DES CLIMATS
Il est impossible de fixer la valeur de chaque élément de la climalologie (|uaiit à rinfluence qu'il exerce sur les populations ; il faut se conlenter d'apprécier d'une manière générale l'action des clim;ilssur les masses, par les résultats qu'elles présentent à la statistique sous le triple rapport de la mortalité, de la fécondité et de la vie moyenne. Dans les limites de l'Europe, on constate déjà des différences signilicatives dans la mortalité :
Nord de l'Europe... 1 décès par 41,1 habitants.
Centre — 40.8
Midi — 33,7 (Quetelet).
Si l'on considère deslieux plus rapprochés de la ligne équinoxiale et plus exposés à des températures extrêmes, on trouve avec M. Moreau de Jonnès :
Latitude 6° 10'. . . Batavia 1 décès par 26 habitants.
— 10-10'... Trinitad 27
— 13° 54'... Sainte-Lucie 27
— 14° 44'... Martinique 28
— 15° 59'... Guadeloupe 27
— 18° 36'... Bombay 20
— 23-11'... Havane 33
Enfin on a donné le tableau suivant de la mortalité moyenne d'après les latitudes :
De 0 degré à 20 degrés latitude, 1 décès sur 25 habitants. De 20 — 40 — — 1 — 35,5 De 40 — 60 — — 1 43^2 De 60 — 70 — 1 — 50,0
Nous n'avons garde d'accorder à ces données numériques, et à d'autres rapportées par les auteurs, une importance rigoureuse et
^l9^^ IlYfilÈNlî PtlBMQUE.
définitive. D'après M. Thomas, la morlalité à l'île Bourbon n'est que (le 1 sur 4'i,0; d'après dos documents anglais ol'liciels, elle est encore moindre au cap de Bonne- Espérance. Il manque d'ailleurs aux recherches de M. Moreau de Jonnès les chiffres nécrologiques des campagnes. Néanmoins, sans affirmer que le nombre des décès croît du nord au midi proportionnellement à la latitude et peut varier du simple au double, nous reconnaissons la coïncidence de l'accroissement de la mortalité avec celui delà température annuelle moyenne. Prichard lui-même (1), quoique préoccupé sans cesse (les conditions d'unité primordiale et d'égalité physiologique des diff"érents groupes de l'espèce humaine, proclame le rôle immense que le climat exerce dans la répartition de la mortalité. La France en ofïre un exemple : si l'on compare la mortalité moyenne dans dix départements du Midi et dans dix départements du Nord, on trouve qu'elle est de 1 sur Uk dans ceux-ci, et de 1 sur 37,95 dans ceux-là.
Plus le climat est chaud, plus, toutes circonstances d'ailleurs égales, la moyenne de la vie humaine est courte, car elle est nécessairement en rapport avec la mortalité. Les cas de longévité qui se rencontrent dans les contrées méridionales et entre les tropiques n'infirment point cette loi ; au milieu de ces ravages, la mort peut laisser debout quelques existences chargées d'ans. Toutefois la statistique signale plus de centenaires là où s'allonge la vie moyenne, c'est-à-dire dans le Nord (Ecosse, Angleterre, Norwége, Russie et Sibérie).
Les climats insulaires et les climats maritimes participent à l'influence conservatrice de la seplentrionalité : on cite beaucoup de centenaires dans les îles Bermudes, à la Barbade, à Madère, dans les anciennes îles Fortunées, dans les Hébrides, dans les îles occidentales de l'Écosse, etc. La moindre étendue des variations des différentes qualités de l'air, la pureté normale de l'atmosphère, une ventilation incessante qui purifie le sol et les habitations, elc» telles sont, avec d'autres avantages signalés ailleurs (tome I), les causes de la salubrité de ces climats. Mais quelles sont les causes qui communiquent un si funeste essor à la mortalité dans les climats chauds? Elles résident dans la nature du sol, dans les foyers d'infection que des pluies torrentielles multiplient tous les ans et que les rayons d'un soleil brûlant activent à certaines époques, dans
(1) Histoiro naturelle de l'homme. Paris, 1843, t. II, p. 245.
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l'intensité des mutations atmosphériques, etc. Peut-être gisent-elles en plus grand nombre dans l'imperfection de l'hygiène publique : la civilisation est destinée à les éteindre. N'est-il pas remarquable que les épidémies que la civilisation a presque étouffées dans notre société occidentale se montrent d'autant plus fréquentes que l'on se rapproche davantage de l'équateur (Schnurrer) ? La peste et la fièvre jaune sont les endémies des pays chauds. En admettant que le climat est l'une de leurs causes, niera-t-on la complicité de la société demi barbare oii ces fléaux prennent naissance?
