ARTICLE VI
DES HABITATIONS ET DE l'aIR CONFINÉ.
L'habitation privée délimite une masse d'air atmosphérique dont l'homme peut, suivant l'intérêt de son bien-être ou de sa conservation, modifier la température, l'hygrométrie, la composition chimique et le mouvement; il retranche de cette manière une partie du milieu général, pour l'accommoder à ses besoins, en l'isolant plus ou moins complètement des influences du dehors. Le plus souvent il constitue ce milieu particulier, en opposition avec les con" ditions générales du climat : dans les pays chauds, il se procure dans l'enceinte de ses pénates l'ombre, la fraîcheur et le souffle d'une ventilation artificielle ; dans les contrées du Nord, l'instinct et l'industrie lui enseignent les moyens de propager et d'entretenir dans l'étendue de sa demeure une chaleur favorable à la santé.
L'atmosphère domestique est à la famille ce que l'atmosphère d'une ville est à toute une population, ce que la lame d'air emprisonnéeenlre la surface tégumentaire et le vêtement est à l'individu : elle agit directement sur sa constitution. Que l'on réfléchisse que la sé(iuf slration nocturne de l'homme a une durée moyenne de huit heures sur vingt-quatre, qu'il passe sous le même toit le temps consacré aux repas et à dilférenls travaux ou distractions sédentaires; que, dans les conditions actuelles de son étatsocial, la femme y est retenue pendant la plus grande partie de la journée; que la seconde enfance et l'adolescence, vouées aux labeurs de l'éducation, subissent, durant de longues années, la réclusion des collèges,
O-^O IlYClliNE l'IlIVÉE,
des écoles et des ateliers, et l'on comprendra combien il est à la fois important et dillicile d'obtenir des données exactes sur la question de l'air confiné, d'établir des règles certaines pour la construction et l'économie intérieure des habitations qui en sont les réservoirs. Celles qui sont collectives appartiennent à l'hygiène publique; l'habitation privée, la seule dont nous avons à nous occuper ici, a sur elles cet avantage que les conditions (lu'elle doit remplir s'appliquent à un seul individu, au groupe d'une famille pour que l'unité d'origine et d'organisation sollicitent, en général, le même genre d'impressions et de soins hygiéniques.
Peut-être n'a-t-on pas assez rctiéchi sur les consériuences de la solidarité vivante qu'établit entre les membres d'une famille la cohabitation sous le même toit, et pai fois dans le même espace clos ; en nous exprimant ainsi, nous avons en vue, non les effets connus de la violation de l'air par l'encombrement, par le dégagement des gaz de combustion ou d'éclairage, etc., mais l'échange continu de toutes les influences dont se compose l'atmosphère propre de plusieurs individus issus du même sang, porteurs des mêmes prédispositions. Dans les climats rigoureux, et pendant l'hiver des zones tempérées, la vie de la famille se concentre dans un rayon très étroit; un grand nombre de |)rofessions nécessitent une relégation analogue; or donc, si plusieurs individus sont entachés d'une maladie acquise, ou d'une prédisposition héréditaire; si, par une idiosyncrasie collective, ils ont une sécrétion, une exhalation qui s'éloignent du type ordinaire, ne s'établira-t-il point, entre les parents sains et ceux qui ne le sont point, un commerce miasmatique? N'y a-t-il d'infection que celle qui se révèle à grands traits par des maladies répandues sur des localités, sur des populations entières, et chaque maison, chaque refuge où la famille se forme, grandit et meurt, ne peut-il avoir, si l'on peut ainsi dire, ses endémies particulières? Les maladies annuelles qui visitent les familles, les maladies surtout qui prennent chez elles droit de domicile, se confondent-ellespar leurs caractères et par leur marche? Sans doute elles relèvent du fond organique commun à chacune d'elles, de leur régime, de leur aisance, de leur éducation, etc. ; mais l'atmosphère domestique, cet halitus vital, (jui émane des corps organisés, joue un rôle dans leur production; suivant l'existence plus ou moins sédentaire et resserrée des familles, suivant la construction de leurs demeures, qui empècheou favorise la stagnation d'une masse d'air, la cohabitation met en conflit les atmosphères person-
ciRcuMFcsA. — DES Habitations et de l'air confiné. 621 nelles de ceux qui y participent; l'équilibre résulte d'une saturation réciproque qui renforce certaines prédispositions morbides chez ceux qui en sont atteints, et lesdéveioppe chez ceux qui jusqu'alors en étaient exempts.
