EFFECTIF
Ouvriers en bois
Ouvriers enfer et autres métaux
Ouvriers en cuir
Ouvriers en pierres et mineurs
Employés aux travaux de la campagne
Écrivains et commis de bureau
Tailleurs d’iiabits
Bateliers et mariniers
Professions autres que celles spécifiées ci- dessus.
Sans professions ou vivant de leurs revenus ....
La proportion considérable des conscrits venant de la campagne s’explique
8â6 niiS PROFESSIONS EN PARTICULIER. [hygiène
aisément par ce fait que la population rurale est de beaucoup supérieure à celle des villes. (Au-dessus de ‘2000 âmes) :
Années. Population rurale. Population urbaine.
Ces chiffres font voir que depuis quinze ans un mouvement d’émigration se jiroduit de la campagne vers les villes, et prend d’année en ahnée un caractère plus marqué.
La population rurale, bien qu’elle ne fournisse qu’une mortalité de 22,6 pour 1000, quand celle des villes est de 28,9, a diminué depuis quinze ans de 6 habitants sur 1000 ; tandis que la population urbaine s’est accrue en moyenne de 2kl, et dans quelque cas de klO habitants sur 1000, suivant l’étendue et l’importance des villes. Faut-il en accuser le service militaire, plutôt que l’extension des voies ferrées, la facilité des communications, le mouvement imprimé à l’assainissement et à l’embellissement des villes, l’élévation des salaires, le goût plus général du bien-être?
Sans doute, c’est une dure nécessité, pour chaque nation, de tenir sous les armes, même en temps de paix, un nombre considérable de ses enfants les plus sains et les plus robustes, à l’âge productif par excellence et de consumer tant de forces, tant de puissance de travail, dans l’attente de conflits qui n’éclatent qu’à de rares intervalles, et dont les résultats, même heureux, ne compensent guère les sacrifices qu’ils ont coûtés. Mais la politique des grands États ne peut se fonder sur de chimériques espérances de paix universelle; le double intérêt de leur honneur et de leur sécurité repose sur leur force militaire, et l’on ne saurait méconnaître sans injustice des compensations aux inconvénients que nous n’avons pas cherché à pallier ou à amoindrir.
Par son passage dans l’armée, par le séjour dans les villes, par la diversité des pays où le conduisent les expéditions de guerre et le sort des garnisons, le soldat ouvre son esprit à des connaissances nouvelles, il s’initie à une civilisation qui sans cela n’eût jamais pénétré jusqu’à lui ; il perd une foule de préjugés, il contracte Je goût de la propreté, de l’ordre, du bien-être ; il acquiert par le maniement des armes et du cheval, ]iar les exercices, la gymnastique, etc., une agilité, une adresse qu’on peut opposer à la lourdeur et à la gaucherie du conscrit campagnard.
Dans chaque corps de troupe existent des écoles régimentaires, dont la fréquentation est obligatoire pour tous les soldais illettrés ; l’enseignement du premier degré comprend la lecture, l’écrilure et le calcul élémentaire; l’enseignement du .second degré : la grammaire, l’arilhmétique, la géométrie, la géographie, l’histoire, etc.
Pendant l’année 1866, 72 805 hommes ont suivi les cours du premier degré ; 28 068, les cours du deuxième, et voici les résultats obtenus pour la première catégorie (1) :
(1) Compta rendu sur le recrulatnenl pendant l'année 1866, j). 99.
PIIBUOIIEJ
PROFESSION MILITAIRE
17 474 ne sachant rien, ont appris à lire,
14 670 — — et à écrire,
10573 — — — et à calculer,
12 773 sachant seulement lire et écrire ont appris à calculer.
Voilà donc plus de SiOOO hommes à qui le séjour dans l’armée a procuré le bénélice de l’inslruclion primaire, qu’ils n’eussent pas acquise s’ils avaient été livrés à eux-mêmes, et le nombre n’est pas très-rare des militaires qui, arrivés au régiment dans un état d’ignorance absolue, parviennent à acquérir une instruction assez complète pour atteindre les différents grades de la hiérarchie. L’admirable unité nationale des populations si diverses d’origine, de race, de langage, qui couvrent le sol de la France, ne procède-t-elle pas en partie de nos institutions militaires? Le Provençal, le Flamand, l’Alsacien, etc., versés dans les cadres du même régiment, s’identifient dans les mêmes sentiments, dans les mêmes habitudes; l’honneur est leur trait d’union.
