‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 105 sur 196 · HÔPITAUX. MÉDECINE. CHIRURGIE. ACCOUCHEMENTS · texte numérisé non relu

HÔPITAUX. MÉDECINE. CHIRURGIE. ACCOUCHEMENTS

Mortalité pour 100 Mortalité pour 100 Mortalité pour 100

Lariboisière 16,21 7,ô2 Û,06

Ilôlel-Dieu 15,48 5,90 2,14

Pitié 14,67 6,55 3,93

Necker 14,13 9,08 4,28

Saint-Antoine 13,13 6,89 3,77

Cochin 12,74 7,04 »

Beaujon 12,48 7,37 3,27

Charité 10,25 4,33 »

Je connais peu d’hôpitaux qui soient théoriquement plus insalubres que celui de la Charité, rapproché de la Seine, enclavé de tous côtés, décrivant un double carré, à longues salles en communication, privé d’un système de ventilation régulière, etc., et c’est lui qui figure au bas de l’échelle mortuaire, tandis qu’au sommet nous voyons ce palais nosocomial, Lariboisière, doté d’appareils divers de chauffage et de ventilation. Faut-il s’étonner que A. Husson soupçonne dans l’ensemble des hôpitaux un élément qui l’emporte sur la salubrité relative, la qualité des malades, le degré de gravité des affections qui se présentent dans les salles?

Dans les hôpitaux de Londres dont la mortalité est moindre (1), on préfère I le chauffage direct au charbon de terre dans de grandes cheminées ouvertes ; chaque salle en possède au moins une, quelc[uefois trois ou quatre ; il y a des cheminées allumées jusque dans les corridors, les escaliers, les vestibules d’en- I tréc; en été comme en hiver, on y fait du feu, au moins dans la cheminée de l’office, et toujours les fenêtres sont largement ouvertes. En Angleterre, on n’use que par exception d’appareils ventilateurs mécaniques ou autres : l’air, appelé par le puissant tirage des cheminées, entre par les jointures des portes et fenêtres. Les malades jouissent ainsi de la vue du feu, de l’utile impression du rayonnement direct, ils se groupent autour des foyers et respirent un air qui n’a pas été modifié par le contact de surfaces de chauffe, de conduites brûlantes. La chimie ni la physique ne dénotent aucun changement dans l’air chauffé par les divers appareils que préconise l’industrie des calorifères: mais qui peut affirmer que cet air n’a subi aucune altération qui diminue ses propriétés vivifiantes ? Qu’on se place près des bouches qui déversent l’air chaud dans les salles, on en est affecté d’une manière désagréable ; on respire mal dans les locaux chauffés par les calorifères. Une expérience comparative du mode de chauffage des hôpitaux anglais et des systèmes de chauffage combiné avec la ventilation artificielle, paraît désirable au point de vue de leur influence respective sur la terminaison des maladies.

Dans la question du chauffage et de la ventilation, il ne faut point perdre de vue la quantité de chaleur produite par l’homme lui-même. Celui-ci, brûlant

(1) Voyez Note sur quelques points de l'hygiène hospitnlière en France et en Angleterre, par Léon Le Fort. Paris, 1862, p. 32, et Gazette hebdomadaire, décembre 1861.

5og des modificateurs. — CIRCUMFUSA. [hycièke

dans l’acte de la respiration et par heure d’hydrogène et 10 grammes

de carbone, ces proportions représentent, la première, 23 /i50 unités de chaleur, et la seconde, 79 000; total : plus de 102 000 calories, dont un quart environ sert à la vaporisation des /tO grammes d’eau que fournissent en moyenne, dans le même laps de temps, les perspirations cutanée et pulmonaire: les trois autres quarts se communiquent à l’air et aux corps ambiants. Or, pour procurer par heure h un homme 10 mètres cubes d’air à 15 degrés, la température extérieure étant à zéro, il suffit d’une dépense de 50 000 calories. La chaleur produite par l’homme couvre donc le déficit de température de l’air introduit par ventilation; mais il restera à compenser par le résultat du chauiïage la perte par les vitres et les murs. Celle-ci est évaluée à 80 unités de chaleur par mètre carré de vitre et par heure, et à 27 unités de chaleur par mètre carré de mur par heure. A ces nombres, il convient d’ajouter pour le rez-de-chaussée la perte causée par le parquet, et pour le troisième étage, celle occasionnée par le plafond.

