DES ÉDIFICES PCRLICS. — HOPITAUX ET HOSPICES
pimLIQUF.J
line cause (rôdeurs, de chaleur ou d’humidilé, et assez près pour assurer la promptitude et la facilité des services.
Il est désirable (pie les bains, ordinairement trop éloignés, communiquent par des tuyaux de conduite avec les salles, de manière à permettre l’administration de l’eau h l’extérieur et sous différentes formes auprès du lit des malades. Quant aux décédés, une fâcheuse alternative est de les laisser trop longtemps exposés h la vue des malades ou de les transporter trop tôt dans des réceptacles où toute chance de réviviheation, en cas de mort apparente, est |( perdue. Nous signalons ici l’une des plus graves défectuosités du système hospitalier : il n’accorde aucune garantie à qui paraît avoir cessé de vivre ; vingt-quatre heures d’abandon dans un lieu sombre et froid se passent entre la dernière expiration et le premier coup de scalpel. Il faut pourvoir à cette lacune néfaste par une surveillance organisée autour des corps déposés au lieu dit chapelle. Quant ;i l’amphithéâtre d’autopsie et de dissection, qu’un rideau d’arbres ou une construction le dérobe aux regards des malades ; que chaque i cadavre repose sur une table isolée et conforme au modèle donné par Parent- Duchâtelet ou par Darcet ; qu’une propreté sévère y règne et qu’une bonne ventilation, jointe à l’absence des rayons solaires, s’oppose h la putréfaction des cadavres qui doivent être enlevés aussitôt qu’ils en présentent les indices.
Les fosses mobiles avec tuyaux de conduite perpendiculaires doivent remplacer les fosses communes et fixes en attendant le drainage complet de nos habitations publiques et particulières, et la perte de tous les excreta à l’égout qui les rendra sous forme d’engrais au sol; les latrines seront éloignées des salles, ventilées avec activité (voy. t. I) ; le vestibule qui y conduit sera pourvu à ses deux entrées de portes qui ferment spontanément; le plancher sera de dalles inclinées; des sièges séparés, de chêne ciré, surmontés d’un couvercle mobile, séparés en cellules distinctes par des cloisons, munis de cuvettes de faïence avec une soupape et réservoir d’eau ; les fenêtres fermées à l’aide d’une simple claire-voie.
Après la saine installation de l’hôpital, l’élément le plus décisif de l’hygiène des malades et des convalescents, c’est leur régime alimentaire, si différent suivant les localités, les habitudes, les corporations religieuses ou les gestions civiles qui le dispensent. Dix-huit années d’inspection et d’observations ambulantes m’ont laissé cette conviction que le régime des malades dans les hôpitaux civils dépend moins des médecins que des sœurs, des économes, qu’il varie d’une ville à l’autre, sans base fixe ni rationnelle; aussi le comité consultatif d’hygiène et du service médical des hôpitaux, institué auprès du ministre de l’intérieur par le décret du 29 août 1862, a-t-il été invité à formuler les améliorations dont il est susceptible ; une commission composée de Payen, Bouillaud, flusson, Jobert (de Lamballe), Reynaud, de Lurieu, Rouchardat et moi les a mises sérieusement à l’élude, et le rapport, savamment établi par Payen, discuté à fond dans une longue série de séances, adopté par le ministre
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et iiolirKÜ aux préfets (1), est un véritable code du régime alimentaire dans les \ hôpitaux. Il faudrait le transcrire ici tout entier, tant il a d’importance et i d’utilité. Les données positives que la science enregistre chaque jour, dit $ Payen, ne laissent plus de doutes sur les conditions ù remplir pour constituer i un bon régime alimentaire ni même sur le choix et la jiréparalion des rations... . Le but que l’on se propose d’atteindre, la statistique chimique le définit en 'q ces termes : fournir, dans une mesure convenable, aux malades et aux con- | valescenls, les aliments dits respiratoires, abondants surtout en principes féculents, gras et sucrés, qui entretiennent la chaleur ; subvenir aux déperditions journalières comme à la mutation incessante des tissus par des aliments riches en principes azotés ou plastiques, congénères des organismes animaux qui ont i seuls le pouvoir de réparer, d’entretenir et de développer ces organismes. De plus, les procédés de préparation et de distribution des aliments doivent être tels qu’ils soient présentés aux malades dans des conditions de température, d’aspect, de saveur et d’odeur propres à stimuler l’appétit et l’activité digestive.
