OA
Perles
0 lA
La ration ne comprend que 250 grammes de viande de boucherie qui, désossée et cuite, se réduit à 125 gr. , soit 62 gr. par repas, quantité évidemment insuffisante, et que la cherté progressive des subsistances tend à abaisser encore (2). Depuis quelques années, on a substitué à l’achat des denrées en détail, l’achat en gros, au rôle isolé de chaque compagnie, celui du corps entier ; ce système permet d’acheter la viande sur pied, ou tout au moins livre aux ordinaires, au lieu des bas morceaux d’autrefois, l’animal tout entier moins les issues, ce qui permet aux compagnies l’usage alternatif des morceaux de choix. L’ordinaire profite, dans une certaine n#sure, des services payés que la troupe exécute, des versements opérés par les militaires punis, permissionnaires ou autorisés à travailler en ville, d’économies réalisées sur le prix de certaines dépenses : moyennant ces suppléments et l’industrieuse sollicitude des chefs de corps, la ration de viande dépasse, dans la jilupart des
(1) Mém. de méd. milit., 2® série, t. XII, p. 351.
(2) La dépense totale du fantassin est de 1 fr. 10 c. par jour; elle se répartit comme il suit :
Prêt ( ^ centimes de poche \
0 fr.
AO
1 35 centimes à l’ordinaire )
Masse individuelle
Habillement
Casernement
Literie
Pain
1 fr. 10
Une loi récente vient d’auijmenter cette allocation de h centimes, affectés à l’ordinaire. On consultera avec intérêt un article instructif, mais un peu ancien, le Budget du soldat, signé llaussmann {Moniteur officiel du 5 septembre 1852), et reproduit presque intégralement dans le Dictionnaire d’hygiène pntdigue de Tardieu, 2® édit., t. III, p. 20.
PROFESSION MILITAIRE
puduoiie]
garnisons, le taux parcimonieux de 250 gr. ; elle n’était pas moindre de 300 gr. par homme dans tout le ressort de mon arrondissement d’inspection médicale en 1865 et 1866. La viande est convertie en bouillon de soupe et en bœuf bouilli ; malgré les efforts individuels de certains régiments et quelques améliorations réalisées, cette alimentation pêche par une monotonie qui amène trop souvent la satiété et le dégoût, prélude d’une mauvaise élaboration des organes digestifs et de troubles de la nutrition. L’instruction du conseil de santé du 5 mars 1850 insiste sur la nécessité de varier le régime, et indique des ressources qu’avec de la vigilance et de l’activité il serait souvent facile d’appliquer.
Une décision de décembre 1852 a rendu obligatoire» l’usage des gamelles individuelles, mesure de décence, de propreté et d’importante prophylaxie contre les maladies contagieuses de la bouche, communes dans l’armée.
Quant aux boissons alcooliques, le soldat n’en reçoit point, si ce n’est dans des circonstances extraordinaires où l’on accorde à chaque homme un quart de litre devin par distribution; pendant les chaleurs de l’été, il a droit à 1/32® de litre d’eau-de-vie à mélanger avec l’eau potable dans la proportion d’une partie sur onze, mélange substitué avec raison à celui du vinaigre et de l’eau. Depuis quelques années, l’allocation d’une indemnité représentative au lieu de la prestation d’eau-de-vie en nature a fait adopter dans presque toutes les garnisons l’achat de sucre et de café ; on a réussi de la sorte à procurer aux soldats, par un industrieux emploi du café et de ses marcs, une soupe au café le matin avant l’exercice et une boisson aromatisée dans la journée.
En campagne, la composition de la ration est un peu différente.
Hation en temps de paix.
Pain 1 kil. (t)
Viande non désossée. . . . 250 gram.
Légumes frais, environ . . 100 —
— secs, — . . 30 —
Sel 16 —
Vin (accidentellement).. 25 cenlil,
ou Eau-de-vie (d“) 3,2 —
Ration en campagne.
Biscuit
gram .
Viande fraîche
ou Bœuf salé
ou Lard
Riz ou Légumes secs. . .
30 et 60
Sel..
Sucre
Café
Vin 25centil., ouEau-de-
-vie
6 centil.
Environ . .
. 1 kil. 400
gram.
