‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 19 sur 196 · I. — Bains froids · texte numérisé non relu

I. — Bains froids

Celte dénomination générique s’applique à tous les bains qui enlèvent sensiblement du calorique au corps : quand la réfrigération est brusque, instantanée, très-intense, le bain est très-froid; si elle s’opère moins rapidement, c’est le bain froid, ; si elle est à peine marquée et ne s’accompagne d’aucune sensation pénible, c’est le bain frais. A la différence des impressions immédiates que ces bains déterminent, correspond l’inégale progression de leurs effets secondaires ou de réaction.

1“ Bains frais. — La mobilité des dispositions individuelles ne permet point de préciser la latitude lhermométrique où sont compris ces bains : les auteurs mentionnent pour exemple les eaux courantes en été; mais nous avons indiqué les circonstances qui font varier la température des rivières et même celle de la même rivière expérimentée aux différentes heures du jour, à diverses hauteurs de son cours, etc. ; ne nous adi’essons donc qu’à la sensation de chacun. Quand l’eau produit sur nous une simple impression de fraîcheur, voici les phénomènes que l’on observe : peu ou point d’horripilation, surtout si l’on est accoutumé au bain et si l’on y entre graduellement; décoloration de la peau dont les extrémités capillaires se resserrent, diminution du calibre des veines périphériques; après la cessation de la dyspnée initiale qui est de courte durée, la respiration se ralentit; avec elle la circulation et l’exhalation; l’absorption au contraire s’active, et par suite la sécrétion urinaire. Dans celte succession de phénomènes, nous supposons le baigneur au repos : à mesure que son séjour dans l’eau se prolonge, il éprouve un soulagement notable, dû h la soustraction graduelle du calorique qui surcharge ses organes et qui enchaîne leurs actes; cet elfet a été ingénieusement comparé par Londe à celui de la saignée chez l’apoplectique; la soustraction du sang rend a ce dernier le mouvement, et lui permet d’user de ses forces sans lui en donner de nouvelles. Le repos du sujet est nécessaire pour que les bains de rivière exercent en été cette action ; le repos les rapproche des bains artificiels de même température où Chossat a vu tomber le pouls de 60 à 38. Dans les uns comme dans les autres, toutes les fonctions se ralentissent sans brusquerie, sans secousse; outre la spoliation salutaire du calorique en excès, le contact j)rolongé de l’eau sur les prqiilles nerveuses du derme semble propager le calme dans les centres nerveux comme par continuité; I eau qui pénètre dans les voies circulatoires rafraîchit la masse du sang, le dilue, le leiul moins stimulant |)our les surfaces qu’il arrose; la .sédation dc^ient geneiale, et elle persiste plus ou moins longtemps après le bain, si Ion a soin d e\itei tout ce (jui peut redonner une nouvelle énergie aux souices de la caloiicilé. Que si 1 on se jette brusquement dans les eaux fraîches d’une rivière, si les mouvements musculaires et les efforts de la na-

DUS BAINS liN l'AllTlCULIEIl.

privék|

talion s’ajouleiU aux chocs de l’eau pour provoquer une réaction organique, celle-ci ne tarde point à survenir, quoique plus faible que dans l’eau froide; elle se développe encore même dans l’immobilité, si le bain frais est prolongé jusqu’à produire une sensation pénible de froid qui impose à l’économie un travail de réchaufi'cment. On voit que l’effet consécutif du bain frais n’est pas uniforme et qu’il dépend de la manière dont on en use; il ne rafraîchit qu’à de certaines conditions dans lesquelles entrent aussi les éléments de la constitution individuelle. C’est ainsi que les inspecteurs des bains de mer signalent des personnes Jeunes, saines, vigoureuses, qui nagent une demi-heure à une heure avec un visage calme et naturel avant d’éprouver le frisson secondaire, tandis (|ue le plus grand nombre des baigneurs ressentent dès l’immersion une saisissante impression de froid avec dyspnée et resserrement thoracique (Gaudet, loc. cit. , p. 77).

2" Boins froids. — On les prend dans les eaux naturelles. Quand l’hygiène exige des bains froids artificiels, on les prend à une température plus basse que ceux dont il s’agit ici, et ils rentrent dans la catégorie des bains trèsfroids dont nous parlerons ci-après. Les bains froids proprement dits nous sont offerts en été par les rivières et les fleuves à cours rapide, à hauteur assez considérable pour que le soleil ne les échauffe point assez facilement, et par tous les cours d’eaux naturelles à certaines heures de la journée. Herpin (de Genève), qui a fait des observations très-précises dans les eaux de l’Arve, a trouvé que cette rivière marquait en moyenne, pour les mois de juin, de juillet et d’août, 12°,1 centigrades, température voisine de celle du Rhône, qui lui a donné en juillet 11°, 9 centigrades. Au début du traitement hydriatique, les bains sont prescrits dans une baignoire ordinaire, à la température de 10 à 12 degrés centigrades. Les bains froids ne comportent ni l’immobilité du corps, ni une immersion prolongée, du moins au point de vue hygiénique. Herpin n’a pu y rester sans mouvement plus de trois quarts de minute; il en fixe la durée de une à deux minutes, les praticiens de l’hydrothérapie à cinq minutes (1). Los amateurs les plus intrépides et les plus familiarisés avec les bains de pleine rivière ont assuré à Herpin n’avoir pu jamais y rester plus d’un quart d’heure, meme en nageant sans interruption. Si l’épreuve se prolonge ou si l’on y reste eu repos, le froid agit dans l’eau comme à l’air libre (voy. tome I, page 325), en déterminant une prompte et fatale concentration.— L’immersion, qui doit être soudaine, donne lieu au sentiment de suffocation et de constriction épigastrique, en même temps (|u’au saisissement qui résulterait de la projection brusque de l’eau froide sur la poitrine; la peau se décolore et se contracte (chair de poule); la respiration devient convulsive, gênée, singultucuse, la parole entrecoupée, et chez beaucoup de baigneurs la phonation est impossible ; la circulation artérielle s’affaiblit à la périphérie sans accélération du pouls; les veines superficielles s'effacent; les

(1) Scoutetten, De Icau snics le rujiiiort hygiénique cl médicul. M. LÉVY, llygiciic, 5° ÉUIT.

Paris; IBàà, i>. 221.

50 DES M0DI1'1CATEI)I\S. — EXCRETA. [HYGIÈNE

lèvres et le visage sont violacés; il existe un véritable obstacle à la circulation contre lequel le cœur lutte de plus en plus; la transpiration est suspendue, le lelVoidissemenl est très-notable à l’extérieur. A la dyspnée succède le plus souvent une douleur dans les muscles, surtout dans les membres que l’on tient immobiles, douleur qui a de l’analogie avec le rhumatisme articulaire, et qui va parfois jusqu’à produire des crampes. Londe dit que le pouls, d’abord plus fréquent, se ralentit ensuite. Herpin a constaté que le pouls radial s’allaiblit, devient même imperceptible chez les enfants, et qu’ensuite les battements du cœur augmentent de force sans accélération. — Au sortir de l’eau, si le bain est pris méthodiquement, le retour des fonctions à l’équilibre normal s’opère presque immédiatement, sans que la réaction dépasse la mesure de la dépression occasionnée par le froid; néanmoins la chaleur se rétablit plus lentement que la sensation propre ne le fait présumer : la peau, pfde et chagrinée au moment où l’on quitte l’eau, se colore chez la majorité des baigneurs, mais d’une rougeur non uniforme, piquetée comme dans la scarlatine, et qui coïncide avec le ralentissement de la circulation veineuse superücielle, et avec la teinte bleuâtre des muqueuses; le pouls s’accélère de 10 à lA pulsations. Cette fréquence cesse en quelques minutes: dès que l’on commence à s’essuyer, les frissons qui accompagnent la sortie du bain sont remplacés par une sensation de douce chaleur, et la transpiration augmente. En général, plus on a prolongé les bains et réitéré les immersions, plus les signes de dépression vitale sont prononcés, et ceux de la réaction lents à s’établir. Les phénomènes se proportionnent encore à la vigueur des individus, à leur âge, etc. L’homme débile frissonne plus longtemps après le bain, se réchautle plus diüicileiuent, comme aussi il a éprouvé à son immersion des symptômes de concentiation plus énergiques, tels que le claquement des mâchoires, le faciès hippocratique, l’engourdissement des membres, un amincissement des doigts tel, que les bagues les plus étroites les abandonnent, etc.

Nous devons mentionner ici deux rëmarques intéressantes d’Ilerpin. L’une porte sur la valeur de la coloration cutanée qui survient après le bain. La plupart des médecins, et les hydropathes en particulier, la considèrent comme un indice lavorable de réaction ; d’après Herpin, elle ne constitue qu’une réaction fort incom|)lèle, et elle lui paraît due plutôt à une congestion passive du système capilhiire qu a un retour actif du sang à la peau. Des personnes, dit-il, dont la peau rougissait très-facilement, ne pouvaient se réchaulfer le reste de la journée, et force leur était de renoncer aux bains froids, tandis ([lie d autres, dont la peau restait pale, réagissaient vite, et se tronvaient bien de 1 usage des eaux de 1 Arve. Il se peut ([ue les rougeurs partielles, non uniformes, et qui exisent dès la sortie de l’eau, soient le résultat d’une liypérémie passive de la peau, alors surtout (ju’elles coïncident avec la teinte bleuâtre des muqueuses ; mais ([uand la rougeur est générale et s’accompagne d’un surcroît de chaleur, elle est due évidemment à l’élasticité de la vie, qui fait (|ue le sang rellue vers la périphérie avec plus de vitesse et d’abondance

DliS ÜAINS EN l'AUTICULlEll.

PI\IVÉEj

([u’auparavant; seulement, ce dernier elTct ne s’obtient que dans les bains froids de plus longue durée, et surtout dans les bains très-froids. C’est lui qui faisait dire à Sanctoriiis : le froid de l’eau pousse à la perspiration et aux règles. La seconde remarque d’flerpin a pour objet la température du corps au sortir du bain froid; la main posée sur le corps sent un grand froid. Un garçon de huit ans et demi, après une immersion d’une minute dans l’Arve, fut essuyé rapidement; le thermomètre, placé entre ses cuisses, descendit à 23", 1 centigrades; chez un autre, qui fut mis en expérience quelques moments après la sortie du bain, l’instrument marqua 23", 1 centigrades. Herpin tint, pendant une minute, sa main droite dans l’Arve; puis il plaça dans la paume de cette main un thermomètre que le contact de l’autre avait fait monter à 35 degrés centigrades, et il l’y maintint hermétiquement serré pendant quinze minutes, dont les dix dernières furent employées à une marche rapide : la colonne mercurielle descendit assez vite à 21", 2 centigrades, et s’y maintenait encore deux minutes après le commencement de l’expérience ; six minutes après, elle était à 22", 5; neuf minutes après, à 23", 7 ; quinze minutes après, à 28®,7. On peut conclure delà que la chaleur du corps, en tant qu’appréciable au thermomètre, se l’établit très-lentement apVès le bain froid, et néanmoins, après les premières minutes qui succèdent au bain, on n’éprouve même plus la sensation d’une fraîcheur désagréable; une chaleur quelquefois intense se répand jusqu’à la périphérie, et Herpin lui- même déclare qu’il n’aurait pas supporté sa main à la température qu’il y ressentait, le thermomètre donnant 21 à 23 degrés : nouvelle preuve de l’insuffisance des déterminations thermométriques pour l’usage des bains.

