‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 72 sur 163 · III. Maladies virulentes commu-^j · texte numérisé non relu

III. Maladies virulentes commu-^j

nés, c'est-à-dire originaires de [Maladies charbonneuses, l'homme et des animaux. ;

(1) Bouchut, Mémoire sur les maladies contagieuses {Gazelle médicale de Paris, 1848, p. 406).

(2) M. Auzias-Turenne paraît avoir réussi, depuis la publication de ce tableau, à inoculer le pus syphilitique à diver.scs espèces animales, notamment aux singes.'

(3) Cette contagion a été démontrée par MM. Dclafont et Bourguignon {Société biologique, février 1856, et Comptes rendus de l'Académie des sciences, du 4 février I856j. Des hommes devenus galeux en soignant des lions aflecté's de cette maladie, leuront offert des parasites identiques avecceuxqu'ils avaient trou-

Colle. (livoi'siU; d'orif^iiK; dos maladios coiilngieusos oxpliquo Icir degré de tViuiueiice dans corlaiiios professions : la pustule maligne, qui provient des maladies oharbonneuses du gros bétail, se montre surtout chez les bergers, les bouviers, les mcgissiers, les équarrisseurs, les vétérinaires, les bouchers, les matelassiers, etc.; la morve et le farcin chez les i)aletVeniers , charretiers , cochers, cavaliers, équarrisseurs, vétérinaires et chez les médecins ; tandis que les alections à contagion halitueuse ou miasmatique, telles que le typhus, la dysentérie, la diphthérite, la pourriture, etc., sévissent dans les hôpitaux, dans les camps mal entretenus, dans les agglomérations d'hommes malades ou cachectiques, etc.

L'organisme présente à l'absorption des conlages une large surface par les voies respiratoires , par la muqueuse buccale, etc. Le derme dénudé (inoculation, morsure) leur est une voie non moins sûre. En est-il de même de la surface digestive ? L'usage alimentaire des chairs ou du lait d'animaux morts de maladie contagieuse peut-il introduire dans l'économie vivante le germe de hi même affection? Celte question se présentera plus loin. (V. Police bromatologiqup, viandes.) Contentons-nous de répçter ici, avec M. A.Tardieu (1), qu'il n'existe pas un seul fait avéré, un seul exemple positif d'un pareil mode de transmission dans les maladies virulentes. M. Delafond (d'Alfort) nous a dit qu'il n'y avait lieu d'exclure de l'alimentation publique que les viandes provenant d'animaux morts d'affections charbonneuses. L'opinion de notre ami M. Renault, di- ■ecleur de la même école, est encore plus absolue en cette matière.

Le principe contagieux conserve son activité jusqu'après la mort de l'individu chez lequel il s'est produit sous l'influence d'un travail pathologique. Deux fossoyeurs ayant exhumé le cadavre d'un homme mort de variole depuis dix ans furent attaqués de cette maladie, qui prit chez eux un caractère de malignité (2). Du virus

véssurces animaux ; l'acare qui produit la gale du chat n'en diffère que par le volume Plus récemment, de nombreux cas de contagion psorique du cheval a l'homme notamment chez huit élèves de l'école d'Alfort, ont mis hors de doute ,a transmission de la gale des herbivores à l'homme, avec celte particular.té que le cheval est sujet à deux espèces de gale, avec des phénomènes et dos acares différents; une seule de ces deux espèces se transmet à l'homme, et 1 acare qu. la produit est identique avec celui de l'homme. ...

(1) A Tardieu, DicUonnaire d'hygiène publique et de salubrtlc, t. l, p.

(2) oianam, Épidomes, t. I, p. G^, 2' édition.

