II. — Ongles et poils
Les surfaces recouvertes par les productions pileuses fournissent quelques matières excrémcntitielles (fluide sébacé, écailles); en outre, ces productions elles-mêmes dépassent dans leur accroissement les limites de leur utilité, et nécessitent chez l’homme civilisé une tonte périodique; les parties exubérantes qu’il retranche s’ajoutent à la somme du déchet que forment les excrétions.
1“ Les ongles sont des plaques de nature épidermique, translucides, blanchâtres, flexibles, étalées sur le dos des dernières phalanges des membres ; l’épiderme fait corps avec leur surface supérieure et inférieure, de sorte qu’ils tombent quand l’épiderme des doigts ou des orteils se détache. Soutiens de l’extrémité des doigts et des orteils, ils protègent les séries de papilles qui leur sont sous-jacentes, et qui impriment îi leur face inférieure des stries longitudinales. Iis .sont composés de substance cornée, d’une très-petite proportion de matière analogue à la gélatine ou à la ptyaline, d’un peu de graisse, de phosphate et de carbonate calciques. Les acides et les alcalis caustiques les attaquent, le.s dissolvent : c’est là tout le secret des pâles préconisées pour les amincir et leur donner plus de transparence. Quelques peuplades sauvages ont l’habitude de les teindre avec le chica, le roucou, le henné, l’anotlo, etc, Los seuls soins qu’ils exigent, c’est d’être lavés et brossés, surtout à la face inférieure de leur extrémité libre, qui est le siège d’une sécrétion légère de fluide sébacé; quand ils acquièrent une longueur incommode, il faut les couper en demi-cercle ; ceux des orteils doivent être coupés carrément, non en rond ni trop court : c’est le moyen de prévenir leur incarnation, infirmité fréquente au gros orteil, et qui nécessite une opération irès-doulourcusc.
32 DES MODIEICATEDUS. — EXCRETA. [hygiène
2“ Les poils, qui par leur mode de développement ont tant d’analogie avec les dénis, couvrent une grande partie du corps; la peau n’en est entièrement dépourvue qu’aux paupières, à la paume des mains, à la plante des pieds, à la face dorsale des dernières phalanges des doigts, à la face interne du prépuce, au gland et au clitoris; ils abondent à la partie supérieure et postérieure de la tête, au voisinage de l’ouverture des cavités (barbe, sourcils, cils, poils du nez et du conduit auditif, des régions génitales et de l’anus) ; leur couleur pâlit ou se foncC;, suivant l’intensité de l’illumination solaire des climats, de manière à protéger contre l’action de cette cause : l’absence des sourcils et des cils ou leur canitie précoce détermine parfois des ophthalmies rebelles. Les poils sont élastiques, flexibles par la matière grasse (jui est sécrétée autour d’eux; mauvais conducteurs du calorique, idio-électriques, doués de l’électricité positive, très-hygrométriques, ils sont remarquables par leur souplesse pendant les temps et dans les contrées humides; la chaleur les dessèche, les racornit. Ils partagent ces propriétés avec l’épiderme, dont ils réfléchissent toutes les conditions : comme lui, ils sont susceptibles de s’exfolier un peu à leur surface, et les écailles qui s’en détachent les rendent rudes au toucher, quand ou passe sur eux les doigts de la pointe vers la racine. On observe cet état des cheveux chez les individus dont l’épiderme crânien se gerce et manque de smegma; leurs cheveux arides se cassent et tombent. L’épiderme du cuir chevelu est-il au contraire solide, luisant, onctueux, la chevelure qui le garnit est naturellement souple et d’un facile entretien. On voit par là que l’état des cheveux, comme celui des dents, se lie aux éléments de la constitution, aux conditions de la santé générale; leur conservation est au prix des soins que celle-ci réclame. Néanmoins l’exhalation locale du cuir chevelu commande des précautions : une juste mesure d’aération, la préservation des extrêmes de chaleur et de froid, la propreté et la netteté de l’épiderme, la proscription des topiques irritants et des manœuvres qui tiraillent les bulbes pilifères et endolorissent le cuir chevelu, ce qui ne peut manquer de réagir sur le follicule pileux lui-même. Protecteurs naturels de la tête contre les impressions extrêmes de 1 atmosphère, contre les percussions qu’ils amortissent, les cheveux sont en même temps l ornement le plus noble et le plus précieux de la figure humaine. Les femmes les laissent croître et flotter en boucles ondoyantes, ou les relèvent tressés en couronne sur leur tête ; elles oublient qu’à force de les seriei, de les tirailler, de les tordre, elles fatiguent le cuir chevelu, cassent le poil, et en altèrent le bulbe lui-même. Leur nuque se dépouille en premier lieu . c est la légion où le poil est fortement tendu; ensuite le sillon ou raie qui sépare les cheveux jusqu’au vertex, et au delà; l’espèce de ratissure du peigme lin n est pas étrangère à l’élargissement progressif de cette calvitie d abord hneaire. La chaleur du fer dessèche le poil, irrite la peau : «La coiffure qui, sous le rapport de l’hygiène, convient le mieux aux femmes et surtout aux jeunes lilles, est celle qui tient les cheveux doucement relevés et serrés le moins possible ; celle qui consiste à les lisser soigneusement, à les
HVC.IÈNE DU S^STEME l'lUEUK.