Comment l’eau froide agit-elle sur une portion peu étendue du corps humain? Les expériences de Hunter, "W. Edwards et Gentil, Tholozan et Brown-Séquard(l), démontrent que cette réfrigération est énorme, rapide, lente à se dissiper. En dix minutes, un morceau de glace placé sous la langue lui a fait perdre 11 degrés de sa température (Hunter); en dix minutes, Tholozan et Brown-Séquard ont vu la main plongée dans de l’eau à 0 degré centigrade perdre de 10 à 18 degrés de sa chaleur, et, après cette réfrigération, ne recouvrer sa température initiale, dans un milieu variable de 12 à 18 degrés, que dans un délai de plus de trois quarts d’heure ou d’une heure; contrairement à l’opinion deW. Edwards, ils ont constaté que le refroidissetnenl d’une petite partie du corps humain reste sans inlluence appréciable sur la température générale, mais que l’abaissement de la température d’une main peut amener un abaissement notable de la tenqiérature de l’autre main, sans diminuer la chaleur générale du corps. Brown-Séquard s’est assuré que le meme phénomène se répète pour les pieds et se lie à ces trois conditions qui se proportionnent entre elles : intensité de la douleur, degré do contraction des

(1) Bruwn-Séquard, Journal de la pliysiologie de l'homme et des animatu', Paris, 1858, t. I, p. A‘J7.

DliS MODIFICATEURS. — EX.CRETA.

[hygiène

vaisseaux de la main laissée h l’air, degré du refroidissement de celle main; d’où il résulte que c’est sous l’influence de l’irritation des nerfs sensitifs d’une extrémité que la chaleur s’abaisse dans l’autre, exemple très-évident, d’après ce physiologiste, d’une action réflexe sur les vaisseaux sanguins et qui .s’exerce ici entre parties homologues. Bence Jones et Dickinson (1) ont trouvé que l’immersion d’une main dans une eau très-froide demeure sans action notable sur les battements du cœur. Enfin des expériences multipliées ont conduit Fleury aux conclusions suivantes, qui, 'pour les elTels du bain froid partiel, concordent avec les précédentes et nous ramènent à l’étude hygiénique du bain général : 1” Une immersion partielle et prolongée (une demi-heure) dans de l’eau modérément froide (de 15 à 25 degrés centigrades) peut abaisser la température de la partie immergée, de la main, par exemple^ de 19 et même de 23 degrés, de sorte qu’il n’existe plus entre la température de la surface vivante et celle du bain qu’une dilTérence de l‘’,5 au profit de la première. 2“ Cet énorme abaissement de la température partielle reste sans influence appréciable sur la température générale du corps. 3“ Une immersion générale et prolongée (vingt-cinq minutes à une heure) dans de l’eau modérément froide (14 à 20 degrés centigrades), peut abaisser la température générale, prise sous la langue, de 4 degrés. 4" Cet abaissement général de la température se produit d’autant plus vite que l’eau est plus froide. 5® Un abaissement de 4 degrés dans la température du corps est une limite extrême au delà de laquelle il devient impossible à l’homme de supporter la sensation douloureuse que provoque le refroidissement. 6“ L’abaissement de la température générale s’accompagne d’une diminution dans la fréquence du pouls (six à neuf pulsations de moins par minute), sans modification appréciable de la respiration. 7“ Pendant les dix à quinze premières minutes qui suivent la sortie de l’eau, la température du corps, quelle que soit celle de l’atmosphère, baisse encore de quelques dixièmes de degré (0,4 à 0,9), et le pouls tombe encore d’une a deux pulsations; ces phénomènes sont suivis d’une réaction spontanée (|ui ramène graduellement, et plus ou moins vile, la température animale et le pouls à leurs chiltVes primitifs et physiologiques, et même au delà : cet excédant est, pour la température, de quelques dixièmes de degré à 1 degré centigrade, et, pour le pouls, d’un à trois battements. 8“ Toutes choses égales, la réaction spontanée est d autant plus prompte et plus énergique que l’eau est plus Iroide et Irappe le corps avec plus de force, que l’atmosphère est plus chaude, que le baigneur est plus jeune, plus sanguin, plus vigoureux. 9“ Si 1 immeision est lenouvelée, la réaction va s’alfaiblissant, et devient de moins eu moins facile en laison directe du nombre des immersions successives. 10 L eau de 8 à 10 dcgiés centigrades favorise le mieux la réaction; celle-ci est dilïicile dans l’eau au-dessus de 14 degrés centigrades. De 8 degrés à 0, la

J) Rciicc .Urnes cl Dickiiisoii, Jounnü ik h ji/iij-sio/o^k de l'/iuimw; e( des luiiiiimu:. i’aris, 1858, t. I, p. 81.

piuvée] 1>ES ÜAINS EN PARTICULIER.

réaction est en raison inverse de la durée de l’immersion, sauf à proportionner cette durée à la puissance de réaclion individuelle. \\° La température du corps a-t-elle été préalablement élevée, l’immersion la ramène d’abord à son chiffre normal, et c’est seulement après ce premier effet qu’elle produit celui du bain froid, tel qu’il vient d’étre relaté.

Les bains froids procurent des effets consécutifs très-beureux quand on en a pris un certain nombre; ils fortifient la peau et y développent une sensation de bien-être inconnu jusqu’alors; le ton qu’ils lui communiquent la fait mieux résister aux chaleurs et tempère les sueurs que provoque le soleil ou l’exercice; l’habitude de réagir la rend peu impressionnable au froid et presque indifférente aux variations de l’atmosphère; dès lors le gilet de flanelle peut et doit être déposé, et l’on reviendra aux vêtements plus légers. Les muscles gagnent en force et en souplesse; les gens délicats s’étonnent de faire sans fatigue des promenades et des exercices dont ils se savaient incapables an])aravant; l’appétit est plus vif, les digestions plus faciles. Les personnes sujettes aux flatuosités s’en débarrassent plus aisément; quelques baigneurs éprouvent de la constipation, plus rarement la disposition contraire; 1e sommeil devient plus profond; un sentiment général de force, de bien-être et de légèreté auquel l’âme et l’intelligence ne restent point étrangères, tel est le résultat final de l’usage bien dirigé des bains froids : ils ont donc bien les effets restaurateurs que Hallé et Nysten leur attribuent, mais à la double condition d’être accompagnés de mouvements et d’être de très-courte durée. La natation prolongée dans les bains frais procure le même avantage.

?)° Bains très-froids. — En 1819, c’est-à-dire à une époque où l’hydrothérapie n’existait pas encore, Bégin a expérimenté sur lui-même les bains froids, et il en a parfaitement apprécié les efl'ets immédiats et secondaires, ainsi que les applications qui en découlent. Il suffit de parcourir les pages qu’il a écrites sur ce sujet (1) pour y trouver la substance des indications hygiéniques et curatives que Priessnitz et ses partisans ont fait valoir depuis avec une sorte d’éclat et non sans succès; il n’y manque que l’exagération de certains hydropaihes, bien qu’il ait peut-être, le premier en France, déterminé la portée de ce moyen par la voie des expériences personnelles. On s’est empressé de proclamer l’impoi tance des recherches et des résultats de Bégin, depuis que dans la première édition de ce traité nous les avons en quelque .sorte restitués a la .science et introduits dans l’hygiène. Dn lif au 20 octobre 1819, il prit neuf bains froids dans la Moselle, sons les remparts de .Metz, à huit heures du matin, le thermomètre Béaumur marquant de 2 à 0 degrés a 1 air. Voici quelle a été la marche des phénomènes. Dès l’immersion, sensation d énergique refoulement des liquides vers les grandes cavités, surlont dans le thorax; respiration haletante, cntrecoiqiéc, accélérée jusqu’à l’immi-

(I) Régin, Didionnairr. des sciences imklicnles , a.v\,\c\c Scrofule, t. t,, p. AGI et siiiv.

nence do la siinbcalion ; peau décolorée; pouls concentré, petit, profond et dur; rigidité de tous les tissus, sans tremblement; spasme général dont l’intensité contraste avec la régularité du mouvement. Au bout de deux ou trois minutes, la scène change : à cet ensemble de pbénomènes pénibles et presque intolérables succède le calme, la respiration s’agrandit, la poitrine se dilate, les mouvements redeviennent libres et faciles, la peau s’échauffe. « Toutes les actions musculaires sont vives, légères et assurées; on croit sentir que les téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur les muscles, et que ceux-ci, mieux contenus, agissent avec plus de précision, plus d’énergie que dans l’état naturel. Bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps; une sensation très-prononcée et Irès-agréable de chaleur se répand sur la peau : il semble que l’on nage dans un liquide élevé de 30 à 36 degrés; le corps semble vouloir s’épanouir afin de multiplier les surfaces de contact; le pouls est plein, grand, fort, régulier : peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu’on éprouve en ce moipent. Tous les ressorts de la machine animale ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu’ils n’en avaient précédemment; les membres fendent avec facilité le liquide qui ne leur offre plus aucune résistance; on se meut sans effort, avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable. » Ce nouvel état dure quinze h vingt minutes, et se termine par le retour graduel du malaise et du froid ; il est alors temps de quitter l’eau : si l’on y reste, des frissons, un tremblement général s’emparent du corps, la gêne des contractions musculaires va jusqu’au danger de la submersion. En quittant l’eau avant la chute entière de la réaction, on n’éprouve dans la transition de l’eau à l’air aucune sensation pénible. Malgré le vent et l’évaporation du liquide qui couvre la peau, celle-ci ne se refroidit point, et telle est son insensibilité au contact des corps extérieurs, que le passage du linge avec lequel on s’essuie n’est point perçu. Il est arrivé à Bégin, dans cet état d’orgasme et de constriction cutanée, de se faire sans douleur des frictions assez rudes pour enlever l’épiderme. Cette circonstance rappelle les peuples septentrionaux, dont la peau se montre réfractaire aux impressions les plus douloureuses, même à celles des lésions traumatique.s. Priessnitz et les guérisseurs de son école font précéder le bain froid d’une transpiration provoquée par l’enveloppement dans des couvertures de laine et 1 ingestion d une certaine quantité d’eau froide ; et depuis que cette méthode est suivie, on a paru frappé de son innocuité et de scs avantages pour amener une rapide cl facile réaction. Buchan avait recommandé depuis longtemps 1 excitation préalable par le mouvement du corps, comme devant favoriser le dévelop|)emeut de la réaction. Il y a plus de trente ans que Bégin a confirmé lepiéccple pai ses expériences : plusieurs fois il s’est jeté h l’eau froide, le coips loiige et cou\eit de sueur par suite d’un exercice prolongé. Loin d’en epiouvei quelque inconvénient, il remarquait que la réaction était plus prompte, plus facile et |)lus complote. Les docteurs Butini et de la Rive (de Gcnete) piesciivaieiit aussi à leurs malades de .se l'cndre au bain de rivière à