En somme, toute ventilation doit subvenir aux besoins suivants : 1° Il faut pour la respiration et par heure, à un homme, 1 mètre cube, et à une femme 0 mètre cube 566 litres d’air à 16 degrés centigrades. 2® Pour réduire l’acide carbonique exhalé par la respiration à 2 pour 1000, il faut par homme et par heure 11 mètres cubes, et à une femme 6 mètres cubes 250 litres d’air à 16 degrés centigrades. 3® Pour évaporer les 31 grammes de transpiration pulmonaire fournis en moyenne par heure, il faut 3 mètres cubes 100 litres d’air, et, pour les 60 grammes de transpiration cutanée, 6 mètres cubes d’air par heure à 16 degrés : total, 21 mètres cubes d’air à 16 degrés centigrades par homme et par heure; 15 mètres cubes 916 litres d’air à 16 degrés par femme et par heure. Ces évaluations sont faites au maximum, basées qu’elles sont sur les données d’Andral et Gavarret. En effet, tandis que ces expérimentateurs estiment le carbone brûlé en une heure par la respiration d’un homme adulte à 11^^3 = 21 litres d’acide carbonique, auxquels Poumet ajoute 1 litre pour la dilatation à 6 pour 100, soit 22 litres d’acide carbonique à 16 degrés centigrades, Scharling n’a évalué qu’à 6 grammes 1/2 de charbon = 12 litres d’acide carbonique, l’effet de la respiration d’un soldat danois de vingt-six ans à l’état de sommeil (1). On suppose ici que l’extraction des miasmes et des produits de l’éclairage est assurée régulièrement; sinon, d’autres volumes d’air, plus considérables, sont nécessaires à leur dilution, sans qu’il soit possible de préciser la limite de neutralisation des matières organiques volatilisées. La ventilation pratiquée sur une si large échelle dans beaucoup d’hôpitaux et restée sans efficacité sur la marche de leurs mortalités respectives, révèle ici des difficultés non encore éclaircies.

7® Eclairage. — Dans les établissements publics il se fait à l’huile, au gaz on à l’aide des bougies. Les données hygiéniques sont ici les mêmes que pour

(1) Schaiiing’, Annnlea de chimie et de physique, 3® série, t. VIII, p. /i78.

DES ÉDIFICES PUBLICS

pübuûue]

