et à l'embonpoint des sujets, et provoquées par l'exercice ou au moyen d'édredons, de lits de plume, quelquefois par l'emploi de la poudre de Dower ou de l'émétique à la dose de 30 cenligrammes. Exercice continu, repos de deux heures seulement par jour en dehors du repas; courses de plus en plus accélérées avec des vêtements de laine ou de flanelle; la soif, allumée par la marche ou la course, ne doit être apaisée que par l'eau froide en gargari>me, on à l'aide de linges mouillés appliqués sur la peau; la fatigue localisée dans quelques parties du corps, aux articulations, est combattue par des frictions sèches, le massage, les lotions d'eau froide. Repas réguliers, deux par jour el quelquefois un souper très léger à huit heures du soir; régime de bœuf et de mnuton bouillis ou rôtis; à peine quelques pommes de terre; prohibition des viandes blanches , du gibier, des salaisons, des épices, des graisses, du lard ; du pain bien cuit et rassis de deux jours, on lui préfère le biscuit sec; on y ajoute une pinte de porter par jour, un peu de thé ou de café froid ; point de tabac, les Anglais prétendent qu'il tue les forces. On veille h la liberté du ventre; on n'a recours aux évacuants que chez les obèses et les essoufflés; le jour où on les administre, pas d'applications d'eau froide ni d'exercices. L'air pur et vif de la campagne, un lit dur etsans rideaux, tel est le complément des règles d entraînenaent poqr les boxeurs.
respiratoire par un exercice préalable, et qui, pour des travaux de quelque durée au fond de la mer, sont soumis à la diète végétale et à l'eau pour boisson, d'après l'observation faite par l'ingénieur Spalding, qu'avec ce régime on consomme moins d'air dans la , cloche à plongeur. De ces faits, auxquels s'ajoutent les tentatives heu- L reuses de Backwell (voy. tomel, page iai) et beaucoup défaits empruntés aux deux règnes organiques, il est permis de conclure, avec H. Royer-GoUard, qu'il est un art, trop négligé des médecins, j qui consiste à s'emparer du mouvement nutritif, à le diriger vers un but déterminé, à changer dans un sens ou dans un autre la structure intime des organes. Déjà les méthodistes ont pratiqué cet > art de retrancher les mauvaises chairs et d'en faire de neuves, plus saines et plus fermes : ils purgeaient et saignaient, puis ils prescrivaient une bonne nourriture et l'exercice. Cet art, qui n'ira ja- 1 mais jusqu'à détruire l'essence propre de chaque constitution, sera i puissant à relever certains étals de santé incomplète, à corriger bon i nombre d'états morbides : reste à le fonder sur des observations I plus étendues, plus variées, sur des expériences moins spéciales et ( moins restreintes que les routines d'ailleurs ingénieuses de l'en- I traînement anglais; un régime spécial, les bains froids, certaines pratiques de saine hydrothérapie, la gymnastique, voilà les instruments les plus sûrs, si on sait les manier, pour la transformation des tempéraments et des tendances vicieuses de l'organisme. I 2" Ages. A la naissance, les muscles sont pâles, minces et mous, . les tendons rougeâtres et ternes, les os en grande partie cartilai gineux; partant point de locomotion , mais déjà le besoin du ; mouvement existe et les oscillations du bercement y répondent. I Vers la fin de la première année l'enfant essaie de se tenir debout, I et dès que ses muscles extenseurs lui permettent cette station avec
■ les genoux demi-fléchis, il cherche à changer de place; sa première I translation volontaire dans l'espace est une course précipitée, par
■ disproportion de force d'impulsion iniliale avec la di.-tance du but I qu'il vent atteindre. Au commencement de la troisième annpe, les
rotules commencent à s'ossifier, les muscles extenseurs ont acquis ' plus de force : l'enfant réussit à marcher. Jusqu'à ce moment, on se contentera de le laisser s'agiter à l'aise sur une natte ou sur un tapis étendu à terre; qu'il s'y roule, qu'il s'y tourne et retourne à son gré : les efforts qu'il fait pour se soulever et se redresser, exercent tous ses muscles; qu'il lui soit permis de se traîner sur ses mains, sur ses pieds, tant que ce mode de progression est le
