‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 116 sur 196 · J PDBLIQUE] DES ÉDIFICES PUBLICS. — HOPITAUX DE CONVALESCENCE. 5G · texte numérisé non relu

J PDBLIQUE] DES ÉDIFICES PUBLICS. — HOPITAUX DE CONVALESCENCE. 5G

i ordinaire; elle les éloigne de toute idée de séquestration; elle achève la guéj rison d’un certain nombre, et, quant aux incurables, elle adoucit leur exisp tcnce de tous les jours; la colonie annexe est le moyen le moins hasardeux de B remédier à l’encombrement des asiles et d’alléger les charges départeinen-' ^ taies (1).

6“ Hôpitmix de convalescence. — Ce n’est pas seulement pour les aliénés qu’il w convient de créer des établissements de convalescence; l’intérêt de tous les autres I malades exige la même mesure. Des hôpitaux de convalescence dans les grandes f cités, des salles spéciales de convalescence dans les hôpitaux des petites villes, i hâteraient l’entier rétablissement des malades, les mettraient à l’abri des rechutes et des accidents qui les font péricliter après la guérison de leur affection initiale, les affranchiraient des chances d’infection et de contagion qui sont inhérentes à toute réunion de malades. Le changement de lit, d’air, de iiourriture, d’horizon et d’entourage, exercerait la plus heureuse influence sur tant de malheureux, qui, à peine débarrassés d’une maladie grave, voient leur convalescence compromise par le voisinage d’affections contagieuses, par les émanations délétères, l’agitation nocturne et les cris d’un délirant, etc. Nos souvenirs nous présentent à l’esprit plus d’un malade dont la convalescence a été brusquement interrompue par l’un de ces incidents funestes qui sont comme une foudre toujours suspendue dans l’atmosphère des hôpitaux. Grâce au déplacement des convalescents, le lit qu’ils ont imprégné de leurs émanations pourrait rester inoccupé pendant quelques jours et subir un assainissement préalable avant de recevoir un nouveau malade. Inspirée par les conseils de van Swieten, Marie- Thérèse a doté Vienne d’un hôpital de convalescents ; Paris en possédait un en 1652 sur une petite échelle de vingt-deux lits, situé dans la rue du Bac, près de la rue de Varennes ; il recevait les convalescents de la Charité. En signalant ses avantages. Tenon s’écrie (2) : « Excellente institution, trop peu étendue pour les hommes et qui manque absolument pour les femmes ! » Malgré les réclamations de Coste (3) et de tous les médecins éclairés, les deux sexes en sont restés privés jusqu’eii ces derniers temps : la création des asiles de convalescence, à Vincennes et au Vésinet, pour les hôpitaux de Paris, est un bienfait qu’il s’agit d’étendre ; le choix des localités peut le doubler : combien de poitrines ravagées par les phlegmasies ou menacées par l’hérédité morbide, se ranimeraient dans un asile de ce genre, placé sous le souffle vivifiant de nos meilleures stations du midi de la France, et même en Algérie !

7° Mortalité des hôpitaux et conclusions. — Il résulte d’une statistique publiée en 18ii4, par le ministre de l’intérieur, que les divers hôpitaux de France ontreçude 1833-1835, 1 129 Ü94 malades; de 1836-1838, 1 136 008; de 1839-1841, 1 288 358. Ce qui donne une augmentation de 12,44 pour 100

(1) A. Pain, Sur les divers modes d’assistance publique appliquée aux aliénés {Annales d’hygiène et de médecine légale, 1865, 2® série, t. XXIV).

(2) Tenon, Mémoire sur les hôpitaux de Paris. Paris, 1789, in-4 avec planches.

(3) Coste, Diclion7iaire des sciences médicales, i.Wl, p. é41.

5GG des modificateurs. — CIRCUMFÜSA. [hygiène

sur la troisième période comparée h la première ; dans cette même comparaison, on trouve sur les décès un accroissement de près de 19 pour 100, La mortalité moyenne des huit années sur le nombre total des malades dans toute la France a été de 81 et 82 sur 1 000. C’est dans les départements agricoles, éloignés des grands centres de population, les moins exposés aux commotions politiques et industrielles, que la mortalité présente sa moindre proportion ; durant la période de huit ans dont il s’agit, elle n’a pas atteint une seule fols le chiffre de 75 pour 1000 dans vingt-trois départements (Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres, Aveyron, Charente, Cher, Puy-de-Dôme). Dans un seul département, Seine-Inférieure, elle s’est maintenue pendant les huit ans au-dessus de 100 sur 1000; U en a été de même pour sept ans dans le Haut-Rhin, et pour six années dans le Rhône. Les grandes cités, surtout celles où l’industrie est la plus active, fournissent les chiffres les plus élevés d’admissions aux hôpitaux ; les départements que la civilisation moderne a le moins entamés (Cantal, Lozère, Cher, Corse) se distinguent sous le rapport contraire. Le tableau suivant, dont nous empruntons les éléments à un document officiel (1), indique la mortalité dans les hôpitaux de Paris : 1“ pendant la période décennale de 1835 à 18ÔÙ, 2“ en 1853, 3“ en 185A :

Hôpitaux généraux.

De 1835 à 1844.

Hôtel-Dieu

1 sur 8,38 1 sur 7,11

1 sur 6,70

Sainte-Marguerite . . . ,

Pitié

Charité

Saint-Antoine

Necker

Gochin

Beaujon

Lariboisière

Hôpitaux spéciaux.

