‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 71 sur 163 · I. — Infection, contagion, endémie, épidémie · texte numérisé non relu

I. — Infection, contagion, endémie, épidémie

1° Infection. Ce mot exprime le mode de propagation de certaines maladies dont la cause est l'action exercée sur l'homme par un air contaminé. L'infection suppose : 1" un foyer d'émanations délétères; 2° le rôle intermédiaire de l'air qui leur sert de véhicule ; 3° chez ceux qui en sont pathologiquement affectés, une aptitude spéciale à en subir l'influence. Le principe infectieux a été appelé effluve, quand les marais sont le foyer qui le dégage, miasme quand il s'échappe de l'organisme vivant, sain ou malade , ou d'une substance animale en putréfaction. Fréd. Hoffmann désignait l'agent infectieux par le mot ferment , qu'un chimiste contemporain, M. Dumas, emploie dans le même sens. Indiquons rapidement les sources de l'infection et les principales maladies qui se rattachent à chacune d'elles.

A. Matières végétales en macération (voy. tome I, Eaux stagnantes). Les résultats de l'intoxication marécageuse sont les fièvres intermittentes, rémittentes, sub-continues, c'est-à-dire à stades fébriles si rapprochés que l'apyrexie s'efface ; pseudocontinues ou pyrexies, qui, dès leur invasion ou vers leurs dernières périodes, revêtent la forme continue; la fièvre jaune, dont Chervin a démontré l'origine infectieuse et dont Valentin, Devèze, Dalmas à Saint-Domingue et dans l'Amérique du Nord, Lefoulon , Rouvier à la Guadeloupe, Gilbert, Decourt, Guyon aux Antilles, etc., avaient signalé la coïncidence ou l'alternation avec les endémies de fièvres intermittentes, rémittentes et sub-continues. D'après un relevé de 196 épidémies de fièvre jaune, 106 se sont manifestées entre l'équateur et le 30'= degré de latitude nord; 76 entre le 30« et le /lO" degré; 13 entre le /lO" et le 50* degré; 1 entre le 50" et le 60*= degré; point entre le 60" et le 90" degré. Enfin, la dysentérie qui règne dans les pays à marais, concurremment avec les fièvres intermittentes, paraît reconnaître la même origine.

li. Alalières animales en putréfaction : principes toxiques fournis par le corps de l'iiommo ou dt-s animaux vivants et malades. Ces deux causes agissent soparément ou se confondent pour la production des mêmes elïels. Les exemples abondent de l'influence pernicieuse des exhalaisons qui se dégagent de la matière animale morte et altérée par la fermentation putride : des diarrhées, des dysenteries, des fièvres malignes ont frappé un grand nombre de personnes lors de l'exhuiiiation des cadavres enterrés dans le cimetière des Innocents. Vaidy, cité par Desgenettes, rapporte qu'en 1796, près de Nuremberg, des hommes chargés quelques jours après une bataille d'ensevelir les cadavres de soldats morts furent atteints de lièvres graves. Les fossoyeurs sont exposés aux mêmes dangers s'ils procèdent sans précaution à l'exhumation de cadavres enterrés depuis longtemps. De Lassone (1) a mentionné avec détail une épidémie de fièvres malignes qui sévit en 17ii9 dans la maison de l'Enfant-Jésus ; elle cessa dès qu'on eut couvert de chaux et d'une grande quantité de terre le fossé voisin de l'établissement, où l'on avait enterré à peu de profondeur un grand nombre de vaches. Forestus, Ambroise Paré, Maret, Ramazzini, Fourcroy, Requin, Chevallier, Guérard, etc., rapportent des faits qui établissent l'action funeste des émanations cadavériques. Dans la discussion que souleva cette question en 1828 à l'Académie de médecine, Chomel, Bricheteau, Moreau, ont appuyé cette opinion, qui fut combattue, ou du moins frappée d'un doute, par Villermé, Andral etBailly. Warren (2) en Amérique, et Parent-Duchâtelet ont exagéré, on peut le dire, la doctrine de l'innocuité des exhalaisons putrides. Ce n'est point que les faits contradictoires fassent défaut : si l'on ne peut arguer sérieusement de la santé des bouchers et des charcutiers, celle des ouvriers est digne de remarque dans les raffineries de sucreoù l'on emploie du sang de bœuf, dans les tanneries, les mégisseries, les boyauderies, dans les clos d'équarrissage ; on signale avec raison le bon état des égoutiers, des vidangeurs, des garçons d'amphithéâtre ; en 181/^, après la bataille de Paris, ù.OOO chevaux dépouillés restèrent quinze jours sur le terrain par une température moyenne de plus de 15" + c. : ceux qui furent chargés de les réunir en tas pour les brûler ne furent point incommodés. On ajoute à ces faits d'autres faits qui ont une signification