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seul possible pour lui. Pour la promenude, la mère ou la nourrice le tiendra à demi couché sur les deux bras, de manière à prêter un large dossier à sa colonne vertébrale qui sur un seul avant-bras serait exposée à des déviations. Que l'on s'abstienne d'exciter à la marche les enfants encore inhabiles à la simple station verticale, la déviation latérale du genou ou de l'articulation tibio-tarsienne pourrait en être la conséquence; qu'on ne les suspende point par les bras à l'aide de lisières ou dans l'intérieur d'un chariot roulant, pour leur faire raboter le sol avec leurs pieds; ces appareils étreignent la poitrine, haussent les épaules, compriment les vaisseaux et les nerfs axillaires, diminuent le diamètre antéro-postérieur du thorax. L'enfant qui a appris spontanément à marcher, étudie mieux ses pas, les terrains, il sait tomber avec souplesse sur les mains ou sur les fesses , tandis que l'enfant dressé à la locomotion se laisse choir lourdement comme une masse inerte, et compte ses chutes par autant de contusions. Une fois qu'ils marchent et courent , n'abusez pas de leurs faibles jambes : jamais nous ne voyons sans un serrement de cœur des mères, des bonnes battre et traîner par les mains de pauvres petits enfants qui refusent avec des pleurs et des cris de continuer les marches prolongées auxquelles on a la sottise ou la barbarie de les obliger. A quel âge peut-on appliquer les enfants à la gymnastique? Dans l'établissement de M. Amoros on voyait, il y a quelques années, une section composée d'enfants de deux à huit ans et qui rivalisaient entre eux ; mais nous pensons qu'il ne faut pas commencer ces exercices avant l'âge de cinq ans, tant à cause de la difficulté d'en proportionner la mesure et l'intensité, que pour ne pas fatiguer le cerveau de préceptes et de l'attention qu'on exige ; même à cette époque on ne doit permettre qu'une gymnastique générale, propre à solliciter dans une égale mesure toutes les parties du squelette et tous les muscles : nous connaissons une jeune fille qui, soumise dans un âge trop tendre aux exercices spéciaux des membres supérieurs, présente une difformité de l'épaule, quoiqu'elle soit née de parents sains et bien constitués. Dans l'adolescence, la gymnastique retarde heureusement la puberté: chez la jeune fille elle préviendra les maladies que l'oisiveté du corps et l'activité de l'imagination multiplient dans cette période de délicate transition. Il est très important, pour le développement régulier et la santé ultérieure des jeunes gens des deux sexes, de bien distribuer leurs exercices physiques et intellectuels. Le premier inconvénient des maisons
d'éducation, c'est l'unité de règlement ; les travaux qui conviennent aux constitutions fortes fatiguent beaucoup des organisations frêles et impressionnables: l'intelligence ne peut fonctionner impunément dans un corps mal affermi; attendez qu'il soit en bonne voie de développement, et toujours faites coïncider avec les exercices de l'esprit ceux du corps. Nous ne prétendons pas élever des Spartiates; mais que peut espérer la patrie, l'humanité, la science ellemême de ces êtres étiolés et rabougris que dévore une fièvre d'émulation, qui torturent leurs poumons dans les attitudes vicieuses de la méditation et du travail , qui surexcitent leur système nerveux par les veilles et l'ambition? Quand l'accroissement s'opère avec une sorte d'acuité et s'accompagne de débilité, les exercices l violents sont de trop. Dans l'âge adulte, l'action musculaire pré- I vient les concentrations viscérales. Il est difficile de préciser (l'époque où les exercices gymnastiques ne sont plus de saison. ^ Chez les Grecs, jeunes et vieux allaient au gymnase. Pompée, au 3 dire de Salluste, allait encore au champ de Mars à l'âge de I cinquante-huit ans et ne le cédait point dans les exercices au plus t robuste soldat de son armée. Galien se luxa l'humérus à trentej cinq ans en s'escrimant à la palestre. Des hommes plus âgés ont pratiqué au gymnase de M. Amoros des exercices propres à combattre quelque infirmité, et s'en sont fort bien trouvés (Cas. Brous- I sais). Ceux qui arrivent à la vieillesse après une vie de labeur et ( de mouvement ne sauraient s'en départir sans danger; la gymnas- ) tique professionnelle, continuée jusque-là, ne doit plus être inter- I rompue, à moins qu'elle ne soit suppléée par une autre série d'exercices, tels que la marche, l'équitation, le billard, les voyages, j le jardinage : sinon, obésité, goutte, congestions splanchniques, apoplexie, etc. La plupart des exemples de longévité surprenante appartiennent à la classe des hommes dont une gymnastique active ) a entretenu la vigueur : tels sont les soldats, les matelots, les agri- ' culteurs.