PRfVÉE]
disposer en larges bandeanx, de manière qu’ils soient facilement et toujours aérés, à les démêler matin et soir, à les brosser avec soin et légèreté, et les enrouler mollement. Si, pour les besoins de la coilTure, on est obligé de les serrer, de les nouer fortement, il faut avoir plus tard soin de les laisser reposer, de les tenir flottants pendant quelques instants, matin et soir (1). » L’bomme obéit aux convenances de l’état social où il vit en réprimant par des coupes périodiques l’exubérance de sa cbevelure. Quelle est l’influence de cette pratique? Elle excite légèrement le cuir cbevelu, et donne un nouvel élan à la croissance des cheveux; ceux-ci naissent, en elfet, dans un follicule placé dans l’épaisseur et au-dessous de la peau, et percé à son fond par des ramifications déliées des vaisseaux et des nerfs : les organes producteurs des cheveux, continuant de recevoir après la coupe de ceux-ci la même quantité de matériaux plastiques, se trouveront dans une sorte de pléthore momentanée et de suractivité formatrice. On peut comparer ces phénomènes à ceux qui succèdent à toute perte de substance : l’organisme y pourvoit avec l’élan d’une lièvre physiologique. La sensation de chaleur et parfois de démangeaison qui se répand dans tout le cuir chevelu s’explique par le mouvement de la vie organique, et par les tractions et froissements dont s’accompagne la coupe des cheveux. Si cette opération se répète trop souvent, si elle a lieu très-près des bulbes pilifères, si le sujet est jeune et le climat froid, ces phénomènes pourront acquérir une énergie pathologique ; et c’est ainsi que les coupes réitérées auxquelles on soumet la tête des enfants dans le but de la débarrasser des croûtes (gourmes;) de nature diverse et d’augmenter leur chevelure, ont au contraire pour résultat d’exalter la vitalité du cuir chevelu , d’y déterminer un mouvement fluxionnaire, qui parfois s’étend aux organes infra-crâniens et suscite des accidents funestes; les coilTures trop chaudes dont on les couvre après ces sortes de tonsures y contribuent encore. Dans quelques classes de la population polonaise, toutes les causes se réunissent pour produire et exagérer au plus haut degré les efl'ets précités : cheveux coupés avec le rasoir qui accroît tous les phénomènes de surexcitation locale, usage de bonnets de laine ou de fourrures qui accumulent le calorique sur la tête, malpropreté excessive qui s’oppose à l’exercice des fonctions de la peau, climat froid, mauvaise nourriture, en faut-il plus pour amener l’exsudation fétide du follicule pileux, le gonflement du cheveu par la surabondance de la matière qui remplit son canal, la plique polonaise en un mot (Londe) ? Si les Orientaux se rasent impunément la tête, c’est que la suractivité générale de leur peau, entretenue par les bains d’étuve, dérive les fluides qui tendraient à allluer vers le cuir chevelu. Quoi qu’il en soit, on doit couper les cheveux très-loin de leur racine, et seulement pour les ramener à des dimensions qui n’incommodent point. Il faut respecter la chevelure des enfants comme une coilfure naturelle, qu’aucune autre ne saurait remplacer
(I) Voyez A. Cuzenavc, Traité des muladics du ctdv cheuelu, Paris, 1850, in-8 avec figures, p. 3G1.