De 1835 à 1844. .

Saint-Louis

Midi

Lourcine

Enfants trouvés

Sainte-Eugénie

Accouchement

Cliniques

Hôpitaux réunis ....

Pour tous les hôpitaux de la France, la mortalité présente en 1853 une moyenne générale de 8,01 pour 100 malades traités : proportion à peu près k fois plus considérable que la mortalité de la population en France qui, pour la même année, a été de 2,22 pour 100 habitants. Voici, dans les hôpitaux, les rapports de mortalité suivant le sexe et l’âge :

(1 ) Compte moral et administratif des hôpitaux et hospices de Paris pour l’exercice 1854. Paris, 1855.

i publique] des édifices PDBLICS. — MOUTAEITÉ DES HOPITAUX. 5G7

Sexu uuisouliii. Sexu féminin. Moyenne générale.

Adultes 6,78 9,86 7,86

Enfants 9,05 9,77 9,39

La moyenne générale de la moiTalilé dans les hôpitaux est restée h très- ) peu près stationnaire depuis vingt ans, comme on le voit par les chiirres suit vants ;

Mortalité

Période. pour dOO.

La mortalité des hospices dépasse celle des hôpitaux; elle atteint en moyenne 9,71 pour 100 individus soignés, savoir 10, 5ô pour les femmes et 8,90 pour les hommes.

Le système hospitalier de France manque d’unité ; la nature, la forme et l’efficacité des secours olferts aux indigents malades devraient être les mêmes sur toute l’étendue du territoire ; les mêmes règles devraient présider à l’admission des médecins dans la pratique des hôpitaux ; partout, en un mot, le malheureux devrait trouver le même ensemble de soins, les mêmes garanties de guérison ou de soulagement, le même genre d’assistance, le même régime d’administration. C’est à l’État, non aux communes, que doit revenir la tutelle des malades, des vieillards et des orphelins; l’humanité et la science gagneraient à ce qu’une surveillance et une impulsion égales vinssent à rayonner d’un centre commun à tous les établissements de bienfaisance. Malgré l’obstacle de l’individualisme communal et départemental, la civilisation a étendu aux hôpitaux la part de ses bienfaits ; les temps sont loin où Tenon et Bailly traçaient de leur situation un tableau aussi effrayant que vrai, où l’on entassait jusqu’à six malades dans un seul lit, où tous les fléaux de l’encombrement et de la pénurie sévissaient sans interruption dans les dérisoires asiles de la misère et de la maladie. L’hygiène s’applique à les sanifier, la charité les a agrandis. Paris, qui n’avait en 1819 que ùO 000 lits pour les pauvres malades et infirmes, en tient aujourd’hui 80 000 à leur disposition.

Mais où s’arrêtera le progrès nécessaire des établissements de bienfaisance, et ne doit-on pas craindre d’organiser la misère et le paupérisme avec prime et budget, d’encourager la paresse et le déréglement des mœurs en offrant des ressources contre les effets du vice ? Ce sont des économistes, non des médecins, qui ont posé ces questions. On a présenté à tort Montesquieu comme un ennemi des hôpitaux; il en reconnaît la nécessité dans les pays d’induslrie et de commerce; il ne les condamne que dans ceux où la misère particulière dérive de la misère générale, l’État devant à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit point contraire à la santé (1) ; toutefois il préfère des secours passagers aux

(1) Montesquieu, Esjjrü des lois, liv. XXllI, chap. xxix.

Mortalité

Période. pour 100.

568 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène in y

établissements perpétuels. Il n’est pas démontré que les hôpitaux inlluent sur < l la progression du nombre des indigents; la vraie charité, qui est aussi la vraie '‘civ politique, ne s’informe pas de ce point; il y a parmi les pauvres des maladies s ibi que l’on ne peut traiter à domicile, un grand nombre n’en ont point ; les au- njc très résident dans les quartiers les plus insalubres; et en supposant que les -.il ressources publiques suffisent à cette onéreuse dissémination des secours à > 2 domicile, il faut commencer par rebâtir la demeure de chaque indigent ; car, '.ii telle que nous la voyons, elle serait l’inévitable écueil des entreprises de l’art m des médecins. Les hôpitaux sont donc, seront encore longtemps nécessaires ; y ceux qui reçoivent les femmes enceintes et les enfants trouvés préviennent les j tentatives d’avortement et les infanticides ; ceux où l’on traite la syphilis sont institués moins dans l’intérêt des individus que dans celui de la société ; ils tendent à borner la contagion d’une maladie hideuse qui s’insinue dans les familles et flétrit dans leur germe des générations innocentes. Et néanmoins, tout en reconnaissant les bienfaits et les nécessités de l’institution nosocomiale, nous restons frappé des immenses difficultés qui s’opposent à son complet assainissement, des mortalités exorbitantes qu’elle entraîne ; nous croyons que l’effort de la charité publique doit changer de direction, et atteindre le but du bien social par d’autres voies et moyens. La commission des logements insalubres, le traitement à domicile tel qu’il s’exerce déjà, sont les rudiments d’une forme nouvelle d’assistance, fondée sur les principes de la famille, sur le respect de l’individualité humaine, sur la décentralisation des malades, et devant amener l’atténuation, sinon la destruction des foyers infectieux et contagieux, régulièrement constitués sous le nom d’hôpitaux.

8® Habitations pénitentiaù^es. — Ce que leur salubrité exige se déduit des j conditions que nous avons énoncées; ce qu’elles sont aujourd’hui, la statistique le révèle. Nos établissements pénitentiaires sont les prisons, les maisons centrales de force et de correction, les bagnes et les colonies pénitentiaires.

