DE LEURS EFFETS ET DE LEUR EMFEOI
Les détails dans lesquels nous sommes entré sur l’hygiène de la bouche, des cheveux, des excietions alvineset urinaires, etc., ne nous laissent à parler ici que des modificateurs des excrétions cutanées et de la surface qui les four-
(I) Szokalski, Bulletin de l Académie de médecine. Paris, 1853, t. XVII, p. 856,
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nit. Il se résume dans l’eau employée à différentes températures, sous forme de bain général et partiel, d’ablution, de lotion, d’affusion, quelquefois avec l’addition du savon, l’agent le plus utile de la cosmétique et tout à fait indispensable à certaines classes d’ouvriers pour l’entretien de la propreté des mains et des pieds. Il sera question de cet auxiliaire de l’eau à l’article Cosmétiques (Appucata). L’eau est le modificateur par excellence des surfaces d’excrétion, l’agent qui contribue le plus et le mieux à les débarrasser de leur produits excrémentitiels, et à entretenir leur jeu et leur vitalité : périphérie cutanée, cavités nasales et buccales, muqueuse oculo-palpébrale, conduit auditif, l’eau est portée utilement sur toutes ces parties, siège d’excrétions nombreuses. Injectée dans le rectum, elle sollicite les évacuations alvines ; appliquée en lotions sur les organes génitaux, elle les déterge du résidu de leurs abondantes sécrétions, et diminue les chances d’une contagion funeste. L’inQuence de l’eau ne se borne pas à l’enveloppe cutanée qui en reçoit, dans les bains, l’impression immédiate et générale : elle se propage à toute l’économie, change le rbythme de toutes les fonctions, en rétablit l’harmonie. <> En général o, dit Montaigne, « j’estime le baigner salubre, et crois que nous encourons nos » légières incommoditez en nostre santé pour avoir perdu cette coustume. » Étudions donc les ressources immenses que l’hygiéniste et le médecin possèdent dans l’eau et ses applications habilement diversifiées.
§ 1. — Mes bains en général.
Dans son acception la plus générale, le mot bain indique le séjour plus ou moins prolongé du corps dans un milieu différent de celui où il existe habituellement. Aussi di.stingue-t-on des bains solides, liquides, mixtes, vaporeux et gazeux; à ces dénominations correspondent les bains de sable (notamment ceux de sable marin chauffé au soleil), les bains d’eau simple, d’eau de mer, de lait, etc. ; ceux de boue minérale ou de marc de raisin, qui tiennent le milieu entre les bains liquides et les bains solides; les bains d’air chaud pur ou mélangé de vapeur d’eau ou d’une substance gazeuse. L’hygiène ne s occupe que des bains d’eau dans certaines limites de température, des bains d étuves et des pratiques accessoires aux bains.
^ Il entre dans 1 action des bains un certain nombre d’éléments qu’il est utile d’examiner d’une manière générale.
1 La spécialité du milieu que le bain constitue change d’emblée les conditions de 1 équilibre physiologique. L’organisme humain est coordonné, par .sa structure et par sa modalité fonctionnelle, aux indiienccs de l’atmosphère; il n en peut être sevré, mémo partiellement, sans éprouver un trouble |)lus ou moins intense. Si l’on objecte qu’en général la tête reste en dehors du milieu spécial où le corps est plongé, et que, dans les bains chauds comme dans les étuves, il est facile de soustraire la surface pulmonaire ii l’action de la vapeur
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d’eau, nous rappellerons les expériences si curieuses de Magendie (1), où des animaux ayant la tête à l’air libre et le corps dans l’étuve ont péri plus vite que ceux dont la tête seule était mise dans l’étuve ; en d’autres termes, la mort est moins rapide quand la chaleur arrive directement sur la surface pulmonaire que quand elle affecte l’enveloppe cutanée. Le changement de milieu fait cesser instantanément les réactions qui s’opèrent entre l’air atmosphérique et la surface cutanée. Remarquons cependant que toutes les influences dont se compose l’action de l’air ne sont pas interrompues : le calorique, le rayon solaire, traversent le milieu liquide ou gazeux de nature spéciale où le corps est plongé. Est-il certain, comme on l’a répété dans tous les ouvrages d’hygiène, que l’exhalation gazeuse de la peau cesse dans le bain? Les faits cités tome I, page 359, permettent au moins d’en douter. C’est dans un bain ([u’un collègue de Lavoisier, le comte de Milly, constata pour la première fois le dégagement abondant de petites bulles de gaz à la surface de son corps, gaz que Lavoisier reconnut pour de l’acide carbonique (2). Cette exhalation semble dépendre beaucoup plus de la présence de certains gaz dans le sang que du contact de l’air atmosphérique. Il est probable que l’eau n’influe sur ce phénomène qu’en vertu de sa pression ; or, on sait que les corps dégagent d’autant plus de gaz que la pression atmosphérique est moindre. Abernethy a constaté que la peau exhalait à l’air une fois plus d’acide carbonique que sous l’eau, et plus d’une fois autant de ce gaz dans l’air que sous le mercure.
