PROFESSIONS INTELLECTUELLES
pubuque]
Nous avons sous les yeux les tableaux des maladies traitées à l’infirmerie de cette école pendant les années 1850, 1851 et 1852, et celui des indispositions qui, observées pendant la même période, n’ont pas nécessité un traitement à l’infirmerie, 580 élèves ont passé par l’école dans cet espace de trois ans, et ont donné :
Malades à l’infirmerie. .. . 425 Proportion... 72,05 sur 100
Simples indispositions. .. . 650 id 111 sur 100
Décédés 3 id 0,52 sur 100
Les conditions hygiéniques de l’École polytechnique étant excellentes, ces résultats ne peuvent exprimer que : 1“ l’influence des éléments individuels des constitutions plus ou moins faibles d’origine ou déjà ébranlées par le travail antérieur; 2° celle des travaux de scolarité. Ils autorisent une première induction, savoir, que l’excitation prolongée de l’encéphale rend plus vulnérable aux actions morbifiques, quels qu’en soient la nature et le point de départ ; elle ne paraît pas étrangère au retard ou à l’imperfection de l’accroissement en longueur : sur 280 élèves de l’École polytechnique, 67 ont une taille inférieure à 1"*,658 millimètres, moyenne générale, en 1863 et 186^t, pour tous les jeunes gens de 20 ans (1).
Sur quels organes, sur quels appareils de l’économie tendent à se localiser les manifestations morbides qu’on observe dans ces conditions de vie intellectuelle? Les tableaux suivants, que nous formons à l’aide des documents précités, fourniront la réponse h cette question.
Ajipareil digestif.
A l'inlirmerie.
A ia cliaulire.
Embarras gaslro-inlestinal
Embarras gastrique avec urticaire . .
Irritation gastro-intestinale
Gastro-entérite
Entéro-colite
Dysenterie. ;
Appareil respiratoire.
A riulinneriü.
A la cliainUre.
Bronchite aiguë
Bronchite clironique
Pleurite
Congestion pulmonaire
Hémoptysie
Phthisie pulmonaire
(1) lUiji^ifivt (le M. Duruy ;î l’Empereur [Monilenr uni\>ersel \\\ü 18 mars 1868).
DES PROFESSIONS. EN PARTICULIER. [hygiÉxe
Appareil cérébro-spiual.
Courbature
Courbature avec lièvre
Fièvre épliéinère
Excitation nerveuse générale.
Céphalalgie
Migraine
Céphalalgie avec congestion . .
Névralgie sus-orbitaire
Névralgie faciale
Palpitations nerveuses
A l’iDrirmerie. A la cliambre.
§ •«. — l*i-oreSf<îon militaire (1).
L’armée est ce que la font le recrutement et son genre de vie.
Examinons ces deux ordres de causes :
La loi impose à tout Français, par le tirage au sort, la chance de paraître pendant un temps déterminé sous le drapeau; elle n’exempte de ce devoir que les infirmes ; elle prévoit, en outre, certains cas de di.spense, motivés par l’intérêt public ou par un sentiment d’humanité (fils de veuves, ecclésiastiques, etc.). L’appel des classes, la conscription, constitue le mode de recrutement le plus moral et le plus avantageux; il fournit les meilleurs soldats. Le bon choix des éléments de l’armée importe à l’État comme aux individus. La profession militaire augmente la mortalité, diminue la vie moyenne. Les militaires faibles sont une non-valeur pour l’armée qui ne peut compter sur eux aux jours de fatigue et de combaL une charge pour l’État qu’ils grèvent de journées d’hopitaÉ une perte pour la société qui pourrait les employer utilement dans d’autres professions, car beaucoup meurent soldats qui auraient vécu longtemps dans les conditions variées de la vie civile.
Ce programme va trouver son développement dans l’exposé des lois actuelles, sur l’organisation de l’armée et dans les résultats numériques des opérations du recrutement.
I. Recrutement. A. — Age des appelés. — Tout Français qui, au 1" janvier, a terminé sa vingtième année, est appelé à payer à l’État le tribut de la conscription. Par un accord presque unanime, c’est l’âge adopté dans les diverses armées de l’Europe; si quelques pays, l’Angleterre, les États- Unis d’Amérique, etc., acceptent encore la limite de dix-sept à dix-huit ans, c’est qu’ils ont conservé l’enrôlement à prix d’argent pour base principale de leur recrutement, et que le choix dès lors peut s’exercer en toute liberté. Cejiendant, même dans ces conditions, les médecins les plus autorisés, llam-
(1) Dans ta révision de cet article, nous avons eu pour collaborateur M. R. Vallin, des membres les pins dislingués de l’agrégation dn Val-ile-firâce.
publique] profession MILITAIRE. '''
mond (1), Aitken (2), Parkes (3), ne cessent de déplorer, au point de vue de la théorie comme au point de vue des résultats obtenus, l’introduction de ces éléments trop jeunes dans l’armée. Avant l’àge de 20 ans le développement du corps n’est pas achevé ; l’ossification est incomplète, les épiphyses ne sont pas définitivement soudées; la charpente cartilagineuse du thorax conserve encore la souplesse et la mobilité nécessaires pour suivre l’ampliation progressive de l’appareil pulmonaire, et ce précieux avantage devient une source de dangers, si l’ossification envahit la cage thoracique déviée par la pression habituelle de l’équipement.