La loi a confié aux autorités administratives et judiciaires le soin de veiller au bien-être des prisonniers et à la répression des abus dont ils peuvent avoir à souffrir. Les préfets, sous-préfets, maires, commissaires de police, doivent visiter une fois par mois les prisons, maison d’arrêt ou de justice de leurs communes. Une fois par an, le préfet doit visiter tous les individus détenus dans son département ; chaque juge d’instruction une fois par mois, et le président d’assises à chaque session. Tous ces magistrats transmettent au ministre de la justice le résultat de leurs observations. Il existe en outre une inspection générale des prisons. Ce contrôle répété prévient ou fait cesser les abus flagrants, assure le maintien de la règle ; mais il ne va pas jusqu’à remédier aux causes latentes d’insalubrité, aux influences sourdes et journalières qui usent prématurément la vie des prisonniers, alors que la loi ne leur inflige que la privation de leur liberté et de leurs droits civils. Les prisons ont reçu de grandes améliorations ; néanmoins, à des époques peu éloignées, elles présen-

publique] des édifices PUBLICS. — HABITATIONS PÉNITENTIAIRES. 569

taient encore à Paris, au centre tic la civilisation, une effrayante proportion (le mortalité (Villermé) :

rte 1815 M8I8. Del819M827.

Grande-Force 1 sur 40,88 1 sur 57,42

Madelonnettes 38,03 45,41

Conciergerie 32,06 »

Petite-Force 26,63 36,76

Sainte-Pélagie 42,48 48,50

Bicêtre 18,75 26

Saint-Lazare 17,95 24

Saint-Denis 3,97 5,64

Les maladies qui régnent dans les maisons centrales présentent une physioaïomie particulière ; outre leur contingent d’affections communes aux popula- I lions libres, elles ont leurs endémies : dans quelques contrées exceptionnelles, telles ont paru procurer aux détenus une sorte d’immunité contre les épidémies du dehors. En général, la débilité et l’épuisement constituent le caractère fondamental de leurs maladies; c’est ce qui explique la forte proportion de leurs affections chroniques, dont les cas sont, à ceux de maladie aiguë, comme à 1 '(Chassinat). La phthisie, les scrofules et le scorbut dominent dans ces établissements; sur 8 décédés du sexe masculin, 3 sont victimes de la tuberculisation. Pour les femmes, le rapport est de 1 sur 3. La phthisie et les scrofules réunies causent chez les hommes 5 décès sur 11, et chez les femmes 5 sur 13. Des calculs d’une valeur approximative ont conduit Ferrus (1) à fixer la proportion d’aliénés que fournissent les détenus : elle est de 1 pour 92,7 détenus (année 1847), Tandis que la population libre n’en compte que 1 sur 1830 (année 1846). La folie est très-commune dans les prisons, et si elle ne se manifeste point sans le concours de prédispositions individuelles, il faut reconnaître que la captivité agit très-efficacement à titre de cause déterminante. Le suicide y régnerait avec une énergie extrême sans les moyens de surveillance ; néanmoins il s’y montre quatre fois plus fréquent que dans la vie libre, car on trouve pour la population extérieure 1 suicide sur 11 589 individus, etpour les prisonniers, 1 sur 3165.

La mortalité dans les bagnes et les maisons centrales a été étudiée d’après les documents officiels de 1822 à 1837 (2). Les chances de mort annuelles étant égales à 1 dans la vie en liberté, elles s’élèvent à 3,84 pour les forçats dans les bagnes, et dans les maisons centrales à 5,09 pour les hommes et à 3,59 pour les femmes. Dans les bagnes, les chances de mort les plus grandes existent pour la période de 30 à 40 ans; le maximum de la mortalité a lieu pendant la première année. Les décès des récidivistes sont à ceux des nonrécidivistes comme 77 à 133. Les assassins périssent en moins grand nombre que les voleurs, et ceux-ci vivent plus que les coupables de viol ; le rap-

(1) Ferrus, Études sur la mortalité dans les bagnes, Paris, 1844, in-4.

(2) Ferrus, Des prisonniers, de l'emprisonnement et des prisons, p. 108.

DKS MODIFIC.ATEURS. — CIRCUMFUSA.

[IITGIÊ)'

port est de 116 à 136 à 160. Quant aux professions, le maximum de mortali i tombe sur les habitants de la campagne, les agriculteurs, les soldats, les marin;' . les vagabonds, les mendiants, puis sur les forçats qui ont exercé une profeh i sion active, viennent ensuite les professions libérales; les ouvriers sédentaiia ■) provenant des villes supportent le minimum des décès : la série ascensionnel u est, pour ces différentes catégories, 121, 130, 132, \kl, 151. Dans les tro i bagnes de Brest, Toulon et Rochefort, la mortalité se montrait dans le rappo> ,q de 100 à 136 et à 167. Dans les trois bagnes elle a diminué : de 1822 à 183 1 elle était de 1 sur 137 ; de 1831 à 1837 elle est descendue à 1 sur 150. - .( Dans les maisons centrales, les plus fortes chances de mort correspondent a la puberté ; la vieillesse confirmée s’y trouve mieux que dans les bagnes fl le maximum de la mortalité surv ient pendant la seconde et la troisième anné I pour les hommes, pendant la troisième et la septième pour les femmes. L c mortalité des récidivistes et des non-récidivistes est dans le rapport del7rfc à 206 pour les hommes, et de 87 à 115 pour les femmes. Relativement au, t professions, la mortalité se comporte dans les maisons centrales comme dan | les bagnes, avec cette différence que le minimum appartient aux profession:^ libérales. Elle varie suivant les maisons centrales: pour les maisons d’hommes 1 ses rapports oscillent entre les nombres 109 et 112 fournis par Poissy e f Melun, et les nombres 2UQ et 28fi fournis par Gaillon et Eysses; pour le: i maisons de femmes, entre les chiffres de 8k et 90 donnés par Loos et Fonte- i vrault, et ceux de 158 et 193 donnés par Rennes et Limoges. En somme, poui les périodes précitées de 1822 à 1831 et de 1831 à 1837, la mortalité a baissé dans les maisons de femmes et s’est élevée dans les maisons d’hommes.

