DE LA TAILLE
Décret du
23j«i]ieH847
Décret
du Ü noveiiilu'f' 1867.
Cuirassiers
Artillerie et pontonniers
Dragons et lanciers
Ouvriers et train d’artillerie
Génie
Ouvriers du génie
Ouvriers et train des équipages
Chasseurs et hussards.
Sapeurs-pompiers de Paris
Infanterie de ligne et chasseurs à pied
Ouvriers d’administration et infirmiers
1“,56 et 1>",55
C’est l’infanterie qui reçoit les liomnies de moindre stature, quoiqu’elle subisse, en temps de paix comme en temps de guerre, la plus grande somme de fatigues. Tous ceux que signalent leur taille, leur vigueur, leurs qualités professionnelles, sont absorbés par les armes spéciales; l’infanterie, qui est la force vive de l’armée, qui prête son concours à tous, qui marche, se bal, gagne les batailles, qui en temps de paix monte les gardes, et reçoit la moindre paye, l’infanterie est le refuge de tous ceux dont n’ont pas voulu les autres corps; on y envoie non-seulement les hommes de petite taille, mais ceux dont la constitution est faible, la résistance douteuse, et l’on pourrait s’étonner que la mortalité n’y fût pas encore plus forte.
Voici d’ailleurs la composition de l’armée au point de vue de la taille:
^ ra
Au-dessus ^
de
Tailles inconnues
, déductions, etc. . . .
Déficit des
cantons
11 est curieux de rapprocher de ces chiffres, ceux de la taille des recrues.
ns l’armée anglaise :
Au-dessous de
de 1“'
Au-dessus de
PROFESSION MILITAIRE
publique]
On peut, avec ces éléinenls, calculer la taille moyenne de l’armée : les stalisli(incs ofliciellesdu recrnleinent donnent les résultats suivants :
Tuille moyenne d’après
les Comptes rendus Taille jirobable
du remitement. d après liroca.
18âü 1“,655 00 l”',6â9 90
1850 1 OSA 00 1 6/i9 06
Broca (I) a critiqué les cliilTres du recrutement, au point de vue non-seulement des erreurs de calculs, mais encore de la base sur laquelle ils reposent. Eu effet, quelques individus de taille exceptionnelle, quelques géants, peuvent modifier la moyenne d’une année, sans que la taille du plus grand nombre se soit réellement améliorée. Il a calculé ce qu’il appelle la taille probable; tous les hommes du contingent étant supposés rangés sur une ligne dans l’ordre de leur stature, la taille probable sera celle de l’individu placé exactement au point moyen ou central de cette ligne. Les deux tableaux, par leur rapprochement, rendent la différence plus sensible ; ils font voir, le dernier surtout, que la taille n’a pas sensiblement changé depuis vingt-cinq ans, ce qui met à néant les craintes imaginaires qui s’étaient élevées à cet égard depuis plusieurs années. (Voy. Races, Taille, Dégénération.)
Ces chiffres sont supérieurs à ceux de la population masculine de 20-21 aus, puisque celle-ci comprend non-seulement lesjeunes gens admis parla révision, mais encore ceux qui ont été exemptés pour défaut de taille. De plus, ils ne donnent que la taille moyenne ou probable des soldats de vingt et un ans, au .moment de leur incorporation ; puisque la croissance se continue jusqu’à trente ans, la taille moyenne de l’armée, qui comprend des hommes de tout âge, serait notablement plus élevée.
B. Infirmités. — En parcourant les Comptes rendus du recrutement, on est surpris du nombre considérable d’individus exemptés pour infirmités: leur nombre varie de 50 ÜUO à 60 000 par an. Ces causes d’exemption ne sont pas toutes d’égale importance; il en est qui compromettent peu les chances de vie, qui rendent simplement inaptes au service : mutilation des doigts, perte d’un œil, cicatrices adhérentes, varices volumineuses; d’autres sont des lésions graves, des maladies aiguës ou chroniques, des difformités sérieuses, et ce second groupe forme plus de la moitié du chiffre total. Une Instruction du Conseil de santé spécifie autant que. possible les infirmités qui confèrent l’exemption, et l’on peut dire qu’elle a cherché à satisfaire, à concilier tous les intérêts et tous les droits. Ce (jui préoccupe le plus les médecins devant
(1) Broca, Bulletin île V Académie impériale de médecine, 1866-67, t. XXXII, p. 581 .