Des recherches multipliées ont démontré (]ue la taille continue à s’accroître bien au delà de 20 ans, et l’on doit regretter qu’elles n’aient pas réussi jus- ([u’à ce jour à détruire l’opinion contraire accréditée dans le public. Nous avons déjà fait connaître, tome I, page 20à, les tableaux dressés par Quetelet du développement du corps aux difl'érents âges : la taille qui, à 18 ans, n’est que 1“,658, atteint 1“’,684 à 30 ans. Ces résultats ont été confirmés, il y a quelques années, par Hanson (h), qui, opérant sur ii800 criminels de 18 à 30 ans, a pu établir le poids et la taille pour chacun de ces groupes ; tandis qu’à 18 ans la taille moyenne e.st de 1“,63A, elle est à 30 ans de l"',68à. Liharzik (5), de Vienne, par des mensurations mathématiques qui portent sur chacune des parties du corps en même temps que sur la hauteur totale, a démontré l’accroissement progressif, jusqu’à 2k ans, de chacun des segments du squelette ; ces recherches sont faites avec une exactitude et des précautions inconnues jusqu’ici et jugent péremptoirement la question. Des nombreux tableaux publiés par Liharzik, nous extrayons les chilfres suivants qui se rapportent à une race évidemment favori.sée au point de vue de la stature ;
A£çe
(année accomplie).
Taille moyenne.
Age
(année accomplie).
Tiiille moyenne
Le reproche que l’on peut adresser à ces mensurations, c’est qu’elles n’ont pas été faites sur les mêmes individus, à des époques dilférentes de leur vie. Robert et Allaire (6) ont pris la taille exacte de soldats âgés de 2k et 2.ô ans,
(t) Hammond, A treatise on Ihjgiene. Philadelphia, 1863, p. 24.
(2) Aitken, On the growili nf thn Hecruit. London, 1862, p. 40.
(3) E. A. Parkes, A Mnnunl ofprncticnl Hygiène, prepared esperinllg for use in llu> medical service of fhe Armg. London, 1866, p. 499.
(4) Danson, Growth of the humnn hodg {Statisticnl Societi/s Journal, 1862, p. 22).
(5) F. Liharzik, Loi de la croissance et de la structure de. l’homme. Vienne, 1802.
(6) Allaire et Robert, Études sur la taille et le poids de l’homme {Mém, de méd. milil, 1863, t. X, p. 161, 171).
778 DKS PROFESSIONS EN PARTICULIER. [hygiène
et l’ont comparée à celle cpii avait été inscrite sur leur Iho-et au moment de l’incorporation. Robert a trouvé sur un grand nonibre une augmentation moyenne de 23 millimètres.
En présence de ces faits, il est impossible de ne pas approuver une coutume adoptée par plusieurs États de l’Europe, et qu’il serait désirable de voir introduire en France. En Prusse, en Belgique, en Autriche et en Italie, les jeunes gens de 19 à 23 ans se présentent chaque année devant les conseils de révision ; ceux de 20 ans qui ne paraissent pas assez forts ou développés sont ajournés à l’année suivante, et ce n’est qu’après 23 ans révolus qu’ils sont exemptés définitivement, si à cette époque leur taille et leur constitution sont restées stationnaires ou insuflisantes. En France, devant les conseils de révision, on est souvent appelé à prononcer sur des jeunes gens de 20 ans, ouvriers de fabriques ou habitants de cantons misérables, dont la croissance tardive s’accuse par la gracilité des formes, un corps imberbe, les allures de l’adolescence ; ils ont quelques millimètres de moins que la taille réglementaire, et quoique assez bien constitués, ils échappent au service militaire ; trois ou quatre ans plus tard ils eussent été capables de faire de bons soldats. Dans certains départements, surtout dans quelques cantons peu favorisés de la Conèze, de la Haute-Vienne, de l’Indre, ce n’est habituellement (|u’entre "ik et 25 ans que le développement du corps est complet, ce qui expli((ue l’impossibilité où chacun de ces cantons se trouve presque chaque année de fournir son contingent (E. Vallin).
Indépendamment du développement physique ou peut dire qu’avant 22 ou 23 ans, l’homme n’a pas cette énergie morale, ce cahne en face de reniiemi, celte résignation, cet esprit de discipline, qui assurent les victoires et conjurent la mauvaise fortune ; les soldats trop jeunes ne supportent pas la continuité des efforts ; enthousiastes devant le succès, difficiles à contenir quand on est pouvu de tout, et que le sort des armes se montre favorable, ils se laissent envahir par le découragement dès qu’arrivent les revers qu’ils transforment en désastres.
Les appels prématurés ont toujours eu des suites funestes; témoin la cann pagne d’été de 1809, où l’armée, composée par moitié de conscrits de 20 ans, sema la route de malades, jusqu’à Vienne; témoins les batailles de Lutzen et Bautzen où des soldats de 18 ans combattirent en héros, mais après ce glorieux efi'ort encombrèrent les ambulances de nostalgiques et de malades. Le grand nombre de très-jeunes soldats envoyés en Orient pendant la guerre de 185Ù-1856 a certainement contribué à remplir nos hôpitaux et à en grossir le nécrologe.