La statistique officielle de la Fi ance, de 1831 à 1835, porte le nombre de* décès de nos 19 maisons centrales à 5ûl0 sur une population moyenne dd 80 0Zi5 détenus; ce qui donne la proportion de 6,75 sur 100. Celle qu’a obtenue Ghassinat est de 5,09 pour les hommes. D’autre part, Benoiston de Chàteauneuf estime à 1,57 sur 100 la mortalité des plus pauvres ouvriers de Paris ( I) : d’où l’on voit que, malgré les améliorations relatives dans le sytènie pénitentiaire, les détenus ont à subir un excédant notable de chances de inorL En 1829, Villermé jugeait que la captivité abrège la vie de 17 à 35 ans. Ch. Lucas assure que, dans l’état actuel de nos maisons centrales, une détention de 10 ans équivaut aux 5/7 environ d’une condamnation à mort (2). Dans la maison centrale de Nîmes, il meurt k détenus et 299/1000 pour i décès d’hommes libres; d’où, en 23 ans, 1575,63 condamnés à mort parle régime des prisons (3). Certains publicistes ne s’inquiètent point de ces résultats : de Tocqueville fait remarquer qu’une prison n’est pas un hôpital, et qu’on en-

(1) Bertoiston de Chateauneuf, Annales d’hygiène. Paris, 1830, t. III, p. 5.

(2) Ch. Lucas, Théorie de l’emprisonnement, t. III, p. 26.

(3) Boileau de Castelnau, Influence du régime des prisons, etc. (Annales d’hygiène, 18A9. t. XLI, p. 89). — Joret, De la folie dans le régime pénitentiaire, dans A/é»ioi>w de T Académie de tnédecinc. Paris, 18A9, t. XIV, p. 319-A07.

ruOUe] nES ÉDIFIGES PUBLICS. — HABITATIONS PÉNITENTIAIBES. 571

;rine les criminels, non pour leur bien-ôtre et leur santé, mais pour les punir : t les réformer. Moreau -Christophe va plus loin encore : « Tout ce c|u’on . eut, tout ce qu’on doit exiger d’une prison, c’est qu’elle ne tue pas. » Pour

unir le criminel, pour le corriger, pour prévenir les récidives, il ne craint ' as d’attacher aux prisons de plus fortes chances de maladie et de mort. Cette 1 loctrine nous paraît cruelle plutôt que juste; elle donne au châtiment légal Ir e caractère de la vengeance : il faut rechercher pour les détenus des moyens hle régénération morale qui se concilient avec la santé et la conservation de i 3 vie.

î Deux systèmes sont aujourd’hui en présence : 1“ Le système pensylvanien,

I lu la réclusion cellulaire de jour et de nuit, sans autre distraction que le tra- 'ail solitaire, les lectures pieuses, et les visites du directeur, de l’aumônier et lin geôlier; il est suivi à Philadelphie, à New-York et à New-Jersey. 2“ Le Jystème d’Auburn, l’isolement cellulaire pendant la nuit, et le travail en ;ommun pendant le jour, avec l’obligation du silence absolu; il est adopté à îing Sing, à Boston, dans le Kentucky, dans le Menessé, etc. La Suisse, la j8elgi(iue, l’Angleterre, l’Écosse, sont entrées dans la voie de la réforme pénikenliaire, dont la première idée vient d’un philosophe et d’un prêtre. Howard bt A. Mahillon ; mais ces pays ont diversement combiné les deux systèmes, dont l’application franche et complète n’a eu lieu jusqu’à présent qu’en Amérique.

Ce n’est qu’en 18A0 que l’emprisonnement individuel a été appliqué en France ; limité d’abord aux détentions préventives, il a été étendu en 18A3 à la détention pénale pour une période de douze ans, au delà de laquelle l’emprisonnement en commun devait, d’après le projet de loi de Duchâtel, alors ministre de l’intérieur, succéder à l’incarcération solitaire. La chambre des députés (18AÔ) fixa à dix ans la durée de ce dernier mode d’emprisonnement, et voulut qu’à l’expiration de ce temps, les condamnés fussent transportés hors du territoire continental de la France. En 18A7, autre projet de loi présenté à la chambre des pairs : l’emprisonnement cellulaire y était étendu à toute la durée des peines; les bagnes étaient supprimés et remplacés par des maisons de travaux forcés. La révolution de 18à8 empêcha la discussion du rapport présenté sur cette loi par Bérenger. La France compte aujourd’hui vingt-cinq à trente prisons cellulaires, dont plusieurs fonctionnent depuis 19 ans environ : quelques-unes manquent d’importance et de surveillance sévère; dix à douze répondent aux conditions du projet de loi de 18A7. Pour la construction des pénitenciers du système cellulaire, on a adopté le plan rayonnant : tous les bâtiments convergent vers un belvédère central, sorte d’observatoire d’où s’exerce sur toutes les galeries la surveillance du directeur et des employés; entre les bâtiments existent des promenoirs-cellules, en partie abrités pour l’hiver. Dans les galeries, les cellules, alignées sur plusieurs étages, sont munies chacune d’une fenêtre sur la cour et d’une porte sur la galerie, avec un petit judas qui permet d’observer tous les mouvements des détenus; elles ont

DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFÜSA.