792 DES PROFESSIONS EN PARTlCULlEll. [hygiène
les conseils de révision, c’est l’état général, la force de la constitution ; on paraît croire que le médecin exempte volontiers tout individu à qui il manque quelques dents, ou dont le pied est peu cambré; le contraire est la vérité; plus indulgent que le conseil pour les inlirmités légères et purement locales, il réserve sa sévérité pour éloigner de l’armée les jeunes gens chétifs, délicats, (|ui ne semblent pas oiïVir la résistance vitale nécessaire. Le nombre des exemptions accordées sous le titre. Faiblesse de constitution : est très-considérable, parce que ce mot couvre souvent des lésions, des alfections organiques dont le diagnostic précis est réellement inqiossible dans ces conditions. Ceux qui ont assisté aux séances de la révision savent avec quelle rapidité on opère, on peut dire que rarement on dispose d’une minute pour l’examen médical de chaque homme; et cependant il faut tout explorer, en dépit des apparences, craindre surtout les surprises et déjouer les simulations : tel homme de superbe prestance et qui tient à servir, a un œil de verre qu’il dissimule; tel autre a un testicule engagé dans l’anneau, un varicocèle volumineux qu’il ignore, ou allègue une myopie, une aiuaurose qu’il faut constater. Il est à peu près impossible d’ausculter fructueusement les hommes, de les interroger sur les symptômes ou la marche d’une maladie qu’ils ont le plus souvent intérêt h exagérer ou à feindre. Comme toute lésion organique grave se traduit par une détérioration générale, quand la maladie esta son début et (|ue les signes n’en sont pas manifestes, on exempte sous le chef banal de faiblesse de constitution : c’est ce qui explique le très-petit nombre d’exemptions pour phthisie, 200 par an environ, comparé à 18 000 hommes exemptés comme faibles de constitution. Cette faiblesse elle-même, indépendamment des maladies qu’elle masque, est difficile à apprécier rigoureusement; pour les cas tranchés, aucune difficulté ; mais pour ceux qui sont sur la limite, on éprouve le besoin d’un contrôle matériel, expérimental, capable de porter la conviction dans l’esprit des membres du conseil. Ces élémenis de contrôle existent, c’est la notion combinée de la taille, du poids, du diamètre et de l’ampliation de la poitrine ; avec le fonctionnement actuel de la révision, on peut dire que la recherche de ces données est très-difûcile, elle entraîne une perte de temps notable, et quelques efforts individuels tentés dans celle direction ne sont pas faits pour encourager.
Dans plusieurs pays cependant, on y a recours avec succès ; Hammond (1) énumère et figure d’ingénieux appareils de Scott Alison, de Weir .Mitchell, deQuain, deSibson, et de lui-même, pour apprécier la capacité, les diamètres, l’ampliation de la poitrine, etc. Depuis 1837, dans nos cours d’hygiène au Val-de-Gràce, nous avons insisté sur la nécessité de prendre en considération le poids du corps et de combiner cette donnée physiologique avec celle de la stature. Les recherches de Quetelet et de Hutcbin.son ont donné à notre idée, déduite de l’expérience dos opérations du recrutement, la sanction de la véri-
(1) llainmoiid, A Trculixc on llygioic. 18ü3, p. 43.
PROFESSION MILITAIRE
publique]
licalion scieiililiquc. Uo son côté, un médecin militaire anglais, Marshall, a proposé de fixer un minimum de poids comme un minimum de taille, lequel d’ailleurs pourrait varier dans chaque pays, avec la race, la nationalité, etc. En Angleterre, Earkes et Aitken ; en Bavière, Meyer (1), ont pris le poids de tous les hommes qui sont entrés dans l’armée ; ils ont trouvé les poids mo} eus : de 58 kilogrammes (Aitken), 66 kil. (Meyer) : Parkes déclare qu’au-dessous de 52 kil., à dix-huit ans, personne ne devrait être accepté dans l’armée ; Hammond fixe ce minimum à 56'"'', 625. Marshall voulait jadis que le périmètre de la poitrine eût au moins 78A milimètres, et en général un peu plus que la moitié de la hauteur du corps; le minimum réglementaire, dans l’armée anglaise, est aujourd’hui fixé à 83 cent. , et varie pour chaque corps.