CIUCUMFUSA. — CONTAGION. ti»/

de vipère conservé pendant trois ans dans des vessies , et apporté de l'Inde à Breschet, fit périr presque instantanément des pigeons auxquels on l'inocula délayé dans un peu d'eau avec la pointe d'une lancette (1). Le garçon d'amphithéâtre qui a procédé, dans l'hôpital de la marine française de Thérapia, prèsConstantinople, à l'ouverture du corps du maréchal Saint-Arnaud, mort du choléra en Crimée, a succombé presque immédiatement après cette autopsie à une attaque de choléra foudroyant. Ces faits sont authentiques ; ils démontrent la persistance d'action de certains principes raorbitiques, sans qu'il soit possible d'en fixer là durée. Les exagérations de la peur, la crédulité des médecins eux-mêmes ont accumulé les fables sur ce sujet : à Livourne, d'après M. Estienne , une momie ayant été débarrassée de ses enveloppes, la peste fit périr celui qui avait pratiqué cette opération ; si l'on en croyait Diemerbroeck, la peste aurait été transmise par le contact du pied avec de la paille de pestiféré qui avait été exposée aux influences de l'air libre pendant un automne et un hiver. Le doute est ici plus que licite ; mais reste un fait démontré dont l'hygiène publique est tenue de faire état, c'est la survivance, sL l'on peut ainsi dire, des principes contagieux aux corps dans lesquels ils ont pris naissance par une élaboration spécifique ; de telle sorte que la vérité médicale manque au proverbe : « Morte la bête, mort le venin, y, L'efficacité des inoculations faites avec le vaccin conservé pendant plusieurs années devrait faire réfléchir les sceptiques de parti pris. Qui osera démentir les faits rapportés par Priiigle et témoignant de la transmission du typhus après plusieurs mois par des objets de literie?

Les objets matériels susceptibles de s'imprégner des principes contagieux et de les transmettre à de grandes distances ont été diversement classés, et ont servi à dresser une échelle d'aggravation dans les mesures sanitaires. Dans l'ancien système, ils ont été le motif ou le prétexte d'acerbilés quarantenaires et d'exploitations intéressées ; on les accusait de transporter au loin le germe de maladies pestilentielles dont le caractère contagieux n'était nullement démontré. Les travaux préparatoires et les recherches auxquelles s'est livré M. Mêlier pour l'organisation de la conférence sanitaù^e internationale l'ont conduit à cette conclusion que, pus une

seule fois, les maladies pestilentielles dont il lui a été possible de préciser l'origine n'ont été importées par des marchandises (peste

(\) Scstier, Thèse d'agrégation, 1838, p. lo.

BYGIÈNE PUBLIQUE. '

(le Marseille , 1720, pestes de Malle, de Corlbu , de Noia , (huis les Deux-Siciles), A quelles dispendieuses mesures de sauificalion n'a- ; t-OM pas soumis pendatit longtemps les cotons ? Or, les cotons n'ont I jamais servi de véhicule aux maladies contaj^ieuses , ils n'ont jamais communique rien de morbide aux portefaix occupés a porter, a ouvrir les balles. Le verre, rangé autrefois parmi les substances non susceptibles, conserve parfaitement les virus inoculables. Dans la conférence internationale, il ne s'est trouvé personne pour détendre la classification surannée des marchandises en susceptibles et en non susceptibles. Le règlement interprétatif de la convention sanitaire du 3 février 1852 s'est borné à les rangei- en trois classes ' pour le cas où le navire arrive en patente brute ou aurait eu pendant la traversé)! des morts ou des malades suspects : 1' Quarantaine obligatoire avec pvrifications : les bardes et effets à usage, les drilles et les chiffons, les cuirs et peaux , les plumes, crins et débris d'animaux en général, enfin la laine et les matières de soie; 2° Quarantaine facultative : coton , lin et chanvre ; 3" Exempts de mesures quarantenaires : toutes les marchandises et objets quelconques qui ne rentrent pas dans les deux premières classes. En patente brute de peste, les marchandises de la première classe sont toujours débarquées au lazaret et soumises aux purifications. Même en patente nette, les cuirs, les crins, les chiffons et les drilles pourront encourir des mesui"es sanitaires dont l'autorité déterminera la nature et la durée ; il en est de même des marchandises et des objets altérés ou décomposés, que l'aïUoi ité aura le droit de faire jeter à la mer ou détruire par le feu. Il était difficile de faire plus pour l'intérêt sérieux de la sécurité publique, et moins pour les appréiiensions traditionnelles des populations du littoral. L'avantage delà nouvelle classification est la précision et une juste appréciation des chances réelles de contamination. Â ceux qui y verraient encore Irop de difficultés et de détriment pour le commerce, on pourra demander, avec M. Riberi, si, par hasard, le commerce n'a que des droits et pas de devoirs à remplir (1).

