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pour expliquer ce rôle, que se préseiite-t-il? Des hypothèses. Quelques auteurs attribuent au lait les maladies lymphatiques et le rachitisme qu'ils prétendent être communs chez les peuples pasteurs des montagnes; et les expériences de MM. Jules Guérin et Trousseau ont démontré que le lait guérit les rachitiques. Quelle endémie est plus étroitement liée avec les conditions de localité que le goitre, et combien il importerait à l'hygiène publique de préciser l'origine de cette affection ou plutôt de cet état général dont le goitre est le prodrome ou l'accompagnement, et qui a pour terme le crétinisme? On l'a attribué à l'atmosphère mal renouvelée des vallées obscures, sinueuses, humides, où on l'observe particulièrement; mais on le retrouve dans des pays plats, tels que la Lombardie, le Milanais, le Soissonnais, etc., dans les plaines élevées de la Colombie , où il se propage de plus en plus (Roulin). Il serait banal d'en accuser la mauvaise alimentation ou les excès de liqueurs. La constitution du sol, d'après Mac-Cleland, médecin de l'armée anglaise aux Indes, donnerait la clef de l'énigme : ce voyageur, qui a visité de village en village la population goitreuse d'une province indienne dite Kemaou, a vu que partout , dans le fond des vallées comme au sommet des montagnes, le goitre coïncide avec le terrain calcaire et qu'il disparaît là où les sources d'eau s'échappent d'un sol argileux ou déroches siliceuses, quels que soient d'ailleurs le niveau des localités au-dessus de la mer et l'état de stagnation de l'air ou des eaux. D'autres, au contraire, admettent une zone orographique dans laquelle se renferme l'endémie du crétinisme : dans les Alpes Noriques, celui-ci stationne entre 1,39^ et 3,600 pieds au-dessus du niveau normal, et le docteur Berchtold guérit, dit-on, des enfants crétins en les élevant simplement sur l'Adenberg, au-dessus de celte limite. M. Bouchardat (1) rattache le développement du goitre à l'usage des eaux calcaires, particulièrement à l'action du sulfate de chaux; il remarque que toutes les eaux qui donnent le goitre, sont séléniteuses ; ce qui n'empêche pas le docteur Roesch (2) de restreindre de beaucoup l'importance que d'autres accordent à la présence de la chaux carbonatée dans l'eau , tout en rappelant que l'opinion la plus générale impute aux eaux séléniteuses le développement du goitre. L'analyse chimique qui démontre une grande quantité de carbonate calciquedans les eaux d'Aoste, retire
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVI, p. -i36 et suiv.
(2) UnterHuchungen ueber den Krelinismus. Erlangen, 1844.
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ce sel aussi iiijondaniment des eaux de Corniajor, où ne s'éleud point le crétinisme (1). Les eaux tuiiiéralisées par les sels calcaires sont répandues sur toute la surfaci; du globi;, et, cependant, le goître elle crétinisme sont confinés dans un petit nombre de localités (2). Boiissinyault (3) a cherché aussi la cause du goître dans l'eau : celle qui le produit, suivant lui, n'est pas oxygénée ou Test à peine. Cette théorie concilie assez bien les faits en apparence opposés. Dans les lieux très élevés, où le goître est endémique, la disparition ou la diminution notable de l'oxygène dans l'eau s'expliqutî par le degré de la pression atmosphérique; ailleurs, comme dans le village de Mariquita, l'élévation n'est que de quelques centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer; mais à Mariquita l'eau des glaciers de la Cordilière centrale : si le goître est répandu à Socorro (700 mètres de hauteur), c'est que l'eau de cet endroit contient par litre 16 cent, cubes d'acide carbonique et 42 d'air seulement; dans les contrées goitreuses, où l'on ne consomme ni eaux de neiges, ni eaux calcaires, les eaux habituellement employées ont séjourné sur de la tourbe, des feuilles mortes, du bois pourri, etc. Or, toutes les matières organiques, très avides d'oxygène, enlèvent ce principe à l'eau; aussi les faits cités par Fodéré prouvent que le goître est rare dans les lieux sillonnés par des cours d'eau rapides. Pourquoi les défrichements de la vallée d'Aostt'(1792) ont-ils réduit le chiffre des goitreux ? C'est qu'ils ont amené la dessiccation des marais et permis l'arrivée des vents.
