V. — FÉCONDITÉ ET MORTALITÉ
L’influence des professions sur les naissances est en général masquée par d’autres causes très-énergiques; elle paraît faible et dépend surtout de la quantité et de la nature des aliments et du développement des forces physiques. En diverses parties de l’Allemagne et de la Suisse, on a opposé des entraves au mariage des ouvriers pauvres, afin de borner l’hérédité de la misère et de prévenir la naissance d’enfants qui tomberaient à la charge publique; mais jusqu’à quel point les restrictions apportées aux unions légitimes diminuent-elles le nombre des naissances ? Les désordres qu’entraîne le libertinage ne sont-ils pas aussi des causes très-actives de misère ? Même dans les pays où ce retard dans le mariage n’est pas imposé, une partie des ouvriers vivent en concubinage, soit par l’entraînement de l’exemple des compagnons concubinaires, soit par le défaut d’argent nécessaire aux formalités civiles ou religieuses (1). Néanmoins, la proportion des enfants naturels n’égale pas celle des enfants légitimes; les ouvriers indigents ont le plus d’enfants illégitimes et hésitent moins à les reconnaître. La prospérité de l’industrie fait multiplier les mariages des ouvriers, les crises en diminuent le nombre ordinaire. D’après Villermé, les ouvriers des manufactures comptent beaucoup de mariages, de naissances et de décès; en d’autres termes, leur mortalité est plus rapide que dans les classes élevées, leurs mariages sont plus précoces, et relativement à leur population, leurs naissances sont plus nombreuses. Malgré ces résultats, le grand accroissement de la population dans nos provinces manufacturières est un fait démontré, notamment par les recherches de L. Millot; il se repro doit en Angleterre. Partout l’augmentation de la population et le développement des fabriques marchent en raison directe l’une de l’autre. Villermé a constaté que dans l’état actuel des choses en Angleterre comme en France, c’est dans les grands centres de fabrication de tissus, surtout de tissus de coton et de laine, que la population s’accroît le plus vite, que la mortalité générale est la plus forte, et que les enfants deviennent le moins souvent des hommes faits, tandis que dans les districts agricoles la population augmente le plus lentement, et la vie se prolonge le plus.
La plus récente statistique sur les maladies et les décès des diverses classes d’ouvriers, celle de Hannover (2), détermine l’fige moyen où ils sont emportés par les maladies :
Artisans
Age moyen . . .
Non artisans
Journaliers, domestiques, etc. . . .
Total
(1) Fregier, Des classes danyereuses de la population dam les grandes villes.
I Paris, 184Ü, l. II, p. 154.
(2) Hannover, Maladies des arlisans à Copenhague, etc. {Annales d’hygiène el de médecine légale, 2“ série, 1862, t. XVII, p. 313).
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