Il y a là des éléments d’appréciation dont la valeur relative n’est pas contestable, dont la recherche n’est ni trop longue ni trop difficile, si on la restreint uniquement aux cas douteux ; l’obstacle le plus grand à leur adoption réside dans cette répugnance générale pour toute innovation, dans cet esprit de routine auquel n’échappent point les conseils de révision, et que les efforts répétés des médecins réussiront peut-être à détruire.
Les règles générales et particulières pour l’examen des hommes en matière de recrutement, l’énumération de toutes les maladies ou infirmités qui entraînent l’exemption, sont longuement exposées dans l’Instruction du conseil de santé ; J. Périer (2) et A. Vincent (3) ont en outre publié sur ce sujet de judicieuses observations, inspirées par une longue expérience et un sentiment très-vif des devoirs et de la responsabilité du médecin.
Le nombre des exemptions pour infirmités varie notablement d’un département à un autre, ou de province à province; bien plus que la taille, la vigueur, l’intégrité des organes et des fonctions sont en rapport avec les influences hygiéniques, la richesse du sol, l’aisance générale, etc. Des cartes pleines d’intérêt ont été dressées à ce point de vue par Boudin, Sistach, pour ces dernières années : elles indiquent la fluctuation de l’aptitude miliiaire, d’une époque à l’autre, dans un même département ou dans un même canton, et y mesurent pour ainsi dire les progrès de la civilisation et de l’hygiène.
Comme résultat général, malgré la sévérité croissante des conseils de révision, le nombre des exemptions pour infirmités tend notablement à diminuer depuis trente ans. Sur 1000 hommes examinés, on en a exempté pour infirmités, en 1830, 319; — en 18A0, 305 ; — en 1850, 29A ; — et en 1860, 265.
Ely (5), le savant rédacteur de la Statistique médicale de Parmée, propose
(1) Meyer, liech, stutisliq. sur la taille et le iiolds des conscrits en Bavière, analyse in Ann. d’hyy. publiq. Paris, 186à, t. XXII, p. 177.
(2) J. Périer et Best, Guide du recrutement milit. 1861.
(3) A. Vincent, Du choix du soldat {Mûni. méd. milit., 1861, t. VI, p. 273).
(A) Ely, Du recrutement de l’armée {Gazelle hebdomad. de méd. et de chir,, 1867, p. 289).
794 DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [nvGiÈNE
(le rechercher le nombre d’infirmes ([u’il est nécessaire d’exempter pour arriver à former 1000 hommes du contingent, et il trouve le résultat suivant :
Force
Iiifiniies (|ii’il a lallii exempter iKjiir trouver 1000 II. du eontiiigeiil.
classes.
(lu coutingeiil.
C’est là sans doute un rajiport intéressant à connaître, mais qui ne mesure pas exactement le degré d’aptituchi physique des hommes de ‘20 à 21 ans. E. Vallin croit qu’on peut arriver à ce résultat en comparant le nombre des exemptions par infirmités b celui des individus positivement examinés, et dans ce dernier groupe il comprend : 1” les hommes admis du contingent, moins tous les déduits; 2“ les exemptés pour infirmités ; 3® les exemptés pour défaut de taille :
classes.
CuiitingiMit.
Exepiptés pour infirmités, sur düOO b.
réellement examines.
Ces chiffres sont un peu faibles, car un grand nombre de ceux qui sont rejetés pour défaut de taille le seraient aussi pour faiblesse, mauvaise conformation, maladies, s’ils réclamaient plus souvent le privilège que leur confère cette dernière cause d’exemption ; de la sorte, en France, sur 10 jeunes gens de 20 à 21 ans, il n’y en a guère que 6, environ les deux tiers, qui, abstraction faite de leur taille, n’aient aucune infirmité entraînant l’exemption du service nilitaire.