A mesure que les hommes s’instruisent, ils s’améliorent, avons-nous dit ailleurs; la statistique judiciaire de l’armée fait voir que le nombre des condamnations prononcées par les conseils de guerre a diminué notablement depuis quinze ans ; les catégories les plus favorisées sont formées de militaires qui contractent un engagement après avoir fait un premier congé, et après avoir puisé, par un long séjour dans l’armée, le sentiment de l’honneur, l’es- : prit de discipline et une instruction qui se complète avec le temps. A ce point de vue la loi de 1855 a donné, pendant douze ans, les meilleurs résultats, en faisant disparaître la classe des remplaçants qui fournissait le plus grand nomj bre de condamnations, et introduisait dans les corps un élément de scandale et de démoralisation.
L’armée, qui fournit encore aujourd’hui une plus forte mortalité que les 1 classes civiles malgré le choix de ses éléments et ses épurations réitérées, l’ar- S méc pourrait devenir une florissante pépinière de nos populations, et servir i puissamment h leur régénération physique et morale ; mais il faudrait que I l’on s’appliquât à fortifier, h perfectionner la constitution du jeune soldat avant de le soumettre aux épreuves du régime militaire.
Les Anglais soumettent à l’entraînement les individus qu’ils destinent à être I coureurs, écuyers, boxeurs, plongeurs. Pourquoi ne ferait-on pas suivre au I jeune soldat un système de préparations ayant pour objet de favoriser son rcomplet développement, de consolider ses organes, d’assouplir scs ressorts, de ^lui donner en un mot ce qu’il n’a pas, la force, l’adresse, l’agilité? Pourquoi Fjetcr par monts et vaux, dès leur incorporation, des hommes trop faibles encore i pour faire les frais de cette incessante série d’acclimatements, et qui auraient ^ besoin d’une nourriture plus substantielle pour subvenir aux pertes de chaque • jour et au travail de leur accroissement non terminé.
l II importe aussi de rendre les loisirs du soldat plus utiles à lui-même, à l’État K et h l’armée, sans porter atteinte à son caractère national, ni h l’esprit inilit taire. Celte question a été traitée par Bégin, dans un mémoire couronné par
8â8 l>liS PHOKESSIUNS EN PAUTICULIER. [hygiène
r Académie de Châlons-sur-Marne (1). Les idées qui y sont exprimées n’ont rien perdu de leur à-propos et de leur justesse : 80Ü00 hommes environ sont appelés tous les ans sous les drapeaux, en même temps que d’anciens soldats, en nombre proportionné, quittent le service. Un mouvement si considérable, imprimé à la population d’un pays, peut devenir un danger pour le corps social, tant par l’état sanitaire des militaires libérés que par leurs mœurs et leur esprit ; il peut aussi devenir un moyen d’amélioration physique et morale pour cette même population, à laquelle l’armée renverrait tous ans 50 à 80 000 sujets d’élite, aussi propres à fonder de vigoureuses famillës, qu’à répandre autour d’eux les principes d’ordre, les goûts de l’instruction et les germes d’un patriotisme éclairé.
Rappelons que les routes, les aqueducs, les temples, les théâtres, les cirques, dont on trouve encore les traces en Italie, dans les Gaules, en Asie, dans l’Afrique, ont été construits par les légions romaines qui employaient à ces nobles travaux les loisirs de la victoire ; nos soldats ont imprimé comme elles, sur le sol de l’Afrique, les heureuses marques de leur passage : les travaux d’utilité publique, pourvu qu’ils n’exposent pas l’armée à l’empoisonnement des marais ni à d’autres causes de dépression vitale et d’inopportune morbidité, divertissent le soldat, améliorent son ordinaire, inlluent heureusement sur sou humeur, fortifient sa santé, lui permettent quelques épargnes. Les régiments employés aux fortifications de Paris ont fait des travaux meilleurs, plus rapides, à moins de frais que les ouvriers civils ; en même temps, grâce au surcroît d’aisance que leur a valu le prix de leur coopération, ils ont fourni moins . de malades et moins de mortalité ; de plus les épargnes prélevées sur le prix des • journées disposent les hommes à l’économie, et leur préparent quelques ressources pour leur retour dans leurs familles.
C’est par ce concours de moyens que l’on peut faire de l’année un instrument de civilisation et de refonte physique des classes détériorées ; ce résultat ; obtenu, le recrutement, au lieu d’être l’impôt du sang, en deviendra l’agent: régénérateur.