La distance à laquelle les principes contagieux peuvent agir par l'intermédiaire de l'air dépend delà température, de l'hygrométrie, du repos ou de la ventilation de l'air. Dans l'Orient, durant le règne de la peste, les Européens se préservent parla réclusion : les couvents

(ijComm. profcss. Riberi, Relazione falta al senalo del rcgno sardo al progetto di Icf/ge per la snnzione délia convenfione sanitaria interna sionale.

ClUCUMFUS.V. — CONTAGION. U-iJ

y jouissent d'une immunité qu'ils doivent à l'élévation de leurs murs et à l'interruption des rapports extérieurs. Desgeiiettes va jusqu'à dire qu'un fossé de quelques pieds entre un pestiféré et un homme sain met ce dernier à l'abri de la contagion. On objectera que l'isolement ne préserve que de l'influence des maladies, non de celle des causes épiclémiques générales; mais celte dernière influence étant nulle en dehors des foyers pestilentiels qui sont ordiniiirement circonscrits, et dans les pays sains, il s'ensuit que l'influence des pestiférés et des foyers qu'ils peuvent développer subsiste seule et constitue, à vrai dire, l'unique ou le principal danger. Or, contre celui-ci, l'isolement est un moyen de prophylaxie certaine (1). Les foyers pestilentiels peuvent persister après l'enlèvement des pestiférés (2). La transmission de la peste ne paraît s'effectuer efficacen)ent que par les miasmes qu'exhalent les pestiférés. L'inoculation de leur sang, du pus de leurs bubons, de la sérosité des phlyctènes de ces bubons, n'a donné que des résultats équivoques. Rien de positif quant à la transmissibilité de la peste par le seul contact des malades, par l'usage de leurs hardes et vêtements, par les marchandises provenant d'un pays infecté. La peste peut se propager hors des foyers épidémiques par l'air chargé des émanations des malades ; de là formation de nouveaux loyers, comme, par exemple, à bord des navires, susceptibles à leur tour d'être transportés à de grandes distances, mais peu redoutables pour les pays qu'ils atteignent s'ils n'y rencontrent dans le climat et dans l'atmosphère un ensemble de conditions favorables à leur activité. La peste sporadique, dépourvue des caractères qui appartiennent aux maladies épidémiques, ne frappe qu'un petit nombre de malades qui ne paraissent point aptes à créer des foyers d'infection.

Le typhus, en tant que maladie contagieuse, n'a pas non plus une sphère d'activité très étendue; il a frappé en Crimée et à Constantinople (1856) les médecins, les infirmiers, les aumôniers, les sœurs de charité, c'est-à-dire ceux qui passaient une partie de leurs journées au contact des typhiques; il a épargné les fonctionnaires administratifs qui sont appliqués à des travaux de contrôle ou de comptabilité en dehors des salles de malades, ou qui n'y font que

(1) Rapport à l'Académie sur la pesle el les quaranlaines, par le docteur Prus, accompagne de pièces et documents, clc. Paris, 1840, p. 203, conclusion .\x.\.

(2) Ibid., conclusion xxiv.

ÛÛO HYGIÈNE PUBLIQUE.

des apparitions interniittenles. Les foyers secondaires de typhus qui se sont développés à Constantinople par suite des évacuations de Crimée n'ont acquis une si grande intensité qu'en raison del'encombreinent; il s'en est formé d'autres, plus restreints, à bord de quelques navires qui ont transporté des troupes en France; mais suivant la prévision formulée dans le rapport à l'Académie sur la peste et les quarantaines, ils se sont atténués dans l'atmosphère maritime, et les cas presque rares, environ deux cents, fouinis par les premiers 50,000 hommes ramenés d'Orient en France, n'ont pas manifesté de tendance à se propager, soit que la maladie, si loin de son foyer d'origine, eût perdu de sa force expansive, soit que le climat de la France et d'autres conditions hygiéniques fussent un obstacle suffisant à son développement.

Le système sanitaire des nations, fondé sur la doctrine de la contagion, implique deux notions essentielles, celle de toutes les maladies qui présentent positivement ce caractère, et celle de la durée possible de leur incubation. Malheureusement celte double notion est encore incertaine.

