I. — Conditions communes
Tous les édifices destinés à recevoir d’une manière permanente ou temporaire des réunions d’hommes plus ou moins considérables doivent être établis dans des espaces libres, à une grande distance des habitations privées, loin de foyers d’infection de toute espèce; leur place est généralement indiquée ou dans la pleine campagne ou dans la zone suburbaine, en dehors des quartiers populeux et du centre des villes. 11 faut ensuite déterminer leurs conditions d’aérage, de ventilation, de chaulfage et d’éclairage, de telle manière qu’il n’en résulte aucun détriment pour ceux qui y séjournent.
1“ Capacité cubique. Volume ou ration d’air. — Le général IMorin (2) a
(1) Reveillé-Parise, De l’assistance publique et médicale dans les campagnes. Paris,
(2) Général Morin, Manuel de ventilation et de chaulfage. Paris, 1868.
‘UBUOUE]
DES ÉDIFICES PUBLICS
jïé approximativement, comme il suit, le volume d’air ii extraire et à intro luire par heure et par individu dans divers édifices publics :
Mètres cubc.s.
Ateliers . . <
Casernes..]
f filiiiciuCS oruinuii uw •••••»»•••
Hôpitaux.. { Blesses ei lemmes en
Que l’on rapproche de ces chiffres-bases les allocations officielles suivantes :
Fantassin français en santé, casernes « . •
Cavalier français, casernes
Casernes anglaises, 1861 (1)
Militaire prussien, casernes. • •
. 1 Fiévreux, blessés .
Hôpitaux militaires lançais. Vénériens, galeux
Hôpitaux militaires anglais
Hôpitaux civils de Paris .
Hôpital Lariboisière à Paris
Cellules de la prison
Prison de Pentouville (Angleterre)
Prison de Philadelphie (États-Unis)
Mètres cubes.
La capacité cubique disponible pour chaque malade, dans les hôpitaux de ' Paris, est la suivante (2) : »
Mèti'cs cubes.
Paris. La Pitié
— Saint-Antoine
— Hôtel-Dieu
— Beaujon
— Clinique
— Bicètrc ' ‘ '
— La Charité
— Lariboisière
La moyenne générale de la capacité des salles de ces hôpitaux, en exceptant celui de Bicôtre, est donc de par lit. D’après Husson, les hôpitaux
généraux donnentZi2'>' -,908 par lit, et les hôpitaux spéciaux 33'--, /8o.
(1) John Sutherland, W. H. Burrcll et Douglas Galton, Enquête sur les Mpitnux et
les casernes, 1861 . i
(2) Léon Le Fort, Note sur quelques points rie l'Ihjgiène hospitalière en France et en
Angleterre.
47G DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.
Dans les hôpitaux anglais, le nombre de mètres cubes moyenne pour chaque lit :
[H'ÏGIÉ^':^
d’espace serait ei-
Dénomiiintion des hôpitaux.
Espace cubique par lit.
Déiiomination des hôpitaux.
Espace eubiquJ par lit. 1
Briffhton ne
Bristol
NoUingham
Glascow
Westminster qn’no
University-College . .
Middlesex
Leeds sn nn
Edinburch qn nn
AVinchester
Manchester
Saint-George 35 28
Warwick
Saint-Bartholomeus 38 56
so’go
Saint-Marq’s A2 00
Newcastle-on-Tym A3’68
Saint-Thomas 47 60
Guy’s hospital 36,40 à 56^00
Royal Free hospital 45,30 à 67,93
King’s College (1) 50,65 à 57,90
Finalement, le cube d’air par malade est, dans les hôpitaux de Londres, de 42 environ, et dans ceux de Paris il dépasse 43 (rapport de Blondel et Ser); on n’a pu déterminer la limite inférieure dans les hôpitaux anglais;, la limite supérieure s’arrête à 70 mètres cubes; dans ceux de Paris, le mi-nimum descend à 13 mètres cubes et le maximum monte à 90.
Nous empruntons à Ilusson les renseignements suivants sur les dimensions, cubiques des salles d’autres hôpitaux étrangers :
Hôpital de Wieden à Vienne
— de Béthanie à Berlin . \ •
I grandes salles
— de la Charité à Berlin
— du Saint-Esprit à Francfort
Saint-Jean à Bruxelles
— de la Princesse à Madrid
de Saint-Louis à Turin ....
Grand hôpital de Milan
Hôpital de Santa-Maria nuova à Florence. . . . ,
Mètres cubes poi- malade.
2“ Qualités de l’air. — Ces qualités dépendent du milieu général, de 1: destination des bâtimenis habités, des produits qui s’y dégagent de la respira lion des hommes réunis, des combustions nécessitées par l’éclairage et h clmillage, de l’action même que les appareils exercent sur l’air expiré ou in su e. Releguez vos hôpitaux, vos hospices, vos lycées, vos séminaires, vos casernes dans la zone extérieure des villes, loin des populations agglomérées ou kilométrés au moins des usines et des fabriques, sur de vastes espaces libres et vous les doterez d’une salubrité ambiante qui leur manquera Ota emeiu dans le labyrinthe intérieur des vieilles cités. A quoi bon élever de hautes tours pour puiser sur des points élevés l’air destiné îi circuler par appel pai pulsion dans les salles de ces édifices, si les cheminées encore plus éle-
(I) A. Morin, Étude sur ht vcnlUulion, 1863, t. I, p. 93.
