XCRS. — VIE PROBABLE ET MORTALITÉ
temps: en 1838, la mortalité des enfants trouvés a été à Paris de 14,02 pour 100, en 18/i8 de 11,30.
Parmi les circonstances qui concourent à cette effrayante mortalité, doit-on compter la suppression des tours et la mesure prise par le gouvernement depuis 1834, et qui consiste à envoyer les enfants trouvés d'un arrondissement ou d'un département dans un autre? Nous empruntons à M. de Watteville (1) quelques éclairrcissements sur ce sujet si grave pour l'hygiène publique. Le décret du 19 janvier 1811 a fait ouvrir dans 77 départements 250 hospices dépositaires avec tour, et 6 sans tour ; 9 départements ont créé 17 hospices dépositaires sans tour. Or, les 9 départements privés de tour ont compté 1 abandon sur 121 naissances; et les 9 départements pourvus du plus grand nombre détours, 1 abandon sur UO naissances. Depuis 1834, on a supprimé en France 185 tours et 132 hospices dépositaires ; en 1849, il n'y restait plus que 65 hospices dépositaires avec tour, dont 40 surveillés et 25 non surveillés, et 76 hospices dépositaires sans tour. Or, tandis qu'en 1833 il y avait un enfant trouvé sur 248 habitants, on n'en constatait plus en 1845 que 1 sur 353. Les diverses localités présentent entre elles, sous ce rapport, des différences qui accusent d'autres causes que le maintien ou la suppression des tours :
Hiibilanls. Naissances,
38 départements n'ont pas de tour. . 1 enf. tr. sur 372 1 exposé sur 47
34 V — ont! lour 1 — sur 287 1 — sur 25
Il — ont 2 tours 1 — sur 307 1 — sur 34
3 — ont 3 tours 1 — sur 450 1 — sur 50
M. de Watteville signale, parmi ces causes, la mauvaise exécution du décret de 1811 relatif à la fourniture des vêtements et layettes : plus de la moitié des administrations des hospices dépositaires n'en donnent point à leurs pupilles ; il n'y a guère qu'une sur douze qui pourvoie d'une manière un peu convenable aux besoins des enfants trouvés. La tutelle de ceux-ci, confiée par la loi aux commissaires administrateurs de ces hospices, n'est bien exercée que dans 20 départements ; elle l'est à moitié dans 5, et complètement abandonnée dans 61.... Joignons aux effets de cette fatale incurie ceux de l'allaitement au biberon et au petit pot, dans les établissements consacrés aux enfants trouvés. Déjà la seule mise en nourrice augmente la mortalité des enfants dans le rapport de 5 à
(1) Rapport sur la situation administrative, morale et financière du service des enfants trouvés en France. Paris, 1849.
^1'» UVfilKNi; l'UBMyUli.
3 ( Sussmiich) : à Paris, sur 100 entants nourris par leurs mères, il en meurt 18 dans la premi('!re année, tandis qu'il en périt 29 sur 100 allaités par un sein étranger (lienoiston de Châteauneuf ). L'allaitement artificiel appliqué aux entants trouvés et réunis dans le même hospice est si désastreux , qu'un écrivain courageux a proposé d'inscrire sur la porte de ces établissements : « Ici on fait mourir les enfants aux frais du public. » Multiplier les maisons où les nouveau-nés seraient reçus sans distinction et sans limites, tel serait, pour un homme indifférent, le plus sûr moyen d'arrêter la population (Malthus). Friedlander rapporte, d'après sir John Baquare, que, de 1789 à 1805, on a reçu à la maison de Dublin 12,786 enfants trouvés, dont il ne restait, cinq ans après, que 135. En générai, la mortalité est beaucoup plus considérable pendant la première moitié de la vie que durant la seconde, et, dans la première moitié, la plus forte mortalité pèse sur le premier trimestre de la première année ; elle diminue beaucoup plus pendant le second, moins pendant le troisième et se relève un peu dans le quatrième (Quetelet, Struyk, Sussmiich, Annuaire dubureau des longitudes, etc.). La mortalité diminue ensuite pendant les premières années, et atteint son minimum en France à 11 ans, dans les Pays-Bas à 12, dans le Valais à 13 ; puis elle s'accroît de nouveau à la puberté. Depuis l'invasion de la puberté jusqu'au commencement du grand âge, c'est à dire depuis jusqu'à 69 ans, la mortalité s'élève jusqu'à son second maximum, qui n'égale pas le premier; c'est pendant les huit ou neuf premières années de cette seconde période (de 15 ou 16 à 23 ans) que la mortalité s'accroît le plus rapidement. Dans la troisième période, (jui comprend le grand âge, elle redescend à son second minimum. D'après les calculs immenses de Burdach, sur 1 million d'hommes il en meurt Zi59,271 pendant les seize pren)ières années, 605, ûll pendant les cinquante-trois années suivantes, et 135,318 pendant les quarante dernières années jusqu'au terme desquelles la vie peut s'étendre.
Il est remarquable que les révolutions d'âges n'exercent point d'influence sensible sur la mortalité; à l'époque de la dentition elle est moins grande qu'auparavant, et, de la septième à la huitième année, c'est à dire lors de la seconde dentition, elle baisse notablement ; si elle augmente vers la puberlé, c'est en proportion moindre qu'entre 20 et 30 ans; à l'âge où la faculté procréatrice s'éteint, la mortalité ne croît pas plus rapidement que dans les années précédentes et n'est pas plus forte que dans les années qui suivent. Ces
SEXES. — FÉCONDITÉ. M.l
résultais s'expliquent de deux manières : ou chaque âge a ses maladies propres qui excluent celles d'un autre âge et restreignent les effets des crises de l'évolution physiologique, ou ces crises atteignent la vie moins par leurs conséquences immédiates que par leurs vestiges, sources d'une mortalité qui se dissémine sur les années subséquentes et se dérobe dans la complexité des éléments statistiques.