— Énorme est la proportion des constitutions affaiblies, détériorées par la ' misère et les privations que reçoivent les hôpitaux : les hommes usés, énervés, lymphatiques, anémiques, scrofuleux, tuberculeux, cachectiques, sont en majorité dans les hôpitaux ; joignez-y les convalescences à marche lente, les chronicités morbides, tous états qui sollicitent une forte réparation alimentaire, des boissons toniques, et l’on y comprendra l’importance du régime; les déperditions, suite des opérations chirurgicales, ne réclament-elles pas une i nourriture généreuse ? Et les enfants ne se rétabliront-ils pas d’autant plus ‘ vite, sous l’influence d’une alimentation bien ordonnée, que, dans les familles pauvres qui les confient à l’hôpital, ils en sont frustrés et languissent dans l’insuffisance des matériaux de réparation et d’accroissement que réclame leur frêle organisme ? Généralement c’est la viande qui est en déficit dans la ration hospitalière, surtout la viande rôtie, tandis que les aliments respiratoires, pain, riz, graines féculentes, pâtes, sont donnés presque en excès et imposent a des estomacs délibités un labeur démesuré de digestion. Dans les hôpitaux de Londres, la viande cuite représente un peu plus du double de son poids de notre viande crue, parce que les os des animaux de boucherie sont plus minces et que les tranches, prises dans de volumineux morceaux sortant de la broche, du four ou de la chaudière, sont entièrement charnues, exemptes de gros tendons et de membranes coriaces; elles sont d’ailleurs servies chaudes, arrosées de jus ou de bouillon (Payen). Nous renvoyons à son savant rapport pour ce qui concerne le rationnement, la composition et le nombre des repas, etc., nous bornant ici à rappeler quelques conclusions : 1“ Tendre à rendre dans tous les hôpitaux l’alimenlation plus uniforme et plus réparatrice; 2“ faire enliei deux fois par jour la viande dans le régime des malades et des convalescents non soumis à des prescriptions spéciales; 3“ fixer la ration de viande
(1) BuUeiin official du ministère de l’intérieur, 11<^ année, ISG/i, n® U.
publique] nES ÉDIFICES PUBLICS. — IIOPITAUK MILIT.-VIUES.
à A80 grammes de viande crue, = 2^i0 grammes de viande cnile, dont la i moitié doit être rôtie, îi l’exclusion du veau s’il n’est de qualité irréprochable;
I faire préparer le rôti à la broche; 5® aux enfants de deux à dix ans, quatre I repas; aux enfants de dix à quatorze ans, trois repas; 6“ allouer des quanlités I égales de viande et de vin aux garçons et aux filles du même âge; 1° exclure du régime liospitalior les abats gélatineux ; 8“ exiger (jue la préparation deS aliments pour les malades en chambre (payants) se fasse séparément et ne point permettre le prélèvement de morceaux de choix à leur jirofit sur l’approvisionneinent des malades ordinaires ; 9® fixer à ô8 décilitres la ration entière de vin ordinaire et mettre à la disposition du médecin un vin de qualité supérieure à l’usage des malades qui ont besoin d’être réconfortés; lü® exclure les vins plâtrés des adjudications pour le service hospitalier.
De pareilles améliorations se traduiront par un surcroît apparent de dépenses, en réalité par des économies indirectes : le nombre des journées de traitement diminuera, la durée des convalescences sera plus courte, les rechutes seront plus rares; l’hôpital restituera au travail industriel des ouvriers valides, non des valétudinaires qui retomberont encore à la charge de la société.
les spécialités des hôpitaux sont fondées sur la profession, l’àge, le sexe, le .genre et l’époque des maladies.