publique] DKS édifices PUDLICS. hll
vécs d’un nombre toujours croissant d’établissements insalubres, si les tuyaiiv d’évent s’ouvrant sur la voûte des fosses d’aisances épanchent leur méphitisme dans les couches de l’atmosphère qui rasent les toitures des maisons. Sous ces gaz infects, ces détritus aériens ne sont pas exactement balayés par les vents ; aux heures, aux jours de calme atmosphérique, coïncidant avec le maximum de chaleur estivale, ils flottent, ils retombent dans la région où vous avez établi vos prises d’air pour l’alimentation de vos appareils ventilateurs ; parfois les courants atmosphériques dépriment, infléchissent le flot des émanations et des fumées inutilement portées à de grandes hauteurs, et, disons-le par anticipation, les deux systèmes rivaux de ventilation par appel et par insufflation ont également à compter avec ces causes de viciation de l’air. Il en est d’autres qui concourent à nécessiter l’extraction régulière et suffisante de l’air usé et contaminé, outre celles qui sont communes aux demeures privées et collectives (voy. t. I, p. 575 et suiv.); ajoutons ici que dans les habitations publiques elles ont pour coefficient l’effectif des hommes ou des malades réunis dans les mêmes enceintes, dans les mêmes corps de logis. C’est là surtout qu’il ne suffit pas, pour la détermination de la ration d’air, de calculer la quantité nécessaire pour maintenir en de certaines proportions la vapeur d’eau et l’acide carbonique; le problème de l’aération se complique ici de la production abondante des matières organiques volatiles, fournies par la respiration des habitants de chaque local. Les nouvelles recherches auxquelles J. Lemaire les a soumises méritent toute l’attention des hygiénistes (1) : elles ont été faites dans une chambre de caserne occupée par 20 militaires, où le thermomètre centigrade marquait 18 degrés centigrades, dont l’atmosphère avait une odeur trèsdésagréable. A l’aide de son appareil réfrigérant, il condensa environ 6 grammes de vapeur d’eau qui, deux heures après, examinée au microscope, lui présenta, outre les grains de poussière et de rares débris organiques, un nombre considérable de petits corps diaphanes sphériques cylindriques, c’est-à-dire des microphytes et des microzoaires en voie de développement; quatre heures plus tard, ces corpuscules avaient encore augmenté de nombre; on y reconnaissait des IJacterium termo et punctum^ des vibrions-baguettes, des monades ovoïdes échancrées (Ehrenberg). De la vapeur d’eau condensée, provenant de l’air extérieur, ne laisse voir que des corps sphériques ovoïdes en très-petite quantité. Après un nouveau laps de vingt-quatre heures, on ne trouva plus ni spores, ni bactéries, ni vibrions, ni monades. Lemaire a retrouvé ces productions en abondance dans les dépôts do la cavité buccale et dans les couches crasseuses de la peau. On pressent l'intérêt qui s’attache à ces investigations dans les hôpitaux, suivant les catégories de malades; l’air expiré, l’air ambiant des phthisiques, des ophthalmiques, des purulents, des cholériques, etc., examiné avec suite et précision, promet une nouvelle source d’information étiologique. La poussière recueillie par grattage dans des salles d’hôpitaux a fourni 30 et
(1) J. Lemaire, Comptes rendus de l’ Académie des sciences, 1867, p. 492 et 640.
478 DES MODIFlCATEimS. — CIRCUMFÜSA. [hygiène
ZiO pour 100 de matières organiques ; Hammond, Gavarret, ont rendu malades les animaux auxquels ils faisaient respirer de l’air confiné et débarrassé d’un excès d’acide carbonique.
Le meilleur agent de destruction de ces productions organiques et de ces miasmes est, dit-on, l’air ozonisé. Gallard (1), pour cet effet, préfère 20 mètres cubes d’air ozonisé à 100 mètres cubes d’air privé d’ozone, et il croit avoir constaté que l’air, chauffé dans de longs canaux, perd son ozone, tandis que Saint-Pierre (2) a vérifié expérimentalement qu’il est ozoni.sé par l’action mécanique que les machines souffiantes et les ventilateurs exercent sur lui. Hans ces expériences, on agit sur de l’air plus ou moins humide, et le général ifforin admet que la vaporisation de la poussière d’eau traversée par l’air affluent détermine, comme celle de la rosée ou de la pluie des orages, le développement d’une certaine quantité d’électricité qui communique à cet air une vertu de salubrité spéciale en y produisant de l’oxygène actif ou ozone. — Dès 1862, Ch. Delahousse (3) avait proposé de dégager artificiellement de l’ozone dans les salles de malades pour y détruire les miasmes, par le procédé de Leroux ; il consiste à prendre un fil de platine en forme de spirale et à circonférence de pas très-rapproché, à le placer au-dessus d’un entonnoir renversé et à le rendre incandescent au moyen d’un simple élément de Bunsen. On ne tarde pas à sentir au-dessus de l’entonnoir qui concentre l’air échauffé pour le répandre ensuite dans la salle, l’odeur caractéristique de l'ozone confirmée parla réaction du papier de Schœnbein.
3“ Température, chauffage. — Le problème physiologique du chauffage n’est résolu que par les cheminées à foyers découverts, c’est-à-dire par la chaleur rayonnée, lumineuse. Autre chose, dit avec raison Gallard (à), et je l’ai dit avant lui, est de recevoir la chaleur par l’intermède de l’air qui sort de canaux chauffés, qui se dégage d’un poêle, la chaleur obscure, ou d’uu foyer incandescent qui exerce sur l’organisme un peu de cette influence pénétrante et plastique qui est le propre de la radiation solaire. Si la vue du feu nous est réjouissante, c’est qu’instinctivement nous sentons qu’elle nous est favorable (voy. t. I, p. 3ü6). Nous avons parlé {ihicL, p. 61/i) de l’anémie des habitants sédentaires des hôtels chauffés par les calorifères; on l’observe dans toutes les classes sociales dans les pays où les poêles de fa'ience, de tôle, etc. , sont les appareils de chauffage les plus généralement usités. De nouvelles recherches sont à faire sur la composition et les propriétés de l’air circulant dans une longue série de tuyaux obscurs, surchaulfés; à coup sûr, ce n’est plus de l’air normal; aussi, quand le général Morin (5), pour régler la température de
(1) Gallard, A/inales d’hjgiène et de tnédecine légale. Juillet 1868.
(2) Saint-Pierre, agrégé à la Faculté de Montpellier, àa\\% Montpellier médical, 186é, t. Xll, Sur la production d'oxggène ozonisé par l’action mécanique, etc.
(3) Ch. Delahousse, Ozonisatio/i artificielle. — Gazette des hôpitaux, 1862.
(é) Gallard, Procédés de chauffage et de ventil. [Atmales d’hyg., etc. Juillet 1868).
(5) Général Morin, Manuel de ventilation, p. 39.
DES ÉDIFICES PUBLICS
publique]
l’air aflliicnt, conseille de recevoir l’air chaud fourni par les appareils de chaulfage dans une chambre de mélange où arrivera aussi l’air froid, avant de le faire passer dans les conduits de distribution, il formule une règle plus utile encore à la salubrité qu’au chaulfage des habitations.