2“ Le séjour dans l’eau ou dans l’étuve sèche augmente ou diminue la pression de l’air d’une quantité proportionnelle à la hauteur de la colonne liquide ou au degré de dilatation de l’air. La différence de pression dans les bains d’eau n’équivaut point, pour l’organisme, comme on l’a dit (3), à un brusque abaissement de la colonne barométrique. Les effets qui résultent de la condensation atmosphérique (voy. tome I, page 336), et ceux que détermine l’immersion dans l’eau, diffèrent essentiellement. Dans ce dernier cas, l’équilibre entre les puissances inspiratrices et les puissances expiratrices semble instantanément rompu. L’effet de la pression augmentée se fait sentir eu haut ou en bas du sternum, à l’épigastre, dans un trajet qui se rapporte aux attaches diaphragmatiques : les gens a gros ventre l’éprouvent à la paroi abdominale; les sujets à poitrine mince et peu garnie de muscles se croient pris dans un étau. La sensation soudaine d’une température très-basse ou très-élevée contribue à cette constriction suffocante du thorax ou de l’épigastre ; mais le changement de pression en est la cause principale. Dilaté et comme boufli dans 1 air rare des étuves sèches, le corps sort aminci des bains froids ou des bains
(t) Constantin James, Voyage scientifique à Naytes avec M. Magendie. Paris, ISA A, p. SA.
(2) Mémoires de l’Académie des sciences, 1777, p. 22 1, et Milne Edwards, Leçons sur la physiologie et runatomie comparée, t. Il, p. ü32.
{oj Motard, Essai d' hygiène générale, Paris, 18A1, t. II, p. 137.
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de mer, non-seiilemeiU par la crispation de la peau, mais par l’effet du poids du litiuide où il a séjourné : les solides s’affaissent en raison de leur compressibilité; les nuides quittent les vaisseaux superficiels qui s’effacent, et sont refoulés dans les organes intérieurs. Cette compression, qu’un milieu plus dense exerce sur la totalité du corps, s’ajoute à l’action du froid, qui agit dans le même sens, et explique le salutaire résultat des bains de mer et des bains froids pour le traitement de certains engorgements et tumeurs.
3° Plus un corps est dense, plus, sous un volume donné, il présente de molécules : or, l’eau l’est à peu près sept cents fois plus que l’air, et comme la conductibilité pour le calorique est en raison directe de la densité, on comprend pourquoi l’eau nous paraît toujours ou plus chaude ou plus froide que l’air. Dans le même temps, à température égale, elle envoie au contact de notre peau un plus grand nombre de molécules que l’air, et par conséquent elle nous communique ou nous soustrait une quantité plus grande de calorique.