(1) Mémoires de la Société royale de médecine, année 1776, t. l.

(2) Journal du progrès. Paris, 1830, l. IX, p. 66.

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purement individuelle : celui d'Antoine Dubois enlevant impunément des cadavres pendant la nuit au cimetière pour approvisionner son amphithéâtre, ayant sous son lit des pièces anatomiques en macération, celui de quelques naturalistes disséquant de gros animaux dans un local mal ventilé du muséum (1). Warren et P. Duchâlelet n'ont pas assez tenu compte des conditions suivantes. 1" Il ne suffit pas que l'agent toxique soit répandu dans l'atmosphère, il faut que l'organisme soit apte à en recevoir l'impression. 2° L'habitude peut neutraliser plus ou moins complètement les propriétés toxiques de certaines émanations ; les étudiants en médecine s'acclimatent aux salles de dissection; les tanneurs, les boyautiers à leurs ateliers, etc. 3" La force de constitution et le régime aident à celte résistance et la font durer; généralement, les égouliers, les vidangeurs, etc., sont des hommes robustes ; ces professions éloignent les individus faibles; le taux de leur salaire leur permet une alimentation substantielle. W Mais la condition la plus essentielle c'est le travail à l'air libre ou dans une atmosphère à peu près close; toutes les professions qu'on a alléguées en faveur de l'innocuité des odeurs putrides, s'exercent à l'air libre ou dans des locaux ventilés. Qui donc soutiendrait que l'on peut respirer impunément dans un caveau , dans une fosse d'aisance ? Enfermez donc les peauciers, les tanneurs dans le raéphitisme de leurs ateliers ! Nous ne prétendons même pas quedéversées incessamment dans l'atmosphère de nos banlieues, les émanations des voiries n'exercent aucun effet fâcheux sur la santé des populations. A cet égard, les recherches statistiques manqueront toujours de précision : ces populations ne sont pas immobiles ; la direction variable des vents interrompt l'espèce d'expérience qu'elles subissent; leurs vicissitudes sanitaires ne sont pas observées avec assez de suite, etc., mais la dissipation des miasmes à l'air libre sera toujours la meilleure prophylaxie de l'infection ; 5" les ouvriers à professions méphitiques ont, en outre, leurs repos, leurs jours fériés pendant lesquels ils s'éloignent des lieux d'infeetion ; le tanneur, le fossoyeur, n'habitent pas jour et nuit dans le cimetière, dans l'atelier ; or, les causes morbifiques dont l'action est fréquemment interrompue, n'émettent point tout leur effet; celui-ci se borne à des troubles passagers, à des atteintes superficielles qui bientôt ne se renouvellent plus. La continuité, ou du moins une certaine durée d'action de ces mêmes causes, produira des désastres.

(1) FJeury, loc. cil., t. I, p. 227.

UY(jlEMi l'UULlUUK.

