HYGIÈNE DU SYSTÈME PILEUX
sible, perméable à l’air et à la vapeur de la respiration cutanée, fixée sans ressort ni agglutination , nettoyée et renouvelée souvent : on doit l’ôter aussi fréquemment que possible pour aérer la tête. Les préparations que le cliarlatanisme préconise pour la pousse des cheveux, et qu’il décore de noms magnifiques, sont drogues et fraude. Il n’y a chance d’arrêter que la calvitié prématurée, idiopathique, indépendante de toute lésion locale et de toute diathèse appréciable ; quelques topiques médicamenteux sont alors iudicpiés. Nous avons rapporté ceux que propose Cazenave. L’action du rasoir, laquelle consiste dans une excitation passagère, peut être de quelque utilité dans les cas d’asthénie du cuir chevelu ; dans le cas d’irritation de cette partie, elle hâte au contraire la chute des cheveux, et elle sera avantageusement remplacée par des ablutions émollientes et sédatives, en même temps qu’on provoquera la peau du tronc et des membres par des vêtements de flanelle et qu’on établira même sur un point convenable un cautère ou un vésicatoire. La rasure n’a d’opportunité qu’à la suite des maladies graves qui ont pour conséquence inévitable l’alopécie, et parmi lesquelles il ne faut point ranger la rougeole et la scarlatine. Il est des personnes faibles qui ne savent se passer du masque de la jeunesse quand elles en ont perdu les attributs intrinsèques, et qui opposent aux ravages du temps, quoi? la teinture artificielle de leurs cheveux. Nous indiquerons plus loin (voy. Cosmétiques) les agents de cette laborieuse sophistication; disons seulement que les cheveux croissant de leur base vers la pointe par des dépôts successifs disposés les uns à la suite des autres, il faut sans cesse prévenir les disparates de couleur par de nouvelles applications de matière colorante.
La barbe a subi, comme les cheveux, l’empire de la mode et des traditions. L’Oriental la porte longue et épaisse, l’Occidental la rase avec soin depuis que Louis le Jeune se laissa raser en public par Lombard, évêque de Paris (11Ô3). Toutefois, par une excentricité rétrospective de la mode, on voit rei)araître aujourd’hui les barbes longues du temps de François F"', qui en donna l’exenaple après avoir été atteint h la tête par un tison lancé par Montgomery (1521). On n’a pas étudié l’influence qui résulte de la présence ou de 1 ab.sence d’une abondante production de poils sur une partie de la face ; peutêtre est-elle neutralisée dans les deux cas par l’habitude : ceux qui se rasent ont la peau du visage moins impressionnable et plus réagissante; ceux qui laissent croître leur barbe y trouvent pour leur peau plus délicate une protection contre les vicissitudes de température. C’est la question du gilet de flanelle : nécessité pour les uns, superfluité dangereuse pour les autres. L’inconvénient ne peut être que dans les brusques mutations. L’homme qui se rase ne peut laisser pousser sa barbe sans changer les conditions d’activité d’une poition de la peau, il est vrai circonscrite, mais voisine des orifices muqueux et des appareils sensoriels; il y concentre une chaleur inaccoutumée, il soustrait au contact de l’air en mouvement une surface qui exhale et qui sécrète, l.e porteur de barbe se place, en se rasant, dans des coudilions inverses, et
presque inévitablement des maux de gorge, d’yeux, d’oreilles, des névralgies Jentaires ou faciales, etc., lui révéleront la solidarilé de la peau qu’il a dénudée avec les organes qu’elle avoisine ou recouvre. Depuis que nous avons formulé ces inductions, le docteur Szokalski(l) a fait connaître des résultats d’observation qui les confirment : chargé de soigner les ouvriers employés au chemin de fer de Lyon dans une section de la Bourgogne, il les a vus en 1848 garnis de barbes, de moustaches, etc., auxquelles ils ont renoncé quelques années plus tard par un revirement de la mode où la politique n’est pas étrangère : 53 sujets qu’il a suivis avec attention, tous vigoureux, bien portants, compris entre vingt-cinq et quarante-cinq ans, ont tous éprouvé une sensation pénible de froid sur les parties de la face dénudées par le l’asoir; 27 eurent des maux de dents dont 16 avec fluxion gingivale. Le coryza, le ptyalisme, la tuméfaction des amygdales, et chez 6 ouvriers lymphatiques celle des glandes sous-maxillaires, tels sont les accidents rattachés par ce médecin à la brusque suppression de la barbe, et qui ont cessé après sa reproduction. La coutume de se raser cause une perte organique que l’on a calculée : la barbe croît d’une ligne par semaine chez l’individu qui se rase, = k pouces par an ; à l’âge de soixante-huit à soixante-dix ans, il a donc enlevé en cinquante ans plus de seize pieds de production pileuse. Les rasoirs malpropres, les savons trop alcalins, irritent la peau du menton ; l’eau tiède facilite la détersion du smegma et la section des poils; ce dernier effet est aussi augmenté par l’immersion momentanée du rasoir dans l’eau très-chaude. Des ablutions achèvent d’enlever, après la barbe faite, les restes de savon dont l’excès de soude détermine cuisson, gerçure, ridement (Londe). Les essences et les pâtes doivent en être écartées. En résumé, l’hygiène du sysème pileux est liée étroitement aux conditions d’organisation et de santé générales ; elle se borne à des soins de propreté locale et d’entretien incessant. En fait de cosmétiques, elle n’admet que les plus simples et les plus inoffensifs; elle proscrit les préparations énergiques à l’aide desquels on se flatte de reproduire les cheveux. Les moyens de teinture sont plus ou moins nuisibles, les coiffures artificielles susceptibles d’entraver les fonctions du cuir chevelu, etc. ; en un mot, c est une hygiène presque négative dont le peigne et la brosse font à peu près tous les frais.
AllTICLE II.