Il resterait maintenant à indiquer la fréquence de chacune des infirmités, causes d’exemption, et leur répartition dans les diverses parties de la France. Cette très-longue liste est donnée chaque année, pour tous les départements, dans les Comptes rendus sur le recrutement; nous y renvoyons ; c’est une mine précieuse de recherches pour la géographie médicale, l’étude des endémies, pour tout ce qui a trait à l’influence des localités sur la santé des populations.
C. E xemptions légales. A côté de ces exemptions pour inaptitude physique, l’État en accorde un grand nombre, dites exemptions légales, qui ont pour but d’assurer la sécurité, la protection et l’avenir de la famille. Cette catégorie comprend les aînés d’orphelins, fils ou petits-fils de veuves, de septuagénaires ou d’aveugles, etc. ; les frères de militaires sous les drapeaux ou morts au service ; le chilTre total de ces exemptions s’élève chaqne année à plus de 30 000. Il faut y joindre les engagés volontaires de la classe, les inscrits maritimes, les membres de l’instruction et dn clergé, etc., qui sont
PROFESSION MILITAIRE
publique]
tous déduits, c’est-à-dire considérés comme faisant partie du contingent, et y sont inscrits avant tous les autres : leur nombre annuel est de 11 01)0 environ.
Nous aurons l’occasion de préciser ces chilîres et d’utiliser ces données poui’ apprécier l’inllucnce de l’armée sur le mouvement de la population et la prospérité du pays.
U. Du rem'placement et de l'exonération militaire. — Tous les individus reconnus aptes par les conseils de révision ne font pas nécessairement partie de l’armée ; un grand nombre s’alTranchissent à prix d’argent de l'obligation de servir, soit au moyen d’une prestation payée à l’État, c’est l’exonération proprement dite ; soit par un contrat de gré à gré avec un autre individu, c’est le remplacement libre. Le remplacement, quelle que soit sa forme, est contraire au principe de la loi qui fait du service militaire une dette personnelle du citoyen envers le pays ; mais il est entré dans nos mœurs, il est même nécessaire avec la fixation actuelle de l’âge, le nombre d’années qu’il faut passer sous les drapeaux. Les efforts tentés récemment pour rendre le service obligatoire n’ont pas été plus heureux qu’au commencement du siècle, et l’on pourrait répéter aujourd’hui ce que disait le général Lacuée, défendant la loi du 17 ventôse an VIII : « Continuer à exiger le service obligatoire, c’est, suivant » l’expression d’un illustre savant, s’exposer à couper d’excellentes têtes pour » avoir de mauvais bras. »
Il appartient au médecin de redoubler de sévérité dans l’examen des hommes qui se proposent comme remplaçants : qu’il n’ouhlie pas les enseignements de la statistique judiciaire de l’armée, où cette classe de soldats figure pour une si large part. Habiles b dissimuler les causes d’exemption et de réforme jusqu’à leur admission définitive, ils s’empresseront de les faire valoir aussitôt qu’ils auront endossé runiforme. La débauche, les excès, l’indiscipline en jettent un grand nombre dans les hôpitaux et sur la sellette des conseils de guerre. Une fois incorporés dans les régiments, il est sage de ne pas les avilir à leurs propres yeux par un dédain systématique qui finirait par briser en eux les fibres détendues de l’honneur.
Ce qu’on appelle substitution n’est souvent qu’un remplacement déguisé, un marché d’argent conclu entre un conscrit et un jeune homme delà même classe affranchi par le sort : quand la substitution a lieu entre parents et tend à conserver à une famille son appui naturel, elle remplit le vœu de la loi, et elle doit être encouragée.
Les remplacements reçus chaque année s’élevaient autrefois h 12 000 ou 15 000 hommes; actuellement, ils ne dépassent pas 8000 hommes, différence qui, nous allons le voir, est bien plus apparente que réelle.