L'habitation privée varie dans les différents climats; le degré de civilisation, le genre de vie, l'industrie propre à chaque contrée, l'existence nomade ou stable des familles, n'ont pas moins contribué à la diversifier. Les Shangallas, tribus nègres de l'Abyssinie, s'abritent dans des creux d'arbres et de rochers ; plus d'un pâtre corse n'a connu, comme ces peuplades misérables, d'autre retraite que les anfractuosités profondes des rochers où il allume pendant la nuit des feux que le voyageur voit briller épars dans les montagnes. Les Puris, au Brésil, suspendent à des troncs d'arbres, au moyen de lianes, leurs hamacs tressés avec l'écorce d'une espèce de cécropia, et protégés contre le vent par de larges feuilles de palmier (d'Orbigny); dans l'Australie, M. Dumont d'Urville a vu des huttes en fragments d'écorce assemblés au sommet en forme de ruches, recouvertes de terre et d'herbes marines qui les préservent entièrement de l'eau. A la Terre de Feu, les cabanes sont grossièrement construites au moyen de pieux fixés dans le sol, et d'un revêtement de feuillage et de foin ; elles n'ont qu'une ouverture qui sert à la fois de porte et de cheminée. D'après M. d'Orbigny, les huttes des Patagons se rapprochent des baraques de nos foires ; percées d'ouvertures suv un seul côté, elles sont distancées de six à douze pieds. Les Kamtschadales pratiquent dans la terre des excavations, sortes de terriers dans lesquels ils se réfugient contre l'excessive froidure de leur climat. Les habitants des îles Tonga construisent de vastes hangars; à Vanikoro, M. Dumont d'Urville en a vu qui ressemblent à nos granges ; ceux des Papous, bâtis sur pilotis, sont distribués en cellules dont chacune est occupée par un ménage; aux îles Hawaii, les cases, munies de fenêtres, ont des dimensions fort considérables, parfois soixante pieds de haut sur quarante de large (Dumont d'Urville) ; à Peiew, Wilson a trouvé des constructions en pierre de trois pieds d'élévation ; aux îles Marshall, l'habitation présente déjà la division verticale en deux étages. Il n'est pas nécessaire de chercher au loin des exemples d'habitations impartaites, mal conçues, mal réglées: l'Egypte nous montre le pauvre Fellah couché dans des huttes de terre pétrie avec de la paille, ayant à peine cinq pieds de haut et percées d'une ouverture unique ; une partie de la population de ce pays n'a aucune
demeure ; il en est de même dfs lazznroni de Naples ; celles des serfs de la Russie pourraient -elles leur inspirer quelque envie? Au sein môme de notre France, que de villages dont les liahitations semblent être celles d'une peuplade sauvage (1); si l'on est tenté d'appeler les grandes villes les tombeaux du genre humain, c'est en parcourant les quartiers où croupit l'indigence dans des maisons dépourvues d'air et de lumière, empoisonnées par le mépliitisnie des immondices, hideuses de délabrement et de vermine; nos cités les plus florissantes ont leurs cloaques, moins abordables que la tente de l'Arabe, plus immondes que la hutte enfumée du Polynésien. En général, l'habitation rudimentaire est latente, cet abri de la famille nomade qui l'emporte dans ses pérégrinations et la déploie aux heures où l'homme cherche à se défendre des impressions de l'air ambiant. La cabane est la première expression du besoin de stabilité; elle a commencé la série des édifications de plus en plus compliquées qui ont pour objet d'attacher l'homme à la terre, d'organiser sous une forme permanente et fixe la vie de la famille; elle a servi de noyau à la cristallisation sociale; autour d'elle se sont groupées d'autres constructions ; les besoins de la défense, l'imagination, le désir instinctif de bien-être, l'art naissant en ont transformé le type, et à mesure quela civilisation a multiplié les besoins et les goiàts, à mesure que le sentiment de la dignité individuelle s'est développé, l'habitation s'est élargie, élancée, compliquée dans sa structure interne, de manière à concilier l'intérêt de la vie collective avec l'aisance particulière de chaque membre de l'association domestique.
§ 1. — De la construction des habitations.
L'étude que nous avons faite précédemment de l'air, des eaux, du sol et des localités, nous dispense d'entrer ici dans aucun détail relativement au choix de l'emplacement pour une habitation. Quant aux matières à employer dans sa construction, elles doivent être solides et réfractaires à l'humidité; les premières assises des fondations exigent surtout ces deux conditions : elles doivent porter sur une surface incompressible; si on ne la rencontre point à une profondeur convenable, on bâtit sur pilotis ou sur des couches de maçonnerie encaissées, faites avec un Ciment qui se durcit sous la terre et
(1) Voyez Rapport, de M. Michel Lévy, sur les c'pidc'mics de 1850 (Mémoires de VAcadémie de médecine, t. XVII, p. *3).
CmCUMFUSA. — DES HABITATIONS ET DE l'aIR CONFINÉ. 623
à l'eau (ciment hydraulique) et qui forme une masse dure et non sujette à s'affaisser. Plusieurs quais de Paris reposent sur des fondations de ce genre. Les matériaux de construction les plus avantageux seraient ceux que l'expérience aurait démontrés à la fois les plus solides et les plus légers, mauvais conducteurs du calorique, nullement liygroscopiques, ni susceptibles de donner lieu à un dégagement de gaz délétères. Les substances propres aux travaux de maçonnerie abondent en France; les plus dures, les granits de Cherbourg, de la Bretagne, de l'Auvergne, du midi, etc., ne sont guère employées qu'aux bordures des trottoirs, aux piédestaux, aux bornes, aux dallages, aux soubassements, etc. Viennent ensuite les calcaires des teri-ains secondaires et des terrains tertiaires; les premiers difficiles à tailler à cause de leur dureté, mais conservant la vivacité de leurs arêtes et bien appropriés à une destination monumentale; les autres, moins durs, mais très solides néanmoins, très répandus et fournissant en abondance aux constructeurs les moellons et les pierres de taille. Parmi ces dernières, la meulière, par sa dureté et sa résistance, convient dans les endroits humides (égouls) ou exposés aux chocs (remparts). Le grès rouge qui existe dans les Vosges et qui a servi à édifier la cathédrale de Strasbourg est aussi une matière de bon choix ; les autres grès ont l'inconvénient d'être ou trop tendres ou trop durs. Dans le midi de la France, on se sert de la craie, qui y offre une assez grande dureté. Certaines pierres, très dures en apparence, ne résistent pas aux gelées et se fendent en tous sens, comme il arrive souvent pour le calcaire dur si abondant dans la vallée de la Seine (pierres géllves). Debonnes pierres qu'on a le tort d'employer immédiatement après leur extraction deviennent gélives; un intervalle de quelques semaines est nécessaire entre leur extraction et leur mise en œuvre. Les matériaux les moins secs doivent être appliqués dans les parties de l'habitation où le soleil et l'air ont le plus d'accès. Les pierres de taille et les moellons ne diffèrent que par leurs dimensions et le soin avec lequel sont taillés leurs parements ou surfaces apparentes. Il ne suffit pas de les bien choisir ; il faut les cimenter avec des mortiers de bonne qualité; la chaux et le sable qui composent ces mortiers seront choisis avec attention : la chaux doit être bien éteinte et former, après cette opération, une pâte solide, homogène ; elle ne sera mise en contact avec l'air qu'au moment de son mélange avec le sable qui lui-même aura été purifié de toute matière étrangère; le sable de rivière convieut mieux pour cette raison. Les
62/l HYGIÈNE PRIVÉE.