M. LÉVY. Hygiène, 5' Ébrr.
3/, des modificateurs. — EXCRETA. [nvClÉNE
ni suppléer. La chevelure primitive est la plus belle : la sacrifier quand elle est déjà riche et belle, par routine ou par crainte d’une calvitie éventuelle, est une extravagance parfois irréparable et dont les exemples ne manquent point; il ne faut même pas la raser dans l’espoir d’une chevelure plus épaisse, plus fournie : cet espoir pourrait être déçu. La rafraîchir, c’est-à-dire en couper une portion minime, est une pratique plus utile, sinon pour en prévenir la chute, au moins pour en régulariser la croissance. Elle est indiquée quand les cheveux végètent mal ou dégénèrent en l’absence de causes locales ou générales et diathésiques, quand leur abondance semble en disproportion avec les forces du sujet, quand déjà le cuir chevelu commence à se dégarnir; cette opération est toujours préférable à l’abrasion complète des cheveux. Toutefois il ne faut pas la renouveler avec une fréquence mal calculée; en coupant les cheveux trop souvent ou trop près du bulbe chez les enfants, on les expose à des congestions cérébrales, à des exsudations morbides du derme chevelu, à des engorgements ganglionnaires au voisinage du crâne, à des maux d’yeux, à des otorrhées, à des douleurs d’oreilles, à des fluxions dentaires, à des angines, à des coryzas. La plupart de ces accidents menacent aussi les adultes dont les cheveux sont coupés de trop près, et qui ne font pas usage de coiffures chaudes : rares dans la saison tempérée et chez des personnes saines, bien vêtues et à peau très-active, ils surviennent plus fréquemment dans les circonstances inverses, et frappent de préférence ceux qui s’étaient fait des longs cheveux coutume et parure. Percy en observa la fréquence à l’époque où la coiffure à la Titus fut introduite dans l’armée, et imposa aux vieux soldats le sacrifice de leurs queues et de leurs tresses luxuriantes. On aura garde de dépouiller d’une partie de leurs cheveux le malade et le convalescent ; ce serait appeler sur eüx des accidents graves, et même la mort : il existe des observations qui prouvent que dans quelques cas elle a été le résultat de celte cause. Les autres soins qui conviennent aux cheveux ne doivent avoir pour objet que l’entretien des fonctions de la peau qu’ils recouvrent : la débarrasser des débris furfuracés, des squames épidermiques qui s’attachent à la racine des cheveux, des produits de sécrétions anormales ; entretenir la transpiration et la sécrétion sébacée dont elle est le siège, tel est le but que l’on remplit par 1 action journalière et modérée du peigne et de la brosse, par des lotions d’eau pure et savonneuse à une température qui n’affecte point la tête par une impression excessive de chaud ou de froid. Des onctions faites de temps en temps avec des coips gias corrigent la rudesse et l’aridité des cheveux due à l’insuffisance du smegma, et leur donnent du lustre et du brillant; les cheveux secs appai tiennent aux peaux les plus irritables; et le cosmétique le plus simple est celui qui leur convient le mieux (I). On remédie à l’exubérance de sa sécrétion par 1 emploi de la poudre d’amidon, et mieux par des lotions d’eau
(1) Prenez ; moelle de bœuf préparée, 30 grammes; huiles d’amandes amères,
1 0 grammes. Évitez que le cosmétique ne rancisse ; oindre les cheveux dans leur longueur ' et à leur racine en les écartant.
HYC.IÈNE DU SYSTÈME PILEUX.
PIUVÉE]
(le son. Cazciiavc reconimancle alors de monder la tôle de temps en temps avec une eau légèrement alcoolisée, ou avec cette solution ((u’il a souvent prescrite avec avantage : 2 grammes de sous-borate de soude dans 250 grammes d’eau distillée; on l’aromatise avec 15 gouttes d’essence de vanille. La poudre d’iris, dont on use à tort, a jeté dans le narcotisme deux jeunes filles qui en avaient sur leur tête (Aumont, 1825). Le mélange de poudre et de pommade, si usité autrefois, formait avec la sueur un mastic aussi malpropre que nuisible à l’activité de la peau du crâne. En général, les personnes à cheveux gras et humides doivent se passer de cosmétiques sous peine de suractiver la sécrétion déjà trop abondante de leur cuir chevelu, d’altérer la racine du poil, d’en provoquer la chute, parfois de faire naître une éruption qui contribue à leur calvitie. Hors le cas des cheveux secs, les topiques gras ne peuvent avoir que des inconvénients ; ils ajoutent une cause de malpropreté à celle qui résulte des sécrétions normales et pathologiques du cuir chevelu : quand ils rancissent, quand ils contiennent des ingrédients actifs^ quinquina, cannelle, etc., ils peuvent irriter la peau. Pour les cheveux qui commencent à tomber à un âge où la calvitie est exceptionnelle, Cazenave recommande l’emploi de trois pommades dont nous reproduisons ci-dessous les formules (1). Dans les trois à quatre premiers mois de son existence, le nouveau-né ne doit être ni peigné ni brossé : la brosse de chiendent, généralement employée pour la toilette des nouveau-nés, agit comme un corps dur, titille, irrite leur tête et y attire le sang; il suffit de l’eüleurer d’une éponge imbibée d’eau tiède pour entraîner l’excédant de matière grasse qui y adhère; quant aux croûtes qui viennent à s’y former, si elles ne tombent par cette légère friction, il ne faut recourir à aucune autre pratique pour les détacher. L’apparition des ' jvoux sur la tête des enfants passe encore, dans l’opinion de certaines gens, pour une sorte de crise dépurative des humeurs. Leur pullulation prodigieuse réclame de prompts moyens dont le plus simple et le plus sûr consiste à couvrir la tête de l’enfant d’une feuille de papier enduite d’onguent napolitain. Dans six jours un poux peut pondre cinquante œufs; les petits en sortent au bout de six jours, et sont aptes à poudre à leur tour dix-huit jours après : en deux mois deux femelles peuvent ainsi engendrer dix-huit mille petits. Que l’on imagine la démangeaison horrible qui résulte d’une telle pullulation, les grattements furieux qui l’accompagnent, les déchirures de la peau par l’action des ongles, l’irritation qui se développe, les ulcérations qui lui succèdent et qui déversent des nappes de pus ichoreux. On a vu, sous l’influence de ce
(1) Prenez : sulfate de quinine, 2 grammes ; beurre du Pérou, 1 gramme ; huile d amandes amères, 8 grammes; moelle de bœuf préparée, 30 grammes. Pour onction tous les soirs, — Prenez : moelle de bœuf préparée, GO grammes; graisse de veau préparée, 60 grammes; baume du Pérou, U grammes; vanille, 2 grammes; huile de noisette, 8 grammes. Chauffez au bain-marie pendant une demi-heure, passez et battez dans la terrine avec un pilon de bois. — Prenez : moelle de bœuf, huiles d'amandes douces, huile de noisette, 6 grammes de chaque. Aromatisez ad libitum.