§ :i. — Profftsslou navale (2).
La profession de marin résume toutes les influences qui se rapportent à lai mer (voy. t. I, p. 376), à l’aimosphère maritime {ib., p. ÛÜ7), aux cli-mats [ib., p. û82), à la navigation et au mal de mer (t. II, p. klh). Il ne? nous reste à examiner ici que les conditions spéciales de l’habitation des ma-rins, leur recrutement, leur nourriture, leurs vêtements, leurs travaux, leur:
(1) lîégiri, Quels sont les moyens de rendre, en temps de paix, les loisirs du soldai français plus utiles à lui-même, à l’État, à l’armée. Paris, 1845, in-8.
(2) Tel est le progrès accompli pendant ces dernières années dans la construction et
dans l’armement des navires, que notre article sur la profession navale (4® édition) s’est trouvé défectueux, arriéré. Nous devons à Le Roy de Méricourt les rectifications et le com*i plément qu’il exigeait. I
publiuue] l'ROFKSblON NAVALE. J
l'égime moral, la durée moyenne de leur vie el leur mortalité. Si nous avons le devoir d’interroger sur tous ces points l’expérience spéciale des médecins de la marine qui ont enrichi la science d’importants ouvrages, il nous sera permis cependant de nous appuyer sur les souvenirs d’un grand nombre de traversées qui ont marqué notre carrière de médecin militaire.
1“ Habitations . — L’hygiène météorologique des navires, dit judicieusement Forget, commence sur le chantier : elle exige le choix de bois de construction parfaitement desséchés, l’exposition de la membrure à l’air avant l’application des bordages, des emménagements qui facilitent la circulation de l’air dans les profondeurs du bâtiment, des ouvertures, larges, multipliées, disposées de manière à favoriser une rapide ventilation, etc.
Le bois et le fer sont les matières premières de l’architecture nautique ; le bois conserve sa prééminence pour la construction des bâtiments de combat, il ji’entre guère moins de 6000 mètres cubes de bois dans la construction d’une frégate cuirassée. Le chêne, le teak, le hêtre, le frêne, sont d’un bon emploi, surtout le teak el le chêne qui, plus durs, résistent plus longtemps aux causes d’altération ou de destruction. Celles-ci sont la fermentation ou pourriture, et l’action corrodante des animaux, tels que les mollusques appelés tubicoles, térédines, tarets, pholadaires. L’insalubrité des navires construits hâtivement avec des bois humides ou des vieux navires imprégnés d’eau est notoire; leur humidité constante est une des causes qui favorisent le développement du scorbut parmi les équipages. L’influence de la mauvaise qualité du bois sur l’état sanitaire des matelots est démontrée par les rapports de beaucoup de médecins de la marine, et Maissiat l’a fait ressortir dans son remarquable rapport pour l’enquête parlementaire sur les divers services de la marine (31 octobre 18Zi9).
Les essences les plus estimées pour les constructions navales sont le chêne rouvre {Quercus robur) de l’Europe méridionale, le chêne vert d’Amérique, le chêne du :\ord ou du Dantzick, et le teak {Tectona grandis, Quercus indica). Les bois doivent provenir d’arbres sains, d’âge moyen et champêtres, c’est-à-dire ayant vécu isolément ou en simples bou([uets et non en forêt. Leur conservation est compromise par les animaux nuisibles qui les rongent, et parla décomposition ou pourriture. Quand un arbre est abattu, il renferme dans ses fdvres et ses canaux capillaires une quantité considérable de sève liquide, éminemment fermentescible, qu’il faudrait iwuvoir faire passera l’état solide par un dessèchement prolongé. Aujourd’hui qu’il est impossible d’attendre la dessiccation à l’air libre, on a recours à l’immersion dans des fosses remplies d’eau douce, comme à Uochefort, ou au moins d’eau saumâtre, comme à Toulon, Brest et Lorient. Par l’endosmose, l’eau douce se substitue à l’eau séveuse. Alors la dessiccation à l’air libre est beaucoup plus prompte et plus complète (1). Les procédés du docteur Boucherie, bien qu’ils n’aient pu être
(1) Voy. de Lapparent, Du dépérissement des coques des navires el des moyens de les prévenir. Paris, 1862.
M. LÉVY. Hygiène 5® ÉDIT.