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II. — Acclimatement dans les pays froids

Les climats tempérés paraissent froids aux habitants de la zone torride. Ce que nous dirons d'eux s'applique, dans une nuance amoindrie, à ceux (lui passent des climats tempérés dans les contrées plus rapprochées du pôle. L'homme des tropiques arrive dans les pays froids avec un pouvoir insuffisant de calorification ; il faut donc que sa respiration s'active ; et comme le carbone et l'hydrogène, éliminés par la respiration, sont restitués par les aliments, il s'ensuit que le besoin d'alimentation augmente avec l'énergie de l'hématose (1). L'exercice qu'il est forcé de prendre pour favoriser la circulation, et pour accroître la chaleur du corps, a pour résultat l'accélération des mouvements lespiratoires et nécessite également un surcroît de nourriture: aussi ses fonctions digestives qui languissaient sous le ciel de l'équateur, s'éveillent avec force; il éprouve un appétit qui lui était inconnu ; et, s'il se laisse entraîner trop loin par le plaisir de le satisfaire, il ne tarde point à offrir les attributs de l'état pléthorique qui le place sous l'imminence de phlegmasies aiguës. L'obésité qui arrondit la plupart des créoles transportés dans nos climats, n'est donc qu'une conséquence exagérée de la direction que prennent forcément les mouvements de la vie: c'est sur les poumons et sur le tube digestif qu'ils tendent à se concentrer. Le rôle de l'hygiène consiste presque exclusivement k modérer ces concentrations splanchniques, d'une part, en provoquant la transpiration cutanée qui diminue brusquement, tandis que celle du poumon augmente; d'autre part, en luttant contre l'exigence d'un appétit soudain et en maîtrisant l'élan des

(1) Liebig, loc. cit., p. 16.

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fonctions assimilatricos. Que les éniigranls ries pays chauds se défendent des excès de table, qu'ils usent avec mesure de boissons alcooliqu(!S, qu'ils leur préfèrent le thé et le café, qui ont l'avantage de produire une réaction centrifuge, et d'entretenir le travail dépurateur du tégument externe ; qu'ils aient recours aux frictions sèches ou humectées par un liquide stimulant, aux bains de vapeur, dont l'usage est populaire dans le Nord; qu'ils entretiennent dans leur demeure une température douce et constante; qu'ils portent des vêtements non conducteurs du calorique, et dont la surface tomeiiteuse produit sur la peau une excitation fluxionnaire.

La transition est moins aiguë, et, par conséquent, moins chanceuse pour les habitants des climats tempérés, qui sont exercés par la révolution annuelle des saisons, au contraste et à l'excès des qualités de l'air; néanmoins les indigènes des tropiques résistent avec avantage à l'épreuve des climats froids. Si quelques-uns sont atteints par le froid dès l'abord, jusqu'à s'engourdir dans une sorte d'hivernation, d'autres y réagissent par un développement de force et de caloricité assez analogue à celui qu'on présente au sortir d'un bain froid, mais avec cette différence qu'il s'opère avec continuité et dans une mesure inférieure. Cette exaltation de la puissance calorifiante ne se maintient guère au delà des deux premières années; passé ce terme, les immigrants rentrent dans la condition de la population indigène, et deviennent sensibles, comme elle, à l'impression du froid; mais ils le supportent mieux : les créoles de la grande armée ont moins souffert dans la retraite de Russie que les soldats originaires des régions tempérées.

Le passage des pays chauds dans les climats froids prépare ou aggrave certaines maladies, et influe favorablement sur d'autres. L'émigration est souvent pour les colons des tropiques le seul moyen de salut contre des affections qui ne peuvent guérir qu'en dehors de la sphère où elles prennent naissance ; telles sont: les fièvres paludiques, la dysentérie aiguë ou chronique qui les complique ou leur succède si fréquemment, la diarrhée, la colique sèche avec ou sans hépatite. La nécessité de fuir devient plus pressante encore par les rechutes qui entranientun rapide épuisement; la succession des saisons n'ouvre aux malades aucun espoir de guérison ; si les vents d'est les délivrent des lièvres de rhivernage, la température excessivement variable de la saison nouvelle leur sera une cause de dysentérie ; l'unique ressource est dansun prompt départ : « Combien sont partis sur un lit qu'ils ne pouvaient quitter,