1® Hôpitaux mil iimir es.
A. Le service tle santé de l’armée commence dans les régiments; les casernes ont des infirmeries où sont traités les cas légers de médecine et de chi rurgie, les blennorrhagies, quelques accidents syphilitiques primitifs, les maladies cutanées récentes et apyrétiques, notamment la gale; elles comportent la séparation des divers genres de malades, surtout des vénériens et des galeux; elles sont pourvues réglementairement d’une petite pharmacie, d’un approvisionnement de linge et d’appareils à fractures pour les cas d’urgence, d’un dépôt de vaccin, des instruments qui entrent dans la composition du sac d’ambulance, de baignoires, d’ustensiles pour les pédiluves, les bains de siège et la préparation des tisanes, etc. Beaucoup d’infirmeries ressemblent, par leur installation, à de petits hôpitaux, et en olîrent presque les avantages; une salle de convalescenls y est annexée par le règlement, et les hommes qu’elle reçoit, nourris par la cantine des sous-olïiciers, reçoivent du vin ou du café, au besoin une ration de riz. D’autres infirmeries sont à peine dignes de leur deslinalion ; situées au 3® ou au A® étage, elles sont d’un accès difficile aux malades et aux valétudinaires, mal disposées, mal tenues. Ces établissements, sorte d’hôpitaux rudimentaires, pourraient redevenir utilement ce qu’ils étaient avant 93, ce qu’ils sont encore aujourd’hui dans l’armée anglaise, des hôpitaux de régiments. Il coûterait peu de les réorganiser sur ce pied, et ils représenteraient pour nos soldats l’assistance à domicile ou ]ffulôt les soins de la famille, en même temps qu’ils donneraient au service médical de troupes un attrait de science et d’importance pratique, aux médecins qui en sont chargés
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[hygièk
l’occasion journalière d’exercer leur habileté et d’appliquer leurs connaissancei-'
Les hôpitaux reçoivent les malades non compris dans la nomenclature iiosoh! logique des infiroieries et ceux qui n’y ont pas guéri dans un délai suffisant , L’armée a ses grands et ses petits hôpitaux ; elle en a de moyenne contenancci Quels résultats fournissent-ils? On l’ignore au juste, en l’absence d’une statisi tique facile à dresser avec les documents exigés de tous les médecins et cen i tralisés au conseil de santé, comme on ignore les rapports de fréquence de certaines maladies et des décès entre les diverses armes, cavalerie, infanterie artillerie, etc. En attendant que des statistiques, depuis longtemps désirées ^ prescrites même par une loi, dégagent ces faits avec une précision authen tique, l’expérience paraît favorable aux petits hôpitaux (1). Dans tous ce: établissements, on ne peut que louer l’accomplissement de la plupart des con ;i ditionsque nous avons énoncées plus haut, propreté, bon état du mobilier, lit: de fer bien garnis, vêtements des malades, régime alimentaire et pbarmaceu-i tique; séparation des fiévreux, des blessés, des vénériens et des galeux, séparation des maladies contagieuses ou délirantes, blanchiment périodique de.‘ salles, etc. Mais, comme nous l’avons dit, les fixations d’espacement des liLs, i des rangées délits, du cube d’air par malade, sont insuffisantes; la ventilation i régulière n’a encore été appliquée qu’a rhôpitai de Vincennes; les salles deconvalescents font généralement défaut; le plus petit nombre a les murs peints ^ à l’huile, des parquets cirés et des latrines à l’anglaise, trois améliorations que j’ai le premier revendiquées avec persévérance dans l’intérêt hygiénique deS' malades. Beaucoup de nos hôpitaux militaires ont, en outre, les inconvénients', topographiques presque inévitables des places fortes, c’est-à-dire le voisinage des remparts et des fossés, celui des casernes et des quartiers populaires qui ; sont, en général, les plus mal percés, bâtis et tenus. Les inspections réitéréesdont ils sont l’objet contribuent à leur bon entretien et à l’amélioration de leurs détails d’économie intérieure; l’encombrement y est plus rare qu’autre-fols; delà une diminution dans leur mortalité.