La théorie de M. Chatin s'empare des mêmes faits pour y attacher une signification différente, ainsi que nous le verrons tout a l'heure; elle survit à toutes celles qui ont pour base une donnée chimique ou géologique. M. Grange lui-même, après avoir proclamé que le goître et le crétinisme sont indépendants des latitudes, des hauteurs, des climats, des conditions d'habitations, de pauvreté, etc., et se lient à la présence de la magnésie dans les eaux, en est venu à expliquer l'absence de ces iiitirmilés au bord de la mer par l'existence de l'iode dans les aliments et les boissons que l'on y consomme. M. Marchand (/. c) a démontré que les eaux de
(1) Leislungen in der medicinischen Géographie von Heusinger, dans Jahreabericht ilber die Forlschrille der gesammte Médecin, elc. Krlaugeii, 1848, l. II, p. 194.
(2) Des eaux potables en général, etc., parEug. Marcliaud {Mémoires de l Académie, t. XIX, p. 194).
(3) Annales de physique et d» chimie, t. XLVIIl.
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Saint-Valery en Caux et celle du Havre, où le goitre n'existe pas, contiennent autant de magnésie que celles de la vallée de l'Isère, où cette affection est endémique; celle ci a régné endéraiquement à Reims, où les rivières et les eaux de puits sont dépourvues de magnésie, tant que les habitants firent usage de ces dernières eaux. Dans beaucoup de cantons du Piémont, on boit les eaux de neige sans qu'il en résulte des goitres; c'est que les eaux de cette provenance contiennent des traces d'iode. L'usage de ce médicnmentdissipe les gonflements de la glande thyroïde. L'iode se rencontre dans le vin, la bière, le cidre; les plantes terrestres en contiennent et l'enlèvent aux eaux qui les arrosent ou s'infiltrent autour de leurs racines. De là les différences de composition des sources; celles qui s'échappent d'un sol boisé manquent d'iode. On s'explique ainsi la diminution du nombre des goitreux par suite des défrichements dans certaines localités, notamment dans le Valais (Fodéré, Rambuteau) et à Sainte- Marie aux Mines (Freppel, cité par M. Marchand). Si le goitre et le crétinisme cessent à des altitudes plus ou moins considérables, à 1000 ou 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer (Saussure, Ferrus), c'est que la végétation y perd de son énergie et n'enlève plus aux eaux tous leurs principes iodés. Des sources qui, à leur point d'émergence, abreuvent une population saine et vigoureuse, peuvent, après avoir parcouru quelques prairies, perdre de leur salubrité avec une partie de leur iode, et quand elles continuent de couler au contact des végétaux, elles achèvent de se dépouiller de cet élément précieux et finissent par entretenir à l'état endémique, chez les populations qui les boivent, l'altération organique générale dont le goitre et le crétinisme sont les expressions. Dans les Alpes, M. Chatin a constaté que l'air et les eaux pluviales sont moins iodurées qu'à Paris; dans les vallées goitreuses, il n'a plus trouvé d'iode dans les eaux de sources et de torrents qu'on y boit. Observateur exact, M. Ferrus, bien qu'opposé à cette doctrine étiologique, arrive involontairement à la confirmer: <■ Entre les villages d'Arien et d'Ayet (Pyrénées), il y a piesque identité dans les conditions de l'air et dans celles des lieux; elles ne diffèrent que par un seul point : le village d'Arien est plus abrité que celui d'Ayet; en outre, les eaux qui servent dans chacune de ces localités aux u.-^ages de là vie, bien que provenant de la même source, affectent à certains égards des qualités bien différentes. A Ayet, les habitants recueillent les eaux et les utilisent à leur sortie même du sol ; elles sont fraîches, limpides, sans saveur appréciable; les habitants d'Arien
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les reçoivent pour ainsi dire de seconde main : elles traversent des prairies pour leur arriver, et Ionien conservant une certaine transparence, elles perdent naturellement dans leur trajet de leur fraîcheur et de leur pureté. Des remarques analogues, ajoute M. Ferrus (1), peuvent aussi s'appliquer tant dans le Valais que sur les bordsdu Rhin, etdans la vallée de Rozières (Meurlhe).» Lesanimaux ne sont pas exempts du goitre et du créiinisme; les bœufs, les moutons, les chèvres et surtout les chiens y sont sujets. Or, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans les Vosges, le goitre, endémique sur l'homme, ne se montre pas enzootique sur les animaux, A quoi les partisans de l'iode répondent que ceux-ci se nourrissent de végétaux contenant des trace de ce principe, excepté le chien qui, plus rapproché de l'homme, participe à son mode d'alimentation ; aussi la race canine est-elle, après l'espèce humaine, la plus exposée à celte dégénérescence.