joints des constructions en pierres do taille, ayant très peu d'épaisseur, exigent un ciment préparé avec du saljle très fii» (sable 3, chaux 1). La chaux hydraulique peut seule être employée dans la construction des murs de quais, des piles et culées des ponts et de toutes les parties exposées aux inliltrations de liquides. M. Kulilmann a trouvé le moyen d'améliorer la nature de la pierre et de la préserver de l'humidité et du salpêtrage en l'arrosant et en l'imprégnant de silicate de potasse ; par ce procédé, la pierre tendre devient d'un aussi bon usage que la pierre dure (1).
Le plâtre récemment solidifié renferme les deux tiers de son poids d'eau; aussi est-il une cause d'humidité pour les murailles sur lesquelles il est appliqué par couches épaisses. A proximité du sol, lise nitrifie et relient beaucoup d'eau : il faut ici lui préférer la chaux et les divers citnents dont elle fait partie. Sous le nom de plâtre durci ou a1uné, on prépare depuis quelque temps une nouvelle substance plastique qui a le poli du marbre, mais qui résiste mal aux intempéries de l'air. On fait du stuc à la chaux en mêlant de la chaux éteinte qui provient de bonnes pierres de celte matière avec une certaine quantité de poudre de marbre blanc. Le stuc de plâtre se fait avec le plâtre provenant d'excellentes pierres de cette matière qu'on a préalablement cuites; au sortir du four, le plâtre est pulvérisé, tamisé, puis gâché avec de l'eau où l'on a fait dissoudre de la colleforte et quelquefois de l'ichthyocolle et delà gomme arabique. Ce stuc, susceptible d'un très beau poli et plus dur que le précédent, ne trouve comme lui son emploi que dans l'intérieur des maisons, car extérieurement il serait altéré par l'humidité et par les vicissitudes de l'atmosphère. Le béton de M. Coignet, composé de cailloutis, graviers, terre grasse et chaux, s'emploie comme le pisé au moyen d'encaissements ; les murs et les voûtes ainsi construites sont aussi solides que s'ils l'étaient en moellons, et coûtent beaucoup moins cher. Un autre béton du même inventeur, composé de cailloux, de sable, de terre cuite pilée, de cendre de houille et de chaux hydraulique, a la duretéde la pierre de taille et coûte huit fois moins.
Les briques mal cuites se délitent : bien travaillées et sèches, elles sont d'un excellent emploi, ainsi que le témoignent les vestiges de murs romains où on les a fait entrer. Elles valent mieux alors que les moellons recouverts d'une forte quantité de plâtre qui sont
(1) La siiicalisalion d'une façade quelconque ne coûte que \ franc SO centimes par mèlre superûciel.
CIRCUMFUSA. — DES HABITATIONS ET DK l'aIR CONFINÉ. 625
en usage dans les travaux de Paris, et qui gardent longtemps leur humidité. On a vu à l'Exposition industrielle de 1855 des briques creuses ou lubulaires qui, grâce à leurs vides, sont mieux cuites, plus légères et en même temps plus solides que les briques ordinaires; elles ne sont pas plus dispendieuses. Depuis longtemps, les constructeurs n'emploient plus pour les cheminées que les tuyaux de terre cuite inventés par un architecte, M. Gourlier. La terre ellemême, lors(|u'elle n'est ni trop grasse ni trop maigre, peut servir aux constructions ; la plus convenable à cet usage est la terre à briques. Le pisé (c'est le nom que l'on donne à ce mode de construction) est très employé dans le raidi de la France; la terre est passée à travers une claie qui retient les parties de la grosseur d'une noix ; humectée ensuite avec de l'eau et malaxée jusqu'à ce qu'elle conserve la forme imprimée par les mains, on la mélange et pétrit avec delà paille ou du foiu pour la préserver des fissures. Préparé avec soin et recouvert d'un enduit, le pisé acquiert avec le temps une grande solidité; il abrite contre l'humidité et ne livre point passage aux insectes, avantages qui, pour les constructions rurales, le rendent préférable au bois. Les bois bien desséchés peuvent seuls servir utilement à la confection des charpentes; préservés de l'humidité et disposés par piles, ils se conservent longtemps sans altération. Le procédé d injection appliqué récemment par un médecin aux arbres sur pied, pour augmenter la compacité et la durée de leur bois, profitera aux constructions particulières comme à celles de la marine, si les expériences instituées par le gouvernement en confirment les avantages. MM. B. Hutin et Bouligny ont proposé d'immerger les extrémités des pièces de bois dans un carbure d'hydrogène quelconque, l'huile de schiste, par exemple, qui le pénètre avec rapidité, d'y mettre le feu, et au moment où la flamme s'éteint, de plonger le bois à la hauteur de quelques centimètres dans uii mélange de poix noire, de goudron et de gomme laque; ce mélange est aspiré entre les fibres et forme à chaque extrémité du bois une sorte de cachet hermétique et relativement inaltérable; on goudronne ensuite le bois dans toute son étendue par les procédés ordinaires (1). M. Boucherie infiltre les bois avec du sulfate de cuivre et les préserve ainsi de la corruption; des traverses de diverses essences, bouleau, chêne, orme, préparées par ce procédé et enterrés pendant huit ans pour supporter les rails d'un chemin
(1) Annales de chimie et de physique, 3* série, t. XXIII. p. 3Sl. 3* ÉDIT. — i.
de fer ont été trouvées en 1855 aussi saines que si elles n'avaient pas servi, tandis que d'autres traverses non préparées et enterrées dans le même endroit tombaient en pourriture (1). L'emploi des niélaux dans la construction des maisons a pris une extension aussi considérable qu'avantageuse à leur salubrité et à leur durée; ils tendent à se substituer de plus en plus aux charpentes de bois. Les colonnettes de fonte supportant des poitrails de fer ou de bois remplacent les piles de pierre du rez-de-chaussée, augmentent l'espace disponible et laissent pénétrer plus d'air et de lumière dans les boutiques ; les planchers de fer sont moins épais que ceux de bois ; les Persiennes et les fermetures de tôle sont plus légères, ne jouent pas, sont incombustibles, etc.