Pour faire cesser les inconvénients du remplacement libre et les scandales des compagnies d’assurances, l’État, par la loi du 26 avril 1855, avait jnis luimême à sa charge tout ce qui concerne le remplacement militaire. Les jeunes gens compris dans le contingent ou incorporés obtenaient l’exonération du service, au moyen d’une prestation versée à la Caisse de lu dotation de l'année,
796 DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [iiYGlÊNE
Cl, (leslinée à assurer leur rcmplacernent par le rengagement de militaires déjà sous les drapeaux. En cas d’insuffisance dans le nombre de ces rengagements, une commission administrative spéciale clioisissail elle-même des remplaçants étrangers à l’armée, oiïrant des garanties de moralité inconnnes autrefois.
Au moyen d’une prime fixe et d’une haute paye journalière, l’État retenait ainsi dans les rangs, des hommes d’une vocation militaire décidée, aguerris aux fatigues de la vie de soldat, façonnés à la discipline et d’une santé éprouvée par le temps passé au service. Des rengagements successifs leur permettaient de se faire du métier des armes une véritable carrière ; l’élévation de la paye, l’augmentation du bien-être, la sécurité de l’existence par la perspective d’une retraite suffisante h la vie, la diminution très-notable de la mortalité qui sévit surtout sur les premières années de la vie militaire, voilà les avantages séduisants d’une loi qui a fonctionné pendant douze années, approuvée par les uns, attaquée par les autres, et qui vient de succomber dans la nouvelle organisation de l’armée. On lui reprochait d’augmenter le nombre de soldats trop vieux, incapables d’un service actif, retenus par l’attrait d’une retraite, à laquelle, malgré les plus grandes tolérances, beaucoup ne pouvaient arriver sains et saufs. Dans un pays industrie! et prospère, on pouvait craindre, disait-on, qu’un jour ne vînt où tout le monde voudrait se faire exonérer, payer en argent sa dette au service militaire ; en temps de guerre, compter sur le mouvement patriotique, même dans les pays où ce sentiment est très-développé, c’est faire acte d’imprévoyance, et alors à qui confier la défense et la protection du pays? Devait-on supprimer la faculté de l’exonération aux épo- (juesoùla guerre est à craindre? Mais la guerre ne se prévoit pas, on n’improvise pas une armée, et la déshabitude du service personnel n’eût pas manqué d’exciter le mécontement de tout le monde.
E. Vallin a recherché si ces craintes étaient fondées, si jadis on se faisait remplacer plus qu’aujourd’hui l’on ne se fait exonérer. Des calculs longs et rendus difficiles par le défaut d’éléments exactement comparables ne peuvent être reproduits ici : nous croyons pouvoir affirmer, d’après lui, que de 1866 à 185‘2, sur 100 hommes du contingent nominal, 19 environ se faisaient remplacer; de 1856 a 1866 (1858 excepté), il y a eu à peu près 20 exonérations sur 100 hommes de chaque classe; pour la classe de 1858, ce chiffre s’est élevé h 27,3 (guerre d’Italie).
Mais si l’on ne lient compte que des hommes déclarés bons pour le service en vertu de décisions définitives, c’est-à-dire du contingent réel, on voit que les conseils de révision exonèrent actuellement le quart des individus. Cette proportion est d’autant plus forte que, depuis plusieurs années, 35 000 hommes de chaque classe, faisant partie du contingent, sont laissés dans leurs foyers, disponibles ou soutiens do familles, et s’imposent rarement la dépense de l’exonération parce que le service devient une charge très-légère; de sorte que les 20 000 exonérations ne iiortent guère sur plus de 50 000 hommes ayant amené les plus bas numéros.
publique] profession MILITAIRE. '9'
Le nombre des jeunes gens qui s’affranchissent du service personnel semble donc suivre une progression croissante : on arrive à une conclusion semblable en comparant, dans nn effectif, le nombre des individus servant à prix d’argent (remplaçants, rengagés on engagés avec prime, gagistes) avec le nombre des bommes servant pour leur propre compte, engagés volontaires ou rengagés sans prime.
CLASSES
Servant
il prix ri 'argent sur
100 II. d'eÜeelif.
Servant
pour leur compte ou
engagés voinnt.
CLASSES
Servant
h prix d’argent sur
100 II. tl’ell'ectir.
Servanl
pour leur compte ou
engagés vulont.