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qui ont trouvé au large uii(3 guérison inespérée (1) ! » L'opportunité du départ dépend de la nature des maladies et des organes à modifier ; les fièvres chroniques, qui cèdent à l'influence d'un air sec et modérément froid, exigent qu'il ait lieu au commencernentde notre hiver. Les affections du foie contractées dans nos colonies s'amendent pendant la traversée, grâce à la régularité du régime, à la température plus uniforme et à la pureté de l'air maritime; elles s'accommodent du froid, qui relève l'action du poumon et déverse sur lui l'excès d'énergie vitale qui s'était fixée sur le foie; le poumon devient, pour ce viscère, suivant l'expression de M. Thévenot, un organe préservateur ; néanmoins il faut ménager à la peau la gradation des températures, et épargrjer au tube digestif les brusques agressions d'un clianginnont de régime. Les dysentéries miasmatiques gagnent toujours à i'éloignement du foyer d'infection ; mais le froid les exaspère. Soulagées par le mouvement du navire, par l'air doux et tiède des mers tropicales, elles s'aggravent aux approches de la terre, où les brumes, refoulées par les vents, enveloppent le navire d'une humidité froide et pénétrante; les dysentériques éviteront donc de faire coïncider avec l'hiver leurarrivée en France ; ils éviteront surtout le passage dans les climats froids. Les gens à poitrine irritable, prédisposés au catarrhe bronchique ou à la tuberculisation pulmonaire, ont besoin de précautions nombreuses, quand, après un long séjour dans une contrée chaude, ils reviennent dans un pays froid ou tempéré. Môme danger pour les indigènes et les créoles, quelle que soit leur constitution : le poumon, suractivé dans ses fonctions, s'enflamme avec une extrême facilité ; pour eux, Ig phthisie devient dans nos climats ce que la fièvre paludique et la dysenterie sont pour nous dans la zone torride: elle les décime en détail, et souvent elle se développe chez eux avec une acuité qui précipite la catastrophe. Plus sujets aux affections éruptives que dans leur patrie, ils sont fréquemment surpris pendant- leur convalescence par des symptômes d'afléction pulmonaire ; la rougeole les dispose particulièrement à la phthisie, sans doute à cause de la bronchite capillaire dont elle est souvent accompagnée. Il nous semble, toutefois, que l'on a exagéré l'influence de la transplantation sur le développement de la phthisie pulmonaire; nous avons connu à Paris un grand nombre de jeunes gens du Brésil, du Mexique, etc., qui n'ont souffert ni du froid do

(1) Théveuot, Trailc des maladies des pays chauds, p. 3()8.

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nos hivers ni do la lempéralure hiiinidc et variable de no5 saisons inlerinédiairos. L'exemple tant cité des singes enfermés dans nos ménageries est peu concluant ; il faudrait savoir, objecte avec raison M. Louis (1), comment ils meurent dans les pays chauds, s'ils y sont plus rarement affectés de tubercules qu'à Paris; la réclusion, l'insuffisance do l'exercice, le mode d'alimentation, mêlent ici leur influence à celle de l'atmosphère. Les vaches sédentaires dans les étables de Paris succombent en grand nombre à laphthisie; cependant elles sont préservées du froid et des variations de l'air, et elles n'ont pas changé de climat. Au reste, les singes, déportés des forêts du Brésil dans les cages de nos ménageries, sont-ils dans les mêmes conditions que l'homme qui s'éloigne volontairement d'une contrée intertropicale où la civilisation Icnd à faire la vie sociale à l'image de la nôtre, et le moral, celte source inépuisable de modifications physiologiques, ne le comptez-vous pour rien? ou l'accordez-vous dans une égale mesure aux quadrumanes du Jardin des plantes? Ces remarques, consignées dans les précédentes éditions de ce livre, viennent de recevoir une confirmation importante; M. J. Rochard (2) rappoite que , depuis l'abolition de l'esclavage, un grand nombre de familles créoles ayant quitté les colonies et surtout les Antilles pour venir s'établir à Brest , il n'a pas observé parmi elles plus de phlhisi(iues que dans le reste de la population ; il ajoute qu'il en est de même des jeunes créoles qui s'engagent dans les régiments d'infanterie de marine. Wilson , imité depuis par presque tous les médecins des marines anglaise et française, a donné le conseil de ramener en Europe les individus atteints de phthisie dans les pays chauds, l'observation et la statistique ayant démontré que cette mesure offrait l'unique chance de ralentir ou d'arrêter lamarche de la tuberculisation. Aussi les médecins de nos colonies renvoient- ils en France les marins et les soldats atteints de phthisie sous ces latitudes (3).