DES BAINS EN PARTICULIER

privée]

pied et d’y enlrcr ayant chaud (Ilcrpin). Les jeunes Romains, à l’issue des exercices du champ de Mars, se précipitaient en sueur dans le Tibre. On dit ([ue le bain froid est plus salutaire si l’on y entre lentement et que l’on y demeure dans l’inaction : conseil funeste, toutes les fois qu’il ne s’agira point de produire une sédation, un refoulement vers les organes centraux. Le froid gradué et prolongé est, dans l’eau comme dans l’air, l’un des agents les plus hyposlhénisants de la nature. Ce qui est fondamental dans l’emploi du bain froid, dit Bégin, c’est la réaction sanguine, et pour qu’elle ne succédât point à l’application d’un irritant aussi énergique et général, il faudrait que le sujet fût débilité jusque dans le fond de sa constitution. La réaction une fois développée, les organes internes ne courent plus aucun danger ; on n’observe que les phénomènes d’une irritation passagère de la peau, caractérisée par sa turgescence vasculaire, la coloration, la chaleur, et quelquefois un prurit général ; l’action nerveuse semble subir, comme le sang, ce reflux énergique vers la périphérie, et ce phénomène est sans doute pour quelque chose dans l’accroissement de la chaleur cutanée, dans la résistance plus forte que la peau oppose aux agents extérieurs; s’il se répète un grand nombre de fois, il contribuera à décentraliser les forces nerveuses, comme la réaction sanguine vers la circonférence, fréquemment provoquée, finit par dissiper l’hypérémie des organes profonds. La réaction se manifeste plus facilement dans l’eau froide. Plus prompte dans les premiers bains, elle est plus tardive, mais plus durable dans les derniers. La durée de l’immersion doit être proportionnée à la force des constitutions : la vigueur de Bégin lui a permis de rester dans l’eau jusqu’à vingt minutes et plus; Rostan n’a pu rester plus de six minutes dans la Seine, dont l’eau marquait 5 degrés Réaumur, et la réaction ne s’établit chez lui que dans la nuit suivante, après plusieurs heures de malaise et de pesanteur douloureuse de la tête. Ce dernier symptôme est très-commun à la suite des bains froids, et ou l’observe chez les sujets les plus robustes (Londe). Au contraire, Nacquart, familiarisé avec les bains froids, éprouvait des spasmes et des anxiétés dans une eau à 27 degrés Réaumur. Nous reviendrons sur ces différences de sensibilité individuelle : tel baigneur exposerait sa vio à vouloir attendre dans l’eau même les lihénomènes de la seconde réaction qui doit mettre (in à la seconde période de concentration. Avant Bégin, personne n’avait signalé la possibilité de ce fait, et ceux qui connaissent sa belle constitution sauront aussi avec quelle mesure de force organique il est permis d’espérer dans les bains très-froids la .série des sensations que cet observateur éminent y a perçne.s. Mais que le corps réagisse une et deux fois pendant l’immersion, ou pins ou moins longtemps après la sortie de l’eau, l’hygiène et la médecine trouvent dans cette vive et large stimulation des organes périphériiiues une ressource immense. C’est avec une haute raison de praticien que Bégin signalait, il y a quarante-deux ans, à .ses contemporains, le bain froid « comme un moyen très-énergique qui mérite beaucoup plus de faveur qu’oii ne lui eu accoide communément ». Les anciens l’avaient compris ainsi : le bénéfice de

DKS MODIFICATRlHiS. — EXCRKTA. [ilYfiif.NK

la réaction que produit le bain froid n’avait pas échappé à Hippocrate (1), qui opposait judicieusement ses effets au l’cfroidissenient de la peau, à la suite des bains chauds. Galien, désignant le double parti que l’on peut tirer des bains froids, avait dit à leur occasion : » Yel roborunt, vel obruunt facultatem et lorporem inducunt. » Par i[uelle bizarrerie était-il réservé au paysan de Græfenberg de populariser un moyen si longtemps négligé par les médecins, quoique les oracles de l’art les eussent conviés à le mettre largement en usage ?

Baim de mer. — De l’aveu des meilleurs observateurs des côtes maritimes, le froid est l’élément capital de l’action des bains de mer, et c’est ce qui nous engage à en parler ici. Hâtons-nous d’ajouter qu’il s’agit ici des mers du Nord, sur le littoral desquelles existent les principaux établissements de bains de cette espèce. Les sensations que procurent ces mers et les mers méridionales sont en effet très-différentes : dans les premières, saisissement plus ou moins pénible dès l’entrée et pendant la durée de l’immersion; parfois, on s’y croirait dans un milieu hérissé de pointes aiguës, et rarement peut-on y prolonger son séjour ; au contraire, dans les mers du Midi, le contact du flot est moelleux et comme velouté ; les habitants de leur littoral s’y plongent avec délices et y séjournent plusieurs heures sans épuiser cette sorte de volupté. Si opposés que soient ces effets, ils tiennent principalement à la température des climats, qui est à peu près celle de leurs mers, et accessoirement aux différences de la vague et des chocs qu’elle exerce, aux qualités de l’atmosphère maritime. Les bains de mer les plus recherchés en France sont situés sur l’Océan. Gaudet (de Dieppe) a recueilli, pendant dix ans, des observations thermométriques de juillet, août et septembre, saison ordinaire des bains : elles donnent en moyenne 17°,6 centigrades pour l’air atmosphérique, 18®,2 pour la mer; la température maritime monte en juillet, atteint son maximum en août, et baisse en septembre presque aussi graduellement qu’elle s’est élevée, c est-à-dire de 0",50 à 1“,20. Cette décroissance, à cause même de sa lenteur, no peut être attribuée à l’atmosphère ; car celle-ci est agitée, à cette époque, par les fluctuations les plus extrêmes de la saison. Les vents d’ouest et de sud-ouest, accompagnés de pluie, font descendre en vingt-quatre heures la température de la mer de ü°,25 à 2“,50 centigrades. Le sud et le sud-est la relèvent dans la même proportion. En dix années, elle n’a oscillé, durant la saison des bains, que dans une limite de 5 degrés centigrades, de 15 à 20 degrés, tandis que 1 atmosphère de la plage s’est agitée sur une échelle thermométrique de 10 a 28°, 1 centigrades. La température de la Méditerranée marque û",35 de plus que celle des régions de l’océan Atlantique situées à son occident. En 183û, I eau des bains de Trieste donnait 30 degrés centigtades. Ce qui piouve encore la prépondérance de la température dans les effets des bains de mei, c est I infériorité d’action bien connue de la Médiler-

(I) (H'.iii'res, Irad, par Littré, t. 1, l)<: i’fiuci(i)i ne ntédecinc.

DES RAINS EN PARTICULIER

pihvkk]

raiiée, quoiqu’elle soit plus riche eu matières salines. Sur 100 parties, elle en contient /!i,1 ; l’océan Atlantique, 3,8; la Manche, 3,6; la mer du Nord (Allemagne), 3,3 ; le golfe d’Édimhourg, 3,0 ; la mer Baltique, de 1,6 à 2,2. — La puissance des bains de mer réside dans la combinaison des éléments suivants : 1" La teiopérature basse de ses eaux : elle détermine le spasme périphérique, la contraction de la peau et des muscles, l’engourdissement de la sensibilité nerveuse, le refoulement des liquides à l’intérieur, la suspension ou la diminution de l’exhalation cutanée ; et secondairement, elle donne lieu aux phénomènes de la réaction, caractérisée par le retour impulsif des liquides vers la périphérie, le rétablissement de la fonction perspiratoire et la persistance des elfels sédatifs qu’ont éprouvés les extrémités nerveuses du tégument. 2® La densité de la mer : elle renforce les effets du froid, amincit les solides par compression, et contribue à l’engourdissement de la sensibilité cutanée par le refoulement des liquides. 3“ Le va-et-vient continuel du Ilot produit une sorte de massage, une douche permanente et variée de toutes les manières, que le corps, aux pri.ses avec les vagues, essuie incessamment par leur chute et leur ascension alternatives. Suivant les attitudes du baigneur et les degrés d’agitation de la mer qui sont exprimés progressivement par les mots houle, lames, vagues, les bains de mer donnent lieu à des exercices passifs, mixtes, actifs, qui corroborent d’autant plus le système musculaire qu’ils n’entraînent aucune dépense de substairce organique. k° La composition chimique de la mer (tome I, page 378) lui communique des propriétés irritantes par simple contact : aussi stimule-t-elle les vaisseaux de la peau, quelquefois dès l’immersion, comme le témoignent les sensations de certains baigneurs; le plus souvent l’effet spécial des particules salines ne se manifeste que dans le moment de la réaction, dont elles augmentent la durée et l’intensité. Currie ajoute qu’elles la rendent aussi plus prompte, et qu’en raison delà stimulation qu’elles exercent sur la peau, on supporte plus longtemps le froid dans l’eau marine que dans l’eau douce, à température égale. Les sels de la mer impressionnent également les papilles nerveuses de la peau ; de là les picotements, les cuis.sons, les caractères variés de la chaleur de réaction ; des phénomènes moins immédiats paraissent aussi dépendre de cette cause, tels que l’agitation du sommeil, l’iirsomnie, l’excitation générale, les crampes viscérales, etc., qui succèdent an bain; ils sont dus à ce que la stimulation exercée sur les expansions nerveuses de la périphérie se réfléchit dans les centres nerveux, et par l’irradiation de ceux-ci dans les organes internes plus ou moins prédispo.sés. Enfin les .sels marins ne sont pas étrangers aux éruptions tpii surviennent parfois chez les baigneurs. Appliquée sur la peau saine, l’eau de mer l’impressionne d’autant plus vivement que l’évaporation concentre davantage ses matières salines, et, suivant les cas, elle est répercussive, astringente ou irritante; sur la peau privée de son épiderme, elle provoque une douleur cuisante, f)® L’atmosphère maritime (l. I, p. 383) a une large part dans les modilicalioiis (pie les bains de mer opèrent dans l’éconoinie : loiijoiirs saturée d’une

DES MODIFICATEURS. — EXCRETA.