L’opportunité du recrutement penche donc plutôt sur la vingt et unième et la vingt-deuxième année qu’entre 18 et 20 ans; en réalité, les jeunes gens de la classe n’arrivent à leurs corps que dans les derniers mois de l’année du tirage, et presque tous ont plus de 21 ans ([uand commencent pour eux les fatigues du service. Les engagements volontaires étaient reçus jadis à
pdbuoue] profession MILITAIRE, 779
partir de 17 ans, ils ne le sont plus qu’à 18 ans accomplis; on a voulu par là sans doute donner accès à ceux dont la vocation militaire est bien décidée, mais ce n’èst ni l’àge des résolutions réfléchies, ni celui où le corps peut impunément supporter le métier pénible des armes; la faculté de refuser ceux qui n’auraient pas l’aptitude physique diminue les inconvénients de cette limite encore trop basse. Après 30 ans, les habitudes sont trop invétérées, l’économie se plie mal aux exigences d’une vie nouvelle, et nul n’est admis, au delà de cet âge, à contracter un engagement, s’il n’a déjà servi dans l'armée.
Au reste, la valeur physiologique de l’àge n’est pas la même dans tonte l’étendue d’un vaste pays tel que la France, et varie surtout suivant les localités agricoles et industrielles; si l’on tient à conserver une règle uniforme, au moins faut-il ne pas diriger immédiatement en campagne, en Afrique ou sur les grandes villes de l’intérieur, des recrues de 20 ans qui ont besoin d’être formées dans les dépôts des régiments.
B. Formation det^ listes de tirage. — Tout individu qui, au 1“'' Janvier, est entré dans sa vingt et unième année, est inscrit sur les listes de recrulenient de son canton. Le dépouillement du registre des naissances correspondant à l’année de la conscription assure l’exactitude de ces listes, sur lesquelles figure tout individu dont le décès, à cette époque, n’a pas été établi. C’est une occasion précieuse pour l’hygiéniste d’étudier le mouvement de la population, et de connaître les déchets qu’elle a subis dans ce long intervalle.
La seule cause d’erreur est l’inscription, sur le registre de naissances, des étrangers qui ne reparaissent pas sur les listes de tirage ; ce nombre est d’ailleurs très-peu élevé :
.Survivants à 20 ans
1 J’roporlioii
iuserils
des survivants
Nombre île garnons
sur les listes
sur
nés (Ml
Classe «le
de tirage.
1000 imissaiK'es
Il y a donc 320 000 à 325 000 jeunes gens annuellement inscrits pour former la classe recrutable. Ce chilîre est notablement supérieur à celui des périodes précédentes qui ne dépassait pas 300 000 ou 305 000 ; même en retranchant les hommes fournis par les trois départements annexés depuis 1860, on trouve un chilTre de 31 A 000, supérieur de 10 000 à la moyenne des quinze années qui précèdent.
De plus, la proportion des survivants s’est beaucoup améliorée, comme le prouve le tableau suivant établi par Legoyt, déduction faite des étrangers :
DF, S PROFESSIONS EN PARTICULIER
[hygiène
Survivants à 20 ans : 1845-49 604,4 sur 1000 naissances.
Il ii’esi peut-être pas indifférent de produire ces résultats, à une époque où l’on agite la question de savoir si la population de la France prospère ou s’amoindrit,
C. De la révision. — Lors([ue les listes de tirage ont été dressées et révisées, le conseil de révision se transporte dans chaque canton, et procède à deux séries d’opérations distinctes : dans l’une, qui ne comporte pas l’intervention du médecin, il répartit le contingent, délibère et prononce sur les dispenses, déductions, exemptions légales ; dans la seconde, il s’éclaire de l’avis du médecin pour juger l’aptitude physique des jeunes gens au service militaire.
1“ Composition du conseil de révision, — Le conseil se compose de cinq membres dont quatre, choisis parmi les autorités civiles, représentant le pays, le département, l’arrondissement ; un cinquième, officier général ou supérieur représente les intérêts de l’armée. D’autres fonctionnaires encore, officiers de l’intendance, du recrutement, maires, sous-préfets, sont adjoints au conseil, mais n’ont pas voix délibérative.
Ce jury est appelé à se prononcer sur les maladies, les infirmités alléguées ou dissimulées par ceux qui paraissent devant lui, et pour une œuvre aussi éminemment médicale on peut s’étonner que l’élément scientifique et compétent soit aussi peu représenté ; la loi, si explicite sur les attributions de chacun, ne fait intervenir le médecin que dans un paragrapiie incident de l’art. Ifi, et dans ces termes sommaires : « Dans les cas d’exemption pour infirmités, « les gens de l’art seront consultés. »
En principe, le médecin n’a pas voix délibérative ; son rôle est celui d’expert, il exprime son avis sur les hommes qu’on lui présente, et ne décide rien, mais il a le droit d’inscrire sur un registre ad hoc les réclamations ou les protestations que sa conscience et son devoir lui suggèrent. C’est justice de le dire, dans la pratique, sauf de rares exceptions, les médecins militaires, presque uniquement employés aujourd’hui devant ces conseils, y font prévaloir leurs avis inspirés par un égal souci de l’intérêt des individus et de l’intérêt de l’armée. Ils ont parfois à lutter, non pas contre une résistance ouverte se traduisant par des décisions contraires à leur jugement, mais bien contre une pression morale à laquelle il est d’autant plus facile de céder qu’elle est plus discrète et plus réservée dans son expression. En effet, les fonctionnaires civils, qui forment la majorité du conseil, ne réfléchissent pas toujours as.sez aux rudes épreuves de la vie militaire, et par une erreur qui indique un défaut de portée logique ou un calcul, beaucoup croient bien mériter de la population qu’ils représentent en la débarrassant de ses éléments médiorres
PUULiuiiEj PHOKESSIÜN MILITAIKK. 781
par la voie do recrutement. D’autres se persuadent que les exercices réglés, la discipline et la vie de régiment sont favorables au développement des constitutions chétives, et ces opinions erronées se transforment presque toujours, comme toutes les idées préconçues, en convictions énergiques. Lorsque le médecin assiste un conseil où ces convictions prévalent, il sent bientôt qu’il heurte le sentiment général, que c’est par une sorte de déférence que l’on conlirme ses jugements, quand on les confirme, et il peut se trouver entraîné, par un esprit de conciliation et de convenance, à des concessions que son instinct médical et sa conscience désavouent (Vallin).