Ce que nous venons de dire de la pression et de la densité explique l’effet des mouvements de l’eau : tels que chocs, percussions, secousses, et frottements à différents degrés d’intensité. La pression est accrue de la quantité de force développée par le mouvement du liquide; le renouvellement rapide des couches liquides multiplie les effets delà conductibilité, accélère chez le baigneur la déperdition ou l’augmentation du calorique. Les mouvements de l’eau exercent aussi une inlluence dynamique : quand leur intensité est moyenne, ils tendent ii diminuer l’impressiou première des bains froids, des bains de mer ou de rivière ; les commotions imprimées à la périphérie du corps sollicitent, favorisent sa réaction, en même temps qu’à la manière des frictions elles activent l’inhalation cutanée. C’est surtout dans les bains de mer que l’on peut apprécier la gradation des effets de l’eau en mouvement. Les percussions modérées de la vague, dit Gaudet (1), sont un exercice salutaire; les muscles y répondent par une énergie proportionnelle de contraction, afin de maintenir le corps en équilibre : cette espèce de lutte à poses infiniment variées constitue une véritable et fructueuse gymnastique. Les secousses trop fortes de la mer, ou qui sont telles pour les individus débiles, sont un exercice trop violent; elles produisent la lassitude et parfois la courbature; elles causent des douleurs thoraciques et des suffocations aux personnes à poitrine étroite, si elles n’ont soin de présenter au choc la partie postérieure du tronc.
5” L élément le plus actif des bains, c’est leur température; elle peut être giaduée dans les bains artificiels, et de là les divisions arbitraires des auteurs. Ainsi, on a établi, d’après une progression ibermométrique de 10 degrés Héaurnur, la distinction des bains très-froids, froids, frais, tempérés, chauds, tres-chauds; et à chacune de ces espèces de bains compris entre 0 et 35 degrés
(I) Gauilet, Des /jciins de mer, 1844, p. 405.
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Réauinur, on a rattaché un tableau de phénomènes particuliers (1). Mais les manifestations de la vie ne sont point aussi dociles au thermomètre; et, dans la réalité, il est dilïicile de marquer la limite des impressions que des masses d’eau inégalement chauffées transmettent aux centres nerveux. Les effets immédiats et secondaires des bains sont subordonnés à tant de conditions mobiles (constitution, âge, santé, maladie, climat, saison, etc.), qu’il devient impossible de les relier à des stations thermométriques. Le bain qui glace et stupéfie un individu faible et usé, procurera à une organisation plus saine et plus valide une agréable réaction de force et de chaleur. La température absolue de l’eau, à moins qu’on ne la considère en des degrés prononcés, ne décide donc pas la mesure de la calorification humaine. Tout ce qu’on peut énoncer d’une manière générale, c’est qu’il existe un point de température inférieure de quelques degrés à celle du sang, où le bain n’affecte point sensiblement notre caloricité : c’est le point d’indifférence ou de neutralité. Sans être fixe pour tous tes individus, il n’oscille que dans une latitude de 3 à ù degrés. Au-dessus et au-dessous de ce terme, l’impression produite sur la peau se prononce faiblement d’abord, si l’on ne s’en éloigne que de quelques degrés, mais d’une manière de plus en plus tranchée, si l’on reste longtemps dans le bain (Chossat). Mais ces progressions ascendantes ou descendantes de la température perçue dans les bains, le thermomètre sert mal à les déterminer : la sensation individuelle le remplace; c’est elle, c’est-à-dire le moi impressionné dans la peau et réagissant par les centres nerveux, qui prononce sur l’effet thermique du bain, et le reconnaît frais, froid, tempéré, chaud, suivant la manière dont il s’y trouve affecté. Dans les baignoires et dans les bassins artificiels dont l’étendue ne ]iermet ni l’agitation de l’eau, ni les exercices de la natation, les bains ne peuvent se prendre hygiéniquement au-dessous de 25 degrés, et rarement y a-t-il utilité à en élever la température jusqu’à celle du sang : les limites thermométriques des bains artificiels se trouvent donc entre 25 et 36 degrés environ ; sur cette échelle de 12 degrés existe un point de neutralité où le bain n’influence point la circulation, et produit sur la peau une impression de tiédeur (bain tiède artificiel); il correspond à 3 ou A degrés au-dessous du degré de la chaleur du sang. Suivant Gerdy, il flotte entre 30 et 36 degrés centigrades; suivant Fleury, entre 25 et 30 degrés. Au-dessus et au-dessous de cette limite
(I) Rostan {Dictionnaire de médeoine, 2» édition, l. IV, p. 542) a proposé une division tliermomélrique des bains qui a été reproduite par tous les auteurs. En la présentant, il a soin do faire remarquer que l’impressioi, individuelle de chaleur, de froid, etc., oscille entre les limites qu’il a déterminées, et ne s’y rattache pas rigoureusement :
froids
frais
lo
tempérés
chauds
très-chauds
oü”
35“ ou 36“
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commencent les bains chauds et les bains frais artificiels; ceux-ci, compris entre ‘J5 degrés et le point de neutralité, agissent comme les bains froids pris dans les eaux courantes qui marquent 25 à 30 degrés, l’immobilité dans les baignoires accélérant le refroidissement du corps autant que le renouvellement des couches liquides dans les eaux courantes.