Le pain ordinaire est remplacé par 735 grammes de biscuit, ou par du pain biscuité qui peut se conserver de vingt à quarante jours. La ration de viande fraîche est élevée à 300 grammes, quantité insuffisante en raison du surcroît d’efforts et de fatigues que nécessite la guerre, bien inférieure à celle des Américains (576 gr.), des Anglais en Crimée (û83gr.), des Russes (/i50 gr.). f.’introduction, incomplète encore, de la viande de cheval dans l’alimentation publique, permet d’espérer qu’on saura utiliser, en temps de guerre, celte
(1) Dont 250 grammes (pain de soupe) ne sont pas remis directement à l’homm?. M. LÉVY. Hygiène, 5' édit. n. — 51
802 DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [HYGIÈNE
précieuse ressource : les chevaux tués en pleine santé, par accident, fournissent une viande dont les qualités nutritives ne le cèdent guères à celles de la viande de bœuf; pour varier son régime et augmenter sa ration, en Chine, en Algérie, au Mexique, le soldat a utilisé d’étranges ressources et bravé de légitimes répugnances ; le jour où l’élan sera donné, les préjugés injustiûables contre la viande de cheval tomberont, et ce qui n’était qu’un exploit de bivouac pendant les guerres de l’Empire^ deviendra la règle dans un temps peut-être prochain. Jusqu’à présent, l’approvisionnement du bétail elle transport ont été si difficiles, que la faible quantité de viande allouée a fait souvent défaut. Le cas à prévoir, en campagne, est une expédition de huit jours où le soldat doit emporter ses vivres, soit huit rations ; le problème est de les réduire au minimum de poids et de volume, sans réduire la quantité totale de leurs principes nutritifs. Poggiale propose à l’administration la solution suivante, en mettant à profit les procédés combinés de l’industrie moderne représentée par Appert, de Lignac, Fastier et Chollet, et déjà sanctionnés par l’expérience de l’armée d’Orient, où j’ai provoqué de copieux envois de leurs produits :
Biscuit 700 gram.
Viande avec bouillon concentré. . 1 ^ÛO —
(Bouillon concentre. aO |
Sel 12 —
Sucre 21 —
Café 16 —
989 gram.
Cette ration est calculée de manière à contenir, suivant les besoins physiologiques de l’homme adulte, quatre cinquièmes d’aliments respiratoires, et un cinquième de substances azotées. Les 700 grammes de biscuit de blé dur équivalent à 1,0A0 gr. de pain de munition. Les 2/i0 gr. de viande se composent de 200 gr. de viande désossée et préparée par le procédé Fastier; or, 1 gr. de viande cuite et sans os égale 2 gr. de viande fraîche avec os, telle qu’on l’achète pour le soldat; c’est donc en réalité ù3i gr. de viande qui entrent dans cette ration. Reste à savoir si la puissance nutritive, le bon goût, la facilité de conservation ne laissent rien à désirer.
Le riz alterne avec les légumes secs, plus rarement avec des légumes frais ou conservés par le procédé Chollet. Cette absence d’albumine végétale fraîche et de sels organiques est une lacune regrettable, qu’on semble avoir cherché à combler dans la ration des autres armées. Pendant la guerre de Crimée, la rareté ou la privation complète des végétaux frais a engendré une épidémie de scorbut, à laquelle peu d’hommes ont échappé, et qui a contribué à élever la mortalité des blessés, des malades atteints de dysenterie, de typhus ou de choléra. L’armée anglaise, campée près de nous, a su, après une expérience cruelle, éviter ces désastres par des approvisionnements qui ne lais.saient rien à désirer.
PROFESSION MILITAIRE
publique]
L’emploi du lime-juice^ adopté aujourd’hui dans toutes les marines de l’Europe, serait aussi facile qu’opportun pour l’armée de terre dans des circonstances semblables, et la distribution journalière de ce jus de citron aux soldats anglais explique en grande partie la rareté du scorbut dans leur armée.
Le café constitue une ressource précieuse préconisée déjà en Égypte par Desgenettes, et que l’expérience de nos guerres d’Algérie a rendue désormais indispensable au soldat en expédition.
Le rapprochement des rations usitées dans les diverses armées permettra de les comparer et de juger ce qu’il est possible de faire, chez nous, dans la voie du progrès.
Aitnée belge.
En temps de pai.x.
Pain de munition. . .
gram
Pain de soupe
Viande de bœuf non- désossée.
Pommes de terre . . .
Sel
Beurre.
Lard
Café, 1 ration pour le premier
repas.
(Janssens, Ârch. méd, belges.
Armée italienne,
Eq comprime.
Pain 750 gram.
Viande de bœuf non désossée. 300 —
Riz 120 —
Graisse 15 —
Sel 15 —
Sucre 20 —
Café 15 —
Vin 25 centil.
(J. Moleschott, Giorn. délia R. Aead.
med. di Torino. 1866, n“ 13.)