A côté de ces doctrines se place celle de M. Ferrus, qui rattache le crétinismc à un étal morbide de l'encéphale, celle de M. Baillarger, qui y voit un arrêt de développement, celle du docteur Roesch, qui professe qu'il dérive de la génération et se transmet par hérédité; suivantce médecin, il tienlà la faiblesse des parents, à de mauvaises conditions durant le coït ou la grossesse, telles qu'ivresse, chagrins, frayeurs, etc. En général, les symptômes du crétinisme ne se manifestent qu'après la naissance, par un arrêt de dév(!loppement du système nerveux; les influences auxiliaires sont : le défaut de soins des enfants, une mauvaise nourriture, la malpropreté, de mauvais vêtements, des habitations insalubres, une éducation négligée, les maladies; la qualité de l'eau, et surtout la proportion de chaux carbonatée qu'elle contient, n'exerce que peu d'influence. M. Lebert, qui a étudié le crétinisme dans les lieux où il est endémique, le fait consister essentiellement en un développement incomplet des centres nerveux, surtout de l'intelligence et des organes des sens, et il le sépare complètement des alfections scrofuleu'ses et tuberculeuses, malgré l'opinion deHulèland, qui a dit que dans lo crétinisme l'homme tout entier devient scrofule (1). Malgré notre estime pour les belles et infatigables recherches de M. Ciiatin, il nous reste quelques doutes sur le rôle qu'il attribue à l'iode à dose homœopathique, et nous penchons à admettre, avec
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVI, p. 233.
(2) Lebert, Traité pratique des maladies scrofulenses, IS49, p. 91.
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MM. Baillarger et Hoescli, sinon la série exacte des causes qu'ils invoquent, mais le principe de l'étiologie complexe du goitre et du crétinisme. Il existe probablement peu d'endémies caractérisées auxquelles ne s'applique ce principe; dans les investigations dont elles sont l'objet, il faut interroger tous les ordres de modificateurs qui atteignent les masses : parfois tel d'entre eux paraîtra prédominant; rarement l'action exclusive d'un seul rendra compte de la permanence ou du renouvellement périodique et circonscrit de faits pathologiques toujours les mêmes, et formant en quelque sorte l'un des traits de l'identité histori(]ue d'une population.
U" Epidémies proprement dites. Il y a dans ce mot toute une doctrine médicale dont la tradition hippocratique a fourni la base, que Sydenham a achevé d'édifier, et qui repose sur l'autorité des plus éminents observateurs des derniers siècles. Quand on considère en général le mouvemnt pathologique d'un pays, d'une cité, d'un grand hôpital, il se présente d'abord un certain nombre de maladies qui se manifestent isolément et sans caractère commun chez un petit nombre d'individus. Ces maladies ont reçu et conservé depuis Sydenham le nom de maladies intercurrentes ou sporadiques. D'autres n'apparaissent qu'à de certaines époques et ont une durée variable, on les appelle maladies épidémiques; sous le nom de constitution épidémique, on désigne l'espace de temps pendant lequel elles régnent, et sous celui de génie épidémique, l'influence que cette constitution exerce sur la forme, la marche, la nature et la gravité des maladies qui se montrent alors. On distingue trois sortes de constitutions épidémiques qui tiennent sous leur dépendance trois genres de maladies épidémiques :
1° Constitution stationnaire ou fixe. Elle est inflammatoire, bilieuse, nerveuse, catarrhale ou muqueuse (dite aussi rheumatique), enlin putride ou maligne, suivant l'aspect général des maladies régnantes et le caractère des réactions auxquelles elles donnent lieu, quels que soient d'ailleurs leur localisation et leurs éléments anatomiques. Pendant les années 1763, 1764 et 1765 , Lepecq de la Clôture a observé une constitution catarrhale et rhumatismale qui a imprimé son cachet à toutes les maladies (1). Ozanam a vu la constitution inflammatoire se maintenir pendant plus de dix ans à Milan. D'après les épidémistes, les constitutions stationnaires
(1) Voyez Max. Simon, Étude pratique mrle traUement des épidémies au dix-huitième siècle, etc. Paria, 'ISrii.