[nYGIÈN'

k mètres de long sur 2“’,25 de large et 3 de haut ; elles doivent avoir au moin 28 mètres cubes de vide; à Tours, il y en a 35. Il y a dans chaque cellule ui hamac, une table, un tabouret, une cuvette, avec un robinet d’eau, un bec d gaz et un siège d’aisances qui ne laisse pas échapper d’émanations dans le sys tème combiné de chauffage et de ventilation appliqué par Grouvelleà la prlsoi : Mazas. Sous les six corridors occupant les grandes ailes de ce bâtiment règneii.t; des caves hermétiquement fermées, ouvrant sur le chemin de ronde par um i double porte doublée de peaux de mouton, et dont les deux ventaux sontsé- !• parés par un tambour destiné à faire le service des vidanges. Ce couloir souterrain contient autant de tonnes qu’il y a de cellules, qui communiquent avc( i. ces tonnes par un tuyau de conduite et avec la cave par un tube ajusté à angle i' aigu sur le tuyau de conduite. La cave communique par un canal voûté avec c une grande cheminée centrale, où le feu, toujours entretenu, attire tout l’aii 1 des caves et des cellules. Celles-ci puisent l’air pur dans les corridors par ur, ■ orifice placé près des tuyaux de chauffage. La ventilation est réglée à la partie t inférieure de chaque tuyau de vidange à l’aide de registres, et par la diminu- :i tion de l’ouverture de la cave sur la cheminée. On avait d’abord amené dans i les cellules l’air extérieur par des ouvertures aux murs ; mais l’échauffemem » inégal de cet air avait pour effet de troubler la ventilation et de produire des i courants en sens inverse. La ventilation s’exerce d’une manière égale dans les cellules d’un même étage ; mais elle va en s’affaiblissant du rez-de-chaussée au premier étage, du premier au deuxième étage; grâce aux registres, on arrive à la répartir également dans l’ensemble. Il suffit de placer un tampon à chaque cuvette pour qu’on puisse ouvrir les fenêtres sans amener dans les cellules uu courant inverse et infect des fosses. La nourriture et l’habillement sont les ■ mêmes que dans les prisons en commun. Le travail est encore plus nécessaire dans la cellule, et l’on est parvenu à y acclimater une grande variété d’industries, passementerie, tissage du lin, du coton, de la soie au métier, travaux de reliure, d’ébéiiisterie, etc., à l’établi. Lélut, zélateur persévérant de l’incarcération solitaire, affirme que toutes ses conditions sont égales ou supérieures à i celles de l’emprisonnenient en commun ; égales : l’alimentation, le vêtement, le travail, l’exercice en plein air; supérieures : la quantité d’air à respirer (30 à ZtO mètres cubes au lieu de 8 à 10), attitudes plus libres et plus variées, absence d’excitation au vice. A quoi répond le docteur P. de Pietra-Santa (1): Le temps de la promenade est insuffisant (trois quarts d’heure); le travail n’est pas assez généralisé; la lecture n’est une ressource que pour le petit nombre; pour les autres, l’effet moralisateur se traduit par quarante-sept minutes par mois de conversation avec les directeurs, aumôniers et médecins ; aussi, tout en reconnaissant la diminution du nombre des maladies et des décès à Mazas, comparativement à la Vieille-Force, de Pielra-Saiita insiste sur la fréquence plus

(1) Pietra-Santa, Influence de V em-prisonnement cellulaire de Mazas, etc. {Académie des sciences, 23 janvier 1853).

bliOüeJ des édifices publics. — HABITATIONS PÉNITENTIAIKES.

amie des aliénations mentales et des suicides dans le système de rencellule-

ent. Avant de discuter ces données récentes et restreintes à une seule prison

Ilulaire, rappelons les faits qui se sont produits ailleurs dans les deux modes

séparation individuelle des détenus.

Le silence en commun, base du système d’Auburn, est difficilement observé ;

I î faits rapportés par Demetz, Goindet, Grawford, Livingston, Benoistou (1), I, ouvent que cette loi est partout éludée. L’industrie mimique des détenus supke à la voix, trompe la surveillance la plus assidue, et propage avec autant de pidité que la parole les mauvaises pensées qui germent dans leur réunion. On t forcé de conclure avec Moreau-Ghristoplie que là où il n’y a pas séparation : dividuelle, il y a nécessairement corruption collective. Peut-on l’éviter en j oupant les prisonniers par catégories ? Gette modification a été adoptée à ;anève; les condamnés y sont divisés en quatre quartiers, diversement traités us le rapport de l’alimentation, de la libre disposition de leur pécule, du bgré de liberté accordée aux heures de promenade, etc. Dans ce mode de péîilité graduée, les condamnés, même les plus criminels, obtiennent, en se con- I lisant bien, leur passage dans les quartiers meilleurs. Le temps n’a pas pro- ;)ncé sur la valeur de ce classement, difficile à faire dans les prisons plus ipuleuses que celles de Genève.