[hygiène

humidité saline, agitée par une ventilation incessante qui est en harmonie avec les mouvements de la mer, brassée périodiquement par les vents, exempte de toutes les émanalions que les villes de l’intérieur dégagent par torrents, quel air satisfait mieux qu’elle à l’axiome de Salerne : « Aer sit purus, sit lucidus et bene clarus. » Les vertus toniques et excitantes de cette atmosphère vierge des mers éclatent dans les populations du littoral, qui fournissent le meilleur contingent à l’armée. Les nouveaux venus les ressentent presque sans exception. Chez les enfants, dont l’organisme tendre et perméable semble en tous lieux un réactif plus sensible pour l’appréciation de l’air, l’impression de l’atmosphère maritime fait naître souvent des modifications fonctionnelles qui s’élèvent jusqu’au trouble pyrétique. Cette fièvre d’acclimatement est tantôt éphémère, tantôt se convertit en accès périodiques ; la plupart des autres baigneurs payent leur installation sur les bords de la mer par quelques perturbations pa.ssagères de fonctions ou d’organes, en rapport avec leur susceptibilité originelle ou l’état actuel de leur santé. Mais tous ces phénomènes expriment la nature stimulante de la cause qui les provoque : aussi a-t-on dit avec raison que, pour les baigneurs de la mer, le traitement commence au moment où ils viennent en habiter les bords. — Les effets immédiats des bains de mer se déduisent de ce qui jirécède, sauf les variations individuelles des sensations de l’immersion et des formes de la réaction. Parmi les effets consécutifs, il en est qui méritent une mention particulière. Les premiers bains occasionnent le plus souvent un certain degré de lassitude générale avec somnolence diurne, surtout après les repas; d’autres se plaignent de brisement des membres, d’oppression sternale, d’étouffements, d’une sensation contusive dans la région précordiale, de céphalée. S’il existe une odontalgie, elle s’exaspère et se comjilifiue de Iluxion gingivale et d’engorgement sous- maxillaire ; l’utérus, les glandes mammaires, manifestent de la sensibilité ; l’appétit augmente, la constipation s’établit, et souvent avec elle un inolimen hémorrhoïdal ; la vessie donne des signes d’irritation, surtout vers le col ; le sommeil est agité par les

reves et fréquemment interrompu. Rien de plus fréquent que la congestion sanguine de la tête, (|ui s’annonce par la céphalalgie, les vertiges, les étincelles, avec ou sans injection de la face, et qui va parfois jusqu’à néce.ssiter une saignée générale. Ces accidents surviennent malgré soins et ménagements ; mais ils coïncident surtout avec l’agitation de la mer et la durée excessive de 1 immersion ; il s’y joint alors des crampes ou de la pesanteur à I épigastie, des douleurs vertébrales, et si le sujet est jeune et faible, des vomissements avec réaction fébrile. Tous ces troubles, qui indiquent l’énergie du modificateur mis en usage, s’apaisent par degrés ; parfois ils nécessitent, pai lem peisistance, I extrême atténuation des conditions ordinaires du bain. Nous ne paileions pas des accès de fièvre éphémère qui surprennent quelquefois, dès les premiers bains, les jeunes filles récemment nubiles ou près de le devenir, les femmes à teint lleuri, etc., ni des douleurs rhumatismales qui attaquent les personnes venant de faire une saison aux eaux thermales, ni de

DES BAINS EN PARTICULIER

privée]

l’onctuosité que prend la sécrétion cutanée chez quelques baigneurs, etc,, mais les ell’ets médiats de la mer sur la peau sont dignes d’attention. Souvent la stimulation va jusqu’à la plilogose des exutoires dont l’écoulement tarit; les éruptions anormales qu’elle occasionne s’elTacent entre deux bains ou durent plusieurs Jours, et donnent lieu à une desquamation : rubéoliformes, simples macules, érythèmes vésicnleux, prurigo, miliaire [badefrisele àc.% Allemands), urticaires, furoncles, etc., telles sont les l'onnes les plus communes de ces exanthèmes, qui peuvent se compliquer deux à deux, chez le même individu, et aiïectent de préférence les enfants lymphatiques, les adultes forts et sanguins, tous les individus à veines superficielles très-apparentes. Ces épiphénomènes n’exigent la suppression des bains de mer que lorsqu’il existe en même temps un mouvement fébrile, de l’agitation nocturne, des sueurs, des cuissons, des picotements, des vomituritions, etc.

De l'emploi des bains froids, 1° Bains frais. — Ils conviennent dans la saison brûlante et dans les climats méridionaux; ils enlèvent au corps la quantité de chaleur qui surexcite toutes les fonctions, et ils lui épargnent la série laborieuse des actes qui ont pour but l’élimination de cet excédant de calorique; ils diminuent l’activité de la transpiration cutanée, rendent à la peau le ton et le ressort sans lesquels elle subit en quelque sorte passivement les effets de la chaleur atmosphérique, et verse, à la moindre stimulation que lui imprime le soleil ou l’exercice, des flots de sueur qui la macèrent et font à l’organisme de chaque oscillation thermométrique un péril de répercussion ; ils apaisent l’excitabilité cérébrale, que la haute température de l’atmosphère tend à exalter; et si cet état a fait place au collapsus qui alterne si souvent chez les Méridionaux avec les paroxysmes de versatile irritabilité, les bains frais ont l’avantage de raviver les sources de l’innervation non épuisée, mais opprimée et comme paralysée par l’accablante influence d’un ciel en feu. Avec les forces nerveuses se relève l’action musculaire; l’exercice, redevenu possible, rappelle I appétit, c’est-à-dire le besoin de la réparation, partant la faculté digestive qui languissait. Le bain rafraîchissant est un des moyens les plus sûrs pour conjurer l’imminence des affections si graves qui régnent .sons forme endémique ou épidémique dans les contrées équatoriales, et dont quelques traits se retrouvent dans les maladies estivales de nos climats. Il est évident que les troubles qu’une température excessive jette dans les fonctions du tube digestif, de 1 encéphale et des organes delà circulation, ouvrent l’économie à l’atteinte de ces fléaux. Nos savants confrères do la marine connaissent l’ulilité du bain frais pour les équipages de nos vai.sseaux qui stationnent dans les mers tropicales; répété plusieurs fois par jour, il les pré.serve de l’énervation du cliinal et du lugubre tribut de la fièvre jaune. Le bain dont il s’agit no devant être pris que pour soustraire au corps un excès de calorique, ne convient point aux liges exirêmes rie la vie : le vieillard perd chniiue jour de sa forci’ di^ calorilicalion; sa peau reçoit moins de sang et Iranspire moins; le bain fi-ais ferait sur elle I impre.ssion du bain froid et même très-froid, et exposerait le sujel à

eo DES MODIFICATEURS. — EXCRETA. [hvciÈNE

des coucenti-ations d’autant plus à craindre que la réaction est plus lente et plus incertaine : que si elle a lieu, nouveau danger; elle peut aboutir à la lièvre; et l’on sait combien elle accélère la terminaison des maladies séniles qui siègent dans les organes de la circulation et de la respiration. On cite quelques exceptions; privilège ne fait point loi, et quand Bacon a dit : « Lavatiu in frigida aqua bona ad longitudinem vitæ,)) il faisait allusion sans doute à la solidarité des différents âges de la vie : la force et la vigueur acc[uises par l’adulte dans les bains froids sont bénéfice pour le vieillard. La température propre de l’enfant est moins élevée et prompte à baisser (voy. tome I, page 82) : sa caloricité exige une sorte d’éducation, et ce n’est que par degrés qu’elle acquiert la lalitude nécessaire pour lui faire supporter le bain frais sans danger. Encore devra-t-il être de courte durée, et avant l’âge de six ans il n’en faut pas user. Les autres contre-indications sont : la menstruation, les lochies ; les états morbides qui prêtent aux répercussions, tels que le flux sudoral ou la supersécrétion de l’humeur sébacée; les dartres et éruptions analogues, la goutte, les hémorrhoïdes, le rhumatisme articulaire; joignez-y la disposition aux irritations bronchiques, et à toutes les irritations que le froid ramène aisément. D’après la manière dont nous envisageons l’emploi de ce bain, les règles qui s’y rapportent doivent avoir pour but d’en assurer l’eflel sédatif et réfrigérant : la première est de le répéter souvent, de le prendre au moment où le pouls est au minimum de ses oscillations diurnes, à quatre heures au moins d’intervalle après les repas ; il faut éviter le frisson d’une immersion brusque, n’y pas rester jusqu’au frisson précurseur d’une réaction non désirée; au sortir du bain, s’essuyer et s’habiller rapidement pour empêcher l’évaporation des parties mouillées, et par suite un refroidissement trop grand ou suivi de réaction ; on s’abstiendra de tout ce qui pourrait rompre la sédation obtenue et rallumer trop vivement la caloricité.

2“ Bains froids. — Ce que nous avons dit des eflèts de ces bains suffit pour en régler l’emploi ; celui-ci est indiqué toutes les fois qu’il y a lieu d’exciter la circulation cutanée, de fortifier la peau et le système musculaire, d’amortir la susceptibilité excessive du système nerveux, etc. Bien des gens dont la cou slitution était originairement débile doivent aux bains froids une vigueur qui leur permet de supporter la fatigue des marches, de braver impunément le froid et le chaud, etc. Il n’est point de plus sûr moyen de combattre la disposition aux angines, aux coryzas, aux ophthalmies, aux enrouements, à la bronchite, au rhumatisme musculaire, à la sciatique et aux névralgies faciales ou crâniennes; il n est pratique mieux indiquée pour les personnes prédisposées à 1 obésité, à la tuberculisation, à la scrofule, aux tumeurs blanches, aux maladies des os, à la chlorose. Qui n’a connu quelques-uns de ces sybarites de chaleur, comme les appelle J. Ch. Ilcrpin, (pii accumulent sur eux Hauelle et vêtements, (pii fiissoimenl à tous les vents coulis, et sont d’autant plus exposés (ju ils pienueut plus de précautions? Ces hypochondria(|ues, ((ui ont habil iKîllement I(‘s pieds glaces et la congestionnée, dont la peau, presipie

Dits UAINS EN PAIlTICULlEi;.