La rage s'est développée huit mois après la morsure (Fracastor), onze mois (Mead), etc. Dans la peste de Niinègue, Diemerbroëk a noté, à côté des incubations de quelques jours, d'autres faits qui en portent la durée à deux ou trois semaines et même à quehiues mois (1)? D'après Prus, il paraît certain que loin des contrées où la peste est endémique, en dehors de ses foyers épidémiques et de ses foyers d'infection, elle n'a jamais fait explosion chez les individus suspects après un isolement de huit jours (2). Les maladies d'origine infectieuse offrent des variations non moins étendues dans la durée de leur période d'incubation; des militaires qui ont contracté en Afrique le germe des fièvres intermittentes n'en réalisent les accès qu'après leur arrivée en France. Sur IhU cholériques traités en 185^ dans un hôpital sous tente, près Varna (hôpital du Monastère, n° 1), 170 avaient la diarrhée prémonitoire depuis plus de quinze jours quand elle s'est convertie en choléra. Combien de circonstances peuvent accélérer ou retarder l'explosion ! En première ligne, les conditions hygiéniques, la saison, le climat, l'âge, etc. Les pustules vaccinales apparaissent en été plus tôt (lu'cn hiver. Le législateur a dû s'arrêter à des limitations à peu près

(1) Diemerbroëk, De peslc, lib. I, ci p. .\.

(2) Rapport à l'Académie sur la peslc, etc., passim.

CIRCUMFUSA. — ENDÉMIES. A^l

justifiées par une longue expérience. La convention similaire du 27 mai 1853 a tixé la durée de la quarantaine pour la peste à dix jours-minimum, à quinze jours-maximum, pour la fièvre jaune de trois à quinze jours , pour le choléra à cinq jours. La corvette la Recherche, partie de Brest pour la Martinique, arrive le 25 aoiit 1855 à Cayenne, où régnait la fièvre jaune, y séjourne dix-sept jours, s'en éloigne le 11 septembre sans malade, arrive le 18 du même mois au fort de Franco {Martinique), oii il n'existait pas trace de fièvre jaune; le 22, c'est-àdire onze jours après le départ de Cayenne, le premier cas de cette affection survient à bord, et sur un effectif de 1h hommes d'équipages et de 66 passagers, on compte l\k malades et 15 décès dans la traversée de la Martinique en France. Parmi ces hh cas, 28 appartiennenlfranchement à la fièvre jaune. Vers la fin de septembre 185^, j'ai vu arriver à Varna, après une traversée de soixante à soixante-dix jours, des artilleurs embarqués avec du matériel de leur arme à bord de bateaux voiliers; partis de Marseille où régnait le choléra, plusieurs d'entre eux ont succombé en débarquant à cette maladie alors entièrement éteinte à Varna. Les exemples d'incubation prolongée sont nombreux, et à quelque limite que s'arrête la fixation de quarantaine, elle sera toujours arbitraire. La conciliation des intérêts de la navigation et du commerce avec ceux delà préservation publique est une œuvre délicate; des deux côtés, l'exagération semble inévitable : le scepticisme des anticonlagionistes accommode les uns, le faux tei'rorisme des intendances sanitaires exploite les autres.

Endémies. Les endémies sont l'expression pathologique des localités; et il devrait en être question à ce mot; mais comme l'atmosphère est fagont direct ou le véhicule du principe de beaucoup d'endémies, el qu'il est utile de les comparer aux épidémies, nous en parlerons ici. Les causes des endémies varient et souvent échappent à l'analyse; mais les uialadies qu'elles produisent ont un caractère commun, savoir, d'appartenir en propre à certains pays et d'y être permanentes, quoique plus actives parfois à certaines époques de l'année. Les épidémies, au contraire, régnent passagèrement et se généralisent davantage. Les premières naissent pour la plupart de conditions météorologiques et cosmiques que l'on peut apprécier jusqu'cà un certain point; les autres se développent sous l'empire de modifications presque toujours inconnues de l'air. Cette distinction entre les deux groupes de maladies précitées est

'•^2 OTGIÈNE PUBLIQUE.

consacrée par les anciens et les modernes (Hippocrate, Galien, Van Swieten, Fodéré, etc.), et nous l'aduiettons. Toutefois des endémies, circonscrites à leur naissance, telles que la peste, la lièvre jaune, peuvent s'étendre sous forme épidermicjue, sans que leur diffusion s'explique toujours par l'addition d'un éléuient contagieux.

