AGES. — FÉCONDITÉ
tachées à la fécondité, et choisit-il pour la reproduction de son espèce l'époque la plus convenable de la vie? M. Quetelet croit pouvoir répondre à cette question en consultant l'âge où les mariages ont lieu, et il trouve que le plus grand nombre des mariages, pour les hommes comme pour les femmes, est compris entre 26 et 30 ans ; le nombre des unions diminue très sensiblement après 35 ans, et devient presque nul , du moins pour les femmes, après IxO ans. Il est remarquable, ajoute le statisticien de Bruxelles, que les mariages ne deviennent fréquents que lorsque l'homme a franchi l'âge orageux des passions et du plus grand penchant au crime , qui tombe vers 24 ans ; c'est aussi l'âge oii le développement de ses qualités physiques est terminé et où ses qualités intellectuelles tendent à acquérir une plus grande énergie.
Quant à leur origine, les naissances se distribuent en trois groupes: enfants légitimes, enfants naturels, entants trouvés. Un tableau officiel, qui embrasse une période décennale, de 1824 à 1833, partage ainsi le nombre total des naissances en France :
Enfanls Iroiivés
Années. Eafauts légitimes. Enfanls naturels. et abandonnés.
De 1824 à 1838.. . 4,553,563 354,309 165,199
De 1829 à 1833... 4,478,045 349,254 171,082
Total de 10 années. 9,031,908 703,663 336,281
D'où l'on déduit pour les cinq premières années,
1 naissance illégitime sur 13,85/100 naissances totales. 1 abandon d'enfant sur 29,71 /lOO naissances totales et sur 2,15/100 naissances illégitimes.
Et pour les cinq dernières années,
1 naissance illégitime sur 13,83/100 naissances totales. 1 abandon d'enfant sur 28,22/100 naissances totales et sur 2,04/100 naissances illégitimes.
D'après Necker, le nombre des enfants trouvés au-dessous de douze ans était en France, en 1784, de 40,000 ; il s'est élevé à
99,346 en Î819 117,305 en 1825 118,073 en 1830 129,699 en 1833
Les louangeurs du temps passé ont reproché a notre époque
HYGIÈNE rUBLigUE.
raugmeiitation progressive du nombre des enfants trouvés ; niais, loin que ce t'ait prouve la licence et la corruption croissante des mœurs, il s'explique d'abord par l'augmentation progressive de la population ; il se rattache encore à une autre cause dont la société actuelle a le droit de se glorifier : l'abbé Gaillard , MM. Terme et Monfalcon (1), M. Villermé (2) ont prouvé que l'accroissement du chifire total des enfants trouvés en France dépend, non d'un plus grand nombre d'admissions annuelles dans les asiles qui leur sont ouverts, mais de la diminution de la mortalité parmi ces pauvres êtres, qui profitent, eux aussi, du progrès de l'aisance publique.
S 2. — Vie probable et mortalité.
Le rapport des mort-nés aux naissances, calculé d'après la statistique de huit capitales de l'Europe, donne en moyenne 1 mort-né pour 22 naissances environ : à Berlin, il est de 1 sur 19,8, rapport qui s'est maintenu à peu près invariablement le même pendant plus de soixante ans ; pour une période de dix ans, Paris a fourni en moyenne {Annuaire du bureau des longitudes) 1 mort-né sur 17,7 naissances, rapport qui s'éloigne peu de ceux d'Amsterdam et de Berlin. D'après Casper, le nombre des mort-nés est plus grand dans les villes que dans les campagnes ; les garçons y entrent pour une proportion plus grande que les filles : pour Paris, le rapport est de 12,2 à 10. Casper a reconnu que les maladies vénériennes, l'abus des boissons fermentées , les conceptions illégitimes, etc., augmentent le chiffre des mort-nés. La part d'influence de l'illégitimité a été généralement constatée : à Gœttingue, on compte 3 mort-nés sur 100 pour les naissances légitimes, et 15 sur 100 pour les naissances illégitimes ; à Berlin, les mort-nés de la dernière catégorie soht aussi trois fois plus nombreux que ceux de la première. Dugès, à l'hôpital des vénériéns de Paris, a noté 2 naissances prématurées sur 6 ou 7 accouchements. Les circonstances de l'accouchement et le sort des mères contribuent à l'accroissement de la mortalité des enfants naissants : elle est plus grande dans les hospices ; mais, à mesure que ces etabisseitiënts se sont améliorés, elle a été en diminuant. A la fin du siècle deriiier, l'Hôlel-Dieu de Paris comptait 1 décès sur 15 mères, et 1 mort-né pour \lx naissances ;
(1) Histoire des enfants trouvés. Paris, 1840.
(2) Annales d'hygiène publique. Paris, 1838, t. XIX, p. 47.