Par une disposition de la Providence, la fécondité se règle, en certaines limites, sur la mortalité des populations. Nous avons constaté plusieurs fois déjà cet admirable concert de la vie et de la mort ; les climats le reproduisent. Si l'on compare les deux températures extrêmes de l'Europe, on voit qu'en Portugal il naît 5,10 par mariage ; en Suède, 3,62 seulement (Benoiston deChâteauneuf]; en France même, la moyenne des naissances, prise sur cinq ans (1821-25), est de U,ok par mariage dans nos départements du Midi, et de U,QO dans ceux du Nord. La fécondité augmente donc du nord au midi, et compense sous les latitudes australes les moissons plus abondantes de la mort. Dans les climats septentrionaux où la vie moyenne se prolonge , les naissances sont moins nombreuses. A Saint-Pétersbourg, de 1813 à 1822, la proportion des naissances aux décès n'a été que 100 à loi; sa population ne s'est donc soutenue dans cette période que par le renfort des immigrants.
L'histoire nous montre d'immenses populations s'ébranlant et se précipitant du Nord sur le Midi. Les événements politiques n'ont pas été l'unique mobile de ces migrations turbulentes ; mais, lasses de lutter avec les climats du Nord, et de solliciter pour leur subsistance un sol ingrat, elles se sont ruées avec choc sur les terres heureuses de la France, de l'Espagne, de l'Italie : c'est le même instinct qui dirige sur les plaines fertiles de la Chine les invasions des hordes sauvages qui errent dans les déserts de la Mongolie; ce sont les mêmes causes qui entraînent les habitants de l'Irlande, du Palatinat et d'une partie de l'Alsace dans les États-Unis de l'Amérique, les Basques à Montevideo et à Buenos-Ayres , etc. Dans les plus riches contrées, l'exubérance de la population produit les mêmes effets qu'ailleurs la stérilité du sol. Toutefois, les émigrations n'ont pas pris de nos jours un développement capable d'affecter la force d'un pays au profit de la force d'un autre. On sait avec quelle lenteur l'Algérie se peuple de colons européens. Le temps de grands
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di^placements de masses humaines semble passé, comme celui des grands mouvements dans les éléments de la constitution géologicjue du globe.
L'accroissement delà population résulte de l'excédant des naissances sur les décès ; le rapport numérique des habitants avec la surface territoriale (nombre d'habitants par lieue carrée) exprime sa densité, etc. Il suit de là que les climats se jugent linalement par l'accroissement et la densité des populations. Or les tables dressées par de Humboldtet Baibi mettent en évidence la prédilection de l'espèce humaine pour les zones tempérées, où la vie est également à l'abri des surexcitations énervantes du soleil tropical et de l'influence engourdissante des fioids extrêmes, où la végétation déroule ses formes les plus variées, les plus nombreuses, et marie les produits (le l'équateur avec ceux du nord. La population afflue surtout et se multiplie rapidement sur les côtes médiocrement élevées audessus du niveau des mers, dans les régions largement accessibles au soleil, à l'humidité et à l'air, triple agent de la salubrité des climats et de la fécondité du sol , dans les plaines sillonnées par les grands fleuves, véritables artères du globe : telles sont la Chine, qui voit s'agiter 150 millions, d'autres disent 300 millions d'hommes, dans des plaines immenses arrosées par le Kiang ou par le fleuve Jaune; la péninsule de l'Tnde, qui fait vivre plus de 100 millions d'hommes, la Perse, l'Asie Mineure, l'Egypte, les péninsules d'Espagne et d'Italie, l'Europe tempérée. En dehors de cette zone amie de notre espèce, et à laquelle s'ajouteront plus tard les deux portions tempérées de l'Amérique, on voit 2 millions d'habitants dispersés dans l'Asie boréale sur Zi65, 000 lieues carrées, kou5 millions de Tartares nomades dans le désert de l'Asie centrale, 80 millions d'habitants jetés sur l'immense continent d'Afrique ; et, comme les climats extrêmes agissent dans le même sens, on ne trouve en Russie que 12 habitants à peine par kilomètre carré, tandis que le rapport s'élève en Autriche à 55, en Prusse à 60, en France à 67,66 (1851), en Angleterre à 129, etc. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue le rôle énorme que joue la civilisation dans le groupement et la densité des populations. Cette inlluence se prononce dans les chiffres comparés des quatre derniers États sus-indiqués , qui diffèrent entre eux moins encore par leurs conditions climatologiques que par la direction des esprits, par l'activité des capitaux, par les progrès de l'agriculture et de l'industrie, etc.
CmCUMFUSA. — DES HABITATIONS POBLIQUES.