PUBLIQUE] CONSERVATION DES BOISSONS. — EAU
liauteur se terimiiant au niveau du sol, revêtue inlérieuremeutpar une couche déciment romain et fermée à l’aide d’une trappe eu fort chêne: c’est par cette ouverture que descend l’ouvrier dans la citerne, lorsqu’elle est à réparer ou à nettoyer. Ce nettoyage s’opère aisément tous les quatre ou cinq ans au moyen d’une espèce de drague à long manche. A l’un des angles de cette trappe, on ménage une ouverture pour le passage d’un tuyau de pompe à la main. Des tuyaux de terre cuite ou de fonte, placés dans un enfoncement, conduisent l’eau pluviale de la gouttière à l’intérieur de la gorge du côté dont on fait choix. La trapjie, fermée hermétiquement, doit rester en place pendant deux ou trois mois; au terme de ce délai, on laisse arriver l’eau dans la citerne, elle y contracte un goût de chaux qui ne tarde pas h se dissiper. Gama estime à 500 ou 600 francs la dépense totale de la construction d’une citerne de 1“, 50 cubique. H oublie toutefois de recommander exclusivement la récolte des eaux qui coulent sur des toitures d’ardoi.ses ou de zinc, et d’indiquer les moyens d’empêcher l’introduction dans les citernes des ordures qui existent sur les toits, dans les gouttières, dans les tuyaux de conduite. L’eau des citernes se charge quelquefois de principes empruntés a leurs matériaux de construction; elle prend un goût putride au contact des matières 'organiques qui y fermentent. Aussi les citernes publiques devraient-elles, comme la grande citerne du palais ducal de Venise, ne recevoir l’eau pluviable qu’à travers une épaisse couche de sable. Dans les réservoirs qui ont moins de 3 mètres h 3"', 51) de profondeur, l’eau tend à s’échauffer, les plantes aquatiques et les insectes se multiplient. En 18A2, l’eau de la fontaine de la rue de l’Arcade, à Paris, fut .souillée par la présence d’une grande c|uantité de puces d’eau {crusiacés monocles, du genre Duphnée), qui provenaient du bassin de Chaillot : il fallut curer ce bassin et établir un filtre h la fontaine de la rue de l’Arcade. D’après Guérard(l), les plus belles citernes connues sont celles de Constantinople, alimentées par les sources de la forêt de Bellegarde : il ignorait sans doute qu’elles ne versent aujourd’hui, aux habitants de Péra, qu’une eau jaunâtre, chargée de matières terreuses et organiques par suite du mauvais entretien des conduits. Kuhlmann a signalé dans l’eau d’une citerne du département du Nord la présence du sulfate de cuivre provenant des tuyaux de cuivre qui surmontent les cheminées des fourneaux des machines h vapeur ; celles-ci sont alimentées avec de la houille qui contient du bisulfure de fer, la quantité d’oxygène qui passe au moment où l’on charge le foyer ne suflit pas pour convertir le soufre qui se sépare en acide sulfureux, il s’en volatilise une certaine portion avec un peu d’hydrogène sulfuré; le cuivre de la cheminée les lixe au passage et le sulfure de cuivre qui en résulte se change en sulfate avec le concours de l’oxygène atmosphérique. Ce sulfate de cuivre, entraîné par le cooiant d’air du tuyau, se dépose sur les toits et sur les gouttières. Il faut éviter de recueillir les eaux qui lavent ces toits ainsi que les toits de plomb ; 1 eau qui
(1) Guérard, Du choix et tk ht distrUmlion des enux, 1852, p. (56.
618 DES MODIFICATEURS. — INGESTA. [hygiène
coule sur les Uiils de zinc sérail aussi à rejeter d’après Blandet el Landoiizy, niais depuis longues années A nzoux (1) constate l’innocuité des eaux recueillies dans des réservoirs de zinc et consonnnées par les habitants des fertiles plaines de Neubourg (Eure), où, faute de puits et de sources, l’eau de pluie est d’un usage général. Depuis quinze ans, on y a substitué ces ré.servoirs aux citernes: l’eau s’y conserve pure, limpide el de bonne qualité. On négligera aussi la première eau de pluie qui se rencontre dans les amcbes inférieures de l'atmosphère et entraîne une foule de corpuscules étrangers. Le fond des citernes doit être garni d’un lit de charbon en poussière. L’emploi du noir animal eu grain purifie aussi leur eau et la débarrasse en même temps de leurs sels calcaires ; Girardin le prescrit à Zi kilogr. par hectolitre d’eau dans unecileine neuve.
Il est d’autres réservoirs publics, dits châteaux d’eaux, fontaines, bassins, qui versent l’eau sur place ou la distribuent aux did'érenls quartiers des villes au moyen d’un système de conduits souterrains ; il est nécessaire de les débarrasser périodiquement des matières qui s’y dépo.sent, des plantes aquatiques qui y prennent naissance. Le sable dos établissemcnis hydrauliques deChelsea ne renferme que 1,A3 pour lOÜ de matières organiques après avoir servi à la filtration pendant plusieurs semaines. La présence des nitrates dans les eaux de Londres prévient la formation de toute matière végétale, et le microscope même n’y découvre aucune trace de végétation après un long espace de temps (Smith). On garantit les réservoirs des infiltrations qui altéreraient la pureté de leur eau, soit en les creusant à une profondeur sulïisante, soit en les entourant d’une couche de sable pur, maintenue par une digue de terre argileuse, comme font les Vénitiens pour préserver leurs citernes de l’infiltration des eaux de la mer. Les conduits de bois finissent par rendre l’eau insalubre et fétide; les sulfates qu’elle contient passent à l’état de sulfure, sous l’inlluence réductrice du bois altéré ; il se développe facilement dans ces conduits des cryptogames qui vicient la pureté de l’eau. Si l’on ne peut les remplacer, il faut choisir pour leur confection des essences dures telles que le hêtre, le chêne, et les dépouiller de leurs matières extractives jiar une macération préalable. Le fer s’oxyde, mais les composés qu’il fournit sont exempts de nocuité, contenus dans une si grande quantité d’eau. On a peut-être exagéré les dangers des tuyaux de plomb, le dépôt de matière terreuse qui se fait quelquefois à leur intérieur les empêche le plus souvent de s’oxyder ou de laisser dissoudre des parcelles de plomb à la faveur de l’acide carbonique de l’eau. Marc n’a pas constaté d’oxydation dans des tuyaux de plomb qui, pendant un grand nombre d’années, avaient servi à charrier l’eau dans Paris. Néanmoins la prudence conseille d’en proscrire l’emploi, et l'on .se rappelle les accidents d’intoxication saturnine que l’eau du château de Claremont a déterminés (2) chez d’illustres personnages : l’analyse chimique y constata plus de de
(1) Auzoux, Atmoles il'hygiènc ci de médecine légale^ 1837, t. Wlll, p. 366.
(2) Marc, Arckines génértdes de médecine, série, XX, )). 294.