En général, le passage d'un climat chaud dans un climat froid, quand il s'opère graduellement, est profitable à l'économie: il apaise la susceptibilité excessive du système nerveux, il rehausse le ton de la fibre musculaire ; il sollicite, par un air plus dense et plus oxygéné, l'action des organes respiratoires; un sang mieux

(1) Recherches sur la phthisie, 2' édition. Paris, 1843, p. 610.

(2) Mémoires de l'Académie de médecine, t. XX, 1856, p. 107.

(3) J. Rochard, loc. cit.,\\ 110.

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élaboré baigne tous les tissus et rend aux organes d'assimilation leur vitalité ; les digestions s'exécutent avec aisance, les forces nutritives s'équilibrent entre toutes les parties; la permanence du froid consolide cette modalité des fonctions qui a pour résultat la vigueurducorpsetlastabilité de lasanté. Sans doute une civilisation avancée a fourni à l'homme un complément de ressources pour lutter avec succès contre les rigueurs de la zone polaire, contre l'hiver de la zone tempérée, tandis qu'elle est moins efficace peutêtre pour neutraliser les inconvénients de la zone éqnatoriale ; mais l'histoire des voyages et des établissements qui ont été tentés dans les pays chauds et dans les pays froids diffère tellement, qu'on ne peut méconnaître la facilité plus grande de l'acclimatement dans ces derniers : la pêche de la baleine retient pendant des années entières nos marins dans les parages les plus rigoureux sans que leur santé en éprouve aucun dommage; les équipages des capitaines Ross, Parry, Franklin, Dumont d'Urville, ont vécu sans maladie au milieu des glaces ; on n'a pas oublié la prospérité singulière des factoreries fondées dans le xvr siècle au Spitzberg par les Hollandais ; au contraire, les régions intertropicales ont dévoré i)lusieurs milliers de générations d'Européens; leur splendide soleil n'éclaire que des épidémies et des funérailles.

m. — Acclimatement dans les localités.

Les phénomènes de cet acclimatement, et les règles d'hygiène qui s'y rapportent, varient suivant la température, l'état hygrométrique, les émanations et la pression atmosphérique.

Passer d'une localité dans une autre relativement plus froide ou pluschaude, c'est s'exposera des nuances d'elîets qui se confondent avec ceux que nous venons d'étudier. Les Italiens, les Espagnols qui viennent se fixer en France perdent leur sobriété, mangent avec plus d'appétit, et acquièrent de l'obésité ; le centre, l'est et le nord de la France produisent sur eux des modifications semblables à celles qu'éprouve le créole nouvellement débarqué en Europe. Pour les Allemands, l'Italie est un pays chaud, et leur impose des précautions en conformité avec leurs sensations. Audouard a vu des soldais originaires du nord de la France être atteints à Naples de fièvres qui, par leur forme et leur gravité, rappelaient le fiéau des Antilles. Cleghorn a observé chez des Anglais, à M inorque, de nombreux cas du môme genre.

^'^^ HYGIÈNE rmVKE.