La température des rivières et des fleuves varie de 0 à 28 degrés et même 30 degrés, selon les climats et les saisons; ils offrent donc toute la série de bains frais et froids, üans les régions les plus méridionales et pendant l’été de nos climats, le bain de rivière, quoiqu’il s’éloigne peu par sa température de celle de l’air ambiant, 25 à 30 degrés, produit cependant sur tout le corps une impression rafraîchissante, grâce à la densité et à la conductibilité de l’eau, et suivant la durée de l’immersion, il procure la sédation du système nerveux ou sort à fortifier la peau par la réaction consécutive au froid. Au reste, la température des eaux naturelles échappe aux déterminations à priori ; elle dépend du cours des rivières, de leurs sources, de leurs affluents, de leur vitesse, de leurs variations de hauteur. Les sources qui alimentent les cours d’eau n’ont pas, à leur point d’émersion, le même degré de chaleur; il en est de même des torrents qui s’y jettent : ceux qui sortent des glaciers ont en général une température de 1 à 5 degrés centigrades; les affluents se déversent avec une température proportionnelle à la masse de leurs eaux, à la vitesse et à la longueur de leur trajet qui les ont exposés plus ou moins longtemps à la chaleur atmosphérique et à l’action des rayons solaires. Quant à la vitesse, une observation de Ilerpin (de Genève) (1) en fait ressortir l’effet réfrigérant : les bains du lac de Genève passent pour des bains tempérés, tandis que ceux du Rhône, immédiatement au-dessous de la ville, sont redoutés à cause de leur froidure; cependant, le même jour et presque au même instant, Herpin n’a constaté entre eux qu’une différence moindre de 1/5“ de degré Réaumur (16 degrés et 16,2). I.a sensation différente que donnent ces deux bains naturels est due, d’une part au repos des eaux du lac, d’autre part au cours impétueux du Rhône; les eaux rapides saisissent les baigneurs, et cette sensation, qui ne tient point à la surprise de 1 immersion, contraste avec leur degré thermométrique : elle rappelle les effets de I éventail et des courants d’air en été, ainsi que la marche de la congélation des organes dans l’air calme ou ventilé des régions polaires. Il est vrai (jue dans 1 eau l’évaporation de la peau est suspendue, et avec elle une cause de refroidissement qui existe en plus dans l’air; mais sa suppression est compensée par la grande capacité de l’eau pour le calori([ue. Enlin, les pentes du lit et les variations de hauteur amènent des différences notables dans la vitesse des rivières, et par conséquent dans l’impression thermique qu’elles produisent sur les baigneurs : les variations do hauteur sont relatives à la saison, ü des circonstances accidentelles ou à l’heure de la journée.
(I) Herpin, Ik’chcrche.i .lur les /xiins de l'Arve (Gazelle médicale de Paris, I8â4, t. XII, p. 181).