La ligne de conduite à suivre en matière de recrutement est délicate ; deux écueils à éviter : si l’on accepte trop facilement ceux qui se présentent, on affaiblit l’armée; si, par une sévérité exagérée, on n’admet que les individus d’une constitution, d’une vigueur exceptionnelles, on fait tomber sur un petit nombre, d’une manière fatale, un tribut que la loi, en principe, a réparti sur tous. On arrive par là à ce résultat, de faire dans la population deux parts : l’une, composée des sujets infirmes, débiles ou équivoques, à qui serait confié la prospérité, la fécondité du pays ; l’autre, la plus belle, la plus saine, la plus forte, l’armée, chargée de la défense d’une nation qui n’excitera désormais la convoitise de personne.
La loi de 1832 est h la fois plus juste et plus libérale ; elle prévoit des dispenses et des exemptions nombreuses, et parmi ces dernières, les infirmités qui rendent impropres au service. Mais, au point de vue médical, suffit-11 de n’être pas infirme pour être déclaré propre au service militaire ? Le conseil de santé énumère et étudie, dans une savante instruction, toutes les infirmités, maladies, vices de conformation qui confèrent le droit à l’exemption; ce qu’il est impossible d’inscrire dans un règlement, de fixer par une formule, c’est le degré de force, de développement, de résistance que doit présenter la constitution. Il ne suffit pas que l’individu examiné ne soit actuellement atteint d’aucune infirmité, il faut encore qu’il paraisse capable de supporter le surcroît de fatigue qu’impose la vie militaire. Puisque la mortalité de l’armée est plus élevée que celle de la population qui lui fournit des hommes de choix, puisque chaque année cette armée a besoin de s’épurer par de nombreuses réformes, y faire entrer des individus débiles, sans résistance, c’est dépasser son devoir, c’est, dit Bégin, leur imposer plus que n’a voulu la loi, car on les soumet à un danger manifeste de mort, tandis qu’elle a entendu n’exiger d’eux que le sacrifice d’une partie de leur temps.
Ces principes généraux sont ceux qui dirigent le médecin militaire devant les conseils de révision, et s’il est d’instinct porté à fermer l’entrée de l’armée aux sujets douteux, la tendance contraire des membres civils du conseil doit dissiper toute crainte de voir la population dépouillée chaque année de ses meilleurs éléments.
2° Répartition du contingent. — L’une des opérations les plus importantes du recrutement consiste à répartir, entre les départements et les cantons.
DES l'ROEESSlONS EN PAKTICDLIEK.
[hycibne
le nombre d’hommes à lournir par chacun d’eux pour former le contingenl; ici se place une queslion qui intéresse au plus haut point l’hygiène générale et l’économie politique.
Depuis 1832, la répartition se fait proportionnellement au nombre des jeunes gens inscrits et maintenus sur les listes d« tirage ; pour la classe de 1865, le rapport entre le nombre des inscrits et le chiffre du contingent voté est de 30,6218 sur 100, de sorte qu’un canton qui compte 100 jeunes gens inscrits doit fournir 31 soldats au contingent. Celte mesure est en général considérée comme la plus équitable ; elle est parfaitement accueillie par les populations : sert-elle le mieux les intérêts des localités et du pays? Les recherches d’E. Vallin vont répondre à cette question.
Tandis que certains cantons fournissent, sans s’épuiser, le nombre d'hommes qu’on leur réclame, d’autres, même en donnant à l’armée tous leurs sujets valides, ne peuvent atteindre le chiffre fixé par la répartition. Dans quelques départements, la petitesse de la taille, c’est-à-dire le plus souvent un caractère de race, explique ce déficit, et dans ce cas le mal est moindre ; mais trop souvent le déficit résulte du grand nombre d’individus malingres ou infirmes qui peuplent la localité.
Dans les Hautes-Alpes, où chaque année certains cantons ne peuvent fournir leur contingent, lorsque le recrutement a enlevé tous les jeunes gens qui ne sont ni goitreux, ni crétins, ni infirmes, à quelle population laisse-t-on le soin de régénérer la race, de féconder un sol ingrat, de relever le niveau du bien-être et de la civilisation ? Si la conscription est un impôt que la patrie exige de tous pour la défense de tous, est-il juste et bon que certains départements ne donnent à l’armée que le quart de leurs hommes valides, que d’autres perdent jusqu’au dernier de ceux que la maladie ou l’infirmité a épargnés?
De185ù à 1863, il y a dix départements qui ont été presque toujours en déficit :
Ille-et-Vilaine,
Finistère,
Manche,
Seine-Inférieure,
Orne,
Haute-Vienne,
Corrèze,
Dordogne,
Hautes-Alpes,
Haut-Rhin.