L|ôtahIissemont dans une localité heaucoup plus humide que celle ou I oM a vécu jus(pi'al(.rs entraîne ou des modifications promptes qui se résolvent dans un état morbide local, ou une altération progressive de la constitution, qui finit par assimiler les nouveaux venus au type physiologique des habitants. Dans le premier cas, on observera quelques affections de nature catarriiale, localisées dans la membrane muqueuse des voies aériennes ou des voies digestives, caractérisées par l'exubérance de la sécrétion dont elle est le siégej et parles irrégularités ou la dépression habituelle de l'innervation: ce sera un catarrhe bronchique, un embarras gastrique, une diarrhée muqueuse ; et si le système nerveux est intéressé, on pourra observer ce que l'on appelé encore dans quelques pays la fièvre muqueuse, cette variété de l'affection typhoïde dont Rœderer et Wagner ont tracé le tableau. Dans le second cas, il s'opère dans la constitution un changement sans trouble morbide évident : la sensibilité générale diminue; les sympathies organiques s'émoussent; la peau s'étiole; les tissus musculaires sont moins colorés, moins contractiles; l 'élément cellulaire prédomine ; la formation graisseuse augmenle, ainsi que les sécrétions des muqueuses. Un moment vient où la transformation est achevée, où l'harmonie s'établit entre l'organisme déchu et le milieu insalubre dans lequel il est plongé. L'hygiènedes localités humides et froides ne diffère pas de celle des pays froids ; on insistera davantage sur l'usage des boissons théiformes, aromatiques, légèrement excitantes, sur les pratiques qui ont pour objet l'entretien ou le rétablissement de la transpiration cutanée qui tend à se supprimer; les liqueurs alcooliques, à doses modérées, peuvent être ajoutées sans inconvénient à la boisson fermentée qui est nécessaire aux repas; ceux ci seront composés en majeure partie de substances animales; des vêtements chauds et des habitations soigneusement préservées de toute humidité compléteront ia prophylaxie: ainsi réglée et soutenue, elle réussit à corriger chez les classes aisées de l'Angleterre et de la Hollande la coîistitution catarrhale, lymphatique et scrofùleuse, qui végète dans les froides brumes de leur atmosphère.

Il est toujours hasardeux de tenter l'acclimatement dans les localités à émanations palustres; c'est sur les hauteurs éloignées et hors de leur vent, que sont le refuge et le salut. Dans les pays où la chaleur et l'humidité impriment un funeste essor au dégagement miasmatique, on ne saurait trop rappeler aux chefs de l'armée, aux chefs des immigrations, les influences préservatives de la cliinato-

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logie verticale ; non-seulement l'altitude compense les effets de l'irradiation solaire plus ou moins directe, mais encore elle neutralise, elle anéantit le maléfice des plus énergiques foyers de Fermentation délétère qui parsèment les terrains bas, les vastes dépressions du sol. Sous les latitudes intertropicales, se rencontrent de frais climats; au-dessus des palétuviers et des marécages pestilentiels de l'Afrique méridionale, existent de salubres stations où n'arrive point le miasme fébrifère : dans cette superposition de climats gradués, quelle immense ressource pour la conservation des hommes, pour l'extinction des épidémies meurtrières, pour la retrempe des constitutions détériorées ! Que si des nécessités inéluctables condamnent à retenir des masses d'hommes dans la sphère d'activité des foyers paludéens, mieux vaut assainir le pays que d echafauder un système pénible de prophylaxie. Le dessèchement des marais est peut-élre le plus grand bienfait qu'attende l'humanité. Sur plus de ^lOO, 000 hectares de maraisqui existent en France, 120,000 sont susceptibles de culture : en les séchant, on augmenterait donc les moyens d'alimentation publique en même temps qu'on assurerait l'amélioration physique de notre espèce et la prolongation de la vie humaine. Déjà la Bresse a vu diminuer le nombre de ses marais; la compagnie des Landes poursuit ailleurs le même but. Si ces travaux étaient imités partout où il existe des eaux stagnantes, les endémies les plus meurtrières auraient bientôt disparu du globe. Nous avons esquissé leur mode d'exécution ; mais une hygiène sévère doit y présider: l'opportunité des travaux de dessèchement correspond à l'époque où lu fermentation des marais est nulle; malheureusement , les ingénieurs les font commencer au fort de l'été, pour profiter de la diminution des eaux. Les ouvriers devront être choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués ; ils auront des vêtements épais, des chaussures hautes et imperméables; ils ne se rendront pas à jeun sur le lieu de leurs travaux, qui cesseront avant la fraîcheur du soir ; ils recevront une nourriture réconfortante, assaisonnée ; une boisson fermentée et une ration d'eau-de-vie leur seront distribuées, ainsi qu'une infusion légère de quinquina qu'ils boiront entre leurs repas; des feux seront allumés dans le voisinage pour qu'ils puissent sécher leurs vêtements dès qu'ils interrompent leur opération ou qu'ils ressentent les effets de l'humidité. L'application de ces précautions doit être impérieuse et stricte; grâce à celte discipline hygiénicpie, trois cents ouvriers ont pu mener à Un le dessèchement de l'étang de Coquenard, sans