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6® Les bains inlroduiseni dans l’économie, par le moyen de l’absorption, une certaine quantité de leur liquide et des matières qu’il tient en dissolution. Les expériences ont donné sur ce point important des résultats très-différents. Séguin, après trente-trois bains de trois à quatre heures, a toujours constaté que le corps avait perdu de son poids, mais moins qu’à l’air libre; pour des bains de 10, 18, 28 degrés, la proportion de la perte dans le bain et à l’air libre a été de : : 1 : 2,75 : : 1 : 2,07 : : 1 : 3,07. Cette différence peut provenir, soit d’une diminution de l’exhalation, soit d’une compensation partielle par absorption du liquide dans le bain. Si l’on écarte les données de Séguin, qui ne prouvent rien contre l’absorption, celles des autres expérimentateurs, quoique très-opposées, sont faciles à concilier. Elles se rangent en effet en deux séries : 1“ Diminution du poids du corps : Lemonnier, perte de 20 onces en huit minutes dans un bain de degrés centigrades ; Cruiksbank, perte de 5 à 8 onces par heure dans un bain chaud; Buchan, transpiration réduite dans le bain chaud des deux tiers de ce qu’elle est à l’air libre ; 2“ Augmentation du poids du corps : Kauw cité par Haller, poids du corps augmenté dans le bain de 2Zi h 28 degrés Réaumur; Falconner évalue ce résultat à une livre par heure dans les bains de 20 à 25 degrés Réaumur; Cruikshank reconnaît qu’ils apaisent la soif et rétablissent le cours des urines précédemment suspendu; enfin le professeur Berthold constate, pour les bains de 22 à 28 degrés centigrades, un accroissement de poids de 3 gros après un quart d’heure, de 7 gros 20 grains après trois quarts d’heure, de 1 once à 30 grains après une heure. On voit évidemment par là qu’il existe un rapport constant entre la diminution ou l’augmentation du poids et la température du bain ; ce dernier élément gouverne la marche de la transpiration et de l’absorption; dans cértaines limites de chaleur du bain, la quantité des produits exhalés l’emporte sur celle des matières absorbées, et réciproquement. Les recherches de W. Edwards achèvent d’élucider ce fait-principe : des grenouilles placées dans de l’eau à zéro ab.sorbent plus qu’elles ne transpirent, et ce phénomène continue jusqu’à un point que I on peut appeler, avec Edwards, point de saturation. Si l’on élève la température de 1 eau, 1 absorption baisse progressivement; toujours au delà de 30 degrés centigrades, la diminution du poids des grenouilles a été observée en même temps que 1 eau troublée par une matière animale signalait à l’œil la cause de ce phénomène. Edwards avait déduit de ses expériences, que pour 1 homme 1 absorption I emporte sur la transpiration jusqu’à 22 degrés centigrades, et qu au delà le rapport entre ces deux fonctions se renverse. Cette détermination n est point exacte, ainsi que le prouvent déjà des résultats précités de Berthold. Il existe une connexion intime entre ces trois fonctions, circulation, calorilicalion, transpiration : celle-ci a pour but principal de soulager 1 oiganismc de 1 excès de calorique; elle est jirccédée ou accompagnée d’une accélération notable du jiouls. La limite thermométrique où le pouls s’élève dans le bain est aussi celle qui donne l’essor à la transpiration, et dès cet instant l’absoriilion ne suffit plus à balancer le déchet qui en est la consé-
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quence. Ce n'est point qu’au-dessous de ce degré de clinleur du bain et de fréquence circulatoire la transpiration ne s’elfectue, mais les produits qu’elle élimine restent inférieurs à ceux dont l’absorption enrichit le corps. Les expériences de Poitevin et de Marcard ont fixé à 34 degrés centigrades l’état thermométrique des bains qui n’aiïectent point le pouls; au-dessous il se ralentit, au-dessus il s’accélère, et passé 40 degrés centigrades il donne 100 pulsations et plus. Pour Edwards, le point d’équilibre, le point ofi le bain est sans influence sur le pouls, sur l’absorption et sur l’exhalation, le poids du corps restant le même correspond à 22 degrés; pour V. Gerdy, à 36 degrés. Chossat a constaté qu’un bain de 28 à 30 degrés centigrades suffisamment prolongé ramène le pouls de 60 à 38 pulsations, tandis