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n'ont |ioiiil leur origine dans les cliaiipemerils iJeS saisdns; èliiv8ijl Sydenliani ; Aù occulta pofius et inexjilicabili rjuadnm nlterationc in ipsis terrœ viscevi bus pendent, unde ner fjusmodi ef/luviis contaminatur, quœ humana corpora huic aut iili morbo addicunt , déterminant que.
2" Constitutions temporaires ou saisonnières actuelles : on les appelle aussi constitutions médicales ré^;nantes Elles expriment la liaison qui existe entre les maladies et les phénomènes météorologiques propres à chaque saison ; elles n'influtmcenl que les aff(?ctions intercurrentes, tandis que la constitution fixe se rélléchit et sur les derinères et sur les saisonnières. Quand l'année est régulière, les quatre conslilutions épidémiques qui correspondent aux saisons se déroident nettement : on dit alors qu'elles sont légiiimes, parce qu'elles sont le produit des quai. tés niéiéorulogicjiies qui caractérisent les saisons norm.desd'un climnl, d'une localiié donnée. Si l'année est irrégulière, c'est-a-dire marquée par des combinaisons insolites des qualités météorologiques de l'air, elle offrira des perturbations parallèles dans les phases de sa pathologie (voy. tome I, page 589). Huxham, Lepecq de la Clôture, Geoffroy, Raymond, f te. , mentionnent de fréquents exemples de ces renversements de saisons que M. Furster appelle intempéries. Nous avons ex|)liqué ailleurs (tome I, p. 5b9) ce que les é|)i.lémistes entendent par constitutions médicales mixtes, l'entre-deux deSydenham. La constitution propre à chaque saison résulte de celle de chaque jour ; la somme des constiluiions saisonnières détermine celle de l'année. La maladie qui a régné avec le plus d'intensité, de fréquence ou de durée, décide le caractère général de la constitution annuelle : on retrouve dans cette maladie les symptômes locaux propres à telles lésions organiques ou à tel trouble fonciionnel ; mais, en même temps, le génie épidémique, c'est-à-dire la cause inconnue qui modiliela maladie, lui impose un symptôme insolite qui prédomine, altère sa marche, augmente sa gravité par une complication constante et uniforme. Dans d'autres cas, la constitution médicale est masquée, et les maladies ordinaires n'ont d'autre lien commun qu'un élément intime et spécial qui se dégage dans les expériments de la thérapeutique.
3° Épidémies accidentelles.— Elles se développent brusquement, sans cause évidente : tantôt elles ne sont que l'exterision d'une maladie sporadique et contme ; tantôt elles réalisent une forme pathologique sans analogue parmi celles que l'on observe dans les
contrées soumises a leurs ravages. Saisons , cliniats; bat-rièrfes ivàturelles ou factices, différences d'âge, de sexe, de cbmplexioh; etb., rien ne les arrête, quoiqu'elles s'appesantissent principalement sur les classes abruties et misérables. Point de fixité ni dans leur durée ni dans leur itinéraire; foudroyantes au début, terribles dans leiir stade ascendant, elles annoncent leur déclin par quelques oscillations dans le chiffre des invasions et des décès. Parfois elles interrompent subitement leur période descendante pour rétrograder et sévir avec une nouvelle furie (recrudescences) ; ellés font taire leS autres maladies ou ëU réduisent le nombre ; elles étouffent dès leur apparition une épidémie ànlérieui-e. En Orient, on voit la peste cesser quand se développe une épidémie de variole. Elles modifient la santé des individus aussi bien qUe la physionomie des maladies intercurrentes; enfin elles rencontrent, dans leurs divagations meurtrières , des races qui leur résistent. D'après Fabrice de Hilden, l'épidémie de Bâie n'altïitjuait que les jiatldhaux. Degner rapporte que les Français et les Israélites échappèrent seuls à l'épidémie dyseniéri(|ue de NimègUé. Sduvent les épizooties coïncident avec les épidémies.