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I'IUVKKJ

toujours luimidc tic iraiispiralioii, est plus sujcUc aux rcfroidisscmeiils, il faut les amener, par la gradation des ablutions, lotions et demi-bains froids, à se plonger dans l’eau des rivières et même dans l’eau glacée; bientôt les sueurs redeviennent normales, et leur suppression est inaperçue. Les médecins voués à riiydrolbérapie ont donné, sous ce rapport, l’exemple d’une hardiesse qui a été justifiée par le succès, parce qu’elle procède jiar une gradation de pratiques préparatoires que nous mentionnerons plus bas. Il est des contreindications aux bains froids que nul praticien ne méconnaît : telles sont les maladies des poumons et du cœur, avec lesquelles on ne doit pas confondre ici les palpitations nerveuses et cblorotiques ; la pléthore sanguine, la tendance aux hypérémies cérébrales, l’épilepsie, les épistaxis habituelles, les hémorrhagies utérines et les contre-indications énumérées à propos des bains frais; l’état d’ivresse, la distension de l’estomac par les aliments interdisent sévèrement le bain frais et froid sous peine de congestion mortelle. J’ai vu périr à Dieppe des soldats qui se sont baignés à la mer après le repas du soir. Les enfaiils dont la santé n’exige pas de ménagements peuvent user avantageusement des bains de rivière pendant l’été, dès l’âge de quatre à cinq ans; on aura soin de choisir pour cela les jours les plus beaux et les plus chauds, et de ne pas les laisser dans l’eau sans mouvement ni au delà d’une à trois minutes. D’après ,1. Ch. Herpin, les bains froids corrigent en quelques semaines les apparences du rachitisme au premier degré chez les enfants. Toutefois il peut y avoir danger à les prescrire à des enfants trop faibles; jamais ils ne conviennent aux nouveau-nés, qui perdent si rapidement leur chaleur, et dont la peau, baignée neuf mois par un liquide à près de 37 degrés centigrades, est si tendre et si impressionnable; laissons aux peuples du Nord l’habitude d’immerger les enfants nouveau-nés dans l’eau froide ou dans la neige, si tant il appert que la chose est vraie, ce que nie un médecin suédois, Martin. La caloricité de l’enfant veut être exercée avec mesure, et, de même qu’on diminue successivement l’épaisseur de ses vêtements, on peut réduire par degrés la température de ses bains jusqu’à le faire entrer vers huit ans dans l’eau courante. Plus lard, les bains froids favoriseront l’évolution régulière de la puberté : avec l’exercice qu’ils entraînent et la stimulation qui leur succède, ils ont une utilité spéciale contre la cblorose, la débilité générale de la constitution, les dilléréntes formes de névrose gastrique, l’hystérie, etc., affections si communes chez les jeunes femmes. La convalescence les contre-indique, à cause de l’affaiblissement de l’innervation et de la calorification qui accompagne cet état. Le climat du Nord exige des bains ou irès-cbauds ou trèsfroids, et souvent l’usage alternatif de ces deux moyens, étuves et bains de neige ou de glace; ce n’est point trop de ces modificateurs extrêmes pour ranimer la peau du Septentrional épuisée par l’habitude de réagir contre le froid atmosphérique : trè.s-chauds, les bains la stimulent directement; trèsfroids, ils lorcent la réaction paresseuse; employés successivement, ces deux genres de bains complètent l’effet restaurateur (|uc recherche le Scptcnlrio-

62 DES MODlFlfiATHUUS. — EXCDETA. [ilVGlÉNE

nal. Par l’étuve, il dégage ses forces organiques, il imprime au sang et à raclion nerveuse une vive et soudaine expansion ; par le bain de neige ou d’eau glacée, il sollicite au jeu de la réaction les forces épanouies de son organisme, et leur rend leur élasticité. Quant à l’impunité de cette pratique, elle s’explique par l’élévation de la température du corps, qui, parvenu à 39 ou fiü degrés au sortir de l’étuve, peut céder au bain froid plusieurs milliers d’unités de calorique par litre d’eau ou de neige, avant de redescendre à 37 degrés, limite normale de la chaleur humaine. Dans les pays chauds, c’est la fraîcheur que l’on demande aux bains; les bains froids n’y sont pas à dédaigner néanmoins sous le rapport de la réaction consécutive. Au lieu d’envelopper nos soldats en Afrique de ceintures abdominales, et de les macérer dans leur transpiration à l’abri de vêtements trop épais, ne serait-il pas mieux de restituer à leur peau la tonicité qu’elle a perdue? Moïse et Mahomet n’ont-ils pas mieux saisi les nécessités de ces climats? « 11 fallait des ablutions fréquentes d’eau froide, et la .suppression des liqueurs alcooliques; nous avons fait le contraire : aussi chaque année la dysenterie fait éprouver à notre armée des pertes effroyables (1). »

3“ Bains très-froids. — Ils ont été recommandés et employés avec succès contre les scrofules par Tissot, Gullcn, Bordeu, Pujol, etc. , et Bégin a renonvelé ce conseil. Le tempérament lymphatique conduit trop souvent à celte maladie et aux lésions multiples qui en forment le cortège; il importe donc, chez les sujets qui en sont doués, de stimuler la vascularité et l’iuuervatiou de la peau, de rougir souvent cette enveloppe, de réveiller par de brusques oscillations du sang et de la caloricité les actions organiques qui languissent, etc. Or c’est là un but que l’on a quelquefois atteint par les bains trèschauds rapidement pris et par les étuves sèches, mais que les bains très-froids remplissent beaucoup mieux, s’ils sont employés d’après les indications de Bégin. Au reste, dans tous les cas où les bains froids conviennent, les bains très-froids trouvent place à une certaine époque qui, suivant les individualités et la gradation des températures, arrive plus ou moins vite : la réaction organique que 1 on se propose de développer étant en raison directe de la force de constitution, et en raison inverse de la durée et de la température du bain. Les bains froids et très-froids se prennent communément en été, de juin à septembre; mais si 1 on y a recours pour modilier la constitution, non pour la soulager uniquement d un excès de calorique, leur utilité est la même à toutes les époques dé 1 année. Le mauvais temps n’est pas un motif d’interruption : le moment le plus convenable, c’est le matin, où les eaux courantes sont à leur minimum de lempéiature; néanmoins il faut attendre que le soleil soit déjà depuis (pielque temps sur l’horizon. Les personnes timides ou délicates l)euvenl commencer les bains froids le soir, mais au moins une heure avant le coucher du soleil, tlénéialemeni on ne prend qu’un bain froid par jour, à

(i) Scoutetten, p. 35à.

nus IIAINS EN l'AUTIEULlEli.

piuvée]

moins qu’il n’y ail à coiubatlro quelque alleclion nerveuse; dans ce dernier cas, on a prescrit trois el jusqu’à cinq bains par jour avec succès. La distance ([ui sépare le baigneur de la rivière, si elle n’excède point un quart de lieue, doit être franchie à pied sans éviter le soleil; on ne craindra pas d’entrer dans l’eau ayant chaud, pourvu que la respiration et la circulation ne soient pas trop accélérées : la réaction provoquée par l’exercice n’est suspendue par l’immersion dans l’eau froide que pour recommencer presque aussitôt avec une nouvelle énergie. Peut-on, sans danger, entrer dans l’eau le corps couvert de sueur ? Bégin l’a fait il y a quarante-deux ans; Buclian, Bulini et de la Piive l’ont conseillé. Aux restrictions de Currie, Fleury répond avec des milliers de faits recueillis par l’hydrothérapie : « que la sueur soit au début ou que déjà elle ait eu une certaine durée et une grande abondance; qu’elle soit provoquée par l’exercice musculaire ou par un moyen artiliciel (enveloppement, étuve sèche, etc.), les allusions, les immersions, les douches, les bains froids peuvent être administrés sans aucun danger, pourvu que leur durée ne soit pas trop longue et ne dépasse pas celle de la réaction spontanée. Dans ces conditions, non-seulement les applications froides ne sont jamais suivies du plus léger accident, mais elles présentent des avantages précieux. En effet, elles ter minent brusquement la transpiration et délivrent les sujets de la chaleur incommode qu’ils ressentent; elles les mettent à l’abri des accidents qui pourraient résulter du contact d’un air froid avec le corps en sueur; enün elles exercent sur la peau et sur l’économie tout entière une action tonique très-utile, que devraient mettre à profit tous ceux qui, par leur profession ou par l’inlluence du climat, sont soumis à des transpirations abondantes et répétées (1). » Fleury fixe à cinq minutes la durée de l’immersion après une sudation très-abondante, sous peine d’interrompre la réaction spontanée et de ramener le mouvement de concentration. Le bon sens est d’accord avec les résultats hydrothérapiques : s’asseoir en sueur au bord de l’eau, attendre à demi couvert la fin de la transpiration à l’air plus ou moins Irais et ventilé, entrer ensuite dans l’eau, refroidi, quelquefois frissonnant déjà, c’est-à-dire avec moins d’éléments de réaction, n’est-ce point un inconvénient plus grave, un risque plus réel que de s’immerger suant, échauffé, et sûr de réagir plus vite et plus énergiquement? .le ne pense pas cependatit ([uc l’exercice, utile avant et après le bain, puisse être poussé impunément jusqu’à la fatigue avant l’immersion : le corps est alors désarmé contre l’impression de l’eau froide et ne trouve plus en sa caloricité, épuisée par une longue transpiration, que d’insulfisanles ressources de réaction; l’anhélation, suite d’ellorls violents, d’une marche accélérée, me paraît une contrc-indicalion tonnelle du bain froid; elle dénote un trouble fonctionnel des poumons, l’irrégularité momentanée de l’hématose : dans ces conditions, rimmersion ne serait pas .sans danger, tandis qu’elle n’a eu aucune suite filcheuse pour des baigneurs échauffés de 3 degrés au-dessus de la tem-

(1) Eleury, Cours d’hygiène, 1852, p. 575, t. 1.

DLS MUDII'ICATLUKS. — J'ACItKTA.

Gà ' DLS MUDILICATLUKS. — LKCItKlA. [iüGIKNE

pér;iUirc normale, ayanl 120 pulsations par minute, mais la respiration régulière (Henry). Le baigneur doit se déshabiller rapidement, afin de conserver sa température; une ou deux aspersions préalables d’eau sur la tête préviennent la congestion qui menace cette partie au moment où les extrémités inférieures plongent dans l’eau froide. Cette précaution suffit pour les personnes à cheveux très-courts ou rares ; mais pour les femmes et les hommes à chevelure épaisse et longue, un bonnet de taffetas ciré leur épargne le refroidissement de la tête, suite inévitable de rhiimidité persistante des cheveux. Le. costume de laine adopté par les femmes qui se baignent dans les rivières et à la mer amortit les effets salutaires de la percussion et de la température basse de l’eau ; il rend la réaction plus faible, souvent insuffisante. Les novices qui redoutent la brusque impression du froid se mouillent d’abord à grande eau avec une éponge ou un linge la face, le cou et la poitrine; mais ces préparations doivent se faire très-expéditivement, et l’on se hâtera de se plonger et de s’agiter dans l’eau. La natation en pleine rivière est le meilleur mode de bain ; celui-ci peut aussi être intermittent, le baigneur sortant de l’eau et y rentrant à plusieurs reprises pour y faire le plongeon. Les auteurs ont généralement exagéré la durée qui convient aux bains froids de rivière et de mer; on en voit sortir les baigneurs, surtout ceux qui ne savent pas nager, transis de froid, tremblant de tous leurs membres, claquant des dents, les lèvres et les ongles violets; les sujets faibles, à circulation peu active, à peau inerte et anémique, prédisposés aux hypérémies viscérales, aux maladies du cœur, des poumons, du foie, les femmes affectées de névroses, de névralgies, de chloro-anémie, etc., ne puiseront pas dans les bains froids de trop longue durée l’énergie musculaire qui leur manque, une amélioration de leur activité digestive, plus d’harmonie dans l’ensemble de leurs fonctions. Il ne faut jamais oublier que le bienfait des bains froids est dans la réaction spontanée de l’organisme; la réaction provoquée par un exercice violent au sortir du bain n’a pas des effets aussi francs, aussi réparateurs, aussi stimulants. Les mouvements, l’agitation auxquels est condamné, pour SC réchauffer, le baigneur qui sort hyposthénisé de l’eau, .sont une cause de déperdition des forces, et, comme le dit avec raison Fleury, la perte alors .1 emporte sur le gain : aussi, dans l’immense majorité des cas, et à. moins d avoir affaire â des hommes d’une constitution très-énergique, les bains natulels doivent aboutir a la réaction spontanée; dès qu’elle est développée, il faut soitii de I eau, sinon elle est remplacée par une seconde période de concentration, et le bain devient hyposthénisant, il cesse d’être un bain hygiénique. Les sensations du baigneur lui serviront de guide; les déterminations de durée plus ou moins rigoureuse sont subordonnées aux conditions vitales de l’individualité. loutes choses égales, la réaction ne dépa.sse pas un quart d’heure chez les nageurs jeunes et robustes; une femme délicate et faible doit au plus compter sur une réaction de cinq minutes. On ne peut donc fixer d’une manière absolue la durée des bains froids, mai.s il ne sera presque jamais utile de les prolonger au delà d’un quart d’heure. On reconnait qu’ils n’ont pas trop