Nous n'indiquons pas les éléments spéciaux qui entrent dans la structure des habitations suivant les climats et les lieux : à l'Islandais, sa masure de terre gazonnéeet protégée par des murs épais ; au naturel de l'Océanie, sa cabane dont les parois se composent de nattes mobiles et à claires-voies, qu'il enlève pendant les dix mois de saison chaude; nous considérons ici l'habitation dans son type le plus général, et telle surtout qu'elle se présente dans les régions civilisées, abstraction faite des modifications qu'elle doit subir en raison des localités.
Quelle contenance aura la maison qui s'élève? Les vastes édifices qui existent dans les grandes villes et qui contribuent à leur magnificence monumentale, ne peuvent rrcevoir un si grand nombre d'habitants que par la superposition d'étages nombreux et par une stricte parcimonie de l'espace : presque toujours les convenances de la salubrité sont alors sacrifiées à l'inlérêt de l'exploitation: point de paliers, des escaliers étroitement encaissés, des appartements d'une capacité insuffisante, un échange de méphitisme entre les fractions diverses de la population entassée depuis le niveau du sol jusqu'aux combles, telles sont les habitations où la grandeur apparente des proportions contraste avec l'exiguïté de la part faite à la santé. La maison est l'asile de la famille : elle ne doit héberger
(1) L'usage d'immerger les bois date de loin ; les premiers procédés, d'ailleurs inefficaces ou nuisibles, sont ceux de Recd (1740), de Jackson (1768), de Pallas (1779), de While (1798), etc. Voyez l'ouvrage de John Knowles, intitulé : Recherches sur les moyens employés dans la marine pour la conservation des bois et des vaisseaux. Paris, imprimerie royale, 1825, p. 20 ; — et Traité d'hygiène navale, par l^onssagrives. Paris, 1856, liv. I, chap. i.
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que ce groupe naturel d'existences liées entre elles par la communauté d'orijj;ine, d'instincts, d'aptitudes physiques et morales. Socrate voulait la maison petite ei pleine d'amis ; nous voulons que les besoins et les commodités de la famille soient la base naturelle de la détermination de ses dimensions et de sa distribution intérieure. On l'eutond ainsi en Angleterre, notamment à Londres, en Hollande, en Belgique et dans quelques autres pays; l'hygiène s'accorde ici avec le sentiment de la bienséance domestique et l'indépendance de la vie privée. L'orientation variera nécessairement, suivant les climats, les localités et la destination de la totalité ou des différentes parties d'un bâtiment ; ceux qui doivent servir d'habitation d'été regarderont le nord ; la même position convient aux celliers, aux greniers, aux bibliothèques ; les appartements d'hiver, les salles de bains, seront mieux placés au midi. Ce qui enlève à nos maisons le bénéfice des diverses expositions à volonté, c'est leur alignement au cordeau, sans solution de continuité: il faudrait que leurs quatre fiiçades fussent en contact avec l'air libre, en même temps que des cours spacieuses leur assureraient la jouissance de deux aspects opposés du ciel ; de cette manière la ventilation s'effectuerait avec la plus grande facilité, et le ménage se conformerait à l'exigence des saisons en parcourant dans les divers corps de logis le cercle annuel des expositions. Les cours ne sont vraiment salubres que lorsqu'elles ont une largeur et une longueur égales à la hauteur des bâtiments qui les dominent; un pavé à chaux et à ciment défendra leur sol contre l'humidité. Quand on ne peut leur accorder ces dimensions libérales, il est nécessaire d'abaisser un de leurs côtés au moins, et, s'il est possible, celui du midi, au niveau d'un simple rez-de-chaussée. A Paris, on ne fait des cours que pour administrer aux logements la lumière indispensable; un grand nombre ne présentent pas en surface le dixième de celle des bâtiments environnants (1). Les allées, les avenues larges, les avantcours qui ménagent entre la rue et les habitations un espace libre, contribuent puissament à leur salubrité. Lof rues peuvent être considérées comme des canaux aériens dans lesquels se déverse la méphitisme humain par toutes les ouvertures des habitations qui les bordent des deux côtés ; repousser sa demeure en arrière des lignes que décrivent les rues, Cfst l'éloigner du courant miasma-
(1) Uapport sur la salubrité des habilalions, par une commission composée de MM. A. Petit, A. Trébuctjet et Roliauli, rapporteur. Paris, 1832, io-s.
