‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 138 sur 196 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

EXCRETA.

I. Bains. — Tous les peuples de l’antiquité ont compris l’utilité dos bains; la civilisation augmentant leurs besoins, ils ne se contentèrent plus de les prendre dans les eaux naturelles, et ils construisirent pour cet usage des édifices particuliers dont la destination hygiénique finit par se perdre dans les pratiques de la mollesse et de la luxure. L’emploi des bains dans certains établissements publics, connu de temps immémorial dans les grandes cités de l’Orient, passa de l’Asie en Grèce, et de la Grèce en Italie. L’énorme volume d’eau que les aqueducs amenaient à Rome fournisssait non-seulement à la boisson des habitants, mais encore à l’entretien d’une multitude de bains publics et particuliers (1). La description que Vitruve en a laissé montre qu’aux simples ablutions dans les piscines d’eau froide ou élevée à un certain degré de température, on faisait succéder des bains de vapeurs d’eau plus ou moins chauds. Si la série des procédés hygiéniques et gymnastiques qui constituaient le bain complet (voy. t. I, p. 77) était réservée à l’opulence, le peuple était admis à se baigner dans des établissements qui, par leur étendue et leurs dispositions, affectaient le caractère des monuments de premier ordre. Les thermes d’Auguste, ceux d’Agrippa, son gendre, ceux dans lesquels Néron amena les eaux de la mer, les thermes de Caracalla, de Titus, de Trajan, de Dioclétien, en sont des exemples. Par la conquête, les Romains propagèrent leurs mœurs, leurs habitudes, et par conséquent l’usage des bains publics : les aqueducs, dont les vestiges marquent encore leur domination dans les Gaules, servaient comme ceux de Rome, à l’alimentation des fontaines et des bains publics, ou de ceux qui faisaient partie de l’habitation des empereurs et de leurs délégués. Les thermes de Julien, le plus ancien des monuments romains de Paris, en est une preuve. L’introduction du christianisme ne changea point cet usage.

(1) P. -S. Girard, Recherches sur les bains publies de Paris (Annales d'hygiène et de médecine légale, l’’® série. Paris, 1832, t. VII, p. 5 el suiv.).

686 V I OliS MODIFICATEURS. — EX.CRETA. [hygiène

Grégoire (de Tours) nous apprend que des religieuses de celle ville abandonnèrenl leur couvenl, alléguanl, entre autres griefs, que leur abbesse avait ouvert à des étrangei’s les bains de leur maison. Vers l’é|)oque des croisades, à laquelle se rattache l’institution de la plupart des ordres de chevalerie, on n’était armé chevalier qu’après des ablutions. L’ordre du Bain tire son nom de purifications préalables dans l’eau, auxquelles étaient soumis les récipiendaires. A partir du xii“ siècle, les bains de vapeurs, dont les croisés avaient sans doute contracté l’habitude en Orient, se donnèrent à Paris, à prix d’argent, dans des étuves publiques qui avaient remplacé les anciens thermes. Sous le règne de saint Louis, le nombre des étuves publiques fut assez grand pour qu’on réunît en corps de métier ceux qui, sous le nom Ciestuveurs ou à'estuvm's, exploitaient ces établissements. L’hospitalité et]les réceptions privées de ce temps n’étaient complètes que par l’offre d’un bain plus ou moins recherché. Il y eut plus tard des barbiers-baigneurs-étuvistes (ordonnance du 15 juin 1655), et quand la mode des grandes perruques devint générale vers la même époque, des barbiers-perruquiers-baigneurs-estuvistes. Les bains froids se prenaient en été sur la rivière, dans un de ces grands bateaux appelés tmes, auxquels une grande toile à voile servait de toiture, moyennant une faible rétribution qui en ouvrait l’accès au peuple. En 1761, un nommé Poitevin établit les premiers bains d’eau chaude sur la rivière dans des bâtiments portés par des bateaux et que l’on trouve aujourd’hui dans la plupart des grandes villes. Il a suffi de porter l’eau dans des quartiers qui, jusqu’alors, en étaient privés, pour qu’on vît se multiplier les maisons de bains, dont l’opportiinité ressortait du succès même de l’entreprise. Il faut joindre à ces ressources de cosmétologie publique les baignoires des hôpitaux, les emplacements couverts qui existent sur la Seine, et où le public est admis à prendre des bains froids, enfin les écoles de natation qui concourent à populariser cette utile partie de la gymnastique. Le prix des bains chauds, les seuls qui SC puissent prendre en hiver, est encore un obstacle à l’extension de leur usage, qui devrait exister au même degré dans toutes les classes de la société; néanmoins le prix a baissé. P. -S. Girard a calculé que la valeur des bains, comparée à celle du blé, n’est aujourd’hui qu’environ la moitié de ce qu’elle était au milieu du xiii® siècle. Sous le règne de Louis XI, un hectolitre représentait la valeur de dix bains complets, pris dans les étuves publiques, à raison de ô deniers l’un; aujourd’hui on pourrait échanger la même quantité de blé contre 18 bains, à raison de 1 franc, ou contre 25, à raison de 75 centimes.

Les bains de rivière suffisent en été aux exigences de la cosmétologie publique; il conviendrait seulement d’ordonner des mesures propres à en étendre l’usage et à en écarter toute espèce de danger. C’est ainsi que l’époque de leur opportunité et celle de leur cessation devraient être fixées, sur l’avis des médecins, par l’autorité locale; on recommanderait aux baigneurs de se présenter à une consultation, ouverte pendant la saison des chaleurs, pour les éclairer sur rutilité ou l’inconvénienl que les bains de rivière pourraient avoir

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