‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 140 sur 196 · GO · texte numérisé non relu

GO

2“ Lavoirs. — Les lavoirs publics ne promettent pas moins que les bains à hygiène des classes laborieuses. D’après Cadet de Vaux, 100 kilogr. de linge sale contiennent en moyenne 4'‘‘*,76 en poids de matières salissantes composées de : 1° substances diverses solubles dans l’eau froide ou tiède, 2° matières saponifiables seulement dans la lessive alcaline. Un rapport d’Émile Trélat et Gilbert, en détaillant les opérations du blanchissage, fait ressortir les conditions de leur construction. Ces opérations sont au nombre de cinq : A. Essanyeage ou lavage à l'eau froide. — B. Lessivage. On jette sur le lavoir rempli de linge une dissolution de carbonate de potasse ou de soude à la lempérature de l’eau bouillante, et on la recueille par un robinet fixé au bas du cuvier, pour l’y rejeter de nouveau. Ce procédé est long et défectueux : sous l’acliou de dissolutions alcalines à 100 degrés centigrades, certaines taches, au lieu de disparaître, s’imprègnent dans le linge. Un appareil inventé par un ouvrier fait passer et repasser la lessive dans le cuvier, d’abord froide, puis de plus en plus chaude, justiu’au degré de l’ébullition, qui marque le terme de l’opération, ^lont la durée moyenne est de deux heures. — C. Rinça(,e et passage an bleu. L’eau de puits étend mieux le bleu, que l’eau de Seine rend pointillé. — D. Essorage, ou rotation accélérée des pièces dans un espace circulaire grillé qu’un

M. LÉVY. Hygiène, 5® édit. il. — 44

690 DES MODIFICATEURS. — EXCRETA. [hygiène

homme met en mouvement; il remplace par une dessiccation partielle la torsion du linge à la main. — E. Séchage. C’est la condition qui fait généralement défaut dans les lavoirs ; les femmes, échaulfées par un travail presque violent, emportent sur leurs épaules leur linge à peine tordu ou essoré, pour aller le tendre dans leurs étroites demeures, déjà si encombrées, si mal aérées.

10 kilogrammes de linge mouillé retiennent 10 litres d’eau, qu’une vaporisation plusou moins lente n’enlève que pour en imprégner l’air, le mobilier, les murs même du logement ; c’est ainsi c|ue des générations entières vivent et se détériorent dans une atmosphère saturée d’eau. Un système économique et expéditif de séchage est donc le complément indispensable des lavoirs publics ;

11 affranchira l’humble foyer de l’artisan et du pauvre d’une des causes les plus actives de malaise et de maladie. Baly, à l’établissement modèle de Gadston .square, à Londres, place le linge dans des e.spaces hermétiquement clos, à l’abri du contact de l’air extérieur, et fait rayonner directement la chaleur sur les pièces h sécher. Quand la température est montée à 110 degrés centigrades, il ne reste plus d’eau ou presque plus d’eau dans le linge. La vapeur dégagée s’échappe par une soupape qu’elle ouvre par sa tension même, et se referme quand le séchage est terminé. C’est par des perfectionnements de ce genre qu’il sera possible de faire produire aux lavoirs publics toute leur utilité. L’industrie privée exploite encore une partie de ceux qui existent à Paris. En 1854, il y avait à Paris 91 lavoirs, recevant une concession de 10 815 hectolitres d’eau, et contenant 5276 places, plus 81 bateaux-lavoirs contenant 2968 places.

Un rapport de la Commission hygiénique du 6® arrondissement de Paris (rapporteur Humbert) pose les règles à suivre dans le fonctionnement des lavoirs publics; en voici les plus importantes (1) :

1° S’opposer, autant que possible, à l’emploi des lessives corrosives, et pour Cela, les dissolutions devraient être faites toujours avec des cristaux ou carbonates de soude, et non avec la potasse ou la soude caustiques ; ces dissolutions ne devraient jamais dépasser 3 degrés ou 3 degrés 1/2 du pèse-lessive ;

2“ Encourager les lessives en commun préférablement aux petits cuviers, et Surtout le mode de lessivage à la vapeur;

3" Veiller et même contribuer, en accordant l’eau nécessaire, à ce que le rinçage puisse se faire dans une eau claire, abondante et souvent renouvelée ;

4“ Enfin encourager et favoriser les établissements où des essoreuses, des presses et des séchoirs à air chaud seraient convenablement installés, afin que les ménagères qui usent du lavoir puissent emporter le linge sec sans une une grande perte de temps.

Quand la double institution des bains et lavoirs sera ce qu’elle doit être, elle aura réalisé l’un des plus précieux instruments de l’hygiène [uibliquc : elle aura donné à l’ouvrier de l’eau chaude pour se laver, du linge sec et propre pour se couvrir ; elle aura en même temps assaini ses foyers domestiques.

(1) Happoi'l (jénévnl du Conseil de sa/uôril.é de PuriSj etc., 1861, j). A7Ü.

Page 1