Les auteurs qui se sont occupés (h;s endémies (Finke, Schnurrer, Virey), les ont classées par ordre géographique; mais leurs tableaux comprennent des maladies qui ne sont point le résultat constant des influences locales; et il nous sera difficile d'éviter entièrement le même inconvénient dans l'énumération suivante qui renferme des renseignements nécessaires à l'iijgiène publique.

1° Europe. Norwége, Suède, Finlande, Russie, Danemark, Poméranie, Courlande : scorbut, pneumonie, rhumatisme, phlegmasies catarrhales; l'ophthalmie règne en Laponie, le nôma (espèce de gangrène scorbutique) en Suède (1), le raddesyge (espèce de syphilis) en Suède et en Norwége, le ginklose ou tétanos des nouveau-nés en Islande; les fièvres pernicieuses avec pourpre et miliaireen Hongrie ; laplique(trichoma)dans laPologne, la Lilhuanie, la Transylvanie, la Hongrie; le splen (hypochondrie), la fièvre intermittente, le diabète, l'albuminurie, la dysentérie, en Angleterre; enHolIande, outre les maladies des pays froids et humides qui y sévissent comme en Angleterre, les aphthes, les tubercules pulmonaires, le scorbut, la scrofule, lasuette miliaire,etc. Dans notre France, lasuette (département de Seine-et-Oise, de l'Oise, la Picardie) ; le goitre (Ariége, Hautes-Pyrénées, Hautes- Alpes , Puy-de-Dôme, Vosges); l'ichtliyose, les dartres (côtes de la Bretagne, Champagne); la gangrène sèche avec nécrose (Orléanais, Sologne) ; la pustule maligne (Bourgogne) ; les convulsions du pays d'Auge (Normandie); le malvat, éruption carbonculeuse (Languedoc); la diphthérite (Touraine): les fièvres de marais (voy. tome I). Dans le Piémont, les mêmes fièvres, dues aux rizières, avec ou sans éruptions miliaires et pétéchiales. Dans la Suisse, le Valais, la haute et la basse Maurienne, crétinisme, goitre, scrofule, rachitisme. Le tarentulisme s'observe dans la Pouille, la Calabreetl'Abruzze ; la pellagre dans le bas Milanais, le Pavesan, le Lodesan et le Navarrois. La

(t) Le nôma paraît avoir régné épidéniiquemenl en Hollande où il a été appclécanceraqiialiquc {Walerkanker) par van de Woord (1662). (Voyez la thèse de M. .Jules Tourdes, .Sur le nùma nu Kpltorèlc de la ^o»c7ip, Strasbourg, 1848.)

CIRCUMFUSA. — ENDÉAJIES. /l^3

Cégra OU legarile, qui règne en Espagne el en Portugal, consiste dans des ulcères de mauvais caractère et siégeant dans la bouche. Madrid est en proie à une colique qui porte son nom.

2" Asie. D'après Pallas, l'hystérie, l'hypochondrie, la folie sont fréquentes dans les régions les plus septentrionales de l'Asie. Les maladies du foie et du système nerveux, les dysentéries, le choléra, les ophthalmies sont endémiques dans l'Asie australe; le vomisseraent bilieux règne à Goa, le flux dysentérique sur la côte du Malabar, du Cororaandel, à Java ; la calenture sous lazone torride, la colique nerveuse et la lèpre au Japon et à la Chine ; le béribéri dans l'Inde, l'éléphantiasis chez les Chiiigulais.