Il est d’observation que dans les locaux très- activement ventilés et à renouvellement continu de l’air, nous supportons sans incommodité des températures qui nous paraîtraient excessives dans une atmosphère confinée. Le général Morin estime toutefois que les températures intérieures ne doivent pas, en temps ordinaire, dépasser les fixations suivantes :
Crèches, salles d’asile, écoles 15°
Hôpitaux 16 à 18“
Ateliers, casernes, prisons 15“
Salles de spectacle, amphithéâtres ^ 9qo
Salles d’assemblées prolongées |
Nous augmenterions volontiers de 2 degrés le taux thermométrique dans les crèches, et nous le diminuerions d’autant dans la dernière catégorie de locaux. L’air neuf à introduire doit avoir à peu près la température que l’on désire maintenir dans le local une fois échauffé au degré convenable. On tiendra compte de l’étendue des surfaces vitrées qui accélèrent la déperdition du calorique, du nombre de personnes à réunir, et d’appareils d’éclairage, etc. Suivant ces conditions, l’air affiuent pourra être porté à 30 et 35 degrés, ou abaissé d’un ou 2 degrés au-dessous de la température de l’air intérieur.
Rafraîchir l’air des habitations collectives en été, au moins par les jours de chaleurs tropicales qui se répètent presque tous les ans, serait un bienfait presque égal au chauffage en hiver; les procédés ne manquent pas; Péclet en indique quatre : 1“ comprimer l’air mécaniquement et le dilater au moment de son introduction dans les locaux; 2“ le faire passer sur des surfaces humides en évaporation; 3“ le faire passer par des conduits soumis à une réfrigération artificielle (glace, etc.); !x° l’amener par un circuit souterrain, à température h peu près constante. Morin propose de rafraîchir l’air extérieur destiné à la ventilation en le faisant passer, avant son introduction dans les canaux, à travers un jet d’eau pulvérisé; on obtient de cette manière un abaissement de 2 degrés; mais il faut disposer d’un volume d’eau considérable et d’une certaine puissance motrice. Même effet, si l’air circule en contact avec des parois d’enveloppes ou de réservoirs métalliques contenant de l’eau courante plus ou moins froide. L’arrosage des toits, imitation des effets naturels de la pluie, s’il est continué tant que dure l’irradiation solaire, peut rafraîchir sensiblement l’atmosphère des combles; le général Morin a calculé que l'" '’',320 d’eau par heure suffit pour mouiller 100 mètres de toiture et les préserver de réchauffement produit par les rayons solaires. Énoncer ces moyens, c’est indiquer les difficultés de leur emploi. Le plus pratique, suivant nous, est celui que le général Morin a appliqué dans le cabinet de la direction du Conservatoire : il con-
^jgQ DKS MODIFICATEURS. — CIRCÜMFUSA. [hygiè.ne
sistc à V renouveler l’air deux fois par heure au moyen d’un tirage exercé sur l’air d’une cave salubre par un bec à gaz allumé dans la cheminée ; on obtient ainsi un abaissement de température de 4 degrés comparativement à l’air extérieur et à l’ombre.
/!.“ Ventilation naturelle ou spontanée. — Elle résulte de l’ouverture accidentelle ou réglée des portes et des fenêtres, de l’ouverture permanente des cheminées, etc.; elle s’exerce par les courants d’air qui se produisent par le seul effet des inégalités de température entre l’air extérieur et l’air intérieur des habitations. Ces différences de température, dues à l’irradiation solaire, au chauffage, à l’éclairage, au calorique émis par l’homme et par les animaux, déterminent des variations d’élasticité et de densité atmosphérique, et, par suite, un renouvellement partiel ou total de l’air intérieur, renouvellement qui suffit, dans certaines conditions, à la salubrité des locaux. Il convient ici de distinguer les enceintes où le séjour est permanent ou dépasse au moins la durée d’un jour (cellules des prisons, salles d’hôpital), et celles où le séjour est très-limité et ne dépasse pas la durée d’une nuit (casernes, dortoirs des collèges, etc.).
Dans les unes et les autres, la ventilation naturelle est mal pratiquée en France, même dans les hôpitaux militaires ; combien j’ai eu à lutter pour obtenir, même dans la saison favorable, l’ouverture régulière et prolongée des fenêtres ! Infirmiers, sœurs, malades, y répugnent ; le confinement est dans leurs habitudes, et les médecins ne prennent pas la peine de veiller à la pratique de l’aération. Et pourtant, quelles masses d’air pur se déversent dans les salles parles fenêtres ouvertes à l’opposite ou en diagonale, sans foyer d’aspiration, sans mécanisme insuffisant; mais l’automne, l’hiver, en toute saison, la nuit apporte leur obstacle à cette salutaire pratique, et les enceintes continuellement habitées exigent impérieusement que l’on ait recours à la ventilation artificielle; il est à peu près impossible de leur donner une capacité telle qu’il soit possible de se passer des moyens ventilateurs. La capacité, dit judicieusement Félix Leblanc (1), ne fera que retarder le moment où la ventilation deviendra nécessaire. Pour les enceintes qui ne sont habitées que durant une partie de la période nychthémère, la capacité doit être prise en considération ; car, augmentée convenablement, elle dispense d’une ventilation artificielle, c’est-à-dire régulière et continue, et un léger abaissement dans la ration individuelle d’air entraîne moins d’inconvénients, puisque le retour des hommes à l’air libre peut atténuer ou compenser les effets nuisibles d’une réclusion passagère. Au reste, même alors qu’elles ne sont pas habitées continuellement, les enceintes doivent être distinguées suivant que leurs portes et fenêtres ferment bien ou mal et qu’elles sont dépourvues ou munies de cheminées, qui concourent utilement à la ventilation naturelle, en l’absence d’un foyer de combus-
(1) Félix Leblanc a bien voulu nous communiquer un travail manuscrit d’un grand intérêt sur quelques points relatifs à la ventilation (1845).
DES ÉDIFICES PUBLICS
i>ubuqüe]
liSl
lion et à 1<t faveur d’une différence suffisante entre la température du dehors et celle des locaux. Dans le premier cas, malgré la durée limitée du séjour, ce ne sera pas troj) de 30 mètres cubes d’air par heure et par jiersonne ; même avec cette capacité, l’air de l’enceinte sera souvent amené à une proportion d’acide carbonique supérieure à celle qui existe dans l’air à l’étal normal. Dans le second cas, grâce h l’appel d’une cheminée, le renouvellement de l’air est assez actif par les jointures. L’air d’iine chambre à coucher I d’une capacité de 18 mètres cubes et occupée par deux personnes a fourni à
[ Félix Leblanc, au bout d’une nuit, les mêmes résultats que l’air normal; on y
avait entretenu pendant la nuit le feu de la cheminée. Il était important de calculer le renouvellement qui s’opère par les fissures et par les entrées et les sorties qui ont lieu pendant la nuit dans les enceintes habitées par un certain nombre de personnes. Ce problème n’était abordable qu’à l’aide de l’analyse chimique, et Félix Leblanc l’a résolu en couchant lui-même dans des chambres de caserne dont il recueillait l’air au matin après l’avoir ramené la veille, par ventilation, au degré de pureté de l’air normal. Il a trouvé ainsi que, pour une chambre occupée pendant dix heures et demie par vingt-cinq hommes, l’effef de l’aération accidentelle avait réduit la proportion d’acide carbonique au tiers de ce qu’elle aurait été dans l’hypothèse d’un défaut absolu de renouvellement d’air ; il y avait eu pendant la nuit douze sorties et autant de rentrées ; et le volume d’air, qui, en raison de la capacité du local, était de 13”"^, 6 par homme, avait été porté à 37,8 par suite de cette ventila- ’auii accidentelle. Il en a été ij peu près de même dans d’autres expériences ;!e ce genre, et l’on en doit conclure que, dans les enceintes imparfaitement closes ou dans lesquelles se fait pendant la nuit un certain mouvement d’entrées et de sorties, le renouvellement accidentel de l’air acquiert une valeur plus forte qu’on n’aurait pensé à priori : mais, en bonne hygiène, il faut peu compter sur de semblables ressources de ventilation, qui d’ailleurs ne sont ni sans inconvénient ni môme sans danger.
