POPULATION
toujours variable, puisqu'il est assujetti à des causes très diverses, il s'est rapproché de sa valeur moyenne : il peut en ditlerer aujourd'hui soit en plus, soit en moins, de la quinzième parlie de cette valeur, tandis que, vers la Un du xvu° siècle , il n'était point rare que la différence fût d'un quart, d'un tiers, et elle pouvait être de moitié(l). 2" Les différences dans les quantités annuelles de décès ont graduellement diminué dans les temps antérieurs et jusqu'à nos jours, du moins lorsqu'on examine ces différences par périodes décennales: c'est ce qu'ont vérifié Fourier pour Paris, Marshall pour Londres, Ch. Boersch pour Strasbourg. 3" Le rapport des décès à la population s'est graduellement abaissé dans toute l'Europe : toutes les statistiques administrent ta preuve de ce fait. M. Moreau de Jonnès a trouvé les résultats suivants : Paris, année 1650, 1 décès sur 25 habitants ; année 1829, 1 sur 32 ; Londres, année 1690, 1 sur 24; année 1828 , 1 sur 55 ; Genève, année 1560, 1 sur 18 ; année 1821, 1 sur 43. U° Quant aux mariages, ils ne présentent pas de rapport constant avec les naissances ; mais ils sont généralement en raison inverse de la mortalité (Casper, Ch. Boersch). Cette observation s'applique aux temps comme à l'espace ; elle ressort de la comparaison des périodes d'années et de celle de différents pays ; en d'autres termes : « Quand la mortalité diminue, que les moyens de subsistance deviennent moins abondants, ou que la main-d'œuvre est plus chère, l'homme a besoin de plus de ibrces et d'énergie pour pourvoir à ses propres besoins, et se hâte moins de contracter mariage. C'est en ce sens qu'il est vrai de dire que les limites de ia production sont les limites naturelles de la population. Quand, au contraire, la mortalité est plus considérable, et que des décès plus nombreux ont laissé plus de places vides dans la société, une tendance naturelle et puissante pousse l'homuie à remplir ces lacunes faites par la mort, et le nombre des mariages augmente de nouveau (2). » En présence de cette loi d'économie divine qui se dégage des chiffres de la statistique comparée, il devient inutile d'inscrire dans la législation posjlive la prudence dans les mariages, recommandée par Malthus, et la liberté des mariages se passe des restrictions proposées par M. Duchâtel (3)et quelques autres économistes.
(1) Fourier, Recherches slalisliques sur Paris, etc., l. II, p. 25.
(2) Charles Boersch, Thèse sur la mortalilé à Strasbourg, 1836, p. 185
[3} De la charilé dans ses rapports avec Vélat moral et le bien-élre des classes inférieures de la société. Paris, 1829.
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De ce qui précède, l'on peut déduire théoriquement que l'accroissementdes populations ne s'elfectue que dans une certaine mesure; c'est en effet ce que l'on observe. On l'a évalué par an, pour la France, à 0,63 (l\au) ou 0,65 (Ch. Dupin) ; pour la Lombardie, à 0,/i5 ; pour la Suède, à 0,58 ; pour le royaume de Naples, à 0,83 ; pour les Pays-Bas, à 0,9^, etc. D'après ces chiffres, la population serait doublée dans ces Etats en 110 ou 105 ans, 152 ans, 118 ans, 83 ans, Ih ans, etc. Mais beaucoup de ces calculs ne reposent pas sur une période suftisante d'années ; et, quant aux dangers du doublement, ils s'évanouissent devant les résultats de compensation providentielle qui se révèlent dans l'étude du mouvement de la population a travers le temps et l'espace , résultats dont le balancement des mariages avec la mortalité n'est pas le moins remarquable et dont nous trouverons d'autres exemples en recherchant l'influence des disettes et des épidémies.
Le seul fait de l'accroissement d'une population n'indique point son degré d'aisance. 11 est nécessaire, dit M. Quetelet, de connaître non-seulement de combien d'individus une population se compose, mais encore de quelle manière chaque individu parvient à pourvoir à ses moyens d'existence : témoin l'Irlande, qui s'accroît annuellement de 2,^15, et n'exigerait que 28,6 ans pour doubler sa population. Un seul individu de telle nation consomme autant que trois individus de telle autre. De même un peuple peut gagner en lumières, en industrie, en bien-être, sans que son mouvement annuel témoigne de ces progrès, la consommation de chaque individu augmentant en proportion. La qualité de l'accroissement mérite donc d'être considérée autant que la quantité : s'il est dû à une exubérance de naissances coïncidant avec une forte mortalité des adultes, il n'a aucune valeur, puisque la population perd des hommes qui produisent et qui contribuent au bien-être général, et ne gagne en échange que des enfants hors d'état de se rendre utiles.
Pendant une période de 25 ans, l'accroissement moyen annuel de la population en France a été de 161,738 ; la durée moyenne de la vie, qui était avant la révolution de 28 ans S/i ( Duvillard), est aujourd'hui de 36,7 ans, ce qui donne une augmentation d'environ 8 ans(l). La comparaison de ces deux résultats tixe la valeur du premier Tous les États de l'Europe ont marché dans cette double voie Le sol n'a rien acquis en étendue ; mais la main de l'homme
(1) Annuaire du bureau des longitudes pour 1856, p. i
DES MODIFICATEURS ET DE LEUR EMPLOI. U^l
l'a remué avec plus de vigueur et d'industrie; la production s'est élevée, avec elle les populations, et leur bien-être et leur moyenne de vie. Telle est l'œuvre de la civilisation , qui est aux masses ce que le libre arbitre est à l'individu : pour les nations comme pour l'homme isolé, la vie est au prix du travail ; leur activité a sa libre sphère comprise dans les desseins de la Providence.