HYGIÈNK PIIIVÉE.
liqiie. Cet espace recevra une plantation d'arbres assez distancés pour ne pas nuire à la circulation de l'air, et pour ne pas devenir une cause d'Iiuinidilé : ils intercepteront les effluves de la rue, ils procureront en été une douce fraîclieur, et en récréant la vue, ils agiront favorablennent sur le moral. La hauteur des maisons se règh! sur la largeur des rues. Une loi de 1792, confirmalive de la déclaration de 1783, l'a fixée à cinquante-quatre pieds dans les rues de trente pieds de largeur, à quarante-cinq dans les rues moins larges. Cette proportion est mal calculée ; nous voyons à Paris un grand nombre de maisons dont les étages inférieurs ne sont jamais visités par les l'ayons solaires. L'humidité permanente des cours et des rez-de chaussée tient h la privation de l'influence solaire. Il convient ou d'élargir les rues ou d'abaisser les maisons : l'élévation de celles-ci et le diamètre transversal de celles-là doivent être égaux, si l'on veut que le soleil donne à midi sur les parties inférieures des édifices. Si la construction qui s'élève reste isolée sur ses quatre faces, on peut l'exhausser sans inconvénient. Dans les localités marécageuses, l'élévation des demeures permet d'éviter en partie le danger des émanations. En général, on leur donnera plus de hauteur dans les plaines que dans les pays de montagnes, au voisinage des eaux, que sur un terrain sec, etc.
Le rez-de-chaussée, construit au-dessus du niveau des rues, sur des voûtes qui circonscrivent des caves bien aérées, communiquera par de larges ouvertures avec la voie publique et avec des cours étendues. Il est à désirer que l'emploi de la chaux hydraulique jusqu'au premier étage, remphice celui du plâtre; la différence des prix est minime (1). Point d'entre-sol ; ceux que nous voyons à Paris sont pour la plupart trop bas, débordés sur la rue par t'avance des balcons, des corniches, des entablements des fenêtres supérieures; de là privation de lumière et d'air. Un escalier étroit les mei en rapport avec les magasins, de sorte qu'ils sont placés entre les effluves des ruisseaux et des égouts de la rue, et une atmosphère eiltérée par l'odeur des marchandises, des denrées, etc. Le nombre des étages une fois arrêté, distribuez par masses égales entre eux l'air que vous confinez entre les quatre murs fondamentaux ; sacrifier, comme on le fait, les étages supérieurs aux inférieurs, c'est infliger à leurs habitants des conditions très différentes de vie. La toiture ne reposera pas immédiatement sur les pièces
(1) Voyez Rapports généraux du Conseil desalubriié, etc. Paris, 18,S5, p. 190.
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d'iiabitalion les plus élevées; entre celles-ci et la couverture, un plafond doit liniiter une couche d'air, comme font les caves entre le sol et le rez-de-chaussée ; les châssis vitrés, les fenêtres à tabatière, ne préservent pas complètement des intempéries; les pièces qui présentent cette disposition sont glaciales en hiver et torrides en été. La toiture sera construite avec des ardoises ou des tuiles. L'industrie fournit aujourd'hui des tuiles en losange et rectangulaires qui ne pèsent plus par mètre que 60 kilogrammes au lieu de 90, poids des anciennes tuiles, et des dalles d'ardoise assez épaisses pour ne plus se rompre en débris sous les pieds des poseurs. Le toit de chaume sied mieux en poésie que dans la vie réelle; il est déplacé même sur les chaumières qu'il expose trop aux chances de l'incendie, quoiqu'il abrite contre les pluies et qu'il soit mauvais conducteur du calorique. La couverture de planches estla plus mauvaise ; les planches finissent toujours par se disjoindre et pourrir. On emploiera avec avantage les métaux peu oxydables à l'air, tels que le zinc, le plomb. Ce dernier peut céder aux eaux pluviales une certaine quantité d'oxyde qui compromet l'approvisionnement des citernes (BerthoUet, Deyeux, Vauquelin, M. Boutigny). La couverture de zinc, grâce à son faible poids, n'exige qu'une charpente légère, et se répare plus facilement que celle d'ardoise ou de tuile; mais les variations de température nuisent au zinc, M. Flachat a appliqué à la gare de l'Ouest, à Paris, une couverture de feuilles de tôle cannelées et courbées suivant un certain rayon; arrêtées aux extrémités, c'est-à-dire sur les murs, elles rendent la charpente du toit inutile. La forme n'est pas sans importance , les toitures très élevées et à pente très déclive, comme on en observe encore dans les vieilles villes, augmentent inutilement la hauteur des maisons, attirent l'électricité de l air, accélèrent la chute des eaux pluviales jusqu à ruplurer les tuyaux de conduite. Les toitures en terrasse plate exposent les appartements sous-jacents aux infiltrations d'eaux pluviales; elles s'échauffent en été, et laissent s'accumuler en hiver les neiges qui deviennent une cause de froidure et d'humidité; notre climat repousse ce mode de couronnement des habitations qui vient d'être appliqué fort mal à propos à Metz à une caserne du 'génie (1866). Le dôme, d'origine orientale, doit à la convexité de sa surface de rélléchir les rayons solaires, sous quelque angle d'incidence qu'il en soit atteint; aussi, dans les climats méridionaux, a-t-il l'avantage de préserver les combles d'un excès de chaleur. Nos maisons exigent
^•^^ HYGIKNE PIllVÉE.
uue ouvorture d'inclinaison moyenne, peu (élevée, faite d'une matière non poreuse, t.on hygrométrique, percée d'ouvertures pour lacirculanon de l'air, ne dépassant point les murs de façade afin de ne pas leur porter ombre; un paratonnerre les défendra contre les décharges électriques. Pour les règles de construction de cet appareil préservateur, nous renvoyons aux traités de physique.