L’hôtel des Invalides est le noble refuge des infirmes et des mutilés de la i guerre; il est à l’armée ce que les hospices sont aux infirmes et aux incurables • des classes civiles, avec les différences matérielles et morales qui existent naturellement entre l’œuvre de charité publique et la rémunération nationale des souffrances endurées ou du sang versé pour la patrie. L’hôpital, l’hospice civil, est une fondation pieuse, c’est l’aumône agrandie et permanente ; l’hôpital militaire acquitte la dette du pays envers les citoyens qui consacrent à sa défense une partie de leur jeunesse, quelquefois leur santé, et, si besoin est, leur vie.
(1) Ce vœu, exprimé clans une édition précédente, a été rempli par l’institution de la statisticjue olïicielle de l’armée sous ie contrôle de son conseil de santé ; les volumes qu’a déjà fait paraître le médecin distingué, M. Ely, chargé de cette œuvre d’enquête annuelle, constituent des documents précieux et propres à fortifier l’autorité de l’hygiène militaire.
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uiiuuun.
Des liôpitaiix tlienuaux (Boiirbonne-lcs-Bains, Baréges, Amélie, Vicliy, les miles niililaires de Plombières et de Boiirbon-rArcliambaull) reçoivent pour me, deux et trois saisons les officiers et militaires (pii ont besoin de l’usage des jaiix minérales de ces localités. C’est là une libérale institution (^ue l’étranger idinire et s’avise enfin d’imiter. Tous les ans, ceux (jui réclament ce traitenent sont soumis h des visites d’examen, sous le contrôle du conseil de santé,
H répartis, suivant le caractère et l’urgence des indications curatives, entre !es diverses stations hydro-thermales et dans l’ordre successif des saisons. L’hôpital militaire d’Amélie est un monument; ses thermes un modèle. L’iiôpital de Vichy se complète; celui de Baréges est eu voie de refonte; il ne reste qu’à rebâtir l’hôpital délabré de Bourbonne. Le régime et les soins laissent peu à désirer dans ces établissements que l’administration de la guerre entoure d’une intelligente sollicitude. En outre, les garnisons rapprochées du littoral de la mer envoient en subsistance dans celles des villes à bains de mer les hommes étiolés, anémiques, scrofuleux, auxquels convient excellemment l’usage de ce moyen pendant la saison favorable.
Nous demandons pour l’armée, non des hôpitaux de convalescents, mais des salles de convalescents dans les hôpitaux ordinaires. C’est dans leurs familles que nos jeunes soldats se rétablissent le plus promptement, et des congés leur sont délivrés à cet effet sur la proposition des médecins. Quant h ceux qui n’ont pas de foyer domestique, la famille militaire leur en tient lieu et le retour à la caserne, l’habitation de la salle des convalescents de l’infirmerie, une série d’exemptions de service et de corvées, la surveillance affectueuse du médecin du bataillon, voilà de quoi favoriser son entier rétablissement, si entre le lit de douleur et la caserne il a trouvé les douceurs et les soins réconfortants d’un service de convalescence.