1“ Aix
ml la toi de ta
dotation :
ous t’empire de
tu toi :
Nous n’en sommes plus évidemment aux mœurs de l’ancienne armée romaine, où pendant longtemps vicisse stipendium erat. Cette transformation tient-elle à l’appât d’une forte prime capable de retenir les militaires sous les drapeaux, plutôt qu’à l’accroissement du bien-être général, à son extension à des classes où le travail individuel est rémunérateur; faut-il craindre de voir s’affaiblir par là le Sentiment national; y a-t-il danger pour la sûreté du pays? Ces considérations, sans doute, ou d’autres, ont prévalu, et la loi du 1" février 1868 a abrogé celle du 26 avril 1855. L’avenir décidera si le remplacement facultatif, auquel on revient, compensera les inconvénients et les avantages de cette loi de la dotation, qui a créé pour l’armée une sorte de caisse d’épargne et permis d’élever le maximum de la retraite de 200 à 365 francs.
E. Engagements volontaires. — L’armée s’accroît encore par les engagements volontaires qui sont reçus à 18 ans accomplis, moyennant une taille de 1“,55. Sous l’ancienne monarchie, avant la Révolution, c’était la ressource principale du recrutement des troupes : la violence, la surprise, la débauche jouaient le rôle principal dans ce racolage qui ne réussissait pas à remplir les vides des régiments. En 1791 et 1792, la patrie était en danger, des bandes de volontaires coururent aux frontières; mais ce premier élan passé, il fallut recourir aux réquisitions permanentes, plus tard à la conscription, que la plupart des nations ont imitée de la France. Sous la Restauration, comme de nos jours, les engagements volontaires n’ont jamais été qu’un accessoire; de 1816 à 1819 leur nombre moyen annuel ne dépasse guère .300Ü, actuellement ils s’élèvent à 1 0 000 environ pour l’armée de terre :
DES PROFESSIONS EN PARTICULIER
[hygiène !
Comme on le voit, à chaque souille de guerre ils augmentent; les chômages (le l’industrie produisent le même ellel. Les engagements volontaires enlèvent à la société des hommes peu laborieux, peu utiles. Si leur constitution est robuste et leur vocation certaine, ils deviennent d’excellents soldats et de leurs rangs sont sortis d’illustres généraux; mais trop souvent le découragement et la nostalgie suivent de près l’amour exalté des armes. D’ailleurs, à 17 et j même à 18 ans, l’organisme est dans la période critique du développement, les imminences morbides ne sont pas encore rendues évidentes ou ne sont pas éteintes, la force est insuflisante. La nouvelle loi vient heureusement de porter à 18 ans la limite extrême de 17 ans décrétée dans des circonstances exceptionnelles, le 10 juillet 1848.
En 1863, sur lüü engagés volontaires il y en avait 27 de 17 à 18 ans; en 1865 et 1866, il n’y en avait que 17 sur 100. Sans doute, ce chiffre comprend un certain nombre d’enfants de troupe qui régularisent en quelque sorte leur position militaire; mais, à part de rares exceptions, ces engagements précoces sont aussi désavantageux pour l’armée (jue pour ceux qui les contractent, et il était opportun de revenir à la loi de 1832, qui fixait le minimum d’àge à 18 ans accomplis.
Précédemment la duréede l’engagement volontaire était desept ans au moins; elle est abaissée aujourd’hui jusqu’à deux ans ; on n’a plus à craindre de retenir trop longtemps clans l’armée des jeunes gens entraînés par un mouvement irrélléchi, et qui, servant bientôt avec dépit, deviennent de détestables soldats. La loi nouvelle maintient, comme par le passé, les rengagements pour deux ans au moins, cinq ans au plus, donnant droit au bout de cinq ans de service à une haute paye journalière.
F. Incorporation. — Ces éléments divers qui vont composer l’armée sont passés en revue au chef-lieu du département, avant leurdépart pour leurs corps respectifs : un médecin est désigné à l’effet de constater h ce moment les maladies, lésions ou infirmités survenues depuis les opérations du recrutement, et celles qui auraient échappé ou auraient été dissimulées devant le conseil de révision. Les hommes subissent en outre, en arrivant au régiment, une nouvelle visite corporelle qui sert de contrôle aux deux premières : en cas d’infirmités, ils .sont renvoyés devant une commission départementale qui prononce la réforme. Ces trois épurations successives devraient rendre impossible l’introduction dans l’armée de tout individu qui n’a pas une constitution robuste, une santé parfaite; nous verrons tout à l’heure si ce résultat est obtenu.