AGES. — VIE PROBABLE ET MORTALITÉ. kii
en 4822, la Maternité de Paris ne perdait plus que 1 mère sur UO, Est-il besoin de mentionner les causes plus nombreuses qui tendent à détruire l'entant naturel dans le ventre de sa mère, et dont les chiffres précités sont une laconique expression? Les soucis, la honte, les artifices dangereux qui sont employés pour céler une grossesse illégitime, la condition précaire ou misérable des femmes qui se trouvent dans cet état, les privations, les maladies, etc.
Le tableau suivant indique combien il faut d'individus de chaque âge pour donner lieu à un décès en dix ans, et en cinq ans pour les deux premières périodes de la vie ; les moyennes qu'il présente ont été calculées sur les documents suivants: relevé des décès de 1820 à 1827 à New-York , Philadelphie, Baltimore, Boston; de 1809 à 1818 à Philadelphie ; en 1828, à Londres ; en 1817, 1830- 31-32-3i, à Paris; en 1802, pour toute la France.
De 0 à 5 ans, 1 décès sur 2,77 indiv. 5 à 10 1 — 15,46 — 10 à 20 1 — 11,90 — 20 à 30 1 — 6,12 — 30 à 40 1 — 5,33 — 40 à 50 1 — 4,22 —
De 50 à 60 ans, 1 décès sur 3,22 indiv. 70 à 80 1 — 1,56 — 80 à 90 1 — 1,20 — 90 à 100 1 — 1,10 —
Voici maintenant les nombres des années probables ou qui restent à espérer aux différents âges ; nous les reproduisons art quatre tables dressées : la première par Duvillard, en 1786, sur la généralité des Français ; la seconde par Deparcieux, en 17^5, dont les résultats un peu faibles sont encore aujourd'hui assez exacts; la troisième par la société anglaise des assurances dite ['Equitable^ de 1762 à 1829, et dont les assurés sont choisis ; la quatrième p&t Domitius Ulpianus, d'après les registres tenus chez les Romains pat les censeurs, depuis Servius Tullius jusqu'à Justinien.
Ages.
Duvillard,
Deparcieux.
L Équitable.
Ulpianus.
10 ans. . r . .
35 ans. . • •
llYUliiMi l'UHLiyili.
"^B"^- Uuvilluid. Dcparrieiix. I.'i:fiiiiUil)lc, Ulpii
S5 ans ii,51 17,25 16,99 <
60 ans 11,95 14,25 13, 91
65 ans 9,63 11,26 11, 13
70 ans 7,58 8,64 8,70
75 ans...-. 5,87 6,50 6,61
80 ans 4,60 4,69 4,75
85 ans 4,16 3,21 3,39
90 ans 3,87 1,77 2,56
En général, il meurt un quart ou un cinquième des enfants pendant la première année de la vie (1). La proportion est plus considérable chez les enfants naturels. Les recherches étendues et fondées sur des chiffres authentiques ont conduit Baumann et Sussmilch (2) aux conclusions suivantes : 1" dans le premier mois après la naissance, il meurt 10 enfants sur 100 légitimes , et 24 sur 100 naturels ; 2" dans les deuxième et troisième mois, il meurt proportionnellement deux fois plus d'enfants naturels que d'enfants légitimes ; 3»dans le deuxième trimestre, la mortalité des enfants naturels dépassedes deux tiers celle des enfants légitimes; elle est double du sixième au douzième mois ; [1° dans la seconde année, il meurt deux cinquièmes d'enfants naturels de plus, et, dans la troisième et la quatrième année, un tiers de plus que d'enfants légitimes; 5° de la cinquième à la septième année, la différence proportionnelle est encore d'un quart ; elle s'efface et disparaît plus tard. Les calculs plus récents de Casper ont confirmé ces résultats. Les enfants trouvés supportent une large part de la mortalité qui sévit sur le premier âge. Il résulte d'un document officiel (3) qu'on 1787, 1788 et 1789 il mourait 90 à 91 enfants sur 100 enfants trouvés ; de 1815 à 1818 la proportion était de 75 sur 100 ; en 1824, 60 sur 100 ( Benoiston de Châteauneuf ) ; en 1838, pour Paris, 50 sur 100 (Villermé). Sur 112,625 enfants trouvés à Paris depuis 1816 jusqu'en 1837 (22 ans), 30,055 sont morts à l'hospice, et 55,631 sont morts à la campagne; 26,939 seulement ont survécu ; la mortalité a donc été de 76 pour 100 !... Ce rapport s'est amélioré dans les derniers
(1) D'après les lablcs anglaises , dressées en Angleterre par les compagnies d'assurances pour la ville de Carlisic, sur 10,000 enfants il n'en existe plus à la Gn de l'année que 8,461 ; d'après Duvillard, il n'en reste plus que 7,675. ' (2) Gœtlliche Ordnung, und deren Anhang.
(3) Rapport au roi, par M. Lainé, ministre de l'intcricur, 1818.