Etablissez un campement d'armôe an voisinage des cimetières d'ambulances où les inhumations ont été superlicielles; maintenez pendant deux ans la même armée dans ce campement, sur un terrain parsemé de cadavres d'animaux mal enfouis, à l'usage des eaux qui filtrent à travers un sol riche en débris de putréfaction humaine, et vous verrez surgir le typhus de Crimée. En février 185/j, l'anibulancc de la 1" division du premier corps eut une violente invasion de typhus : trois médecins succombèrent en peu de jouis sur six ; deux autres furent frappés ainsi que le général de la division, campé à proximité. Des cadavres mal enterrés au voisinage de l'ambulance, telle fut la cause du mal, signalée par enquête; l'ambulance fut déplacée et le typhus ne s'y développa plus sur place. Nous trouvons, du reste, ici l'appui de Parent-Duchâtelet lui-même qui a fait une distinction pratique entre les émanations des bassins à matières fécales et celles des chantiers d'équarrissage : « Si les monceaux de matières animales en putréfaction répandent sur le lieu même une odeur bien plus repoussante que les matières fécales, cette odeur putride se dissémine et se fond, pour ainsi dire, plus facilement dans l'air que celle qui provient des matières fécales réunies en très grandes quantités. Ainsi l'odeur particulière à ces dernières matières sera encore reconnaissable à plusieurs kilomètres de distance, tandis que l'odeur des premières cessera d'être sensible à quelques centaines de pas ; c'est, du reste, ce qui s'explique aisément par l'ammoniaque que les matières fécales fournissent en bien plus grande quantité que les autres matières animales. On sait, en effet, que l'ammoniaque est, en quelque sorte, le véhicule des odeurs, qu'elle les développe et leur donne, pour ainsi dire, des ailes. » Il suit de là que les émanations cadavériques n'agissent qu'à une certaine distance, tandis que la sphère d'action des émanations fécales est beaucoup plus étendue; c'est ce que l'expérience médicale des camps vérifie souvent : on sait combien les latrines y sont mal installées, peu surveillées : aussi, pas de camp sansdysentérie, même en France, même à Versailles. 6° Cette observation conduit à prendre en considération les différences dans la nature des matières putrescibles et dans le mode de décomposition auquel elles sont soumises ; elles se rangent naturellement en deux catégories, la première comprenant les substances organisées, azotées, sulfurées et phosphorées, c'est-à-dire la plupart des produits animaux et une partie des produits végétaux, la seconde les substances organiques peu azotées, et, par conséquent, la majeure partie des

Matières difficilement putrescibles.

Gaz acide carbonique.

— hydrogène carboné.

— Azote, traces.

Eau.

Acide acétique.

Substance huileuse.

Résidu noir dans lequel le charbon prédomine.

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végétaux. Les matières de la première catégorie sont très aptes à la fermentation putride, et ce phénomène intci vient avec énergiedans leur putréfaction qui donne des produits en partie alcalins et d'autant plus fétides qu'il entre plus de soufre et de phosphore dans leur composition. Les matières de la seconde catégorie fermentent plus difficilement, et la fermentation n'a qu'un faible rôle dans l'acte de leur putréfaction, dont les produits sont plutôt acides et beaucoup moins infects. M. Girardin {Traité de chimie) a groupé dans le tableau suivant ces deux séries de résultats fournis par la putréfaction ! 1" Catégouie. 2*= Catégorie.

Matières facilement putrescibles.

Gaz acide carbonique.

— hydrogène carboné.

— azote, beaucoup.

— hydrogène sulfuré.

— hydrogène phosphoré.

Ammoniaque.

Eau,

Acide acétique.

Résidu terreux peu considérable, composé de sels, de charbon, d'huile et d'ammoniaque.

Il est difficile d'assigner à ces produits leur part denocuité; l'acide sulfhydrique et l'hydrogène phosphoré, qui se dégagent surtout pendant la première période de la putréfaction de l'abdomen des animaux, constituent un méphitisme dont personne ne nie le danger; mais outre les gaz asphyxiants et toxiques qui se dégagent par la putréfaction des matières organiques des deux règnes, il y a le miasme animal et le miasme végétal. Celui-ci donne lieu à la production des fièvres palustres, celui-là à celle des fièvres malignes, putrides, typhiques; deux groupes d'états morbides qui se mêlent parfois, surtout aux armées, mais qui, observés séparément, révèlent une essence différente et tendent, l'un à la dissolution du sang par la diminution de la fibrine et les hémorrhagies, l'autre à l'hydrohémie par le déchet de l'élément globulaire et de l'albumine.

