BAINS
publique]
pour leur santé individuelle. Dans les villes situées au voisinage des rivières ou traversées par des cours d’eau, il serait prescrit d’établir des bains couverts avec école de natation, où l’admission serait gratuite; les élèves de toutes les inslilulions publiques, les militaires, les ouvriers des grands établissements d’industrie, etc., y seraient conduits à des heures et jours déterminés. Si les cours d’eau passent à une certaine distance des villes, l’autorité aurait à fixer un emplacement convenable pour les bains publics; elle le désignerait d’après l’exploration préalable de nageurs sur une étendue de rivière à lit peu profond, s’abaissant par degré, sableux ou formé par des cailloux ronds, exempt de débris de verre, de poterie. Des surveillants exercés à la natation se tiendraient prêts à porter aide aux baigneurs en péril; tous les moyens de secours et de révivificatiou dont l’expérience conseille l’emploi dans les différentes formes d’asphyxie par submersion, seraient réunis dans un poste voisin, etc. Une telle organisation de bains de rivière ne tarderait pas à en populariser l’usage, si nécessaire en été à la santé des hommes, et particulièrement aux classes inférieures , qui , exécutant des travaux plus pénibles , transpirent davantage et changent moins souvent de linge. La plupart d’entre elles vivent plongées dans une atmosphère chargée de poussières diverses ou souillent leur peau des matières de manipulation professionnelle. C’est pourquoi l’une des plus désirables mesures d’hygiène publique consisterait à mettre, en hiver, à la disposition de la population ouvrière un certain nombre de baignoires. Tout établissement public de quelque importance, collèges, pensionnats, casernes, fabriques, prisons, etc., devrait être pourvu d’un nombre de baignoires proportionnel à sa population, pour l’administration des bains tièdes en hiver. Combien il reste à faire sous ce rapport dans les localités rurales, où la culture du corps est si négligée ! Combien la malpropreté des classes pauvres et laborieuses est invétérée et difficile à combattre ! L’omission continue des soins qu’exige la peau n’est pas la moindre des causes qui concourent à la viciation de leur sang, à la détérioration de leur constitution, à la fréquence et à la gravité de leurs maladies. La société moderne n’entoure la santé des peuples que d’une protection négative. La loi civile se tait sur les conditions favorables au développement régulier et au perfectionnement physique des hommes. Quant à la religion chrétienne, elle ne s’attache qu’à la spiritualité : les masses sont donc abandonnées à leurs instincts, à leur ignorance, à leurs routines. Les législateurs d’un autre temps n’ont pas négligé une moitié de l’homme, c’est-à-dire l’organisation et ses besoins. Sous l’influence des idées d’unité divine et d’unité humaine. Moïse a multiplié pour son peuple les obligations cosraétologiques ; il a fait de la saleté du corps une impureté de l’âme : un bain de purilication est prescrit aux femmes juives après chaque menstruation. A son exemple, Mahomet a prescrit des ablutions, celle des parties génitales quatre fois par jour. Les anciens ne se contentaient pas des aspersions d’eau ustrale; ils avaient leurs thermes. A la lin du Vlll® siècle, le pape Adrien recommandait au clergé des paroisses d’aller se baigner processionnellement
B88 DES MOUIEK'.ATEUUS. — EXC.HEIA. [hygiène
Cil cliaiiluiit des psaumes, tous les jeudis de chaque semaine. De toutes ces prescriptions ou institutions, il ne reste que l’eau bénite.