Etant donnée une pièce d'habitation, il y a à considérer les muradles, le plancher, le plafond, les dimensions relatives à sa destination, les fenêtres et les portes, les escaliers qui y conduisent, etc. Que les murailles soient épaisses et sèches : quoi qu'on fasse, on obtient difficilement ce résultat; au niveau du sol, elles offrent'une humidité constante due à la capillarité, et à leur extrémité supérieure elles se laissent imprégner par les eaux météoriques; baignées par les brouillards, fouettées par la pluie, elles absorbent l'humidité de l'air ambiant. En déposant entre les assises de pierre, et de distance en distance, une lame de plomb, une couche de bitume ou de mastic hydrofuge, on s'opposera aux effets ascensionnels de la capillarité et aux effets déclives de l'infiltration pluviale. On complète ces mesures préservatives de l'humidité en donnant aux appartements des parois en menuiserie, séparées des murs par une couche d'air intermédiaire en ménageant dans la maçonnerie des espaces vides où l'air se renouvelle, en faisant serpenter dans l'épaisseur des murs des tuyaux calorifères, etc. Les boiseries, les armoires servent au même objet; mais la masse d'air qu'elles circonscrivent ne tarde pointa s'altérer, si elle n'est fréquemment rénovée. Même utilité des tentures, des papiers, dont on a coutume de tapisser les parois des appartements; mais elles exigent, pour se conserver, l'interposition de lamelles métalliques ou d'une couche d'air libre ; leur couleur influe sur l'éclairage des pièces, sur la sensibilité oculaire, sur les impressions morales. Là où la lumière afflue, ménagez à l'œil des tons doux et moelleux; corrigez par l'éclat du revêtement intérieur l'obscurité de certaines pièces; les peintures contrastées, les dessins embrouillés, les papillolages agacent les yeux disposés à l'iritis; une vue faible est offensée par la prodigalité des teintes rouges, pourprées. Qui n'a éprouvé ce qu'un appartement sombre, rembruni par une ornementation semi-lugubre, jette de tristesse dans les pensées de ses hôtes! Les papiers de tenture ont l'inconvénient de s'infecter de punaises; une solution concentrée de quatre grammes de sublimé, associée à la colle qui sert au collage du papier, est un moyen de
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destruction que la prudence ne permet pas de vulgariser; le lavage des murs avec la décoction d'absinthe et beaucoup d'autres agents procurent le même résultat. — On a essayé de faire concourir la peinture des murs à l'assainissement des habitations ; elle a l'avantage de s'opposer à l'imprégnation des murs par les matières organiques, d'assurer leur durée et de permettre les lavages. L'industrie de nos jours a proposé bien des enduits destinés à la faire adhérer; mais aucun n'a soutenu les éloges de son inventeur. Les peintures à l'huile se fendillent, se desquament, se détachent soulevées par les gouttelettes d'eau. Nous ne blâmons pas l'excès de précaution qui bannit de la composition des couleurs destinées aux murs, l'orpiment, le vermillon, le minium et le blanc de céruse (1) . Il est nécessaire de laver de temps à autre les chambres d'habitation peintes à l'huile, pour les débarrasser de la couche de matières organiques qui s'y déposent et s'y accumulent à la longue. Quant au lavage deS murs à la chaux, ce moyen est à peu près aussi efficace contre l'humidité que le lavage au chlorure de chaux contre l'infection miasmatique des salles d'hôpital: l'un et l'autre sont d'une routine illusoire.
Le meilleur plancher consiste dans un parquet fait de bois dur et ciré; les planchers de bois mou se défoncent, s'imbibent de toutes tes matières liquides qui coulent sur eux, retiennent longtemps l'humidité des lavages. Moins froids que le dallage, les briques et la pierre, les parquets cirés n'absorbent aucun liquide ni miasme; ils seront préservés de toute humidité au moyen d'une nappe d'air en circulation entre leur face inférieure et le sol ou la charpente ; ce courant d'air sera alimenté par un appel à la cheminée, ou par l'opposiliori d'ouvertures pratiquées aux murs; les tambours du parquet doivent reposer sur des points d'appui isolés ; on s'abstiendra de sceller en plâtre sur le remblai. Le plafond est préférable même à la forme voûtée du plancher supérieur, formfe d'une exécution assez difficile ; il présentera une surface unie, sans renfoncements ni saillies, Celte disposition qui caractérise d'anciennes constructions et que remet à la mode le goût renaissant des sculptures sur bois, n'est bonne qu'cà empêcher une aération complète et à retenir les miasmes qui adhèrent aux anfractuosités des plafonds à encoignures et à reliefs entrecroisés.
La capacité d'une chambre se proportionne au nombre d'indi-
(1) Plorry, Des hahUalions et de l'influence de leurs dispositions sur l'hofnme en santé et en maladie. Paris, 1838, p. 58. ^
BYGIÈNE PRIVÉE.