De simples ventouses, suffisamment multipliées, aident h compenser d’une manière efficace le défaut de capacité des chambres. En les mettant en relation avec des cheminées qui régnent sur toute la hauteur des bâtiments, on réalise des effets ventilateurs assez énergiques, en vertu de faibles excès de température de l’air de la cheminée sur celle de l’air extérieur. Les ventouses sont surtout utiles en été, pourvu qu’il n’y ait point équilibre de température entre l’air extérieur et l’air intérieur. Félix Leblanc a précisé par des expériences anémomélriques la valeur de deux ventouses établies dans la caserne de Lisieux, rue des Carmes, à Paris, en jaugeant le courant d’air auquel elles donnent passage :
1'® ventouse 12™, 00 O'"- 'i-, 0470 chambrée à 54 hommes.
2« ventouse 14'", 50 O*"- ‘i ^OO chambrée à 21 hommes.
La ventouse n“ 1 a fourni 2 mètres cubes d’air de ventilation par heure et par M. LÉVY. Hygiène, 5' Édit. ii. — 31
^82 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA. [hygiène
homme, cl la venlousc ii" 2, 7 mètres cubes par heure et par homme; l’excès de température n’étant que 2 degrés centigrades. L’ouverture ou la clôture des croisées influe sur la vitesse de l’écoulement de l’air ; Leblanc a trouvé le 12 mars 18ôô :
Croisées fermées 2”, Cl 190'"- '■■,1
Croisées ouvertes 3“,08 221“'- <^',70
11 ne faudrait pas trop compter sur l’efficacité de la ventilation naturelle; comme celle que l’on produit artificiellement, elle a pour principe et condition une dilîérence de température entre l’air extérieur et celui des cheminées d’évacuation ; plus cette différence décroît, plus la circulation de l’air perd de sa vitesse. En hiver, le renouvellement de l’air s’opère dans une proportion suffisante, grâce au chauffage qui porte en moyenne à 16 degrés la température des locaux habités; il n’en est plus de même dans les saisons transitoires et en été, l’ouverture permanente des fenêtres n’étant pas toujours possible, surtout la nuit. Il arrive aussi fréquemment que le mouvement de l’air se renverse et que les conduits, destinés à évacuer l’air vicié, n’étant plus assez chauffés, donnent passage à l’air du dehors, malgré les différences de hauteur des orifices d’entrée et de sortie. Les études pratiques sur l’aérage des mines dont les galeries anfractueuses, d’une longueur parfois considérable, présentent tant d’obstacles à la circulation de l’air, celles des constructeurs sur les dispositifs de ventilation dans les plus grands établissements, établissent, d’après A. Morin, que la vitesse efficace pour l’extraction de l’air vicié et son remplacement par de l’air neuf exige une différence de température de 20 à 25 degrés entre l’air extérieur et les cheminées d’évacuation ; dans les théâtres, elle doit s’élever à 36 degrés, à AO degrés à cause de la multiplicité des conduits.
D’où la nécessité d’un appel, d’une aspiration dont l’agent ne peut être qu’un foyer de combustion.
5" Ventilation par appel. — Ce mode de ventilation se rapproche le plus de la ventilation naturelle; il s’opère dans les mêmes conditions que les courants atmosphériques, à la faveur des inégalités de température entre l’air extérieur et celui des habitations. L’idée des cheminées d’appel a été proposée par Percy (1) et fécondée par d’habiles applications de Darcet. Le général Morin l’a développée sous une forme nouvelle en proposant d’appliquer à la ventilation la chaleur fournie par les appareils d’éclairage. Dans les nombreuses expériences qu’il a faites sur les divers systèmes de ventilation mécanique, il a démontré que le maximum d’effets utiles procède de l’aspiration ; ainsi, dans les pavillons de l’hôpital Lariboisière où fonctionnent des machines insufflantes, le volume d’air évacué par la cheminée qui entraîne l’air vicié est dû, pendant l’hiver, pour les 0,85, à l’aspiration produite par l’échauf-
(1) Dicliommive des ••sciences médicales ^ l. LYII. 1821. Article VentiLiVTION.
DES ÉDIFICES PUBLICS
publique]
fonient de l’air qui arrive dans les salles à travers les poêles, et le ventilateur n’y contribue que pour les 0,15; pour l’aflluence de l’air nouveau parles poêles, l’aspiration produit environ les 0,625, et le ventilateur les 0,375 du volume admis. Aussi le général Morin fait-il remarquer que par des dispositions plus favorables aux elfets de l’aspiration, on pourrait augmenter notablement ceux-ci et se passer de l’usage des appareils mécaniques. L’ensemble de ses recherches le conduit h cette conclusion importante : « L’action seule de la chaleur convenablement employée suffit pour produire une ventilation énergique, stable et régulière, et l’emploi des ventilateurs insufllants est inutile, quand les circonstances locales permettent d’utiliser l’action de la chaleur. » L’appel le plus commode, le plus rapide, le plus facile à modérer ou à suspendre est celui qu’on établit dans les cheminées en y introduisant un tuyau de fer ou de cuivre muni de quelques becs à gaz. Dans une cheminée d’appartement ordinaire ayant un tuyau de poterie de 0”’,30 de côté et d’environ 20 mètres de hauteur totale, le général Morin (1) a constaté que l’on évacue, par mètre cube de gaz brûlé, des quantités d’air d’autant plus grandes que l’on brûle moins de gaz, ou que la température dans la cheminée est moindre, et suivant à peu près la proportion décroissante que voici :
Volume de gaz consommé par heure, m.c.