Depuis que ces lignes ont été écrites (18Zi5), une commission nommée le () novembre 18^i9, par Dumas, ministre de l’agriculture et du commerce, a été chargée de recueillir en France et à l’étranger tous les documents relatifs au»; moyens de créer dans les grands centres de population des bains et des lavoirs publics ; une loi du 3 février 1851 est venue encourager par des subsides la création de ces établissements dans les grandes villes, à titre de modèles et à prix réduit. Dès l’année 1819, le Conseil de salubrité de Paris avait soumis au préfet de police le projet d’établir dans Paris plusieurs grandes buanderies destinées, par le choix des matières et des procédés, à procurer aux laveuses les améliorations désirables sous le double rapport de la santé et de l’économie (1). En 1837, un sieur Lorenzo fut autorisé à établir un lavoir public au marché Saint-Laurent; en 18ZiZi et en 18^i6, le Conseil de salubrité signalait avec satisfaction l’acccroissement progressif des demandes en autorisation des lavoirs publics si avantageux aux classes peu aisées. En 1853, l’empereur a fait élever à ses frais, rue Cafarelli, section du Temple, un modèle de bains et lavoirs à l’instar des établissements anglais. En effet, l’Angleterre nous a devancés dans la pratique, au moins en ce qui concerne les bains. Les premiers bains publics ont été fondés en 18A2 à Liverpool; en août 1846 et en juillet 1847, le parlement anglais a autorisé par une loi les paroisses à emprunter pour imiter cet exemple. Les bains sont divisés en Angleterre en deux classes :
classe.
l Froid
( Chaud . . . .
20 cent.
classe .
Froid
Chaud ....
10 cent.
Les classes ouvrières s’y sont portées avec empressement; une seule administration donne plus de 100 000 bains par an. Chevallier, que l’on retrouve dans toutes les questions d’hygiène populaire, a depuis longtemps insisté sur la possibilité de créer .4 l’usage des classes pauvres des bains et des lavoirs économiques en réunissant dans un bassin les eaux chaudes des machines à vapeur, qui se perdent actuellement à l’égout, emportant avec elles une température moyenne de 30 degrés centigrades. La seule machine de Chaillot en donnerait un volume de 200 hectolitres par jour, quantité suffisante pour 700 bains. Les expériences faites en 1849 sur les conduites alimentées par le puits artésien de Grenelle prouvent que le refroidissement de l’eau chaude en circulation dans des tuyaux posés sans aucun soin dans la terre n’est que de 1®,3 environ pour 500 mètres de parcours, et que, laissée en repos pendant huit heures par la fermeture des robinets disposés aux extrémités des conduites, elle ne se refroidit pendant ce temps que de 1",7 dans les points où l’on a observé le décroissement de sa température. Ces résultats conduisent à utili-
(1) Rapport général sur les travaux du Conseil de salubrité de Pat’is, de 1849 à 1858. Paris, 1861.
publique] bains et LAVOIRS. 689
ser ces eaux à distance, et déjà des cliefs d’usine font arriver les eaux de condensation de leurs machines à vapeur dans des baignoires mises h la disposition de leurs ouvriers. On compi’end le bienfait d’une pareille mesure pour les ouvriers travaillant la céruse, le minium et le massicot, pour les teinturiers, les étameurs de glaces, les manipulateurs de noir animal, les hongroyeiirs, les mégissiers, les couverturiers, les chapeliers, les plâtriers, etc. Malheureusement les vues libérales du gouvernement n’ont pas encore porté tout leur fruit : un petit nombre de villes ont sollicité les allocations que la loi leur accorde pour établir des bains et lavoirs : de nouvelles instructions, accompagnées de plans dressés par un architecte hygiéniste, Gilbert, ont été envoyées dans les départements. A Paris même, le nombre des bains qui se prennent par an est tout à fait disproportionné avec la population : une enquête officielle, dirigée par l’ingénieur Darcy avant l’annexion de la banlieue, a fait connaître qu’il n’y avait en 1850 que 125 maisons de bains, y compris les 4 grands établissements sur bateaux, contenant en tout i06ti baignoires sur place, et 1894 baignoires mobiles ; le nombre des bains administrés par an était de 2116 520 pour 950 000 habitants, soit 2 bains 25 par habitant. Londres n’a pas eu besoin de ces stimulations; un rapport officiel y constate en cinq années la progression suivante :
En 1848, un seul établissement. . . .
En 1849, deux établissements
En 1850, trois établissements
En 1851, cinq établissements
En 1852, onze établissements
48 G37 bains.
297 831 — 9 070 laveuses.