vidus qui 1 habitent, et à la durée moyenne du séjour qu'ils y font pendant les vingt-quatre heures de la révolution diurne. La pièce destinée aux enfants exige d'excellentes dimensions, à cause de activité respiratoire de cet âge; celle où nous restons le plus longtemps sans y établir d'aération active, est la chambre à coucher. La stagnation nocturne de l'homme dans une atmosphère conhnee mente la plus grande attention : le sommeil cesse d'être une précieuse réparation de nos forces, s'il est pris dans un air vicie. Nous entrerons plus bas dans le détail de celte question; contentons-nous d'insister ici sur la nécessité de dispenser largement a latamille le bienfait d'un air pur, et sur les multiples circonstances d installation, de vie commune, etc., qui contrarient l'ample satisfaction de cette règle. Le nombre, le diamètre et la disposition des ouvertures y peuvent aider beaucoup ; les portes et fenêtres sont les instruments de ventilation les plus naturels, les plus elficaces; elles mettent le marais aérien de la maison en conflit avec l'air extérieur dont les courants s'élancent au contraire à travers les appartements, se rompent suivant leur configuration et rejettent au loin le détritus gazeux de la famille. Pratiquées à l'opposite les unes des autres, les fenêtres occuperont les deux tiers de la largeur totale des murs; plus elles auront de hauteur, plus elles faciliteront la prompte rénovation de l'air; elles devront atteindre la corniche du plafond, afin que la couche d'air supérieure et les miasmes adhérents au plafond puissent être rapidement balayés; si elles laissent entre leur bord inférieur et le plancher un intervalle d'un mètre et demi, il faudra établir au niveau du parquet des ventouses munies d'opercules, et d'environ 15 à 20 centimètres carrés; ces ouvertures lanceront des courants d'air pur dans la partie la plus basse de l'appartement; leur utilité, constatée dans les hôpitaux, ne sera pas moins sentie dans les habitations privées ; mais il est désirable que les croisées ouvrent à 50 centimètres au plus au-dessus du plancher. Dans les chambres à coucher, les châssis des fenêtres devraient être divisés en deux parties dont la supérieure, plus petite et basculant par un cliquet, permettrait d'aérer de bonne heure sans inconvénient pour les personnes encore couchées. Si l'on ne peut établir deux rangs opposés de fenêtres, on aura soin de disposer la porte en face d'une croisée ou de la cheminée ; elle fermera exactement pour prévenir les courants d'air partiels ou vents coulis. Les portes doubles ou munies de tambours garantissent mieux contre le froid extérieur, mais elles sont
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un obstacle à la ventilation ; celles qui conduisent dans les cabinets de travail, dans les chambres à coucher, etc., doivent être percées de telle manière qu'elles ne lancent pas en s'ouvrant un courant d'air sur des personnes au lit ou dans la station presque immobile d'un travail sédentaire. La condition première des escaliers est celle de toutes les autres parties de l'édifice privé ; savoir : la largeur de l'espace et la facilité de l'aération. Dans les grandes villes, où le prix des loyers est trèsélevé, la cupidité des propriétaires réduit aux dimensions les plus exiguës la cage des escaliers ; aussi sont-ils le plus souvent privés de lumière, humides, mal aérés. Dans les maisons de peu de valeur, l'odeur des latrines s'y répand; l'infection est inévitable, quand des sources d'émanations fétides existent dans les parties inférieures, la cage de l'escalier faisant alors l'office d'un tuyau d'appel. Que l'escalier occupe donc un espace suffisant; que ses diverses sections soient séparées par d'amples paliers qui augmentent la capacité atmosphérique de sa cage, et servent de haltes dans le labeur de l'ascension ; qu'il représente un plan modérément incliné, que ses marches soient larges et peu élevées; plus il a de hauteur, moins il doit avoir de roideur et d'escarpement : l'action de monter gêne l'abaissement du diaphragme et détermine de l'anhélation chez la plupart des individus, même quand ils ne sont point faibles ni obèses ni affectés d'une lésion pulmonaire ou cardiaque. C'est donc un soulagement pour tout le monde que d'adoucir la pente des montées; celles qui se contournent en spirales autour d'un point central et dont la cage forme une tour, occasionnent le plus de fatigue, et chez beaucoup de personnes, une sensation de vertige. Les escaliers intérieurs qui établissent une communication directe entre deux appartements situés l'un au-dessus de l'autre, ont pour effet de hâter dans l'un et l'autre la violation de l'air, et de susciter alternativement, de haut en bas, ou de bas en haut, suivant la densité de l'air, un échange de méphitisme. Dans les maisons qui n'ont pas de jour, on arrive odinairement aux escaliers par une allée : celle-ci ne remplace que très imparfaitement le. moyen puissant de ventilation que fournit une cour spa-icieuse. Elle doit être dallée ou bituminée, car le pavage laisse des interstices qui favorisent l'infiltration des eaux ménagères; celles-ci doivent avoir un écoulement facile, et les gargouilles, bien couvertes, auront des ouvertures opposées au dehors du bâtiment, pou.- qu'il s'y établisse un courant d'air; au besoin, un tuyau d'évent, piqué sur la gargouille, monterait au-dessus des toits. Sans
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ces précautions, des exhnlaisoris malsaines se développent dans les ailées qui se Iranslorment, dans les maisons de mince aloi, en véritables cloaques par le dépôt des ordures, par la diirusion des eaux ménagères surdu pavé, ou des caniveaux mal joints; ouvertes, elles servent d'urinoir public aux passants; fermées, elles envoient' dans les appartements un air infect. Le dallage remédiera au mal, surtout si la maison est fermée par une porte à claire-voie qui laisse accès à l'air extérieur. En général, les portes d'entrée sont un élément essentiel du système général de ventilation que toute maison réclame : leur ouverture doit offrir de grandes dimensions ; les portes en grillage de fer conviennent mieux que les portes massives qui, par leur fermeture, interceptent la circulalion aérienne entre la maison et la voie publique.
Sous la dénomination d'annexés, nous comprenons les cuisines, le système d'écoulement des eaux ménagères, les puisards, les latrines, les écuries, étables, etc. La construction des cuisines est, en général, négligée : mal situées, mal éclairées, mal ventilées, elles deviennent un foyer d'ins ilubrité par la vapeur de charbon qui s'en dégage, par l'odeur des débris alimentaires, etc. D'Arcet a donné pour leur établissement un ensemble de règles dont l'autorité ferait sagement d'imposer l'exécution aux propriétaires. 11 faut éloigner les cuisines des appartements, surtout des chambres à coucher : leur proximité n'est pas seulement désagréable à cause des exhalaisons culinaires, mais elle a causé plus d'une asphyxie tant parmi les maitres que parmi les cuisiniers. Elles seront spacieuses, très élevées, dallées, fréquemment nettoyées, ventilées au niveau du plafond et près du plancher; les fourneaux seront placés sous une p hotte communiquant à celle du foyer principal , et dont l'ouverture soit calculée pour produire un courant d'air qui entraîne les émanations du charbon. On pourra laisser un certain espace entre le foyer elles fourneaux, mais à condition qu'ils soient clos, et que la vapeur du charbon soit appelée dans un tuyau répondant à la cheminée. Les pierres d'éviers sont souvent une cause d'infection : on y remédie en posant au-dessus de l'orifice une cloche à bords découpés, qui, plongeant dans une petite rainure remplie d'eau, ne s'oppose point au passage de ce liquide ; de temps en temps on soulève cette cloche pour déterger le tuyau. Dans un grand nombre de maisons, notamment dans les hôtels des grandes villes, comme Paris, les cuisines sont reléguées dans les caves. Pour recevoir cette destination, il faut que les étages souterrains soient d'une grande
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étendue, très secs et abondamment aérés; encore la réunion de ces conditions ne suffit-elle point pour préserver ceux qui y travaillent de rétiolement et de douleurs rhumatismales.