B. En temps de guerre, les ambulances, les hôpitaux temporaires, les hôpitaux d’évacuation. Chaciue division active a son ambulance avec un personnel et un matériel suffisants pour se dédoubler, s’il y a lieu, en deux sections indépendantes. Le règlement du 1®'' avril 1831 (2® partie) établit au grand quartier général une ample réserve pour alimenter les services épars sur le théâtre des opérations. L’expérience a démontré que cette réserve d’hommes et de matériel n’existe le plus souvent que sur le papier, à cause des lenteurs ou des difficultés d’envoi, et que, lorsqu’elle existe, elle s’épuise rapidement sans se renouveler en temps utile. En effet, les besoins du service de santé se font sentir avec le plus d’énergie h la circonférence de l’armée et derrière le champ de bataille, sur la ligne des combats renaissants ou des sanglantes, batailles, et sur les points en amont qui sont les étapes successives des évacuations. Le principe est de pourvoir à ce qui est urgent au moyen des ambulances et de les débarrasser sans délai, en vue des éventualités du lendemain. Aux heures qui suivent les grandes collisions, il n’y a jamais assez de mains chirurgicales; aux gîtes d’évacuation, aux hôpitaux temporaires de première ligne, même insuffisance habituelle. C’est donc sur ces points (lu’il
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faut concentrer les ressources d’assistance active et simultanée. Aussi me suhi^ je éloigné des fixations réglementaires de 185A, quand j’ai été chargé à Varnde constituer les ambulances divisionnaires pour la Crimée; j’ai placé à leu tête des chirurgiens principaux, j’ai doublé leur personnel chirurgical, elconj suite depuis sur les changements à introduire dans la composition normale de| ambulances, j’ai posé ce doublement en principe, j’ai démontré par les fait: qu’il était plus utile de grouper, dès le début d’une campagne, le personne médical en forte proportion aux ambulances que de le concentrer en réserv' au quartier général. La création des infirmiers de visite que je me félicil d’avoir suggérée et mise en œuvre par leur apprentissage au Val-de-GrAcC' donnera et a déjà donné en Italie (1859) de précieux auxiliaires au servic( haletant des ambulances.
Les hôpitaux temporaires de 1'®, de 2® et de 3® ligue s’établissent dans ladivers édifices publics, rapidement appropriés à cette destination. C’est fortum quand on peut, comme en Italie, compter sur un vaste ensemble d’établissements richement pourvus, hôpitaux et hospices civils, couvents et palais, semés dans une série de grandes cités et de villes opimes, reliées par de; chemins de fer, sur le concours des populations électrisées par une guerre d’indépendance nationale, etc. !
C. Hôpitaux soMS tentes, baraques. — En Orient, le service de santé n’c'i rencontré que dilBcultés et périls : une suite fatale d’épidémies meurtrières,choléra, scorbut, dysenterie, typhus, n’a cessé d’agrandir les besoins, de multiplier les épreuves. Les bâtiments turcs ne pouvaient suffire ; il a fallu improviser des hôpitaux sous tentes, créer des hôpitaux en baraques. Au milieu de ces exigences et de ces embarras, le médecin doit se préoccuper, avant tout, 1 d’éviter, d’amoindrir les encombrements de malades : là est le danger le plus terrible. Ceux qui l’ont méconnu ont appelé et fixé le typhus dans leurs hôpitaux (1). Les bâtiments clos s’infectaient plus que les baraques; celles-ci, n’ayant qu’un rez-de-chaussée et laissant entre elles des intervalles de terraiiïsfi que balayaient les courants atmosphériques, représentent autant de pavillonsindépendants qui abritaient 30, AO et au plus 50 malades, faciles à aérer par deux rangées opposées de fenêtres et par deux portes aux deux extrémités; aussi avons-nous groupé impunément 1800 malades dans les baraques construites sur la terrasse de Gulhani, dans l’enceinte du vieux sérail, qui, réunies dans des bâtiments clos, les auraient convertis en foyers mortels de contagion typhique. Le choléra de Varna et de la Dobrudsa nous a imposé, faute de batiments disponibles et de matériel hospitalier, une expérience de traitement sous les tentes, que nous avons racontée ailleurs (2) avec quelques détails; bornons-nous à en relater ici les résultats. Les deux hôpitaux intê-
(1) Voyez l'élix Jacquot, Du typhus de l’armée d’Orient, 1858. — Garreau, Mémoire sur le typhus de l’armée d’Orieut, 1858. — Quesiioy, Mémoires de médecine militaire^ t. XX, 2® série, etc.
(2) Bulletin de l’Académie de médecine, mars 1862.