11 y en a trois seulement qui ont pu chaque année fournir leurs hommes ;
Seine, | Rhône, | Vaucluse.
Ce tableau n’exprime pas le degré absolu de richesse ou de misère de chaque département ; car parfois à côté d’un canton favorisé (pii fournit facilement son effectif, il s’en trouve un autre, pauvre, stérile et insalubre, pour lequel U n'y a /tas de bons numéros, ce qui rend l’inégalité de la répartition encore plus clioquante.
PROFESSION MILITAIRE
pubmüue]
Le nombre de jeunes gens qui n’ont pu être fournis a été en
Avec le contingent liabiluel de 100 000 boinmes, ces chiffres subissent chaque année une ainélioralion progressive ; mais quand le contingent s’élève à lAÜOOO hommes, le déficit devient énorme :
Classe de 1853 2029
Ce qui semble prouver que la population de la France n’est pas capable de supporter des levées qui dépassent 100 000 hommes. Toutefois, il faut i)eulêtre moins se préoccuper du chiffre total du déficit que du nombre de départements et des cantons où le déficit a lieu ; un seul homme qui manque dans une localité implique qu’on a enlevé tous ceux (sauf les exemptions légales) qui étaient sains et valides. Quel fléau serait la conscriplioiL pour la France, si, dans un déficit de 3102 hommes, chacun des 2938 cantons était représenté par un individu !
En 1832, quand on appliqua pour la première fois cette belle loi du 21 mars qui subsiste encore presque entière aujourd’hui, les préfets furent consultés individuellement pour savoir quel mode de répartition du contingent leur semblait préférable. Un petit nombre, huit seulement il est vrai, répondirent qu’il leur semblait juste de prendre pour base « le nombre des jeunes gens que les conseils de révision auraient reconnus être propres au service et n’avoir droit à aucune exemption n (1). Ce principe n’a pas prévalu, et cependant c’est le seul qui soit conforme à la justice et aux intérêts du ]'ays ; à différentes reprises, le corps médical en a demandé l’application, et la discussion de 1860, à l’Académie de médecine, a fourni à Broca et à Bergeron l’occasion de renouveler ces vœux (2).
Tous les jeunes gens inscrits, sans exception, devraient subir, sous l’œil du médecin, une visite corporelle qui constaterait leur état physique, au point de vue de la taille, des infirmités, etc. On saurait ainsi exactement le nombre des individus aptes au service militaire, pour toute la France ; dans chaque canton le nombre d’hommes à fournir serait partout le tiers, la moitié ou une fraction quelconque du chiffre des hommes valides de la localité ; les exemptions légales, les déductions, etc., n’en auraient pas moins leur cours.
On a proposé, comme atténuation à cette mesure radicale, de répartir le contingent d’après l’aptitude militaire moyenne du canton : cette aptitude se calcule en rapportant le nombre des exemptions pour défaut de taille et infir-
(1) Compte rendu (tu recrutement. Paris, mars 1835, p. 9.
(2) Hullclin de l'Academie impériale de médecine, 1866-1867, t. XXXIl.
DES PKOl-'ESSIONS EN PARTICUUEU. [hïgiÉNK
iiiilés à celui des individus examinés par les conseils de révision. Mais en 1865, comme chaque année, |)armi 198 916 hommes soi-disant examinés, figurent ZilOlS (fils de veuves, frères de militaires, etc.), qui n’ont paru ni sous la toise, ni devant le médecin, sur lesquels le Conseil a statué, mais qu’il n’a pas examinés au point de vue physique ; leur présence dans le groupe des examinés entache d’erreurs tous les calculs généraux et particuliers et permettrait difficilement de construire des tableaux exacts de l’aptitude militaire.
Contre l’obligation imposée à tous les jeunes gens de 20 ans de se soumettre à un examen corporel, on a invoqué l’argument odiosa sunt restringenda: mais il n’y a rien d’odieux ni d’excessif à appliquera tous une formalité qui atteint déjà le plus grand nombre, qui est acceptée partout sans répugnance, parce qu’elle s’accomplit avec la convenance et la discrétion que lui garantit la composition même du conseil. C’est d’ailleurs la seule occasion offerte à la statistique de faire connaître la constitution physique de la population, c’est-à-dire l’élément principal de la richesse d’un pays, et Textension qu’ont prise en France depuis quelques années les études démographiques prouve qu’on en comprend l’utilité et l’importance. La mesure que nous préconisons servirait à la fois la justice, les intérêts généraux du pays, et surtout ceux des cantons déshérités, qu’on met aujourd’hui dans l’impossibilité de sortir de leur infériorité et de leur misère. Le seul obstacle à son adoption, c’est la plus longue durée des opérations du recrutement : mais qui donc pourrait mettre en balance les convenances de quelques-uns avec les intérêts et la prospérité de tous ?
3° De l'aptitude militaire — A. Taille. — Au premier rang des conditions d’aptitudes requises pour le service militaire, se place une élévation déterminée de la taille. Presque toutes les nations, anciennes et modernes, ont reconnu la nécessité d’adopter une taille minimum, partant de cette opinion, vraie du moins en partie, qu’au delà d’une certaine stature l’homme n’a pas la force et la vigueur compatibles avec le métier des armes (1). De documents souvent inexacts, contradictoires, et dont le contrôle est laborieux, E. Vallin a tiré le tableau suivant :
{Taille minimum du temps de Marius (S)
Loi de Valentinien du 25 avril 367.