G’est au système de l’isolement continu avec le travail que paraissent se ral- 3r aujourd’hui les partisans de la réforme pénitentiaire ; celle-ci ne peut sortir iUn atelier de détenus. « Il n’y a là, dit Benoistou, qu’aversion, que haine pour lute loi, toute règle, toute obéissance. Là on ne nourrit que de mauvais pensants, on ne médite que mauvais desseins. Toute pensée est une pensée de ,ce, de révolte ou d’évasion. » La vie cellulaire, a-t-on dit, peut seule dompter ! caractère du criminel : soustrait à l’émulation du mal, à l’excitation des reards et des gestes, il retombe sur lui-même, déconcerté, abattu; la fièvre lalsaiue de ses passions s’éteint faute d’aliment. S’il n’est pas trop endurci, il îcevra de nouvelles empreintes, et le repentir commencera la convalescence e son âme. Mais on reproche à l’encellulement d’hébéter les esprits bornés, B produire la phthisie, la folie et le suicide. Dans le pénitencier de Philadelhie, 1e docteur Franklin Bâche a signalé, de 1827 à 1836, 16 cas d’aliénaon; mais 10 de ces détenus avaient donné des signes de cette maladie avant ur entrée dans le pénitencier. A Lausanne, de 183A à 18A2, 31 détenus ont Brdu la raison; mais 5 avaient été aliénés avant leur réclusion, et 10 autres : devinrent aussitôt qu’on les eut soumis à l’encellulement, et ne sortaient uère de la catégorie des hallucinés (docteur Verdcil). A Genève, de 1825 1836, 15 cas de folie sur 329 détenus; plusieurs de ces aliénés avaient maifesté avant leur réclusion une prédisposition évidente aux maladies mentales iloindet). Ges faits ne suffisent pas pour trancher la question de l’influence de

(1) Benoiston de Chateauneuf, Annales d’hygiène. Paris, 1838, t. XIX, p. 273 ; 1844, XXXI, p. 52.

57/'i DKS MODIFICATKUUS. — CIRCUMFUSA. [ilYGlÈ' ii

rcnceilulemeiit sur la production de la folie; les rapports publiés ne s’accou >6 dent point sur la limite à poser entre les cas apparlenanl ou non à l’aliénatioi « Ils n’ont pas tenu également compte de l’état mental antérieur à l’emprisoi iq ncment, etc. ; même absence de documents péremptoires sur la mortalité alti ^ buée au régime cellulaire. Les inspecteurs de Cherry-IIill ( Philadelphie 1 4 l’estiment 5 2 1/2 pour 100 de 1829 à 1837 ; la Société de Boston à 3, et i 2 dans les huit établissements soumis à la règle d’Aubuni ; elle est de 3 à Genèvo où le plus grand nombre des détenus sont isolés, ainsi qu’à Berne, où on Iti occupe aux travaux des champs. Les variations du poids des prisonniers peuvei faire connaître les modifications que subit la nutrition générale sous l’inllueiu du système auquel on les assujettit; le poids du corps est un fait simple, facil. à constater, parfaitement mensurable. Les pesées faites ou connues jusqui présent sont celles de la maison de correction de Devèze (Angleterre) et pénitencier de Genève (Marc d’Espine). A. Devèze, le régime pénal consisH dans l’isolement nocturne et le travail silencieux du jour; les pesées qui y on été faites démontrent que cettîe maison engraisse beaucoup plus souvent qu’ell i ne maigrit ses habitants. Au contraire, Marc d’Espine a constaté, soit par 1 1 comparaison des poids moyens, soit par celle du nombre des amaigris et de» engraissés, que le régime pénitentiaire de Genève exerce une influence amai i grissante qui est proportionnelle à ses rigueurs. Au début, il engraisse plu qu’il ne maigrit : c’est que les détenus ont passé des angoisses de la préventioil et de la condamnation à un état plus stable et plus régulier, quoique péniblel Dans ses recherches, Marc d’Espine a fait la part de l’accroissement dû à l’âge | quant aux saisons, il a vu que le rapport des augmentations aux diminutions dij poids est le même en été qu’en hiver (1).

Si nous interrogeons les renseignements les plus récemment fournis et France par des statistiques exactes, nous les voyons concorder sur deux point fondamentaux : l’emprisonnement cellulaire produit moins de maladies et moins de décès que l’emprisonnement collectif. Adversaires et partisans du premier système se rencontrent dans cette importante conclusion. Dans lef prisons cellulaires de Lons-le-Saulnier, de Montpellier, de Bordeaux, de Tours, de Versailles, de Rethel, de Remiremont, Lélut a trouvé beaucoup moins de malades que dans les maisons centrales de Clermont, de Loos, eta Quant à la mortalité qui, chez les classes pauvres, dans la vie libre et à un âge moyen de 30 à âO ans, est annuellement un peu moindre de 2 pour 100, elle a été :

Dans la maison centrale de Clermont (Oise) de 4,1 p. 100 (période de 6 ans).

d’Haguenau 0,75 p. 100 (période de 10 ans).

d’Ensisheim 7,70 p. 100 (période de 12 ans).

de Beaulieu 8 p. 100 (période de 10 ans).

(1) Marc d’Espine, Annales d’hygiène et de médecine légale, Paris, 1844, t. XXXII, p. 70.