Volume d’air évacué par heure de la cheminée, et par mètre cubo de gaz hrélé.
Avec ces chiffres approximatifs, on peut déterminer le nombre de becs à gaz brûlant 100 litres à l’heure qu’il sera nécessaire d’employer pour assurer le renouvellement de l’air dans un local à un taux fixe par heure.
Tendant Tété et pour des réunions accidentelles, rien de plus expédient que cette transformation des cheminées en appareils de ventilation; le tuyau qui amène le gaz dans leur intérieur se démonte et se ferme aisément par un bouchon à vis de cuivre. Nous avons montré plus haut le parti qu’on en peut tirer pour rafraîchir Tair en été, en le faisant affluer de caves salubres. Les cheminées peuvent être suppléées par des conduits ménagés dans les trumeaux des murs de face ou dans les murs de refend, où des becs de gaz allumés déterminent un tirage énergique. Ce moyen est employé avec succès par le professeur Coulier à l’amphithéâtre de chimie du Val-de-Grâce. Aujourd’hui que le gaz sert à l’éclairage des escaliers, |)aliers et corridors, cuisines, latrines, écuries, surtout dans les édifices publics, il est aisé de répartir convenable-
(1) Morin, Manuel pratique du chauf[age et de la veniilalion. 1868, p. 48.
(2) Rapport sur le chuulJ'age cl la ventilation du Théâtre-Lyrique, etc. Paris, 1861* page 68.
48/1 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
nient un certain nombre de becs dans une clicminée d’appel de hauteur suflisanle; l’eUet de ventilation (|u’ou obtient de cette manière peut, d’après le général Morin, s’élever de 1000 à 1200 mètres d’air par heure et par mètre cube de gaz brûlé. On trouvera, dans \q Manuel de chauffage et de ventilation de cet illustre maître, l’indication de procédés d’assainissement fondés sur l’emploi de ce moyen pour divers locaux tels que latrines, cuisines, écuries, etc.
6“ Ventilation et chauffage combinés. — La ventilation continue et régulière, c’est-à-dire établie à l’aide de machines ou d’appareils qui assurent en même temps et régularisent le chauffage, est désormais la condition fondamentale de la salubrité des habitations publiques. Le rationnement de l’espace a été un premier progrès; mais il est bien démontré que, dans les locaux toujours habités, il est impossible d’allouer à chaque homme sain et malade le cube d’air vital autrement que par une ventilation factice : à la détermination de la capacité des salles il faut donc substituer la base plus exacte de la fixation du volume d’air à fournir à chaque individu. Chose digne de remarque, dit Grassi (1) dans l’histoire de cette question : c’est un intérêt de lucre et d’industrie qui a provoqué le premier emploi de la ventilation; elle a été appliquée d’abord dans les magnaneries; puis, à Londres comme b Paris, aux palais des deux chambres du parlement, ensuite aux théâtres et aux prisons. Les honnêtes gens malades n’ont leur tour qu’après les détenus.
L’Angleterre nous a précédés dans ces applications : dès 178A, l’hôpital de Derby était ventilé par "Whitehurst (2) ; elles ne datent en France que de ce siècle, et l’initiative en appartient à Darcet, à Péclet, à Combes, qui a tant fait pour l’aérage des mines, et qui a fourni, par l’invention de son anémomètre, le moyen d'étudier la ventilation avec une précision tout à fait scientifique. Le général Worin, Chevreul, Boussingault, Dumas, F. Leblanc, ont aussi contribué b ces progrès ; le premier a multiplié les expériences, les comparaisons, et formulé, par la discussion approfondie de tous les éléments de chaque système, sa valeur pratique et ses applications.
L’établissement d’un système quelconque de ventilation forcée suppose la connaissance exacte de la vitesse du renouvellement atmosphérique qu’il procure, la détermination de la ration d’air nécessaire à chaque individu placé dans les espaces à ventiler, le degré d’humidité de cet air. Péclet se contente de 6 b lü mètres cubes par heure pour les classes d’une école d’enfants de six b dix ans; Tardieu de 20 mètres cubes pour les cellules des prisons, pour les chambres des casernes. On a exigé AO mètres cubes par heure et par malade dans le nouvel Hôtel-Dieu de Paris, 60 mètres cubes dans les salles de l’hôpital Nccker ; il y avait déjà, en 1861, des hôpitaux ventilés à raison de 70 mètres
(1) Grassi, Chauffage et ventilation des hôpitaux, thèse de Paris, 6 juin 1856. — Annales d'hygiène, 2» série, 1856, t. VI, p. 189 et suivantes.
(2) Voyez Dictionîiuirc des arts et manufactures, etc., 2“ édition, 185/i, t. H, article Ventilation, par Grouvelle.
DES ÉDIFICES PUBLICS
publique]
cubes d’air par heure et par malade. On a vu plus haut h quelles fixations de capacité cubique est arrivé le général Morin. Ces exigences progressives témoignent d’un progrès réel. Que nous voilà loin des 18 à 20 mètres cubes d’air alloués aux malades par le génie militaire dans les hôpitaux de l’armée, sans le secours d’aucune ventilation artificielle! En attendant que l’expérience ait conduit à des chilTres définitifs et nécessairement variables suivant la durée du .séjour ou de la réclusion, suivant le degré de clôture des locaux, suivant les catégories particulières de leurs habitants, il appartient au médecin d’exagérer plutôt que d’amoindrir la revendication de l’air vital.
L’air chaulTé absorbe plus d’eau ; les poêles, les calorifères, le dessèchent ; il enlève de l’eau à nos organes, si l’on n’a soin d’en vaporiser dans l’espace circonscrit où il circule. Lorsqu’il s’agit donc de régler la ventilation avec le chauflàge dans un édifice public, il importe de connaître exactement la proportion d’eau que l’air doit contenir pour être salubre. Darcet, pour les salles de spectacle, veut de l’air à moitié saturé d’eau, à la température de 15 à 16 degrés centigrades, ce qui correspond environ à 7 grammes d’eau par mètre cube d’air. D’autres réclament pour les maisons habitées un air à 72 degrés à ;riiygromètre, soit 6®^ù3 d’eau par mètre cube d’air, ce qui s’accorde avec la fixation de Darcet. La détermination du degré hygrométrique de l’air est donc un élément régulateur du fonctionnement d’un appareil de ventilation. Gay-Lussac a calculé, pour de l’air à 10 degrés sous la pression barométrique de 0,76, les tensions de vapeur correspondantes à chaque degré de l’hygromètre. Dans les travaux et essais relatifs à la ventilation^ il est nécessaire de connaître, pour tous les degrés de l’hygromètre, le poids de l’eau que contient 1 mètre cube d’air à 15 degrés, limite de température adoptée comme règle dans les édifices publics auxquels on applique la ventilation et le chauffage combinés. Grouvelle {loc. cit.) a dressé h cet effet le tableau suivant, qu’il nous a paru utile'de reproduire :
Tableau donnant en grammes le poids de Veau contenue dans 1 mètre cube d'air 4 15 degrés, pour chacun des degrés de l'hygromètre.