qu’un bain d’une heure trois quarts à 37 degrés centigrades l’a fait montera 100. Ainsi, dans l’eau comme à l’air libre, dès qu’un excès de calorique surcharge l’économie, elle tend à s’en débarrasser par la transpiration; le calorique, qu’il ait pour véhicule l’air ou des liquides, surexcite l’organisme et accélère la circulation; la sueur qui succède h ces phénomènes est la crise physiologique de son élimination. Dans les bains tièdes, frais et froids, tant qu’il ne survient point de réaction, c’est l’absorption qui domine, véritable endosmose dont ces bains réunissent les conditions productrices, savoir : deux liquides de densité, de nature et surtout de température différentes, représentés l’un par l’eau du bain, l’autre par la masse des liquides organiques qui distendent leurs vaisseaux, et séparés par l’intermédiaire d’une cloison organique, membraneuse, inerte et mince, l’épiderme, en un mot. Quelques circonstances spéciales modifient l’absorption dans le bain : l’augmentation de la pression atmosphérique la favorise; il en est de même des mouvements et des chocs du liquide qui agissent sur la peau comme des frictions ; or, on sait que les frictions exercées sur la peau contribuent puissamment à y faire pénétrer les substances médicamenteuses. D’après Berthold, le corps plongé dans un bain de 22 à 28 degrés centigrades, gagne en poids 12 grammes après un quart d’heure, 29 grammes après trois quarts d heure, et 32 après une heure. Quant à l’exhalation, la densité de l’eau la réduit sans la supprimer : la sueur que provoque un bain chaud n’équivaut point, pour la quotité de la perte, à la vaporisation qui s’accomplit à la surface du corps exposé 4 l’air libre. Nous avons vu que l’excrétion gazeuse est aussi moindre dans le milieu plus dense de l’eau ; en somme, celle-ci soustrait moins a 1 organisme que l’air; il en résulte que, dans le bain, le corps s’enrichit de sérosité interstitielle et n’est point redevable à l’absorption de tout ce qu’il gagne en poids. Le moment de la prépondérance de l’absorption ou de l’exhalation varie nécessairement suivant l’énergie de la caloricité individuelle, laquelle est subordonnée à l’âge, au sexe, aux constitutions, au régime, au climat, à la saison, à l’état de santé ou de maladie, et suivant la mesure de saturation actuelle de l’organisme, laquelle est relative aux mêmes circonstances.
On a cherché, en dchors^de la méthode des pesées, à résoudre la question
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de l’absorption cutanée, en tenant compte de l’introduction dans l’écononiie de substances dissoutes dans l’eau des bains. A cet effet, on a mis dans ceux-ci des principes faciles à reconnaître par les réactifs chimiques dans les urines et dans les différents liquides de l’économie, ou bien produisant des effets physiologiques très-caractéristiques : l’iodure de potassium, le ferrocyanure de potassium, l’arsenic, le carbonate de soude, l’azotate de potasse, le mercure, la belladone, la digitale, le sulfate de quinine, etc. , etc. Les nombreux observateurs qui se sont livrés à ce genre de recherches sont presque unanimes pour conclure que les substances des bains ne sont absorbées en aucune façon. Quelques expériences ont cependant donné des résultats positifs, mais de l’avis de leurs auteurs la proportion des substances absorbées a été tellement faible qu’on ne pourrait nullement s’en prévaloir pour expliquer l’action des bains médicamenteux. D’autre part, cette absorption incertaine et irrégulière pourrait fort bien s’expliquer, quand elle a lieu, par une pénétration des substances par la muqueuse glando-préputiale et la marge de l’anus (Demarquay).
Dans ces diverses études sur l’action des bains, on a constaté un fait constant qui a pu faire croire un instant h l’absorption cutanée, c’est X alcalinité de l’urine. Ce phénomène, qui avait été considéré par certains observateurs comme le résultat de l’absorption des substances alcalines, est maintenant regardé comme un effet purement physiologique indépendant de l’absorption. Les bains d’eau simple et même d’eau acidulée avec l’acide azotique (Duriau) rendent l’urine alcaline aussi bien que les bains chargés de sels alcalins, aussi bien que les eaux de Vichy, entre autres (1).