Dans les campagnes, les eaux ménagères qui ne contiennent plus assez de substance nutritive pour être données aux bestiaux, sont répandues hors des habitations, et vont alimenter des mares qui, réduites par 1 evaporation, exercent parfois la même influence que les marais. Dans nos maisons, le système d'écoulement de ces eaux se compose d'éviers intérieurs, répondant à des cuvettes placées au dehors au niveau de chaque étage et se continuant par des tuyaux qui descendent le long des murs de face dans la rue ou dans la cour. Les tuyaux s'engorgent de matières infectes dont l'odeur pénètre dans les habitations; on évite cet inconvénient à l'aide de siphons ou de couvercles hermétiques, et, à leur défaut, on interrompt la communication directe du tuyau principal et de l'évier intérieur, en disposant à l'extérieur des cuvettes intermédiaires, qui permettent à l'air d'entrer dans l'embranchement, sans parcourir toute la longueur du tuyau [Rapport cité). La cuiller, qu'on place sous le tuyau, doit être large, disposée de manière à prévenir la détérioration du pied du mur. De la cuiller les eaux se déversent sur le pavé ou dans des gargouilles de pierre; quand celles-ci sont faîtes pour la traversée des bùtimenls, les dalles qui les couvrent doivent être scellées à la pierre ; sans cette précaution, ou avec des gargouilles qui ont une simple couverture en planches, l'intérieur deS maisons est exposé à l'humidité, aux émanations malsaines. Il y a avantage pour la salubrité et économie pour le propriétaire à conduire les eaux pluviales dans les conduits' d'eaux ménagères, pour les laver. Leurs puisards sont destinés à recueillir et à débiter les eaux, quand leur écoulement n(! peut avoir lieu sur la voie publique; sans aucun inconvénient lorsqu'ils ne reçoivent que les eauX pluviales, ils acquièrent un haut degré d'insalubrité par l'addition des eaux ménagères ; celles-ci, en s'infiltrant dans le sol, vont corrompre l'eau des puits; elles laissent d'ailleurs sur les parois du puisard une vase qui en obstrue les pores; bientôt l'infiltration n'est plus possible; les liquides s'accumulent, fermentent et donnent lieu à un dégagement d'effluves putrides. Supprimer les pui* sards et rejeter les eaux ménagères loin des habitations, est une règle imjiortante d'hygiène domestique ; s'il y a nécessité de les conserver, il faut en fermer l'ouverture au moyen d'un siphon dans lequel l'eau qui s'écoule sert elle-même d'obturateur ; cette mesure
"*^" HYlilÈNI! l'HIVIÎE.
suffit Si le liquide S'infiltre dans les (erres ; dans le cas contraire ■ il ne reste d'autre remède que le curage périodique dos puisards' L'ordonnance de police du 20 juillet 1838 prescrit de construire les puisards en maçonnerie et de les lermer par une cuvette à siphon ; l'ouverture d'extraction, correspondante à une cheminée de 1 mètre 50 centimètres au plus de liauteur, doit avoir moins de 1 mètre en longueur sur 65 centimètres de largeur; quand cette ouverture correspond à une cheminée excédant 1 mètre 50 centimètres de hauteur, les dimensions des puisards seront augmentées et l'ouverture égalera les deux tiers de la hauteur de la cheminée. Aucun puisard, aucun puits d'absorption ne peut être établi sans une autorisation spéciale. Les eaux des puisards ne peuvent pas être écoulées dans les ruisseaux des rues; il est procédé à leur vidange comme à celle des fosses d'aisances.
La structure vicieuse des latrines est le fiéau d'un grand nombre d'habitations privées. On connaît le danger de leurs émanations ; les accidents qu'elles produisent ont été désignés sous le nom de plomb et de mitte. Celle-ci, due aux vapeurs ammoniacales, donne lieu à des picotements, à d'acres cuissons aux yeux, à l'inflammation du globe oculaire et de ses annexrs, à l'enchifrènement avec douleifrs dans le fond et autour des orbites, à la photophobie, souvent suivie d'une cécité de plusieurs jours : la guérison survient par le bénéfice d'une abondante sécrétion de larmes et de mucus nasal limpide; d'où la distinction que font les vidangeurs de la mitte en sèche et en humide ou grasse. Cette ophthalmie se répète sans porter atteinte à la vision; la myopie, l'amaurose, l'ophthalmie chronique et persistante sont rares'parmi les vidangeurs qui, avec le temps, finissent par accoutumer leurs yeux au contact des émanations ammoniacales. Les accidents de plomb sont de deux genres : dus à l'action d'une atmosphère presque entièrement privée d'oxygène, ils expriment les effets d'asphyxie produits par l'azote et par l'acide carbonique, car dans quelques fosses l'analyse chimique a démontré que l'air contenait 2 p. 100 d'oxygène , 9/i d'azole et k d'acide carbonique ; la gêne de la respiration et un affaiblissement progressif sont alors les symptômes que l'on observe et(|ui se dissipent par la simple exposition à i'air. Si le plomb est déterminé par la présence de l'acide sulfhydrique que l'analyse chimique a constalé dans les fosses aussi bien que le sulihydrate d'ammoniaque, les phénomènes sont ceux d'un véritable empoi.'^onnenient ; douleur vive à l'estomac et aux articulations, resserrement du posier, céphal-