U. buûi'e] des édifices PUBLICS.— HABIT ATIONS PÉNITENTIAIBES.

El

Ü ms la prison cellulaire de Lons-le-Saulnier. . . I — de Montpellier

— de Tours

, — de Versailles

— de Rethel.

0 p. 100 (période de 3 mois).

1 p. 2000 (période de 2 ans).

2 p. 1200 (période de 28 mois).

0 p. 300 (période de 15 mois).

1,5 sur 100 (période de 3 ans).

d’après Pietra-Santa lui-même, la mortalité ne s’est élevée, dans la période 850-1854, à Mazas, qu’à 1,90 pour 100.

I Dans la société libre et honnête, on compte 2 aliénés sur 1000 individus; après Lélut, qui a posé le premier cette proportion, les prisons de l’ancien ’gime donnaient 4, 5, 6, 7 et plus d’aliénés sur 1000; dans celles du nouveau •gimo, on n’en compte que 2, 3, 4 et 5 au plus. Lélut a recueilli dans ses roprcs visites les données suivantes :

Années. Prisons. Proportion sur 1000.

1844. Dépôt des condamnés à Paris 7

1844. Maison centrale de Melun 10

1845. Prison correctionnelle de Roanne à Lyon 30

1845. Maison centrale de Nîmes 12,3

1845. Maison centrale de Montpellier 10

1847. Maison centrale de Clermont 21

1847. Maison centrale de Loos 12

1847. Maison centrale d’Hagueneau 29

1847. Maison centrale d’Ensisheim 10

1851. Maison centrale de Beaulieu 12

Ces chiffres fixent la fréquence de la folie dans les maisons d’emprisonnelent collectif à la proportion moyenne de 15 sur 1000. Les prisons cellulaires ut fourni à M. Lélut :

Châlons-sur-Saône. . . .

80 détenus

période de plus d’un

Lons-le-Saulnier

— de 3 mois.

Versailles

— de 15 mois.

Montpellier

— de 2 ans.

Tours et Bordeaux.. . ,

— de 2 ans.

Rethel

— de 3 ans.

Remiremont

— de 17 mois.

En s’appuyant sur la statistique de deux prisons ordinaires (Vieille-Force, dadclonnettes) et d’une prison cellulaire (Mazas), de Pietra-Santa arrive, par ’interprétalion des faits et des antécédents individuels, à conclure que les deux lyslètnes donnent lieu à un nombre à peu prés égal d’aliénations, mais qu’à \lazas, les cas de folie bien constatés ont pris naissance dans l’établissement, andis (ju’aux Madelonncttes, sauf quelques rares exceptions, les fous viennent lu dehors, et la maladie ne se développe pas à l’intérieur.

Quant à la fréquence plus grande des suicides dans la maison cellulaire, elle me paraît démontrée par les dernières recherches de Pielra-Santa qui embrassent une période de 4 ans à Mazas. On a compté :

57G nivS M0DIK1CATE13US. — CIRCUMFÜSA, [hïgiÉne

De 18i0 à 18A9... 1 suicide sur 12 465

1 tentative sur 9 OOü

De 1850 à 1854... 1 suicide sur 12 000

0 tentative sur »

De 1850 à 1854... 1 suicide sur 971

1 tentative sur 76^

Sur 26 suicides, observés à Mazas, 14 ont été consommés dans les 8 premiers jours de l’incarcération cellulaire, 3 dans les premiers mois, 7 dans les deux mois, 2 dans le cours du troisième mois; en général, les détenus qui se sont suicidés, loin d’appartenir à la catégorie des pervers, perdus de dettes et de crimes, étaient en prévention pour des délits qui les rendaient passibles de la police correctionnelle. On a répondu à une première statistique de Pietra- Santa, portant sur deux années (Mazas, 1850-52), en faisant valoir la bénignité de l’année 1850, où Mazas n’a eu que 3 suicides, la gravité des années 1838 et 1848 (1 suicide sur 770) au dépôt des condamnés qui appartient à l’ancien système ; mais la considération isolée de telle ou telle année est sans portée, et les inductions fondées d’abord par de Pietra-Santa sur une période de deux ans, viennent de se vérifier sur une période de deux nouvelles années. Toutefois la statistique n’est pas définitive, même après quatre ans; elle exige des recherches plus longues, plus multipliées.

La prison de la Roquette, affectée aux enfants et soumise depuis 1840 au régime cellulaire, offre des résultats d’un grand intérêt, puisqu’ils jugent la valeur de ce mode pénitentiaire appliqué au jeune âge. Ferrus (1) a fait ressortir l’accroissement du nombre des phthisies et des scrofules parmi les jeunes détenus, et néanmoins, dès 1846, leur mortalité annuelle, qui s’était élevée à 40 et même à 45 pour environ 500, s’était abaissée à 12. Tant il est vrai que la statistique a besoin de suite et d’étendue.

Quand il s’agit du choix d’un système de correction pénitentiaire, les résultats moraux doivent toujours être placés en regard des données physiologiques et hygiéniques. Avant 1840, tous les efforts de la société de patronage, instituée pour donner aide et secours à cette classe de libérés, n’avaient abouti qu’à réduire parmi eux le chiffre des récidives à 14,90 pour 100; depuis l’adoption de l’isolement, il est descendu à 7,12.