Nous sommes donc loin d'admettre l'innocuité des émanations qui proviennent des matières animales en putréfaction ; nous avons cherché à préciser quelques-unes des circonstances qui en atténuent, qui en paralysent l'influence. Encore moins penchons-nous à l'opinion étrange qui leur attribue une action favorable et prophylactique (Fleury, t. 1, p. 230). Si un inspecteur de Bondy,

M. Clievmix, revomi cachocliquo do la Sologiift, s'est hien trouvé du séjour de la voirie (1), il y a dans le résultat isolé de celte substitution du méphitisme animal au nié|)liitisnie palustre une particularité intéressante, peut-être un enseignement pour la thérapeutique, mais non la justification d'une doctrine qui ramènerait au désordre et à l'incurie en matière d'hygiène publique.

L'encombrement n'est autre chose qu'une expérience d'infection : il produit la pourriture d'hôpital, le typhus des prisons, des vaisseaux, des hôpitaux. Dès que le nombre des malades excède les proportions du cube atmosphérique d'un hôpital, on voit les maladies se modifier gravement dans leur aspect et dans leur marche, des complications insolites surgir, telles que les gangrènes, les phlébites, les érysipèles, les accidents de résorption purulente. La violation du sang se manifeste par les phénomènes de stupeur, d'ataxie, de prostration des forces, en un mot par l'état typhoïde qui marque d'un sceau commun les affections les plus diverses par leur siège et leur forme initiale. L'encombrement n'est pas étranger à l'extension de l'érysipèle, du croup, de la coqueluche, et surtout de l'ophthalmie chez les jeunes sujets admis à l'hôpital des Enfants. En 1854, l'hôpital de Péra, ouvert à Conslantinople à nos blessés, et à nos fiévreux de Crimée, avait été coté par 1 intendance et porté à 1800 lits. Sa contenance saiubre m'a paru être de 10 à 1100 lits: toutes les fois que cette limite a été dépassée, les accidents de septicémie se sont multipliés dans les salles au point d'interdire aux chirurgiens la pratique des opérations, toujours suivies de résultats funestes. La morve se développe particulièrement dans les écuries de faible capacité, humides et difficiles à aérer : peutêtre l'infection où sont plongés les chevaux morveux suflit-elle pour communiquer à l'homme cette maladie terrible, quoiqu'elle se propage le plus souvent par contagion ou par inoculation.

L'atmosphère des grandes villes se rapproche des conditions de l'air confiné, par les émanations incessantes de toute espèce dont elle s'imprègne : la hauteur des édifices, l'étroitesse et la sinuosité des rues, l'existence des égouts, la dissipation quotidienne des excréta d'une population immense, les résidus des vastes marchés, etc., que faut-il de plus pour déterminer une perpétuelle imminence d'épidémies miasmatiques? Pendant le choléra, les quartiers du centre de Paris, les rues étroites et abritées ont fourni

(1) A. Tardieu, Voiries et cimelièr es {thhsc. de concours). 1852, p. 119.