qu'un seul d'entre eux éprouvât le moindre accident; le même succès couronna l'entreprise du curage du bras de la Seine qui forme l'ile Louviers, curage opéré impunément par deux cents ouvriers qui, dans l'espace de deux mois, enlevèrent et transportèrent à une grande distance environ 9,000 mètres cubes de vase (1). Éloignons des localités marécageuses les individus faibles, épuisés par les privations ou les maladies, les femmes, les enfants. Ceux qui ont vécu longtemps dans le voisinage d'un marais ne peuvent compter sur le bénéfice de l'habitude en allant habiter sur les bords d'un autre marais : ils trouveront peut-être dans leur nouvelle résidence la fièvre qui les a épargnés dans la première. Quand on est obligé de demeurer dans un pays marécageux, il faut choisir son habitation de manière à éviter le vent qui souffle dans la direction des eaux stagnantes; l'interposition d'un obstacle, tel qu'une montagne, un bois, ou seulement un rideau d'arbres, est une garantie contre leurs effluves. A défaut de ces avantages naturels, il faut savoir y suppléer par une plantation d'arbres et par l'occlusion complète des ouvertures que l'habitation peut avoir du côté des marais. Elle sera établie, s'il se peut, sur un lieu élevé et sec; si elle se compose de plusieurs étages, c'est dans la partie supérieure que l'on devra s'installer. Les autres lègles consistent à prendre une nourriture substantielle, composée de viandes et de végétaux sapides, à faire usage de quelques condiments énergiques (oignons, ail, raifort, moutarde), d'une boisson fermentée, à s'abstenir de l'eau demarais; s'il n'y en a point d'autre, à la purifier au préalable; à se vêtir chaudement, à ne pas sortir soir et matin, à se garder de toute humidité, à ne jamais s'étendre par terre au voisinage du marais. On a cru remarquer, en Afrique, que les fumeurs de tabac sont moins atteints par les épidémies; ce mode d'usage du tabac serait donc indiqué. Les ftloréotes et les Arabes consomment beaucoup de café peu ou point sucré, et sans qu'il soit clarifié par le repos: cette liqueur un peu amère a le double avantage de tonifier l'estomac et d'entretenir l'action éliminatrice de la peau: aussi y a-t-il dans la troupe turque un individu chargé spécialement de préparer pour elle le café: c'est \q Kaivadji, ou cafetier. Autant l'emploi modéré d'uneboisson fermentée relève et soutient, autant l'abus desalcooliques dispose à l'intoxication paludique: les fatigues, les excès de tous genres, l'énervation du coït, agissent de la même manière.

(t) Pareut-DuchAtelet, Uygiine publique. Paris, 1836, 1. 1, p. 487.

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Les contrées marécageuses offrent-elles moins de pbthisiques que les pays plus salubres, et les endémies de fièvres intermittentes excluent-elles les tubercules? Cette doctrine, dit M. Lebert a ete professée il y a vingt ans par M. Scbœnlein, dans son cours de pathologie, et adoptée par l'école de Vienne. On connaît les faits nombreux que les médecins français, belges et hollandais lui ont opposés. A Rocbefort, foyer d'intoxication palustre, M. Letevre a compté sur 615 autopsies, 132 sujets tuberculeux (1). Dans le bas Valais où la fièvre intermittente est endémique, M. Lebert a note le grand nombre des phthisies. Virchow (2), conduit, à l'occasion d'une mission officielle en Silésie au commencement de 18^8, à discuter l'inttuence des marais sur les tubercules, arrive à cette conclusion que, s'il existe quelques contrées où les tubercules ne se rencontrent point avec les fièvres intermittentes, il en est beaucoup d'autres où les deux affections coexistent sans se modifier réciproquement, et finalement il repousse la théorie de cet antagonisme. Aux Antilles, on voit régner la phthisie en même temps que les fièvres intermittentes et la fièvre typhoïde (3). Au milieu des immenses marais du Sénégal, les tubercules sont très communs chez les indigènes et la phthisie a une large part dans les décès (Raoul cité par J. Rochard). Collas, James Renold, Martin, Allan West qui ont pratiqué dans les Indes, ont vérifié la coïncidence des endémies palustres et de la phthisie pulmonaire; celle-ci est commune à Java; au Brésil l'influence marécageuse imprime son cachet à toute la pathologie; or, la })hthisie pulmonaire, dit M. Sigaud (û), y fait autant de ravages qu'en Europe ; à Rio-Janeiro, il y a un hôpital spécial pour les pbthisiques; elle sévit autant parmi les blancs que sur les noirs; dans le Sud elle marche en première ligne (docteur Jubier) ; dans le nord, les maladies de poitrine sont fréquentes. Chervin a remarqué que la phthisie est assez commune à la Guyane, en dépit des marécages; à la Vera-Cruz, elle entre pour 1/1 dans la mortalité (Godineau). H faut avoir inspecté les hôpitaux de Rome vers la fin de la saison endémo-épidémique, comme nous l'avons fait en 1851, pour se faire une idée de l'énergie

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. X, p, 10i7.