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duré quand, au sortir de l’eau, le baigneur a la peau animée, les ongles cl les lèvres de couleur naturelle, la respiration large et facile, le pouls plein et vif, une sensation marquée de bien-être, de force, de souplesse, de légèreté. Qu’il SC bâte alors de s’essuyer, surtout la tête, de s’habiller promptement et de marcher d’im bon pas, sans craindre l’action du soleil sur ses cheveux encore humides; sinon, il peut éprouver à l’air comme dans l’eau, s’il y restait trop longtemps, un second mouvement de concentration et de refoulement. Si, malgré les précautions recommandées, la réaction est lente, dillicile, on frictionne la peau avec une flanelle ou une brosse anglaise, imbibée d’un alcool, et surtout on augmente l’exercice musculaire, on accélère et l’on prolonge la marche; dans les cas plus laborieux, il faut se mettre au lit, se couvrir et provoquer la sueur par l’ingestiou d’infusions ihéiformes. Les bains froids conviennent-ils aux vieillards? Celte question peut encore se poser ainsi : Les vieillards peuvent-ils réagir? Les réserves trop timorées que Reveillé-Parise a formulées à cet égard sont réfutées par l’expérience hydrothérapique : Fleury a soumis aux procédés hydrothérapiques des vieillards débiles et cacochymes de soixante-quinze à quatre-vingts ans, et il en a constaté l’action favorable sur la circulation capillaire périphérique, les fonctions de la peau, la digestion, le système musculaire, etc. J’ai vu moi-même à Dieppe la veuve septuagénaire d’un de nos médecins les plus célèbres de Paris prendre avec avantage les bains de mer. J.,a température basse do l’eau cl la courte durée de l’immersion assurent la réaction, même dans l’âge avancé.

/i” Bains de mer. — Leur usage convient, comme celui des bains très-froids, • dans tous les cas où il faut développer la circulation artérielle aux dépens des systèmes veineux et lymphatiques, rendre à la peau son énergie et sa coloration, en y déterminant une vascularité qui ne lui est point ou ne lui était plus habituelle; relever les forces digestives; renforcer et régulariser l’action musculaire, exciter l’absorption interstitielle pour amener la fonte d’un faux embonpoint que produit la vie sédentaire, le trop long séjour au lit, ou l’insuHisancc de la menstruatiou; corriger l’exubérance des fluides blancs, et faire taire des sécrétions morbides entretenues par l’asthénie des organes; activer la nutrition et la croissance des enfants lymphatiques, strnmeux et rachitiques; remédier aux dilîérenles formes de l’affection scrofuleuse; ramener au type normal l’innervation céphalo-rachidienne ou la sensibilité d’un organe; réconforter les convalescents allaiblis par une maladie de longue durée, et qui ne conservent aucune trace de lésion locale, etc. En général, les bains de mer sont un inodilicaleur elïicace pour tous les états de l’économie dont le signe |)rincipal est l’atonie, soit qu’elle résulte du défaut d’équilibre entre le système artériel, le système nerveux et les systèmes veineux et lymphatique, soit qu’elle dépende du défaut d’action d’un organe. I.’élat moral, qui n’est le plus souvent que la résullaute de nos sensations physi([ues, participe aux phénomènes d’expansion générale tpic détermine l’usage des bains de mer; le grain de sable s’on va, et I hypochondrie le suit; avec l’apprtil, avec la force musculaire et le som- M. LÉ^v. Ilygiùne, 5' liarr.

(J(J des modificateurs. — EXCRETA. [hygiène

ineil revieimcnl les sereines pensées d’avenir; le goût des joui.ssances sociales renaît avec le pouvoir d’y participer. Les contre-indications des bains froids s’appliquent aux bains de mer, excepté celles qui dérivent de l’ûge. On peut tremper clans l’ean de mer les enfants d’un an qui, chaudement enveloppés après l’immersion, réagissent très-bien. Pour les vieillards, dit Gaudet, il y a lieu de redouter moins le défaut de caloricité que l’excès de la réaction, qui peut amener des congestions funestes; cependant ceux qui sont maigres, nerveux, sujets à des souffrances arthritiques, et qui ont la circulation languissante, doivent s’abstenir des bains de mer. La saison ordinaire de ces bains s’étend du 15 juillet au 1" septembre; au delà de ce terme, les individus de forte complexion y trouveront encore des effets toniques et sédatifs d’autant plus prononcés que l’eau est plus froide. Durant les jours caniculaires, la mer atteint son maximum annuel de température et plaît alors aux organisations débiles ([ui craignent une forte soustraction de calorique. Quant aux heures, de sept jusqu’à onze heures du matin pour la plupart des baigneurs; le milieu du jour pour les personnes affaiblies et pour les enfants qui toussent. Pour cette catégorie de sujets, Buchan prescrit de se régler sur la marée, la mer gagnant à la marée de deux heures 5 degrés Réaumur de plus. La durée du bain de mer est une question importante de pratique; elle varie suivant la nature des états morbides à combattre et qui ne peuvent nous occuper ici; sous le rapport hygiénique, elle est proportionnelle à la force des constitutions, à l’impressionnabilité des sujets, à la promptitude et à l’énergie de leur réaction nerveuse et circulatoire, à l’âge, à l’affaiblissement produit par les maladies antérieures, etc.; et suivant ces circonstances, tantôt une ou deux immersions suflisent, tantôt le séjour dans la mer peut se prolonger d’une à trois minutes, de cinq à dix, de dix à vingt et trente minutes. Floyer et sir J. Clark ont recommandé, avec raison, la brièveté et l’instantanéité du bain froid. La durée excessive des bains de mer entraîne des accidents divers, suivant l’état antérieur de ceux qui commettent cet abus, et tels que des céphalalgies et des étourdissements, des bronchites chez les baigneurs à poitrine délicate, des douleurs lombaires chez les leucorrhéiques, des palpitations et une constriction gutturale hystériforme chez les chlorotiques, etc. Une saison de bain de mer se compose de vingt à vingt-cinq bains; double, elle est de vingt-cinq à trente-cinq; leur succession est subordonnée au temps et aux sensations du baigneur. Quand on prend deux bains par jour, il faut les éloigner le plus possible l’un de l’autre, pour que les effets primitifs du second bain ne viennent point à se croiser avec les effets secondaires du premier; jamais les bains doubles ne seront permis aux hypochondiiaques sanguins, a ceux qui toussent, aux chlorotiques à peau blafaide, aux filles lécemment pubères, aux personnes sujettes de longue date aux angines et aux otites, etc. ; que l’on n’attende pas le refroidissement du corps pour entrer dans la mer, la réaction serait lente et imparfaite. Il faut opposer aux bains froids, dit Marcard (1), un certain jeu des organes et une

(I) Mnrcard, De l(i udliiic vide l u.'uujc des houns. Purisj mi IXj

rnivÉE] DKS BAINS EN l'ABTlCBLlEB. <57

ccrliiiiie activité de la circulation.* Des précautions sont nécessaires aux arrivants contre l’air vif de la plage et les vents d’ouest et du nord qui y souillent fréquemment; c’est un acclimatement à faire, qui exige, comme tout autre, une certaine progression. Un régime tonique et réparateur secondera l’action des bains de mer, et l’on ne dépassera pas, dans des exercices poussés trop loin, la vigueur musculaire qu’ils procurent. Des accidents de surexcitation nerveuse, des vomissements, un embarras gastrique, une bronchite intercurrente, des éruptions aiguës qui sont dues à la poussée excentrique des bains, etc. , obligent souvent à suspendre les bains de mer; le défaut de réaction de certains individus, malgré tous les soins employés pour la faire naître, est une contre-indication absolue, ainsique l’insurmontable terreur qu’éprouvent certaines personnes au contact de la mer. Le mode le plus usité, c’est l’immersion, le baigneur étant porté dans la mer jusqu’à une certaine distance par le guide, qui le plonge la tête la première et lui fait parcourir un certain espace entre deux eaux. Dans un autre mode, le baigneur, faisant la planche (renversé sur le dos), est immergé à plusieurs reprises par une pression exercée sur ses épaules. Le bain à la lame consiste à présenter le baigneur par la partie latérale ou postérieure du tronc aux vagues qui se ruent sur lui et passent au-dessus de sa tête. On expose certains sujets sur la plage au choc réitéré de la vague qui vient battre la grève; mais la natation remplace, pour les baigneurs appris et robustes, tous ces manèges de l’industrie des bains. Dans tous les cas, il est nécessaire de bien couvrir et d’isoler exactement les cheveux sous une coiffe de ti.ssu imperméable : on a remarqué que les bains de mer, cotnme les bains froids, nuisent au bon état de la chevelure.

L’eau de mer est une eau essentiellement minérale; elle occupe l’un des premiei’s rangs parmi les eaux salines chloro-bromurées sodiques, et elle appartient autant à la thérapeutique qu’à l’hygiène. Comment ne pas franchir la limite de ces (leux branches de l’art, quand il s’agit de vastes groupes de population détériorés par un ensemble de causes dépressives et qui, répartis diversement, mais plus nombreux dans les grandes villes, représentent le contingent de la scrofule sous toutes ses formes dans les statistiques hospitalières? L’idée de créer à l’usage des enfants scrofuleux de l’assistance publique de Paris un asile spécial sur une plage salubre de la mer, et de les y soumettre à un traitement maritime régulier, après un premier essai de trois mois à Saint-Malo, pour vingt enfants envoyés de Paris (18è0), a reçu du directeur-général Davenne sa première exécution à Berck, ou pluUM les tentatives de Perrochaud et Frère, suivies de succès et dont Bergeron a rappelé les méritoires efforts (1 ), décidèrent Davenne à créer, Ilusson à développer et à perfectionner le système de traitement à la fois hospitalier et maritime qui donne aujourd’hui d’admirables résultats à Berck. Sur .380 enfants scrofuleux ou rachitiques envoyés à Berck du 1" juillet 1861 au .'31 décembre 1 865, et qui en moyenne y ont séjourné pendant neuf mois, on en comp-

(1) Bergeron, l)n Irnilcincnl ol (h; In jirojifii/ldn'w da la .iciv/ulc par las bains da nier {Ann. d'hipj. ri dr mrd. h!;/., T série, I. XXIX, p. 241).