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une proportion démesurée de victimes. Glascow , malgré sa prospérité et la civilisation de ses habitants, subit le fléau de l'encombrement. Les statistiques de Rob Corvan nous montrent cette ville en proie à une mortalité croissante par fièvre typhoïde : en 1835, 6,180 attaqués, UV2 morts = 1 sur 15 de la population ; en 1837, 21,800 attaques, 2,180 morts = 1 sur 10. Londres, ravagé par la peste en 1666, brûlé, puis rebâti, a vu remplacer ses cloaques par des rues larges et bien alignées, et jouit aujourd'hui d'une sorte d'immunité relative contre les épidémies. Nous avons signalé plus haut l'amélioration de la santé publique à Paris. Faut-il s'étonner si les villes autrefois sales, basses, humides, tortueuses, étroites, ont été visitées par les maladies pestilentielles ? Les constructions élevées par les Européens sur les côtes des Antilles et des États-Unis n'ont-elles pas contribué à donner un essor épidémique à la fièvre jaune, qui ne s'est montrée sous cette forme que deux siècles après leur établissement aux Antilles, et qui jusqu'alors s'était confondue à l'état sporadique avec les fièvres rémittentes du pays?

2° Contagion. Tandis que les maladies infectieuses sont engendrées par un principe qui se dégage d'un foyer commun, et qu'en s'éloignant de ce dernier on se soustrait à leur atteinte , les maladies contagieuses se transmettent d'individu à individu , à de grandes distances, et par le contact immédiat ou médiat. Si l'on veut éviter les hypothèses et se borner à l'énoncintion sommaire des faits observés, on dira qu'il y a contagion lorsqu'un individu, affecté d'une maladie, la communique à d'autres individus qui se trouvent dans des conditions d'aptitude spéciale pour la recevoir , et qui à leur tour la propagent avec les mêmes caractères et dans les mêmes circonstances. M. Anglada (1) a donc raison d'assigner à la contagion, pour condition essentielle, l'élaboration morbide d'un principe spécifique virtuellement doué du pouvoir de transmettre l'affection qui l'a engendré.

Quel est le véhicule de la contagion, l'agent reproducteur de la maladie? Le définir, c'est en même temps indiquer ses divers modes de transmission; il est deux sortes de contagium qui ne peuvent donner lieu au doute ni à l'équivoque : l'un n'est autre chose qu'un animalcule ou un végétal, le sarcopte de la gale, le cryptogame de la teigne ; l'autre est la matière inoculable de la variole,

.1) Ch. Anglada, Traité de la contagion, etc. Montpellier, 1853, t. I, p.

UYCIÈNE l'IlULiyUE,

de la syphilis. Dans le premier cas, le contagiiim est un être animé que le microscope révèle à l'œil; dans le second, une matière non moins évidente dans son origine et dans ses effets. La contagion parasitaire et la contagion virulente révèlent sous une forme appréciable à tous les regards le mécanisme de la propagation morbide; mais celle-ci a d'autres modes encore. La rougeole, la scarlatine, la coqueluche, le typhus se communiquent par l'intermédiaire de l'air, par une émanation incoercible et spécifique des malades qui présentent ces affections : c'est la contagion halitueuse des uns, miasmatique dt!s autres. Ici comme dans les autres modes de contagion, l'agent morbifique provient d'un organisme malade, et, se communiquant à un ou à plusieurs individus prédisposés, en dehors de tout foyer d'infection, il donne lieu une maladie identique avec celle dont il est le produit.

Ainsi la source des contagions réside dans un malade, dans une réunion de malades en proie à la même affection ; elles sont mobiles et suivent les directions que prennent les malades ; en frappant d'autres individus, elles reproduisent la maladie type dont elles procèdent ; isolées, elles s'éteignent sur p!ace. Les maladies infectieuses ont au contraire un foyer d'origine local, circonscrit; elles ne se développent que dans la sphère plus ou moins étendue de ce foyer ; elles ne disparaissent que par la destruction de celuici; elles' ne se réduisent pas à un type unique, invariable, spécial. Le virus variolique ne produit que la variole, le miasme scarlatineux ne propage que la scarlatine : les expressions pathologiques qui traduisent l'impaludation, ont moins de constance, moins d'uniformité ; tantôt aiguës, tantôt lentes, lièvre intermittente ou continue, dysentérie avec ou sans hépatite, cachexie séreuse, etc. Dans les salles encombrées des hôpitaux, on voit survenir sous l'impression d'une même cause, l'infection, des érysipèles, des diphthérites,dcs accidents de pourriture et de gangrène, des phénomènes typhoïdes, la diarrhée, etc.