De telles différences sont de nature à compenser une augmentation plus ou moins définitive de suicides et d’aliénations ; mais est-il donc impossible de corriger, d’atténuer ce dernier fait ? Nous sommes très-porté a croire avec Lélut (2) que le nouveau mode d’incarcération sera sans danger pour la santé du corps, comme pour celle de l’âme, s’il comporte : 1“ l’habitation d’une cellule ou plutôt d’uue chambre de 30 à 35 mètres cubes d’étendue qui pcr-

(t) Ferrus, Des pHsoimiers, de l'emprisonnement et des prisons. Paris, 1850, in-8, p. 57 et 146.

(2) Lélut, Lettre sur l'emprisonnement cellulaire. Paris, 1855, et De l’influence de l’emprisonnement cellulaire sur la raison, etc. 1844, etc.

I Vieille-Force.

I Madelonnettes .

I Mazas.

l.liS ™„ucs. „a,„TMI0N5 ,.é»,ÏEBT,A1,UÎS. 577

melte au déleuu le mouvement et |■cx0rcice d'un métier; 2” une à deux lieures de promenade au moin>j ■ “?o ^

travail ■ à" dea rommi ■ ’■ luclures instructives alteniaut avec le

lavatl , 4 des comiuuuications journalières, très-fréqueiites, avec des membres de la société honnête, directeurs, aumôniers, méde ins, magisTaTs ttiembres des assoctatioiis charitables, agents des travaux, gardi™ de choi.: et capables de concourir a I œuvre de moralisation ; la l-ormalion prudente de quelques catégories ( emmes. enfants, esprits faible» et passifs, em ) auxquelles ne serait pas appliqué l'isole, nent dans toute sa rigueur, toutes les fois quoi! aura la ceititude que la corruption réciproque ne naîtra point de ces groupements. « Qu on examine, qu’on distingue, dit Lélut, qu’on détermine toutes ces exceptions, la règle n’en sera que plus sûre et son application plus eflicace; mais, dit encore le même écrivain, et c’est là notre propre conclusion, il est bon, il est nécessaire que les criminels condamnés soient rigoureusement isolés les uns des autres ; pour qu’ils ne se corrompent pas les uns les autres, pour que 1 action réformatrice de cette société qu’ils ont attaquée s’exerce plus efficacement sur eux; pour que, dans la prison, ils ne se connaissent pas, et qu’ainsi ils ne puissent s’associer pour de nouveaux délits et de nouveaux crimes. «

Au reste, quelque mode d’emprisonnement que l’on adopte, il ne faut point se flatter d’égaler les chances de santé et de mortalité entre la captivité et la vie libie . on ne borne pas impunément aux avares dimensions d’une cellule le champ de la locomotion, la portée du regard, l’indépendance des actions ; la privation d’air et de mouvement, ajoutée à celle de la liberté, fait de l’existence en prison une existence contre nature. Le bandit, le criminel, le vagabond que l’on enferme, ressemblent à l’animal sauvage qui passe à 1 état de captivité ; aux mouvements violents, aux aventures, aux passions, aux orgies, succèdent l’isolement, la stagnation, la perspective d’une peine plus ou moins prolongée, la compression de la fatalité sous la forme de la loi : laut-il donc s’étonner si chez les détenus les maladies ont un caractère plus grave et des suites plus funestes (1)? La phthisie pulmonaire surtout les décime, sans qu’on puisse la rapporter plus particulièrement à l’obligation du silence, au défaut d’exercice à l’air libre, à la spécialité nuisible des travaux, aux vices de la solitude, à la consomption morale des regrets, des ennuis et des remords. Ainsi, tout en évitant avec soin d’aggraver le chûlinient légal, on ne réussira peut-être jamais à réduire entièrement le tribut de la mort dans les prisons au même taux que dans la vie libre; mais on peut assurer que la substitution de l’influence morale au principe de rintimidation, la combinaison des travaux agricoles et industriels d’après les vues de Boileau de Castelnau [loc. cit.), la création d’ateliers mobiles dont Dugat, inspecteur général des prisons, a donné le plan, et qui exécuteraient les travaux de terrassement, d’eiidiguement, de dessèchement, des routes; la répartition des

(1) Michel Lévy, Gazette médicale, avril 1844. M. LÉVY. Hygiène, 5® édit.

578 des modificateurs. — INGESTA. [hygiène

ilétniiis en escouades occupées alternalivement au grand air et à la confection sédentaire de leurs outils, de leurs vêtements, de leurs chaussures, etc., l’instruction morale et intellectuejle dispensée tous les jours pendant quatre heures au moins ; une gestion éclairée de toutes choses et donnant l’exemple continu de la régularité et de la probité, indueraient heureusement et sur la santé et sur la moralité des condamnés. Nous renvoyons aux conclusions du mémoire de Castelnau où l’ensemble de ces moyens est détaillé et justifié, sans oublier le secours que l’on peut tirer dans certains cas des divers modes d’emprisonnement : ils peuvent avoir tous leur utilité. L’erreur et le mal consisteraient dans l’application exclusive d’un régime uniforme. Ferrus partage les condamnés en trois catégories : 1“ intelligents, énergiques et pervers ; 2“ vicieux, bornés, abrutis et passifs ; 3“ ineptes on incapables. Aux premiers, dit-il, l’encellulement continu ; aux seconds, la captivité collective pour règle et l’isolement comme mesure exceptionnelle; aux derniers, la communauté pénitentiaire avec des conditions nouvelles qu’il indique judicieusement (1). Nous pensons que la combinaison des divers modes de captivité et des travaux agricoles et industriels doit servir de base à une réforme pénitentiaire où l’on voudra concilier l’intérêt de la vie humaine avec celui d’une régénération effective.

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