Loi du temps de Végèce (390)
/ 2 décembre 1691 . Minimum de l’infanterie.
I ( Temps lie guerre
l 27 novembre 1765. Minimum des milices
1 25 mars 1776. Minimum de l’infanterie
] 22 juillet 1792. — —
France s 8 fructidor an viii
I 11 mars 1818
f 11 décembre 1830
1 11 mars 1832
\ 1'='' février 1868
im
(1) Voy. plus haut : Buces, Tailles.
2) Bardiii, Dicliannnirc de l'armée, t. IV, p. 5001.
PROFESSION Militaire.
PUBMQt’E]
Belfiiijuc (Le tirage se fait de 19 à 20 ans). . .
Autriche (1 )
„ , i Artillerie
{infanterie
Bavière (Depuis 1853)
Italie
Angleterre (3)..
Cipayes
États-Unis 1 Avant la guerre
d’Amérique. ... | De mars 1863 à septembre 1864 (4)
Vouloir faire de la taille la mesure exacte de la force humaine est une erreur
que démontrent à la fois l’anatomie, la physiologie, la pratique de l’armée, comme l’expérience la plus vulgaire ; c’est un élément d’appréciation qui ne prend toute sa valeur que lorsqu’on y joint la considération de l’àge, du poids du corps, de la circonférence de la poitrine, du développement musculaire, de la race, etc. L’observation raisonnée a fait abandonner de plus en plus, dans les diiïérentes armées de l’Europe, l’engouement pour les hautes tailles excité au dernier siècle par les géants de Frédéric-Guillaume, et depuis plusieurs années, les nations de l’Europe dont la taille moyenne est notablement élevée ont abaissé successivement le minimum exigé pour le service. Il y a d’ailleurs une différence très-grande à établir entre les pays où la con- ^ scription est obligatoire, et ceux où le recrutement procède par enrôlement à prix d’argent ; dans ce dernier cas, la fixation trop élevée de la taille n’a qu’un intérêt médiocre; dans l’autre, un minimum mal établi répartit inégalement la charge du service sur les différents groupes de la populalion.
Un des résultats les plus curieux des recherches anthropologiques entreprises dans ces dernières années et que nous avons déjà signalé, est la démonstration de ce fait, que c’est surtout la race ([ui, dans des pays différents ou dans un même pays, fait varier la taille des individus. Les travaux de Broca (5), Boudin (6), Périer (7), Dufau (8) et Sistacb (9) ont fait voir que si, du dé-
(1) Eè. Vÿ.\’re, L'Autriche et ses institut, milü., 1866, p. 104.
(2) Prager, Das Preussische Milit. ined. Wesen. 1864, p. 312.
(3) E. Parties’ Hygiene, p. 497, L’ordre général, n“ 806, en date du 14 janvier 1862, fixe ainsi ta taille et ta circonférence du thorax des recrues :
Miniunim
Miniinuin (le circonréreiicp
Je la taille.
thorarique.
Grosse cavalerie
Cavalerie légère . . . ;
Infanterie (4 mars 1864)
Conducteurs d’artillerie
Train militaire
(4) Hammond’s Ihjgiene, p. 27. Plus tard, aucune limite de taille ne fut admise.
(5) Broca, Mém. Soc. anthrojr Paris, 1860-63, p. 1.
(6) Boudin, Etudes et/mot. {Mém. de méd. miht. 3“ série, Paris, 1863, t. IX et X).
(7) Périer, Bullet. Soc. d’anthrop., 1861, t. Il, p. 363.
(8) Dufau, Traité de statistique, 1840.
(9) Sistacb, Etudes statistiques {Mém. de méd. milit., 3® série, 1861, p. 353).
M. i.ÉVY. Hygiène, 5° ÉniT. n. 50
DES PROFESSIONS EN PARTICULIER
[hygiène
département de l’Ain, on tire une ligne obli(|ue remontant vers le N. -O. jusqu’à la limite qui sépare le département de la Manche de celui d’Ille-et-Vilaine, cette ligne établit une démarcation assez exacte entre la population de taille élevée et la population de petite taille : d’un côté le bloc kimrique, de l’autre le bloc celtique; quand la race est restée pure, la taille est très-haute ou très-basse; dans les régions où la fusion a eu lieu, le niveau moyen s’établit.
Cette distinction des races, qui se retrouve dans les principales contrées de l’Europe, explique en partie les grandes différences observées dans la taille moyenne des peuples, et les chiffres exigés pour faire partie de leurs armées; elle explique le mieux pourquoi tel département de France fournit si peu d’hommes de haute stature ; tel autre, si peu de tailles insuûisantes. .Mais ce n’est point à dire qu’il n’y ait aucune relation entre les conditions i
hygiéniques propres à chaque région et les variations de la taille ; et il faut ,
se défier de la réaction qui s’opère contre les opinions longtemps en faveur |
et trop exclusives de Quetelet et Villermé. Quand, dans un même département, il y a d’un canton à l’autre des différences considérables dans le '
nombre des exemptés pour taille, etc., on ne peut admettre que la race exerce encore son influence. Bertrand (1) a fait x^oir que dans le département de l’Indre il y a deux cantons remarquables à ce point de vue ; l’un, le canton de Levroux, en pleine Champagne, fertile, salubre, aisé, ne fournit à la révision sur 1000 examinés que 50 exemptions pour taille, '
250 pour infirmités ; l’autre, le canton de Mézières, est situé au centre des i
plaines incultes, des brandes et des marais de la Brenne ; le sol y est impro- l
ductif, la végétation rabougrie, la population misérable ; le nombre des exemptés pour taille est de 1A5, pour infirmités 320. Péruy (2), Moullié (3), Lèques (6), ont fait les mêmes observations dans l’Aude, la Haute-Loire, la Vendée.