(2) Arch. fiir palhologische inaiomie, etc. , t. II, p. 170-173. Berlin, 1848.

— Traité pratique des maladies scrofulcuses. Paris, 18-i9, in-8.

(3) J. Rochard, Mémoires de l'Académie de médecine, t. XX, p. 137 el 138.

(4) Sigaud, Du climat el des maladies du Brésil. Paris, 1844.

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deson paludisme, des ravages profonds qu'il exerce sur les constitutions; or, i>J. Journé a constaté qu'à Rome 1 décès sur 325 est dû à la phthisie (mortalité civile), et M. Félix Jacquot, analysant les éléments delà mortalité militaire (division française d'occupation), a trouvé qu'en 1850, la plilhisie pulmonaire occupait ledeuxième rang de fréquence, et en 1851, le quatrième, et, soit dit en terminant, la fièvre typhoïde, autre argument de la doctrine d'antagonisme, règne à Rome à côté de la plitliisie et des fièvres intermittentes.

Les effets de la raréfaction de l'air ne commencent à se faire sentir qu'à de grandes hauteurs où les essais d'acclimatement n'ont presque jamais lieu. Nous avons décrit les phénomènes que fait naître un séjour passager ou prolongé dans les régions élevées du globe ; l'habitude manifeste encore ici sa puissance. Quand on abandonne un pays de plaine pour aller s'établir dans les montagnes, on doit se préoccuper moins d'une légère diminution de pression que du froid, des variations brusques de température, des brouillards et des vents impétueux qu'on y rencontre; les personnes sujettes aux congestions pulmonaires, aux hémoptysies, celles qui s'essoufflent facilement ou dont la circulation est très mobile s'exposeraient à des accidents plus ou moins graves en choisissant des résidences d'une grande élévation. L'habitation des montagnes, favorable aux lymphatiques, aux organisations nerveuses et molles, ne peut que nuire aux individus sanguins, aux pléthoriques, aux enfants dont la circulation est trèi} rapide, aux vieillards chez lesquels elle ne peut être activée sans danger, et dont la plupart portent une lésion des poumons ou du cœur. Dans ce genre d'acclimatement, comme dans tous les autres, on doit prendre aussi en grave considération et le changement des impressions morales, et celui des habitudes fonctionnelles : les difficultés plus ou moins grandes de l'exercice musculaire, la privation ou l'addition de quelques aises, le contact d'une population différente par ses mœurs et son caractère, etc., ce sont là des influences plus agressives pour certaines natures qu'une ondée pluviale de plus ou de moins. L'homme peut-il s'acclimater à des hauteurs où ses fonctions sont troublées par l'effet d'une brusque translation? Il existe dans l'Amérique méridionale des villages à A, 166 mètres au-dessus delà mer, Jacquemont cite des villages plus élevés encore sur le versant thibétain de l'Himalaya. Les voyageurs visitent impunément un grand nombre de localités situées dans les Cordillères à une hauteur absolue plus considérable de 270 mètres au moins que le

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grand plateau du Mont-Blanc (/i,181 mètres). M. de Humboldt a vécu longtemps, sans aucun accident, à la ferme d'Antisana (a, 101 mètres). D'après M. d'Orbigny, les indigènes ne souffrent point à la Paz de la raréfaction de l'air qui l'a si cruellement éprouvé. Dans les Alpes, MM. Agassiz et Desor, parfaitement acclimatés à 2,600 mètres, après un séjour de plusieurs semaines, sont parvenus ensuite sans souffrir à la cime de la Jungfrau, plus élevée de 16 à 1,700 mètres. Nul doute pour M. Lepileur sur l'aptitude de l'homme à vivre sans malaise dans l'air raréfié des sommités du globe, à une limite où des perturbations fonctionnelles sont la conséquence d'une transition rapide. Nouvelle preuve de la faculté d'acclimatation de notre espèce.

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