Toutefois les distinctions entre l'infection et la contagion sont plus faciles à tracer dans un livre que dans la pratique, parce qu'à côté des maladies de contagion certaine et permanente, il en est beaucoup qui ne revêtent ce caractère que d'une manière accidentelle, et sous l'empire de circonstances plus on moins défmies. Telle attèction, d'origine infectieuse, arrivée à un haut degré de gravité ou d'extension, manifeste des propriétés contagieuses qui ne lui sont pas habituelles; ainsi se comportent, dans leur marche

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asceiulante, lo lypliiis nt la dysentérie des armées (1); Pringle a toujours vu celle-ci plus ou moins contagieuse dans les hôpitaux et dans les habitations pauvres ; Sarcome, Tissot, Ziramermann sont du même avis : Gendron (2), qui s'est appliqué judicieusement à l'analyse des épidémies des petites localités, a remarqué que lorsque la dysentérie sévit aux environs de sa ville, elle a presque toujours été importée par des journaliers revenant de laBeauce où ils ont fait la moisson. Demandez aux médecins de l'armée d'Orient et de la flotte, si le typhus des camps, des hôpitaux de guerre et des vaisseaux, né de l'infection, ne développe pas un contauium lialitueux : à Marseille et à Toulon, deux infirmiers attacliés aux magasins des effets de l'hôpital ont succombé au typhus après avoir manié les effets qui provenaient des typhiques débarqués d'Orient. La fièvre puerpérale ne s'élève-t-elle pas dans quelques circonstances à la gravité d'un typhus éminemment contagieux? Dans certaines situations qui se reproduisent fréquemment dans les grands hôpitaux et aux armées, il est impossible de démêler l'infection et la contagion. Le transport de certaines maladies à de grandes distances n'éclaircit point cî doute. Si la contagion voyage avec l'être vivant qui en est pour ainsi dire le laboratoire, les maladies infectieuses ont aussi la propriété de se déplacer avec les masses qui se comportent alors en quelque sorte comme des foyers d'infection mobiles : est-ce la couche d'air adhérente aux vêtements et aux effets d'équipement ou l'organisme lui-même qui sert de véhicule au miasme? Les faits ne démontrent qu'une chose, mais avec une évidence irrésistible, savoir, la translation du choléra, de la méningite cérébro-spinale, du typhus, des fièvres éruplives, etc., par l'intermédiaire des troupes, parcourant de grandes étendues de territoire. Il me suffira de rappeler qu'en juin 1854, le bateau l' Alexandre, qm m'a conduit en Orient, ayant embarqué des militaires en état d'incubation cholérique, porta cette maladie de Marseille où elle sévissait, au Pirée où il n'en existait pas un cas, à Gallipoli où on ne l'avait pas encore signalée, etc. A cette difficulté du diagnostic s'ajoute celle de la possibilité du développement spontané des affections contagieuses, autre problème, diversement résolu, de la pathogénie populaire ; il ne répugne pas à M. Anglada,

(4) Voyez Pringle, Maladies des armées {Encyclopédie des sciences médicales, 1837, p. 183).

(2) Gendron, Journal des comiaissances médico-chirurgie, t. II, 1835, p. 129.

flYfîlÈNE l'UBLlOUK.

api'ôs avoir l'allacliii touhi contaj^fioii a l'afiliuii d'un virus , (ruii germe élaboré par un organisme malade sur un organisme sain, d'admettre (/. c, t. I, p. 118) (jue le germe préalable n'est pas absolument nécessaire pour la manilestalion d'une maladie contagieuse et que celle-ci peut être le produit d'un acte spontané de la nature vivante sans provocation virulente.