Partout avec la misère, la taille tend à s’abaisser dans une limite que retient l’influence de la race et de l’hérédité. Les ouvriers des manufactures ont la taille moins élevée et la croissance plus tardive que les jeunes gens aisés de la même ville. De plus, Tenon a prouvé que la continuité des guerres fait baisser la stature moyenne des peuples ; c’est ainsi qu’après les guerres désastreuses de la fin du règne de Louis XIV il fallut, sous Louis XV, diminuer la taille légale et réduiie celle des recrues au minimum de cinq pieds.
Les guerres de la République et de l’Empire ont produit les mêmes cflets: la ] classe de 1836, née en 1815, à la fin d’une longue période de guerres, avait
(1) Bertrand, Études statistiques sur le département d’Indre-et-Loire, de 1838 à 186A {Mém. de méd. milit. 1865, t. XIV, p. 289).
(2) Péruy, Études statistiques du département de l’Aude {Mém. de méd. milit. 1867, l. XVHI, p. 81).
(3) Moullié, Des causes d’ exemption dans la Haute-Loire {Mém. de incd. milit. 1867, t. XVHl, p. 273).
(4) Lèepici, Considérations sur les infirmités causes d’exempt, dans le dépat tement de la Vendée {Mém. de méd, milit, 1864, t. XII, p. 177).
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publique]
mie taille probable, calculée par Broca (1), de l“,6/i2; il fallut dix ans pour qu’elle rcmonlàt de 5 millimèlres (1"',647 eu 18^6) ; elle est aujourd’hui de l“,6Zi9. Ici reparaît sans doute le rôle de l’iiérédilé, car les individus éloignés de l’armée par leur petite stature et pour qui, alors, le mariage était facile, ont dû trausmeltre ce caractère h leur postérité.
Ce qui prouve bien que l’élévation de la taille est iiinueucéc moins par les conditions de l’hygiène que par celles de la race, c’est l’absence de concordance topographique que nous avons fait ressortir (voy. Races, Taille) entre les exemptions pour défaut de taille et les exemptions pour infirmités. On a donné de ce fait une démonstration par l’absurde, en employant le calcul des probabilités : si l’on groupe au hasard tous les départements, on n’obtient pas, pour les maxima de défaut de taille et les maxima d’infirmités, plus de concordance qu’il n’en existe dans la disposition géographique réelle. Ainsi le Puy-de-Dôme, qui est classé le septième pour les défauts de taille, a le quatre-vingt-quatrième rang pour les infirmités; au contraire, le Morbihan, qui a le soixante-septième rang pour la taille, fournit le moins d’infirmes et occupe le numéro 1 .
La prédominance des grandes et des petites tailles, dans les divers départements, suivant la spécialité de la race, est rendue très évidente par les cartes teintées, publiées dans ces dernières années. Déjà, en 1831, on avait remarqué la disproportion fâcheuse de k jusqu’à 28 pour 100 que présentaient, dans divers départements, les exemptions pour défaut de taille, et Virey, membre de l’Académie de médecine et député de la Haute-Marne, demandait à la Chambre l’abaissement delà taille à 1“,55 pour toute la France, à 1“‘,5A pour les départements de la Creuse, l’Ailier, les Côtes-du-Nord, le Finistère, la Dordogne, la Haute-Garonne, le Tarn, le Puy-de-Dôme, où la race est de petite stature. Sa proposition fut rejetée, et la loi du 21 mars 1832, qui fixait la taille à 1”',56, a prévalu jusqu’à ces derniers temps. Celte limite, en général convenable, laissait cependant le regret, surtout dans plusieurs départements, de voir des sujets robustes exemptés du service pour quelques millimètres de moins dans la hauteur du corps. L’article 13 de la loi du 1" février 1808 accorde l’exemption à tous ceux qui n’auront pas la taille de l“,55,et une loi postérieure (21 mars 1868) applique également ce minimum aux engagés volontaires et aux remplaçants: pendant la préparation de la loi nouvelle sur l’armée, la commission avait d’abord adopté la réduction à l’",5/i, qui fut repoussée par le conseil d’Élat. E. Vallin a été curieuxde rechercher les modifications que ces diverses fixations ont apportées et pourraient apporter dans le mouvement de la population recrutable.