y Afrique. Les endémies de l'Egypte sont la peste, la lèpre, l'oplithalmie, les dartres, le scorbut, la scrofule, le tétanos. La , filaire est celle de Médine; le dragonneau celle des îles du golfe I Persique, sur les bords de la mer Ronge et chez les peuples répandus sur un sol argileux et imprégné d'eau de mer (Kœmpfer, Smyttam, Anderson). En Algérie régnent les fièvres palustres, la dysenterie, l'hépatite ; la dysentérie domine plus à Oran que dans d'autres régions de nos possessions africaines; le taenia est très fréquent à Batna et à Sétif ; le bouton de Biskara, affection tuberculeuse et ulcéreuse de la peau, n'est pas sans rapport avec celui d'Alep; j'en ai vu trois cas à Biskara même (oct. 1851). A Maroc , en Guinée et dans le Sennaar, on mentionne le tétanos et les névroses; à Loango et à Benguela, une espèce (le tareniulisme , la jaunisse el les cachexies bilieuses; l'éléphantiasis à l'île Bourbon, l'hématurie à l'île de France.

l\° Amérique. Le nord de ce continent ré|)ète la plupart des endémies du nord de l'Europe (scorbut, rhumatismes, gangrènes, affections cutanées, etc.). Dans les États-Unis, fièvres intermittentes, dysentérie, etc. Dans le Mexique, fièvre jaune ; au Pérou, syphihs et maladies de la peau; aux Antilles, fièvre jaune el dysentérie; à Cayeiine, fièvres intermittentes, pian, ring-worm, tétanos; à Surinam, coliques analogues à celles des côtes de Malabar; au Brésil, chique ou maladie produite par un insecte qui pénètre dans les chai rs (pulex penetrans}.

Nous n'avons .signalé que les endémies les plus saillantes du globe, car elles sont extrêmement nombreuses dans le sens trop étendu de ce mot; et surtout elles sont loin d'avoir été suffisamment scrutées dans leurs analogies ou leurs dissemblances. On a confondu les affectiotis (|ui semblent être un produit de localité

avec la pathologie plus générale des (-limats, les résultats temporaires de l'infection ou de l'extension épidémique et même avec ceux d'une contagion spécifique ! Le pian, le sibbens, le raddesyge, ne sont-ils pas des formes de la syphilis? La lèpre squameuse, qui s'est propagée dans toutes les îles de l'Océanie, accuse en partie la même origine (1). Quoi qu'il en soit, les endémies étant déterminées par la spécialité d'un ou de plusieurs modificateurs hygiéniques (air, sol, nourriture, etc.), on doit les retrouver partout où la même cause ou le même ensemble de causes agit d'une manière prononcée : c'est ce que l'observation confirme. Le mal de venire sec du Malabar, la colique du Poitou, celle des Asluries, deiMadrid, de Surinam, le béribéri, etc., ayant pour caractères communs la brusquerie de l'invasion, des accidents convulsifs, etc., appartiennent aux localités élevées ou voisines des montagnes neigeuses, exposées à de grands refroidissements périodiques de l'atmosphère. M. Rayer (2) a rapproché le mal de la rosa des Asturies et la pellagre de la Lombardie. Le goitre, que l'on croyait confiné dans les vallées subalpines, a été observé par de Humboldt dans quelques cantons du Mexique; on le voit à Java, à Sumatra, sur les bords du Niger, etc. On trouve le crétinisme dans la Carinthie, la Tartarie chinoise , à Staunton, dans les parties montueuses de la Chine. La scrofule existe dans les contrées les plus chaudes comme dans les pays les plus froids, ce qui implique pour elle un autre agent pathogénique que les quaUtés de l'air. La plique appelée polonaise se rencontre en Suisse , dans la Prusse, dans la Tartarie, dans la Hongrie, dans la Transylvanie, etc. Les fièvres paludiques sont semées sur le globe comme la cause qui les engendre.

La prophylaxie hygiénique des endémies ne peut reposer que sur la connaissance exacte des influences qui les font naître; malheureusement leur étiologie est peu avancée, remplie d'obscurités et de controverses : là même où le rapport de causalité que l'on recherche se prononce jusqu'à l'évidence, on ignore et l'on ne découvrira peut-être jamais certains éléments nécessaires à la solution du problème. Nous savons bien que la composition géologique des terrains, leur exposition, la quantité et le mode de distribuiion des eaux qui les arrosent, la nature des végétaux qui y croissent jouent un rôle dans la production de certaines maladies; mais.

(1) Lessou, Voyage de la Coquille, 1822 à 1825.

(2) Traité des nmladies de la peau. Paris, 1835, t. lU, p. 864

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