L'hygiène publique gagnerait en précision et en autorité à la soliition de ces questions; mais, sous lé bénéfice de certaines réserves, elle peut assurer le terrain de ses préceptes. Lii oii l'inleclion et la contagion semblerit se confondre et mêler leurs effets, son rôle est tracé; elle s'applique à détruire les foyers infectieux; elle ne néglige point certaines mesures de séparation et d'isoleràént, réglant sa marche sur les résultats même qu'elle obtient; c'est là une sorte d'analyse toute pratique et même instinctive qui rètiète quelque lumière sur la nature des actions pathologiques qui sont intervenues. Le point essentiel est de ne pas méconnaître à priori que l'air puisse se chai-ger des principes contagieux et les piésenter pour ainsi dire à nos organes. On arrive ainsi à grouper les maladies contcigieuses en deux catégories : 1" celles qui sont exclusivement transmissibles par le contact direct et immédiat ou par inoculation : rage, syphilis, vaccine, pustule maligne, gale, teigne ; 2° celles qui, susceptibles ou non de se transmettre parce premier mode, peuvent, en outre, se communiquer, sans contact direct, soit par une viciation spécifique de l'atmosphère, soit par l'intermédiaire d'objets Hialériels contaminés: variole, morve, farcin, typhus, scarlatine, lougeole, dysentéiie épidémique, diphthérite, coqueluche, pourriture d liôpital.

L'énergie de la contugion n est pas la même dans les maladies qui en sont douées, abstraction faite d'ailleurs des conditions individuelles et des circonstances extérieures qui peuvent la modifier; si l'on écarte les degrés variables de l'aptitude individuelle et le caprice des prédispositions, les maladies contagieuses peuvent, d'après Requin, se classer comme il suit : 1" évidemment contagieuses :^^-A\e, variole, vaccine, rage, syphilis, rougeole, scarlatine, lei'^ne laveuse, coqueluche, typhus, pustule maligne, charbon épizoolique, morve; 2" vi-aisemblaOlement contagieuses : peste, fièvre jaune, dysenterie épidémique, fièvre typhoïde, suelte, vrai croup, angine gaiigréneuse, muguet malin ou confluent des nouveau-nés; 3" peu probablement contagieuses : choléra, dartres, phthisie pulmonaire. Mais il nous paraît peu rationnel d'envisager les manifesta-

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lions morbides à propagalion coiiUigieiise en deliurs de leur cadre historique, en deliors du milieu où elles se réfractent ; la contagion n'a rien d'absolu ni d'inévitable; elle peut n'accompagner une maladie qu'à une phase déterminée de son évolution ; loin d'exclure la propagation par épidémicité . elle se combine avec ce mode et souvent ne se développe qu'à sa suite. Les contagions les plus énergiques sont celles qui résultent du mode d'action le plus intime, de l'inoculation ou insertion sous-épidermique.

Parmi les principes contagieux, les uns émanent de notre espèce et se communiquent de l'homme à l'homme; les autres sont lé produit d'une élaboration morbide des animaux qui peuvent, dans certaines circonstances, les propager à l'espèce humaine. M. Bouchut (1) a essayé de classer dans un tableau ces provenances et ces échanges de maladies virulentes; bief) qu'il ne date que de quelques années, ce tableau exige déjà des rectifications :

(Traasmissiblesàcer-^ Variole, tains aulmaux. j Syphilis ^ r Rougeole.

de l'homme.

(Trausmissiblesacer-^ Variole, tains animaux. j Syphilis (2j.

Rougeole.

j Non iransraissibies \ Scarlatine, f aux animaux. i Pourriture d'hôpital , V '. etc.

Transmissibles | Rage, à d'autres espèces. ) Maladie apbtheuse.

( Cow-pox.

1 Rage.

II. Maladies virulentes origiuaires ] T'-^n^missiblps à J*om. . . \ I homme. \ des animaux, ^ i Pustule maligne.

[ Eaux aux jambes.

VGale (3).

, Non transmissibles ( S'*"?'^^- \ à l'homme. J/P^"^ gros bétail, s V Maladie apbtheuse.

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