l’endanl trente-six ans qu’a été imposée la limite de 1“,56, il y a eu, aimuellemenl, de 10 000 à 15 000 hommes exemptés pour insuffisance de taille; a proportion de ces exemptions a diminué progressivement, de telle
(1) Broca, liullet. du l'Acud. impé>\ du mùd., I8ÜG-67, t. XXXII, j). 59,
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sorte que clans les dernières années, 1856-1864, avec un contingenl de 100 000 lioniines, il y aeu en moyenne 58,73 exemptés pour 1000 examinés, tandis que dans la période 1840-48, avec un contingent annuel de 80 000 h., il y avait eu en moyenne 72,81 exemptés pour défaut de taille sur 1000 examinés. Ces chiffres, comparés l’un à l’autre, expriment un progrès qui est trèsréel ; leur valeur absolue, au contraire, est tout à fait contestable, ^’ous l’avons déjà vu, le groupe des examinés comprend un nombre considérable d’individus sur lesquels le conseil a statué administrativement (aînés d’orpbelins, fils de veuves, frères de militaires, etc.), mais dont on n’a point mesuré la taille qu’on suppose suffisante. Cette cause d’erreur modifie notablement les chilfres ci-dessus, qui sont beaucoup trop favorables. Eu rapportant le nombre des exemptions pour défaut de taille à 1000 hommes mesurés réellement ou considérés comme ayant la taille légale, on arrive aux chifl'res suivants, peut-être un peu trop faibles, mais très-voisins de la vérité :
Moyenne des exemptés sur 1000 hommes mesurés,
L’écart entre ces chiffres et ceux des comptes rendus officiels, cités plus haut, démontre péremptoirement la nécessité d’examiner l’aptitude physique, non-seulement des jeunes gens qui passent à un titre quelconque devant les conseils, mais encore de tous ceux qui font partie de la classe : il n’y a de statistique sérieuse qu’à ce prix.
Peut -on calculer d’avance le nombre d’hommes valides que l’abaissement d’un centimètre va dorénavant faire entrer dans l’armée, et les avantages qu’offrirait la fixation à 1“,54, proposée à diverses reprises, et par les commissaires de la loi de 1868? Sous le régime de la loi du 11 mars 1818, qui fixait la taille à 1“,57, le nombre moyen d’individus exemptés pour leur taille était dans les dernières années de 20 515, pour un contingent de 40 000 hommes. En 1832, le minimum étant de l’",56, il n’y eut plus que 15 323 exemptions, sur un nombre presque égal d’examinés et pour un contingent supérieur. La réduction d’un centimètre a donc introduit dans l’armée 5192 jeunes gens qui en eussent jadis été exclus, ce qui prouve que la première fixation était réellement trop élevée.
Mais ce serait une erreur profonde de croire qu’au delà de cette limite, et pour le même contingent, chaque centimètre de réduction peut faire gagner 5000 hommes en plus ayant l’aptitude physique. Bien que la hauteur du corps ne soit pas la mesure de la force, il est évident qu’au-dessous d’une certaine stature le nombre des individus vigoureux et bien conformés diminue de plus en plus. Sur les 5192 hommes exemptés ayant de 1"',57 à 1“‘,56 il y en avait sans doute à peine 3000 qui eussent, par ailleurs, les qualités physiques suffisantes; avec la taille de l'",55, il y en aurait
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OU peul-ètre 3ÜÜ0 que leur médiocre stature u’eût pas exclus de l’armée; mais sur ce nombre, 1500 ou 1800 auraient été déclarés, par leurs inliruiilés ou leur faiblesse de conslilulion, incapables de servir; enfin, en abaissant la taille jusqu’à 1“,54, h grand’peine gagnait-on 1000 hommes ayant désormais la taille, sur lesquels 200 seulement n’étaient pas incapables de porter les armes, et encore provenant presque tous de certains départements, le Finistère, les Côtes-du-Nord, la Corrèze, la Haute-Vienne, où la race celtique s’est conservée pure. Ce qui s’est passé de 1829 à 1832 en est une preuve éclatante (1). La réduction de 1"',57 à l'“,56 fit gagner, disons-nous, 5192 hommes; mais quand, après avoir été abaissée à l“,5ù, la (aille fut ramenée h 1“*,56, cette élévation de 2 centimètres ne fit perdre que 261Ù (2), soit 1307 par centimètre, sur lesquels un très-grand nombre sans doute auraient été exemptés pour infirmités ou conslitution insuffisante.
Il est donc peu regrettable, en somme, qu’on se soit arrêté à la fixation de 1"',55. S’il est vrai (|ue les modifications nouvelles de l’armement ne nécessitent plus une taille élevée, il y avait cependant peu d’avantages h introduire dans l’armée un nombre extrêmement restreint d’individus qui eussent pu être une cause d’embarras pour la tenue, l’équipement, etc. Tout ce qu’on pourrait demander, ce serait que la décision ne fût pas définitive pour ceux qui, h vingt et un ans, auraient quelques millimètres de moins que le minimum, et qu’à l’exemple de ce qui se passe chez d’autres nations que nous avons citées, ces jeunes gens fussent obligés de se présenter chaque année jusqu’à vingt-quatre ans, par exemple, époque à laquelle ils seraient libérés complètement, si leur croissance, leur développement, leur vigueur laissaient encore à désirer.
Les bommes déclarés bons pour le service sont, d’après leur taille et certaines habitudes professionnelles, répartis dans les difiérents corps de l’armée. Le minimum de la taille pour l’admission dans les corps spéciaux, abaissé déjà de 1 centimètre en 1860, vient d’être encore réduit par un décret. C’est une mesure excellente, qui permettra de choisir, dans le groupe très-nombreux des tailles moyennes, des hommes vraiment vigoureux, à large poitrine, indispensables pour le recrutement de certains corps, des cuirassiers par exemple.
(1) Compte rendu du recrutement, mars 1835, p. 21.
(2) Le Compte rendu dit 161A, p. 23. C’est une erreur évidente, puisque avec le minimum de 1“,5A, il y avait 12 711 exemptions pour défaut de taille, et 15 325 avec le maximum 1“’,56. (Reclification de Vallin.)
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