36 UES MODiriCATEUr.S. — EXCRETA. [hygiène
prurit et de celle agitation, les enfants être pris de lièvre, d’insomnie, et tomber dans un dépérissement rapide qui s’arrêtait comme par cnchanlemenl après la destruction des parasites. Il n’est pas inutile de rappeler ici que chez les enfants en proie depuis longtemps au tourment de la pullulation pédiculaire, la suppression brusque du mal peut entraîner un danger. La décoction de tabac a été employée contre ce fléau : Londe en a reconnu le danger ; on vante encore les fortes décoctions de petite centaurée, d’absinthe, les lessives avec les cendres de chêne, le sel commun, les décoctions de staphisaigre, de coque du Levant, de semence d’ail, de céleri, de] persil, la pommade soufrée, etc. Les cheveux doivent être coupés court, les poux écrasés au doigt; une propreté extrême et une surveillance prolongée en préviendront le retour.
La perle des cheveux affecte peu la sauté des personnes habituées à recevoir sur la tête nue les impressions variables de l’atmosphère, et chez qui toutes les fonctions s’exécutent avec régularité; d’autres, plus sensibles ou valétudinaires, deviennent sujettes à des rhumatismes, à des névralgies faciales et dentaires, à des ophthalmies, à des otites, etc. Pour échapper h ces maux, elles devront s’habituer, avant que leur calvitie se complète, à des lotions de plus en plus froides, pratiquées plusieurs fois par jour sur la tête. Il en est du cuir chevelu comme de toute autre partie de la surface tégumentaire externe : plus on le couvre, plus il devient impressionnable à l’air. Si elles n’ont recours à ces pratiques salutaires, si elles redoutent le contact de l’eau froide et soufl’rent de celui de l’air, il ne leur reste qu’à se couvrir d’une perruque : c’est la ressource obligée de ceux dont la tête s’est dégarnie brusquement par de larges endroits ou en totalité, comme après une maladie aiguë. On fabrique aujourd’hui ces simulacres de coiffure naturelle avec des corps élastiques qui ne pressent que sur un point. La constriction circulaire des anciennes perruques ou l’application trop collante des modernes donnent lieu à des accidents de refoulement sanguin vers le cerveau, en aplatissant les vaisseaux qui rampent à la surface du crâne. Percy et Laurent ont vu la teigne propagée par une perruque; la tête de bois sur laquelle le coiffeur l’avait frisée avait reçu la perruque d un individu infecté de ces parasites. Le faux toupet remédie aux lacunes partielles de la chevelure : on le fixe par deux ou trois petits ressoits où 1 on enclave des mèches de cheveux naturels; son agglutination a 1 aide d une solution de gomme ou d’œuf oblige à des soins fréquents, nuit a la pioptetéet ne permet pas de le détacher pour la nuit. Est-il besoin defaiie icssoilii les inconvénients de celte industrie de coiffure postiche? Les matieies agglulinati\es contiarient les sécrétions normales du cuir chevelu et conliibuent a 1 aiiachemenl du poil naturel; les ressorts produisent des douleuis locales qui s iuadient au loin, compriment les vai.sseaux, et par là compromettent la nutrition du cheveu, qui ne larde pas à disparaître. Les coiffeurs ont eux-mêmes constaté que l’application de toupets partiels entraîne la calvitie complète, et l’accélère même quand elle a marché lentement jusqu’alors. Générale ou partielle, une perruque doit être aussi légère que pos- '