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rieurs tic Varna ont reçu (en septembre l85/i), 2314 cholcritjiies, dont 1389 ont succombé; proportion : 100 décés sur ICO malades. Trois hôpitaux sous tentes, établis à 6 kilomètres environ de Varna, run .sur le plateau de Franka, les deux autres sur le bord méridional do la rade, au voisinage d’un petit monastère grec, ont compté 698 décès seulement sur 2635 cholériques ; proportion : 100 morts sur 376 malades; en ajoutant ;i ce chillre les décès survenus pendant la traversée et dans le trajet du port à remplacement du moinastère, on obtient encore une proportion d’une bénignité insolite. Et tandis 1 que les hôpitaux-bâtiments s’infectent pour un temps plus ou moins long, ici li point de foyers cholériques ; 17 ofliciers de santé ont succombé en soignant les cholériques dans les bâtiments, aucun n’est mort sous les tentes. Si le typhus • s’est développé dans les canipements de la Crimée, c’est (ju’alors les tentes,
I hermétiquement fermées pour protéger les habitants contre les rigueurs de l’hiver, n’étaient plus ventilées ni fixées sur un sol assaini; elles recouvraient des excavations, dites taupinières, où s’enfermaient les soldats pendant le temps où le service ne les appelait point ailleurs; creusées dans un sol perméable aux eaux pluviables qui fdtraient à travers d’immenses détritus de putréfaction organique, leurs parois suintaient et entretenaient sous les tentes une humidité miasmatique ; la multiplicité et l’imperfection des cimetières, les cadavres d’animaux épars dans les campements, l’accumulation de 180 à 200 000 hommes de plusieurs armées sur un étroit plateau, derrière une ville assiégée où régnait le typhus, voilà, sans énumérer d’autres causes encore, de quoi expliquer l’extension de ce fléau parmi nos propres troupes et celles de l’armée sarde, placées exactement dans les mêmes conditions (hiver 1855-1856). Remarquons l’immunité dont les Anglais ont joui à cette époque, grâce à une meilleure installation dans des baraques bien ventilées et à une direction hygiénique plus régulière, plus décisive.
Quoi qu’il en soit, l’expérience de la dernière campagne d’Orient démontre l’utilité de la dissémination des maladies infectieuses et contagieuses, de leur traitement à l’air libre, sous les tentes, quand la saison et le climat le comportent ; une tente double est imperméable à, la pluie et aux radiations solaires, elle sc prête à l’aération instantanée. Il importe de n’y placer, malades, tout au plus que la moitié du nombre réglementaire d’hommes; les tentes pour 16 hommes ne doivent recevoir que 6 à 8 malades, etc. L’hôpital-bâtiment condense, emprisonne, accumule les miasmes, les ferments morbides; la tente les divise, les disperse, et prévient la formation des foyers. Les baraques sont préférables aux édifices; quand il faut occuper ceux-ci, l’encombrement est inévitable et n’a d’autre correctif, d’autre moyen d’atténuation, que la ventilation diurne et nocturne des locaux.
Les essais que nous avons provoqués en Orient (1854-1855) des hôpitaux sous tentes et des hôpitaux-baraques, ont certainement donné à nos confrères des États-Unis l’idée d’expérimenter le même système sur une si grande échelle qu’ils ont démontré en même temps l’impunité de prodigieuses agglomérations
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de malades dans les conditions de division et d’aérages adoptées par eux. Ainsi i leur West Philadelphia Hospital contenait 3124 lits ; il y avait 1040 lits dansH le Mac-Clcllan Hospital, 1700 lits dans le Hammond Hospital, 1200 lits:|
i iiao'"'
Fig. 17.-MOWEU General Hospital (Chesnut Hill).— A, administration; B, cuisine; , baraque pour les employés; D, magasins; E, chambre de garde et vestiaire.
dans les pavillons en échelons du Lincoln Hospital {in Washington city), 3750 lits à l’hôpital général U. -S. Fort Montroë, 3509 lits à l’hôpital Satterlee à Il adelphie, 3326 à l’Iiôpital Mower près de la même ville, etc. En septeinre 1864 où 1 ensemble des ressources nosocomiales avait atteint son maximum t e c eve oppement, l’armée des États-Unis comptait 202 hôpitaux généraux