G. Répartition de l’effectif. — Les jeunes gens définitivement appelés ne sont pas tous soumis aux mêmes obligations; d’après l’ordre de leurs numéros, ils sont divisés en deux catégories : la première comprend ceux qui doivent
püblique]
PROFESSION MILITAIRE
être mis en activité, environ 3Ü 000 par an (1); la seconde, ceux qui sont laisses disponibles dans leurs foyers (environ 35 000), astreints seulement pendant 3 mois la première année, 2 mois la seconde, à quelques exercices dans les dépôts d’instruction (Circulaire du 10 janvier 1861).
La durée du service pour les jeunes soldats faisant partie de ces deux portions de l’armée active est de cinq ans, à l’expiration desquels ils passent dans la réserve, où ils servent quatre ans; les hommes de la réserve ne peuvent être rappelés qu’en temps de guerre, dans des circonstances exceptionnelles, après épuisement complet des classes précédentes et par décision spéciale du chef de l’État (loi du l'^’’ février 1868).
La garde nationale mobile, comprenant tous les hommes valides de la classe qui, en raison de leur numéro de tirage, n’ont pas été compris dans le contingent, complète le système militaire de la France ; mais elle ne fait pas partie de l’armée et il n’en sera pas autrement question ici.
IL De l’hygiène générale du soldat. — Désigné parle sort et reconnu apte au service, le conscrit quitte le foyer domestique, le lieu natal, et rejoint par étapes le corps auquel il est destiné : la rupture violente des habitudes antérieures et l’éloignement des alfections de familles ajoutent leurs effets à ceux d’un changement subit de climat, aux fatigues d’une première pérégrination.
1 11 arrive : on l’habille, on le place dans les rangs, on le conduit à l’exercice,
I on lui commande, on le rudoie, on le plaisante, on le punit. Au reste, voici quelles sont les conditions de son hygiène.
A. Alimejitalion. — Le pain, base de l’alimentation du soldat en France, est presque partout préparé, manutentionné par les soins de l’administration, et livré directemenfaux troupes à raison de 1 kil. par homme et par jour. Il ; est formé entièrement de farine de froment, et le hié qui sert à sa fabrication tient le milieu entre la première et la deuxième qualité (blé marchand, blé I ordinaire); le minimum du poids de l’hectolitre ne doit pas descendre au-dessous de 73 ou 7 A kil. pour les blé tendres, de 77 kil. pour les blés durs. Le blutage de la farine, fixé longtemps à 10 pour 100 d’extraction de son (1822), puis à 15 pour 100 (18A6), a été porté en 1853 à 20 pour 100 pour les i blés tendres employés communément en France, à 22 pour 100 pour le pain ! d’hôpital, à 12 pour 100 pour les blés durs d’Algérie. Comme qualité et
(1) Voici quelle était au l'"' janvier 1867 la situation du contingent de 1865 :
Incorporés ,
En sursis de départ, à l’hôpital, etc
Dans leurs foyers comme soutiens de famille
Disponibles dans leurs foyers
Rayés du contingent, inscrits par erreur, etc
Exonérés à pri.x d’argent (loi du 26 avril 1855)
Déduits (engagés volontaires, ecclésiastiques, enseignemeni)
Frères de militaires rengagés (déduits)
Déficit des cantons
DES PROFESSIONS EN PARTICULIER
fnVGIÈNE
comme quanlité, on pculdire que le pain Délaissé rien à désirer aujourd’hui, et qu’il est supérieur à celui de toutes les armées de l’Europe. l’oggiale a publié les analyses de plusieurs pains de munition distribués aux troupes françaises et étrangères (1) :
Belgique.
Hollande.
Bade.
Bavière,
W urtemherg.
Prusse.
France.
Eau
Sucre . .
Dextrine
Amidon