Degrés
Poids de l’ean en grammes
Degrés
Poids de l’ean en grammes
de l’hygromètre
contenue dans
de riiygrùinètre
contenue dans
1 mètre enhe d'air
1 mètre cube d’air
eliereii.
il 15 degrés.
cheveu.
il 15 degrés.
Degrés.
gr.
Degrés.
gr.
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA. [hygiène
Decréa
Poids de l’eau en grammes I
Degrés
Poids de l’eau en grammes
’liygromètro
contenue dans 1
1 mètre cube d’air I
de l'bygromètre
contenue dans 1 mètre cube d'air
cheveu.
è 15 degrés.
cheveu.
à 15 degrés.
Degrés.
Deerés.
er.
Au maniement de l’hygromètre, les médecins, les ingénieurs et les architectes doivent joindre celui de l’anémomètre de Combes.
Rappelons seulement qu’une expérience doit toujours être recommencée; on prend la moyenne de deux expériences. La vitesse réelle des courants d’air se déduit du nombre des tours observés, à l’aide d’une formule spéciale à l’instrument employé et qui se trouve écrite sur le couvercle de sa boîte. Chaque anémomètre a son coefficient, qu’on détermine par expérience en lui faisant parcourir uu courant d’air d’une vitesse donnée, et en notant le nombre de tours qu’il fait. Pour cela, on place l’anémomètre au bout d’un grand levier de bois, de longueur connue, tournant par son centre sur un pivot avec une vitesse que l’on fait varier pour avoir plusieurs observations, desquelles on déduit le rapport exact du nombre de tours du moulinetà la vitesse du courant ; celle-ci.
publique] des édifices PUBLICS. 487
multipliée par la section du canal, exprime le volume d’air débité. Le général Morin a ajouté à l’anémomètre de Combes deux cadrans émaillés, des aiguilles doubles à godets, une troisième roue h minutes et un appareil de pointage, de manière à pouvoir observer jusqu’à 500 000 tours et prendre le nombre des tours du moulinet à des intervalles de temps déterminés. Cette disposition corrige la légère erreur résultant du temps nécessaire au moulinet pour prendre une vitesse régulière, en même temps qu’elle permet des observations prolongées et fractionnées par intervalles égaux. Neumann a facilité la lecture de l’anémomètre en plaçant derrière les roues un cadran divisé sur lequel des aiguilles fixées aux roues tracent le nombre de tours parcourus, il a ajouté une troisième roue qui donne les 1000 tours et permet de prolonger les observations. Pour mesurer les petites vitesses, il faut des anémomètres légers et délicatement construits ; Neumann a fourni à la commission chargée d’étudier la ventilation des cellules à la prison Mazas un anémomètre qui fonctionnait avec précision dans un courant d’air de 0,16 de vitesse par seconde.
Si l’usage des anémomètres portatifs suffit aux expériences d’étude ou à la vérification des résultats que donne la ventilation, il ne permet pas de contrôler avec la précision nécessaire la marche de ce Service dans les grands établissements, de s’assurer s’il effectue h toutes les heures, à tous les instants du jour et de la nuit avec la régularité prescrite par les règlements et promise dans les marchés passés entre les constructeurs et l’administration. Il faut ici employer des anémomètres de plus grandes dimensions et mis en rapport avec un compteur électrique. Nous vemo'^on^ mx An7iales du Conservatoire des arts et métiers (l)pour la description de cet appareil exécuté par Hardy d’après les indications du général Morin ; il fonctionne avec une seule pile Marié Davy au sulfate de mercure avec eau acidulée et qui peut servir pendant plusieurs mois. Placé dans le cabinet du chef de l’établissement ou dans un lieu apparent, il fait connaître tous les matins pour le service de nuit, tous les soirs pour le service de jour, le volume d’air vicié qui a été évacué d’un local, d’un pavillon pendant douze heures consécutives. C’est par ce moyen que la ventilation des amphithéâtres du Conservatoire des arts et métiers est vérifiée depuis plusieurs années et pendant cinq mois d’hiver, sans aucun dérangement et sans autres voies que le renouvellement des sels delà pile deux ou trois fois par saison. Dans un pavillon de l’hôpital Lariboisière contenant 102 lits, où chaque malade doit recevoir 60 mètres cubes d’air par heure, l’anémomètre totalisateur du général Morin a fonctionné plusieurs mois dans la cheminée d’évacuation, et le compteur électrique marquant 12ô ôl6 tours en 12 heures, on avait la certitude que les malades avaient joui de la ventilaliou stipulée. C’est par ces procédés aulomaliques de contrôle, indépendants du bon vouloir des subordonnés ou du zèle des chefs, qu’il convient de surveiller l’exécution de cette branche des services économiques d’un grand établis-sement.
(1) Annnles du Conservntoir/; des arts et métiers, 5® volume, 1864, p. 341.