7® Les matières que l’eau tient en dissolution communiquent aux bains des propriétés spécifiques; elles y existent naturellement comme les chlorures de sodium, de magnésium, etc., dans l’eau de mer, comme les sels très-variés des eaux minérales, etc.; ou elles y sont mêlées artificiellement, comme dans les
(1) Principaux auteurs qui ont fait des expériences sur le pouvoir absorbant de la peau :
Westrumb. — Résultats positifs.
Homolle. Résultats négatifs avec de nombreuses substances.
Poulet. — Résultats négatifs.
Duriau. — Résultats négatifs.
Emmanuel Ossian-Henry. Résultats négatifs moins quelques traces d’iodure de potassium.
Louis Hébert. — Résultats négatifs.
Sereys. — Résultats positifs, mais à l’hydrofère, traces.
Demarquay. — Résultats négatifs.
Willemin. — Résultats positifs, faibles.
Delore. — Résultats positifs, faibles.
Gubler. — Résultats négatifs.
Reveil. — Résultats positifs rares et faibles,
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bains méclicinaiix ou niOnie hygiéniques (son, amidon, gélatine, lait, etc.). (Jes substances changent les qualités physiques du bain : densité, conductibilité, état électrique, et par conséquent une partie de ses eflets sur l’organisme ; elles agissent encore, soit par leur contact avec la peau considérée comme surface sensible, soit par leur pénétration dans les voies circulatoires. Ainsi la composition saline de la mer stimule la peau, agace les papilles nerveuses dont elle est parsemée, y détermine une circulation plus active, etc. Les eaux minérales doivent une partie de leurs vertus excitantes à cette sorte d’agression de leurs molécules salines contre les éléments nervoso-vasculaires de la peau. L’absorption des principes dissous dans l’eau des bains en très-minime proportion, semble certaine; le double cyanure de potassium et de fer, préalablement dissous dans le bain, a été retrouvé dans les urines par Westrumb; les bains de Vichy alcalinisent l’urine du baigneur (d’Arcet); mais nous avons vu que le même effet se produit par l’usage des bains simples et même des bains acidulés par l’acide azotique (Duriau); la rhubarbe, la garance, le curcuma, ont été décelés dans l’urine de ceux qui les avaient absorbés dans les bains; Séguin a absorbé deux grains de sublimé par son bras plongé pendant une heure dans 10 livres d’eau à 18 degrés. En général, les bains d’eaux minérales ne font pénétrer dans l’économie que de très-petites quantités de leurs principes; mais comme leur usage est répété journellement et sert le plus souvent d’auxiliaire à l’ingestion des mêmes eaux par les voies digestives, leurs effets sc prononcent et se caractérisent généralement par l’activité plus grande des fonctions de la vie plastique, surtout des sécrétions et des excrétions. Toutes les eaux naturelles contenant des sels et souvent de la matière organique, leur emploi pour les bains n’est pas indifférent. Les eaux séléniteuses ne dissolvent point les principes gras des sécrétions cutanées; les eaux stagnantes forment autour du corps une atmosphère toxique, etc.
8" Les tissus cornés, très-hygrométriques, absorbent l’eau dans le bain; l’épiderme en particulier s’en imbibe, et l’on y voit surnager les produits de son exfoliation. La température des bains modifie cet effet : froids, ils crispent d’abord la peau et n’en augmentent la souplesse que par le bénéfice de la réaction qu’ils déterminent; tièdes et chauds, ils ramollissent l’épiderme, comme on voit les cors et durillons se ramollir dans un pédiluve chaud; ils macèrent, gonflent, rident cette membrane, surtout aux pieds et aux mains, et ils rendent la peau plus douce, plus tendre, plus impressionnable. Les mouvements de l’eau contribuent à la détersion de la surface cutanée.
DES MüDIl'lCATEUUS. — EXCRETA.
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§ 9, — UcN bainN en purUciilicr.