DES MODFFICATEIHS. — EXÜHETA.

fis

l:iit 118 atlciiiLs d'adénites chroniques, occupant la plupart les régions cervicale et sous-inaxillaire, consécutives à des éruptions du cuir chevelu ou de la face, ou à d’anciennes lésions plus profondes des membres et du tronc, depuis le simple engorgement jusqu’aux niasses ganglionnaires infdtrées de matière tuberculeuse, indurées ou ulcérées; 85 de ces malades ont obtenu une guérison complète; tous les autres, moins un cachectique décédé, une amélioration. L’expérience de Berck donne, jusqu’à présent; sur 380 cas, 234 guérisons (60 p. 100), 93 améliorations (23 p.lOO), 18 décès (4,6 ji. 100) et 35 résultats nuis (9 p.lOO). Ces résultats sont dus exclusivement h l’action des bains de mer; le rôle de la liharmacie étant presque nul à l’hôpital de Berck. L’hygiène enregistrera avec intérêt, d’après Bergeron, ce fait, que de novembre en avril les enfants scrofuleux y bravent impunément la bise et hivernent sans rester enfermés dans les bâtiments, tandis que les hivers précédents, à Paris, ils encombraient les salles de consultation ou les lits d’hôpital pour s’y faire traiter d’interminables catarrhes des voies respiratoires, témoignage non équivoque de l’intluence tonique de l’atmosphère maritime, et, ajoute le docteur Perrochaud, de la rareté des alîections des voies respiratoires sur la plage de Berck.

IL — Bains chauds.

1" hain tiède ou tempéré. — C’est le bain que l’on prend en hiver : il produit sur la peau l’impression d’une chaleur douce et agréable qui se propage aux organes intérieurs ; il imbibe, gonfle et ramollit l’épiderme dont les débris furfuracés viennent flotter à la surface de l’eau. Le contact prolongé de l’eau tiède sur les papilles nerveuses de la peau émousse la sensibilité de cette membrane; et soit que cet effet se répète dans les centres nerveux, soit qu’un sang dilué par l’absorption d’une certaine quantité d’eau abaisse en les parcourant leur modalité fonctionnelle, il s'opère une sorte de détente générale accompagnée d’nn sentiment de bien-être et de calme. Parfois la constriction thoraracique que la pression de l’eau occasionne au début donne lieu à l’accélération passagère des mouvements respiratoires et des battements du cœur; mais ces deux fonctions ne tardent point à se ralentir, et plus le bain tiède se prolonge, plus augmente leur sédation; d’après âlarcard, c’est dans ce bain que 1 on observe la plus forte diminution du pouls. On ne saurait dire si l’absorption est accrue ou si entre les liquides spéciaux de l’organisme et celui du bain, il s établit une de ces actions que üutrochet a étudiées sous le nom d’endosmose (1); ce qu il y a de certain, c’est que le poids du corps s’élève. D’après Palconner, un bain tiède cède au corps 48 onces de liquide par heure; la dose anormale d eau qui pénètre dans la masse du sang est évacuée par les reins, dont la fonction s exagèie : aussi le besoin d’nriner se fait-il sentir à plusieurs icpiises dans un bain tiède de quelque dui'ée. La dilution du sang par l’eau absoibéc fait (esseï la sensation de la soif et la sécheresse de la bouche et du pliarynx ; niais le bain tiède, pris après un repas, peut aiTôter brusquement

(1) Dutroeliel, ]liimoin; xiir trs vér/eimur ri iex runumu-. Paris, 1837 l. I.

DES ISAINS EN PARTICULIER

privée]

fi!)

la digestion, pour peu qu’il fasse afllucr le sang vers la périplicrie. Il relâche les solides, il épanouit la libre musculaire; aussi délasse-t-il à merveille après les fatigues d’une marche soutenue, après un voyage qui a nécessité les contractions multipliées des organes actifs de la locomotion. Le voyageur Bruce loue les efl'ets fortifiants du bain tiède dans les pays cbauds, pris après les exercices violents du corps, et il le préférait aux bains froids qui crispent les fibres musculaires. La distinction est pratique : contre la fatigue qui résulte du jeu excessif de la contractilité musculaire, rien de meilleur que les* bains tièdes; contre la fatigue et l’accablement que produit une surcharge de calorique, rien ne l’emporte sur les bains frais. Un phénomène assez fréquent dans le bain tiède, c’est l’éveil qu’il donne au désir sexuel : est-il dû au léger gonllement des parties génitales par imbibition, ou à la modification du système nerveux ? Quoi qu’il en soit, l’influence de ce bain est eu quelque sorte négative; il éteint l’éréthisme nerveux, il apaise la circulation, il détend la fibre musculaire, il restitue aux fonctions leur aisance et leur liberté, sans en accroître l’énergie. C’est donc à tort qu’on l’a dit fortifiant; il n’ajoute rien aux forces organiques, mais quand elles sont enchaînées par le spasme, il les dégage ; quand épuisées par la fatigue, il les renouvelle. Un certain degré de souplesse dans les solides, et de fluidité dans les liquides de l’économie, est une condition du libre exercice des fonctions : c’est encore ce que donne le bain tiède ; il est d’ailleurs l’agent par excellence de la propreté. Les bommes nerveux, bilieux et secs s’en trouvent fort bien ; aussi tous ceux qui s’agitent dans les contentions de l’esprit et dans les passions de l’âme en usent avec prédilection, et un médecin allemand est allé jusqu’à attribuer aux bains tièdes la faculté de prolonger la vie. « Calida lavatio et senibus et pueris opta est. » (Celse.) Les bains tièdes, entre 25 et 30 degrés centigrades, entrent en première ligne dans l’hygiène de l’enfance, quoique nous ne leur accordions pas, avec Ilufeland, le pouvoir d’écarter toutes les maladies, d’assainir à la fois l’ànie et le corps, de transformer les constitutions débiles en constitutions fortes et robustes. En Angleterre, il est d’usage de baigner les enfants tous les jours : beaucoup doivent s’en trouver amollis et fatigués; un bain par semaine peut suffire si 1 on y joint des lotions quotidiennes de propreté, et l’on peut alors le prolonger graduellement de cinq h dix et quinze minutes; pris le soir, il calme les enfants et les dispose au sommeil. ()uand les bains sont quotidiens pour les enfants, ils doivent être très-courts pour ne point les émousser à l’action de ce moyen qui devient souvent une ressource indispensable dans le Uaitenient de leurs maladies. Les bains tièdes enveloppent le vieillard d’un milieu singulièrement approprié à l’état de ses organes et de ses fonctions : la sécheiesse et 1 état écailleux de sa peau, la consistance presque cornée qu’elle revêt en diverses régions, la roideiir et le défaut d’humectation des parties articulaires, la langueur de la circulation générale et capillaire, l’alfaiblissement du pouvoir calorifique, l’atonie des bronches et leur état habituel de catarrhe par suite de la diminution de la transpiration cutanée, etc., tout l’in-

70 DES MODIFICATEURS. — EXCRETA. [irvCiÈNE

vite à reclierclier souvent la douce et salutaire excitation du bain tiède, dont il peut élever quelque peu le degré ihermométrique ; il ne faut cependant pas que ces bains se prolongent et se répètent plus d’une à deux fois par mois, sous peine de rendre les vieillards trop impressionnables au contact de l’air trop chaud, ils les exposeraient à des congestions vers la tête : plus d’un vieillard a péri d’apoplexie dans un bain chaud. La femme nubile s’y livrera aux ablutions mensuelles sans négliger, dans l’intervalle de chaque menstruation, l’usage restanfate'ur de bains froids. Il convient aux femmes pendant la grossesse : il aide, vers la lin de cet état, aux préparatifs de la nature en relâchant les liens articulaires du bassin; pendant la lactation il contribue utilement à l’entretien de la dépuration cutanée, et il atténue ou les effets d’une alimentation excitante, ou ceux d’une irritabilité trop grande du système nerveux. Le bain tiède rend aux convalescents la souplesse et la pureté de la peau; il apaise leur excitabilité nerveuse sans les exposer à un refroidissement funeste. L’influence sédative et relâchante du bain tiède en fait un moyen précieux pour la ihérapeutique; mais, pour en recueillir tout le fruit, il faut que le bain soit prolongé et ne devienne point frais, car alors il renforcerait les congestions splanchniques qu’il est destiné à combattre. Les précautions qu’il exige se réduisent à visiter soigneusement les baignoires qui pourraient être souillées par quelque trace de matière contagieuse, à ne pas exposer à l’évaporation de l’air le cou et les épaules préalablement mouillés, à s’essuyer rapidement avec des linges chauds et secs au sortir du bain, parce qu’alors la peau, dépouillée du furfur épidermique et de l’onctuosité que laisse sur elle la sueur, est plus impressionnable à l’air; et c’est là un inconvénient du bain tiède pris trop fréquemment, savoir, d’énerver, d’affaiblir le derme, et de le rendre jdus sensible aux vicissitudes de l’atmosphère.

2“ Bain trop chaud. — Nous désignons ainsi le bain chaud et le bain trèschaud des auteurs, parce que l’un et l’autre excèdent la mesure hygiénique, et si nous en parlons, c’est seulement pour signaler leurs inconvénients, leurs dangers même. Bien des gens abusent du bain chaud, d’autres attachent peu d’importance à garder la limite du bain tempéré. Le tableau suivant des effets immédiats et consécutifs du bain trop chaud leur inspirera plus de réserve. Au moment de I immersion, la peau se crispe et se contracte; ce frisson, celle horripilation, rappellent ce qu’on éprouve en entrant dans l’eau froide ; il est remplacé par une sensation de chaleur piquante et incommode. Le sang afflue dans les (issus périphériques vivement excités, les gonfle et les colore d’une teinte érysipélateuse ; la face s anime et rougit, les yeux s’injectent. L’excès de calorique dilate les liquides, qui a leur tour distendent les vaisseaux : le cœur redouble d action et précipite ses battements; les artères carotides et temporales sont ty^’^-Dcs par des pidsalions violentes; la respiration est gênée, haletante. Il y a imminence de congestion vers la tête, et s’il existe une i)rédispositiou a ce genie d accidents, le danger est extrême : il est annoncé par l’excessive pesanteur de la tête, des vertiges, l’obtusion de l’intellect, et parfois