488 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
6“ Ventilation artificielle. — Tous les appareils de vciitilalion arlilicicllo, d^jii si multipliés par les inventeurs, peuvent être ramenés à trois catégories ;
\° Appel par l’action de la chaleur agissant dans une cheminée ;
2“ Appel par un appareil mécanique aspirant ;
3'’ Ventilation mécanique par refoulement ou pulsion ;
Quand la chaleur est le seul agent du renouvellement de l’air, l’appel peut s’établir par un combustible brûlé directement dans le bas de la cheminée, à la partie supérieure ou près de la partie supérieure de la cheminée ; l’appel peut s’exercer par l’intermédiaire d’appareils de transmission de chaleur, recevant leur chauffage d’un foyer placé à distance, ou même par la vapeur envoyée directement dans la cheminée. Nous avons indiqué (t. I, p. 607 etsuiv.) quelques systèmes proposés par Darcet etPéclet, et dans lesquels la ventilation est simplement liée au mode de chauffage sans appareil mécanique spécial. Pour les enceintes où le séjour d’un grand nombre d’hommes est continu ou à peu près, la ventilation qui agit par le seul tirage des poêles sur l’air qui entre par les jointures et les fentes des portes et fenêtres est nulle en été, quand la température extérieure et celle du dedans se font équilibre, insuffisante et nuisible en hiver, les analyses de F. Leblanc ayant démontré 3,5 et 8 sur 00/00 d’acide carbonique dans l’air de plusieurs salles des hôpitaux de Paris, sans parler de sa viciation miasmatique. Les courants d’air que produit ce tirage soufflent à l’aventure, souvent en regard des lits occupés, et l’air qu’ils introduisent est parfois glacial ou chargé d’émanations délétères, comme lorsque les lieux d’aisances sont contigus aux salles. Dans des pavillons construits au Val-de-Grâce en 18ùl, et qui paraissent satisfaire à certaines exigences de l’hygiène, le chauffage et la ventilation s’effectuent au moyen de deux poêles de faïence pour chaque étage ; les prises d’air extérieur ont lieu par des ouvertures de 20 centimètres carrés de section. Cet air, après avoir passé par des conduits qui enveloppent le foyer, se déverse dans la salle par des bouches de chaleur, s’élève vers le plafond en vertu de sa moindre densité, et refoule par son élasticité les couches dont il prend la place et que l’appel du foyer sollicite à descendre ; la rapidité du renouvellement de l’air est réglée par celle de la combustion. On n’a pas à craindre ici les inconvénients de la plupart des calorifères à air chaud, tels que dessiccation excessive de l’air, production d’une odeur spéciale due à la combustion par les surfaces de chauffe des particules organiques que l’air tient en suspension. L’air versé par les bouches de chaleur est pur; s’il ne dépasse point hO à 50 degrés centigrades, il n’a pas l’odeur de brûlé, il n’est pas assez échauffé pour être desséché, et diverses évaporations corrigeraient cet inconvénient; enfin, l’excès de chaleur qu’il possède sur la température voulue dans la salle sert à réparer les p 'l s de calorique dues au rayonnement des parois et des fenêtres, ainsi qu’à • httroduction directe de l’air extérieur par les fissures et l’ouverture plu v)U moins répétée des portes. En été, si la ventilation ne pouvait s’opérer sans inconvénients par les fenêtres, on interromprait par des registres la comimmi-
publique] BES édifices PUBLICS. 489
cation directe des calorifères avec les prises d’air, on fermerait aussi les bouches de chaleur, et l’on ouvrirait des vasistas fini livreraient passage à l’air du dehors, destiné à remplacer celui de la salle appelé dans le foyer par la combustion entretenue sans interruption. Il importe d’observer que le système appliqué aux pavillons du Val-de-Grace et que Guérard a loué, n’y réussit que parce que leur température on hiver atteint à peine \ k degrés et ne les dépasse presque jamais ; à cette limite de lempéralure dans une salle de malades, point n’est besoin d’une ventilation énergique pour dissiper toute odeur: la température s’élève-t-elle à 17 ou 18 degrés, la même ventilation ne suffit I plus et l’odeur se manifeste : c’est qu’avec la chaleur augmentent la transpi- ; ration cutanée, l’évaporation des surfaces liquides ou mouillées, la décompoj sition dos matières animales répandues dans l’air, Grassi (1) conclut donc avec raison que l’accroissement de température nécessite une ventilation plus énergique, et que celle-ci étant augmentée, nécessite à son tour un chauffage plus actif pour maintenir l’air à une température à peu près constante.
A ces poêles ventilateurs, on préférera l’usage des cheminées ventilatrices (voy, t. I, p. 608 et suiv. ), en particulier celles de Fondet (fig. 1, 2, .8)
Fig. 2.
Fig. 1, 2, 3. — Cheminée avec bouche de chaleur, système Fondet. — La figure \ représente l’appareil vu de face. — La figure 2, la coupe verlicale. — La figure 3, la coupe horizontale du tube à air. — A, prise d’air extérieur. 15, tuyaux en tubes prismatiques disposés en t|uinconccs dans lesquels circule l’air à chauffer, C, coffre de la cheminée. D, bouches de chaleur.
(1) Jjtc. rit., p. IT).
490 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiènf.1
et (lu capitaine du génie anglais IJouglas Gallon (fig, Zi, 5, 6, 7, 8). TandisM (jue les cheminées ordinaires n’utilisent environ (lue 0,12 à O.l^i du calo- i rique produit par le combustible et déterminent par les portes et fenêtres uiii, tirage énergique d’air froid, celle du capitaine Douglas, si elle est convenablement proportionnée, permet de verser près du plafond, à une température de 30 à 35 degrés, un volume d’air à peu près égal à celui (|u’elle évacuei par le tuyau de fumée; le général Morin a constaté (|u’avec un feu modéré et une consommation de 10 kilogrammes au plus par 12 heures, ces cheminées évacuent 500 mètres cubes d’air et en introduisent ZiOO mètres cubes à 30 degrés; elles peuvent ainsi assurer chacune la ventilation d’une salle de^ 8 lits à raison de 60 mètres cubes d’air par lit et par heure. Deux de ces' appareils peuvent fonctionner dans la même salle sans se contrarier dans leur tirage. Ser et Blondel, dans leur rapport sur les hôpitaux anglais, signalent la : prédilection des Anglais pour ce mode de chauffage et de ventilation ; la plupart de leurs hôpitaux n’ont que des cheminées à foyer apparent, alimentées avec du charbon de terre; dans chaque salle on trouve toujours, même en été, une de ces cheminées en activité ; elle y remplace nos fonrneaux d’offices, la partie centrale est occupée par le foyer dont la grille à barreaux horizontaux mesure 0“,50 de longueur. D’un côté se trouve une capacité rectangulaire pleine d’eau communiquant avec une caisse de tôle qui forme le fond du foyer et qui fournit de l’eau chaude par un robinet ; de l’autre côté existe une étuve pour chauffer les linges. En été, on modère le feu par une grille transversale qui permet de réduire à volonté le volume du combustible. Des paravents servent à garantir les lits contre le rayonnement des foyers. Ser a proposé de doter h Paris chaque salle d’une cheminée à foyer découvert qui servirait peu au chauffage qui se continuerait par les procédés employés jusqu’à ce jour; mais elle permettrait aux convalescents de se ranger autour du foyer pour recevoir l’impression de la chaleur lumineuse et d’accroître la ventilation. Husson objecte, et c’est son droit d’administrateur, une augmentation considérable de dépenses : celles-ci s’élèvent actuellement à 350 ÜOO fr. par an ; le chaulfage à l’aide des cheminées, d’une insuffisance presque certaine à Paris, coûterait 1 850 000 fr. Nous souhaitons que des expériences lemplacent ces calculs et ces appréciations théoriques; les cheminées Douglas ont leur place marquée dans les casernes, dans les petits hôpitaux et même dans les grands, au moins pendant les saisons de transition. En matière de machines et d’appareils, il n’en est pas déplus simple, d’un jeu plus régulier, d’une installation plus facile. C’est encore à peu près de la ventilation naturelle.