3" Sexe. Avant la puberté, les mêmes modes d'activité musculaire conviennent aux deux sexes; vers cette époque, la gymnastique ; doit être dirigée de manière à ne pas empêcher le molimen dont i l'utérus va devenir le siège, tout en prévenant une concentration I trop énergique sur ce viscère : les phénomènes chlorotiques et anémiques, les palpitations, les migraines, les épistaxis, les accès convulsifs, choréiformes, etc., qui compliquent cette période de crise, se dissipent sous l'influence d'un régime convenable et de la
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gymnastique. Après l'iHablissement de la menstruation, la femme a-t-elle besoin de gymnastique? Espère-t-on dompter en elle, par l'exagitalion du système musculaire, les incessantes suggestions de cet organe qu'Aristole appelle brutalement un animal indocile? Les exercices du Portique feront-ils taire en elles la voix des passions naissantes? Et nous qui ne recherchons pas des Lacédémoniennes sans modestie, sans amour maternel , pourquoi voudrionsnous étouffer dans nos femmes la sensibilité qui tait de leurs personnes le centre attrayant de la famille? Leur organisation repousse les trop rudes travaux, la force musculaire masque et dénature leur sexualité : la servante de ferme, qui arrose de ses sueurs les sillons de son maître, doit-elle faire envie par le volume de ses muscles aux jeunes citadines dont la stature rappelle les plus élégants modèles de l'art antique? Les viragos qui brillent dans l'escrime, dans l'hippodrome, dans le pugilat, et qui usurpent jusqu'au cigare, s'isolent entre deux sexes, et jouent aux dépens de la nature une comédie de virilité. La gymnastique ne sera donc pour les femmes qu'une ressource de thérapeutique; mais à leurs habitudes sédentaires il faut opposer par intervalles fréquents la promenade, la vectalion, le billard, le cerceau, le volant, le chant, la musique, la danse qu'elles aiment d'instinct, la natation, les occupations de la campagne, etc.
k" Maladies et convalescence. Il est inutile de revenir sur les effets préservatifs de l'exercice; ils se manifestent surtout contre l'imminence des névroses, de la phthisie, etc. Puisque le repos prolongé annule les forces, il est toujours sage de prescrire l'exercice, à moins qu'il n'occasionne de la fatigue ou n'augmente celle qui existe : celte proposition résume le régime musculaire de la convalescence et des maladies. L'exercice, pris à propos et dans la mesure convenable, contribue à ranimer l'appétit, les forces digestives; pris à contre-temps, il renouvelle la lièvre, exaspère les symptômes : on voit alors la face rougir, le cœur battre avec violence, la peau se couvrir de sueur. Dans les affections nerveuses et spasmodiques, il détermine à la longue la sédation indirecte du système nerveux en rappelant sur les organes de locomotion l'excitabilité qui s'était concentrée en lui; chez les liémorrhoïdaires , et dans tous les cas où les organes supérieurs sont habituellement menacés d'hypérémie, les succussions répétées qu'il produit ont pour effet d égaliser la répartition des fluides sanguins entre toutes les parties du corps. Les douleurs névralgiques, rhnmalismales, arthritiques, dispa-
raissent pnrfois par Texercice des parties qui en sont le siège; les secousses réitérées du mouvement ont contribué à dissiper certains engorgements des viscères; néanmoins le repos est indispensable dans les affections de l'utérus et de ses annexes, dans la période aiguë des phlegmasies, et en général tout organe qui souffre réclame le premier bienfait de l'inaction. La station assise est intermédiaire entre la verticale et le coucher; aussi les malades commencent-ils par cette posture le retour à l'exercice : chez eux l'influence de la pesanteur sur la circulation est plus marquée; quand ils sont débilités ou depuis longtemps au lit, des défaillances accompagnent leurs premiers efforts de station verticale, et, pour peu qu'elle se prolonge, on la voit amener l'œdème des membres inférieurs, des dilatations variqueuses, etc. Les gestations, qui joignent aux effets de la station assise ceux du choc répété et l'effort 'musculaire de l'équilibration