les habitations privées (voy. t. I, p. 586 et siiiv.). Rappelons sculenient que chaque bec à l’huile brûle, terme moyen, 10 grammes d’huile par heure, et, comme 1 kilogramme de ce liquide exige pour sa combustion complète 10 mè- I très cubes d’air à zéro, plus 6 pour 100 pour la dilatation, = 10 mètres cubes H 600 litres d’air à 16 degrés centigrades, chaque bec aura besoin de 106 litres d’air à 16 degrés par heure, = 1 mètre cube 272 litres d’air à 16 degrés pour une nuit de douze heures. Chaque bec à gaz dépense en moyenne et par heure 102 litres (3 pieds cubes) de gaz, dont la combustion consomme 1 mètre cube I 563 litres d’air atmosphérique ; pour les douze heures de nuit, il faut à chaque ! bec 1 mètre cube 22û litres de gaz et 18 mètres cubes 756 litres d’air. Mais I l’éclairage ne se borne pas à dépouiller d’une partie de son oxygène l’atmosphère d’un local ; il y verse de l’acide carbonique provenant de la combustion. Un bec à l’huile verse en une heure 15 litres d’acide carbonique, et un bec de gaz 20è litres; ce dernier produit en outre 165 grammes d’eau pendant le même temps. Pour ramener à la proportion de 2 pour lOOü d’air les 182 litres d’acide carbonique provenant de l’éclairage d’un bec d’huile pendant 12 heures de nuit, la ventilation devra fournir 91 mètres cubes pour le même temps ou 7 mètres cubes 500 litres par heure. Pour réduire à 2 pour 1000 les 20Û litres d’acide carbonique provenant d’un bec de gaz à la houille qui brûle pendant une heure, il faudra 102 mètres cubes, et, pour les 2 mètres cubes 448 litres exhalés en 12 heures, 1224 mètres cubes d’air; les 165 grammes d’eau provenant de la même source en une heure exigeront I pour leur évaporation, par heure, 16 mètres cubes 500 litres d’air à 16 de- ; grés centigrades, et, pour 1 kil. 980 grammes d’eau produits en 12 heures, il I faudra 198 mètres cubes d’air. Ces calculs font voir combien l’éclairage est une cause puissante de viciation de l’air dans les salons, dans les bals, les théâtres, etc., joignez-y l’élévation de température qui, à son tour, active les transpirations et par suite la production des miasmes. On peut fixer, d’après ces bases, le surcroît de ventilation nécessaire pour neutraliser les effets de cette source de méphitisme. Un moyen d’assainissement plus direct et qui permettrait sans inconvénient l’emploi du gaz dans les maisons particulières, consisterait à déverser ses produits de combustion en dehors des enceintes habitées, à les enlever par des tuyaux d’échappement qui seraient mis en communication avec des conduits d’appel suffisamment énergiques. Le général lAlorin (1) cite plusieurs applications, observées par lui à Londres, et qui ne sont pas toutes liées à la ventilation; celle qu’il a imitée au Conservatoire et qu’il a vu au restaurant français de Regent’s Street, se borne à recouvrir un lustre à gaz d’un chapeau formant réflecteur et prolonge par un tuyau vertical de petit diamètre et qui éconduit les gaz à l’extérieur de la salle ; il décrit les candélabres à gaz qui éclairent la salle des pas perdus du Parlement, disposés de manière (jue les produits de la combustion demeurent renfermés en vase

(1) Général Morin, Études sur la ventilation. ISGS, t. I, p. 23.

r,08 DES MODIFICATEURS, — CIRCUMFUSA. [hygiène

clos et s’échappent vers les galeries souterraines d’appel par l’intérieur des candélabres qu’ils échauffent comme des poêles en leur cédant une partie de leur calorique. Ces appareils comportent de l’élégance et même du luxe; multipliés dans les magasins, dans les cafés, dans les ateliers, dans tous les locaux à éclairage disséminé, ils permettraient d’utiliser portion ou totalité de la clialeur qu’ils développent pour assurer l’évacuation de l’air méphitisé et l’afflux de l’air nouveau.

8“ Irrigation et drainage des habitations collectives. — Par les progrès qui s’accomplissent presque sous nos yeux, les questions si importantes de l’alimentation en eau, de ses usages, de son entrée, de sa sortie, des latrines et des vidanges, se lient de plus en plus intimement avec celles des ruisseaux et des égouts; c’est-à-dire que la salubrité de la rue et celle des maisons, grandes et petites, communes ou privées, deviennent de plus en plus solidaires et connexes, ou plutôt, si elles peuvent motiver encore pendant une période transitoire des indications distinctes, des applications diverses suivant la destination des bâtiments, elles marchent ensemble et à grands pas vers une solution générale, aussi profitable à l’bygiène des cités qu’à la grande industrie nourricière de l’agriculture. Nous l’avons esquissée plus haut {\oy.Ji goûts, Voiries), et nous compléterons au chapitre Excréta ce qu’il nous reste à en dire, sans omettre dans la revue successive des spécialités d’édifices publics ce que l’expérience a suggéré pour leur amélioration.

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