La ventilation artificielle, combinée ou non avec un système de chauffage mécanique à l’air chaud, à la vapeur ou à l’eau chaude, doit essentiellement assurer 1 extraction de l’air vicié et son remplacement par de l’air neuf; cette extraction doit s’effectuer le plus j)rès possible des points où l’air est contaminé, afin de prévenir la diffusion des miasmes dans les salles; l’air neuf sera
Figures h et 5, coupes verticales montrant le foyer, le tuyau de fumée et la gaine enveloppante qui s’ouvre au niveau du foyer.
Figures 6, 7 et 8, sections indiquant l’arrivée de l’air extérieur dans la cheminée pardessous, latéralement et par derrière.
DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA.
[hyciéi; I
amené en dos points distants des individus. Des expériences multipliées ■ 'i authentiques dont les résultats sont consignés dans les ouvrages du génér* r Rlorin, des discussions prolongées auxquelles j’ai assisté dans le comité d’hy !i giène et du service médical des hôpitaux civils de France, il ressort que Id.^ divers dispositifs qui ont pour principe l’aspiration, s’ils sont coordonnés i ^ établis avec soin, répondent plus sûrement aux conditions sus-énoncées qr ceux qui ventilent par insufflation; ces derniers ne sauraient seuls et par eux •î mêmes procurer d’une manière uniforme et stable l’évacuation de l’air vieil i Si l’on dispose convenablement les canaux d’amenée de l’air neuf et si on leu l donne, ainsi qu’à leurs orifices, des dimensions assez grandes, l’aspiration coir.ri; porte la prise de l’air neuf à la hauteur que l’on voudra; elle ne commandi^ que l’établissement peu coûteux de foyers avec leurs cheminées et de conî duits ou de canaux qui, une fois créés, exigent peu de frais d’entretien; ell i n’impose d’autres soins que l’alimentation régulière de ces foyers qui peu | être confiée à toutes les mains, tandis que la ventilation par insufflation ou pulsion nécessite, outre les cheminées et les conduits communs aux deu: systèmes, des machines soufflantes et des machines motrices avec des conduit particuliers pour l’amenée de l’air propulsé, un concours d’ouvriers spéciaux' mécaniciens, chaulfeurs, etc. Dans les bâtiments à plusieurs étages, commi i la plupart des hôpitaux, le système de l’insufflation ne prévient pas aussi sûrement que celui de l’aspiration le passage de l’air vicié d’une salle dans une autre, ni les reflux d’air vicié par les orifices des canaux d’évacuation ou pai' les fissures de leurs parois, quand la pression et le mouvement de l’air inté-' rieur des salles vient h se troubler par l’ouverture de portes ou de fenêtres.-' En résumé, et sans entrer ici dans des développements que l’on recherchera' plus fructueusement dans les ouvrages techniques, comme le Traité de la chn- \ leur par Péclet et les livres de A. Morin, on admet aujourd’hui, avec le savant: général, que « l’aspiration déterminée par de simples foyers et cheminées, ' avec des ouvertures de dimensions suffisantes et convenablement placées pour « l’admission de l’air neuf, en remplacement de l’air vicié et sans le concours' d’aucun appareil mécanique, constitue, sauf des circonstances exceptionnelles,, le moyen le plus facilement applicable pour obtenir une ventilation hygiénique aussi active qu’on puisse le désirer dans les lieux habités, et eu particulier: dans les salles des grands hôpitaux ou dans celles des hôpitaux de moyenne et de petite importance, susceptibles d’être chauffés par un foyer h feu apparent (1). »
Le chauffage par l’eau chaude en circulation, imaginé par Bonnemain en 1777 et appliqué depuis longtemps en Angleterre, a été perfectionné par Léon Duvoir et appliqué par lui au double but de la calorilication et de la ventilation (2). 11 est fondé sur ce principe connu, que le changement de den-
(1) Général Morin, Manuel de chauffage et de ventilation. -1868, p. 3G.
(2) Voyez la description détaillée de son système (.-l«n. d'hyg., t. XXXII, p. 50).
oblique] DKS ÉD11'’1CE.S PUBLICS. ^J93
site que l’eau éprouve par l’élévation de sa température a pour eflet do la mettre en inouvcnient. Une cloche à chaudière placée dans le bas de rédiüce, un réservoir dans les combles, deux tuyaux intermédiaires dont Tun sert à l’ascension de l’eau jusqu’au réservoir, et dont l’autre la ramène à la cbautlière au sortir des conduites secondaires, récipients, renflements, poêles, étuves, etc. , qu’elle a écbaulïés dans ses circuits, tel est le système de circulation qui permet à L. Duvoir de distribuer uniformément la cbaleur dans les • plus vastes établissements et qu’il a appliqué à la maison impériale de Cha- , reiitoii, à la Madeleine, à la Chambre des pairs, à l’Observatoire, etc. Les I conduits secondaires partant du réservoir sont munis de robinets qui permet- I tent d’activer, de diminuer, d’arrêter même le chaull’age sur tel ou tel point . déterminé. Pour qu’ils ne perdent point trop rapidement leur calorique, ils [ sont enfermés dans un tuyau de zinc qu’entoure une tresse de foin revêtue I elle-même d’une couche de plâtre. Afin d’employer toute la chaleur produite I par le combustible, L. üuvoir adopte le chauffage à air chaud pour les pièces ! voisines du calorifère, réservant aux localités plus distantes le chauffage à circulation d’eau chaude. A ces deux modes de chauffage correspondent deux modes de ventilation, mais réglés d’après un principe commun qu’il importe de signaler. Dans les espaces clos que l’on chauffe au niveau du plancher, et que l’on ventile par l’arrivée de l’air froid à leur partie inférieure, les assistants ont les jambes glacées et la tête entourée par une couche d’air plus chaud ; en effet, les pièces ainsi chauffées présentent une série de couches d’air horizontales de températures décroissantes de haut en bas. Dans une i pièce de 6“,50 de hauteur, des thermomètres centigrades, échelonnés par intervalles de ü“,65 ont fourni les indications suivantes :
Au niveau du plancher
3“,25 de hauteur
A 0“',65 de hauteur
3m^go —