du corps, peuvent être utilement employées pour la guérison de quelques états morbides , et ont toujours l'avantage, pour le malade comme pour le convalescent, de le transporter dans un air pur au milieu de la campagne. L'équitation peut accroître les lésions du cœur et des gros vaisseaux, l'hépatite chronique, les hernies irréductibles, les tumeurs hémorrhoïdales, les aft'ectioiis de la vessie et des testicules, la spermatorrhée diurne, etc. La promenade en bateau sur une eau tranquille est, de toutes les gestations, celle qui ressemble le plus au repos. L'exercice est souverainement contre-indiqué dans toutes les maladies où l'on doit craindre d'accélérer les phénomènes de la respiration et de la circulation. Quant aux applications de la gymnastique à l'orthomorphie, leur but a été formulé comme il suit : combiner l'influence physiologique du mouvement spontané avec l'action :mécanique d'une force prise hors du sujet, et destinée à rétablir les • leviers solides dans leurs rapports naturels. 11 s'agit de faire foncitionner le système musculaire dans les conditions qui rapprochent davantage le moteur et le mobile de leurs rapports normaux, et la guérison d'une difformité n'est définitive que si elle se maintient dans l'état de mouvement du corps comme dans l'état de repos, i La gymnastique peut suffire pour le redressement des déviations légères du rachis dues au relâchement des ligaments, à la faiblesse ■ et à la paralysie incomplète des muscles du côté opposé, à l'inclinaison et à la prédominance, au raccourcissement, à la rétraction (k's muscles antagonistes du côté de l'inclinaison, etc. Jamais les machines et appareils ne suffisent. Indépendamment du secours
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spécial qu'elle fournit pour le traitement de la difformité, la gymnastique concourt à l'œuvre de restauration organique en fortifiant tout le système musculaire, en augmentant l'énergie des viscères, en régularisant toutes les fonctions.
m. — PÉRIODICITÉ EXTÉRIEURE.
Évitez les exercices très violents dans les deux saisons extrêmes; ils épuisent rapidement l'organisme déjà énervé par les chaleurs de l'été ; la transpiration qu'ils provoquent en hiver expose à des accidents de rétrocession subite. Dans les localités infestées par des foyers miasmatiques, l'inertie et l'excès de mouvements sont également nuisibles : le repos livre l'organisme désarmé à l'atteinte des effluves; la fatigue, comme toutes les causes débilitantes, dispose à l'infection : c'est pourquoi les grands travaux de déblaiement, de terrassement et de défrichement ont souvent donné lieu à des mortalités effrayantes, alors qu'on n'avait pas pris assez de précautions hygiéniques. Dans les climats humides, une gymnastique rationnelle peut rendre de grands services en fortifiant la fibre pâle et flasque, et en développant la puissance de réaction. Les régions méridionales ne permettent point à leurs habitants des efforts prolongés, des exercices d'une grande énergie; néanmoins une gymnastique modérée, et à laquelle ils se livreraient soir et matin dans des lieux frais , corrigerait peut-être l'énervation de leur corps et la mollesse de leurs organes de locomotion. La saison d'hiver de ces contrées a cela de précieux, qu'elle permet l'exercice presque journalier à l'air libre, grâce à la tiédeur de l'atmosphère, à la sécheresse du sol , à la pureté du ciel et à la fugacité des météores qui en troublent l'aspect : c'est peut-être là la meilleure raison que l'on a de prescrire aux personnes suspectes de tuberculisation l'émigration hivernale vers ces pays privilégiés. Puisqu'il est constant que l'exercice général à l'air libre est l'un des meilleurs préservatifs de la phthisie, et qu'il est impossible dans nos climats pendant la plus grande partie de l'hiver, comment hésiter, pourquoi controverser l'action des climats chauds? Aux doux rayons d'un soleil d'Italie (1), de Grèce ou d'Afrique, la promenade, la vectation , l'équitation sont possibles en hiver; dans nos froides et brumeuses cités du Nord et de l'Est, l'hiver, c'est la réclusion,
(1) Voyez E. Carrière, Le climat de Vltalie. Paris, 1849, ia-8.