DES BAINS EN PARTICULIER

privée]

la tendance au sommeil. Au bout de dix à quinze minutes la sueur coule à flots de la face, du corps, mais sans soulager le baigneur de l’excès de chaleur (jui l’accable, car l’air ambiant étant très-échauiïé et saturé de vapeur d’eau chaude, s’oppose à l’évaporation du liquide transpiré. La perte en poids par 1a transpiration est considérable : Lemonier l’a trouvée de 20 onces par huit minutes dans un bain à U5 degrés centigrades. Le volume du corps augmente; les mouvements sont gênés, difficiles. Au sortir du bain, le pouls conserve de la force et de la fréquence; les extrémités inférieures restent plus longtemps rouges et turgescentes que le reste du corps ; la bouche est pâteuse, l’appétit peu prononcé; la perspiration cutanée continue avec une certaine abondance, les urines sont rares; la tête se débarrasse lentement, la faiblesse et la fatigue musculaire persistent longtemps. Quelquefois la station est impossible, et après les phénomènes de pléthore factice par dilatation du sang, le sentiment de débilité et de prostration, poussé jusqu’à la syncope, témoigne de la réalité des pertes éprouvées dans le bain par une transpiration insolite. Cette succession de phénomènes montre que l’on peut varier jusqu’à un certain point les effets secondaires du bain chaud, suivant la durée de l’immersion : brusque et courte, elle donne lieu à une excitation générale, à une sorte de raptus violent et instantané des fluides vers la périphérie, sans autre affaiblissement consécutif que celui qui succède à tout ébranlement organique. Plus prolongé, le bain chaud débilite secondairement par les spoliations qu’il détermine en sueur, par l’épuisement qui succède à la stimulation énergique et soutenue d’un certain nombre de fonctions, par le travail qu’ii impose à l’organisme pour l’élimination du calorique excédant, et qui se continue même au sortir de l’eau, tant ce fluide impondérable s’accumule dans le corps. Bien des personnes qui se sont habituées aux bains chauds et en usent périodiquement, y trouvent une cause lente d’énervation qu’elles méconnaissent. Propres à réveiller les irritations du tube digestif, la goutte, les rhumatismes (Broussais), etc., ils peuvent servir en thérapeutique à rompre la concentration des forces qui tend à s’opérer sur un viscère, à produire de grandes révulsions cutanées, à rappeler les éruptions délitescentes, etc. ; mais leur emploi en hygiène est trèsrarement indiqué et ne doit avoir lieu qu’avec la précaution de conjurer l’hypérémie cérébrale par l’application de réfrigérants sur la tête. Guérard (1) a évalué numériquement la chaleur cédée au corps par un bain à U2 degrés centigrades. Un bain se compose d’environ 160 litres d’eau; si le corps est à 37 degrés centigrades, il recevra proportionnellement à sa masse, comparée à celle du bain, une partie importante de la chaleur qui fait la dilîérence entre 37 et à2 degrés, c’est-a-dire 5000 unités de chaleur (2) par kilogramme ou litre deau, soit 800 000 unités de chaleur, auxquelles il faut ajouter celles qui proviennent de la suppression de l’évaporation à la surface de la peau,

(1) Guérard, Annn/ex fl’hj/fiimr puhliqur. Paris, 18/ié, l. XXXl, p. 35.5.

(2) L imité de chaleur, ou calorie, est la quantité de chaleur nécessaire pour élever un gramme d’eau de 1 degré centigrade.

DRS MOniFIGATKURS. — KX.CRETÀ.

[HyClÉNF.

ï/aclioii réfrigérante do celle évaporation est considérable, et le corps, privé de celle cause de déperdition normale du calorique, se trouve en outre directement échaulTé par le contact du liquide : faut-il dès lors s’étonner que la mon puisse survenir dans un bain supérieur de quelques degrés à la température moyenne du corps ?

3° Bains d'étuves. — Ou les distingue en sèches et en humides : dans l’étuve sèche (bains gazeux, laconicum des anciens) (1), c’est le calorique qui est le seul agent ; les étuves humides agissent par le concours du calorique et de l’eau en vapeur, (les dernières sont naturelles, comme les cavités ou grottes à vapeur qui existent à Bourbonne, à Plombières, à Ischia, près de Pouzzoles (étuves de Néron, appelées autrefois Posidianæ), elc., ou artificielles, comme les constructions que l’on trouve encore chez différents peuples. Chez les Romains, l’étuve sèche était une vaste salle placée sur la voûte d’un four. Pour la convertir en étuve humide, on n’avait qu’à lever le couvercle de grandes chaudières remplies d’eau et disposées sur cette même voûte de four. Les Turcs prennent ces bains dans des salles pavées de marbre et chauffées par des tuyaux qui en parcourent les parois, ils y sont lavés, essuyés, frictionnés, massés. Des chambres de bois, où de l’eau projetée de de cinq en cinq minutes sur des cailloux rougis au feu élève la température de ûO à k5 degrés Réaumur, servent d’étuves aux Russes, qui, an sortir de ces réceptacles immondes, se soumettent h des douches d’eau froide ou se roulent dans la neige. Chez les Finlandais, la température des étuves est portée plus haut que chez les Russes. En Égypte, la vapeur s’échappe d’une fontaine ou d’un bassin placé au centre de la salle. A l’hôpital Saint-Louis de Paris, l’eau, vaporisée dans une chaudière, arrive dans l’étuve par des tuyaux qui se rendent dans un réservoir garni de plusieurs ouvertures dans la partie supérieure. Les étuves des établissements thermaux, des hôpitaux, des bains publics, etc., présentent des gradins en amphithéâtre pour trente à cinquante personnes, et laissent échapper la vapeur on excès par des vasistas ou des soupapes situés à la partie supérieure de l’enceinlc. Rien de plus insalubre que ces locaux où plusieurs personnes respirent un air chargé de leurs émanations respectives, altéré par les produits de l’expiration et de la transpiration cutanée. On a donc inventé fort utilement des appareils (|ui dispensent de cette dégoûtante et funeste promiscuité. Celui de Monroy permet non-seulement d’administrer le bain de vapeur à peu de frais, dans la position assise ou couchée, mais encore de diriger à volonté la vapeur sur telle ou telle partie du corps, et de procurer aux poumons, par la préservation de la tête, l’avantage de respirer un air pur et frais. La vapeur, dont un robinet permet de graduer le passage, est conduite, a 1 aide de tuyaux llexibles, sur le sujet, couché sur un lit de sangles garni de toiles imperméables dont les couvertures sont maintenues écai tées pai des cerceaux, ou assis sur une chaise dans l’aire d’une

(1) Noy. Durand-Fardel et Lebrct, IHcHonnaivo Ups Knu.r mtiu'-rn/px. Paris, 1860. I. t, art. Uains chezj.es anciens, p. 19^i.

DKS BAINS F, N l'ARTIGULlER.

privée]

sorte de panier d’osier que l’on garnit de la même manière. La durée du bain est de vingt-cinq ü quarante minutes; on est ensuite enveloppé dans une couverture de laine où l’on continue de suer pendant plusieurs heures.

Les étuves sèches et humides ont des effets communs et spéciaux ; elles agissent par leur température, et, si on les rend médicamenteuses, par leur composition, l’organisme absorbant avec une grande facilité les fluides aériformes. Le sang, malgré son pouvoir de résistance à une chaleur élevée, est influencé par la température du milieu. Quand celle-ci l’emporte sur la sienne propre, il s’échauffe par degrés, mais pas au delà d’une certaine limite, (jue les expériences de Magendie ont fixée à 5 degrés centigrades. Ce physiologiste a pu, par des recherches ingénieuses, déterminer la voie principale de cet échauffement du sang; il a prouvé que le calorique pénètre dans le sang par la «urface cutanée plutôt que par la surface pulmonaire. Si l’on entre dans l’étuve après un fort refroidissement, la température du sang s’accroît plus lentement ; celle qu’il y acquiert se conserve quelque temps au .sortir de l’étuve. Aussi la fréquence circulatoire persiste jusqu’à ce que le sang soit revenu à sa chaleur normale, et c’est ce qui explique l’impunité du bain de neige après l'étuve : l’excès de calorique du sang neutralisant un instant l’impression du froid. Le sang artériel des animaux mis en expérience était noir comme le sang veineux, ne rougissait point au contact de l’air, avait perdu de sa coagulabilité. Ce dernier phénomène indique que moins apte à circuler, il tend à s’extravaser. Aussi les animaux retirés de l’étuve présentent des ecchymoses qui simulent celles du scorbut et du purpura. Ce qui précède-s’applique aux deux espèces d’étuves; mais elles diffèrent essentiellement quant aux phénomènes d’évaporation et à l’intensité de leur action respective. 1.,’étuve sèche détermine une évaporation appréciable par la diminution du poids du corps ; la quantité de poids perdue est en rapport, non avec la chaleur de l’étuve, mais avec la durée du séjour : dix minutes passées dans une étuve à 100 degrés et dans une étuve à 50 degrés, occasionnent la même perte; l’évaporation continue dans une proportion constante. Dans l’étuve humide, la quantité de sueur perdue est beaucoup plus considérable, comme on le voit par les résultats dus aux expériences de Berger et Delaroche :

Bergqj'. . . .

Delaroclie..

ETCVE SECUK.

ÉTUVE ItUMIIII’.

r^ueur

tin sôjoiu’. perdue.

1 eniper

Durée du séjour.

Sueur

perdue.

.•iü", r)2“ c. i:}»»". 50 6>'- 53» c. 12 30 »■ 310 e‘-

D après Martin, c’est à 50 degrés centigrades que la sueur arrive à .son maximum dans l’étuve humide. La transpiration continue activement après le bain. Berger pesait :

Avant son entrée dans l’étuve

Immédiatement après ta sortie

Deux heures huit minutes après la sortie

kil. 905 gram.

25 inilligr.

A température égale, les étuves humides ont une action beaucoup plus forte. Aux étuves de Néron, le docteur C. James se sentait suffoqué par une température de 52 degrés, tandis qu’aux étuves sèches des Testaccio il n’éprouvait, par 80 degrés, qu’un très-léger malaise. Londe n’a pu rester dans l’appareil de Monroy au delà de 56 degrés centigrades, tandis que la jeune fille citée par Tillet et Duhamel passait douze minutes dans une étuve sèche à 140 degrés centigrades. Dans les établissements de bains, la température des étuves humides est difficilement supportée au delà de 45 degrés centigrades; en Russie, en Finlande, en Orient, elle varie entre 50 et 75 degrés centigrades. L’homme supporte une température plus élevée dans l’étuve humide que dans le bain chaud, dans l'étuve sèche que dans l’étuve humide. Les limites extrêmes de température sont :

Û5® c. pour le bain chaud;

75° c. pour l'étuve humide ; lé0° c. pour l’étuve sèche.

C’est le degré thermomélrique extrême qui a été supporté pendant douze minutes dans une étuve sèche par la Jeune fille dont parle Tillet. En prescrivant des bains de vapeur, il faut donc graduer très-différemment la température, selon qu’il s’agit d’étuves sèches on d’étuves humides. Dans les premières, on tolère une chaleur beaucoup plus élevée : la peau ne s’humecte que par la sueur, qui est presque aussitôt vaporisée par l’air sec et chaud ; de là un éréthisme plus ou moins énergique des extrémités nerveuses et vasculaires de la peau. Dans les étuves humides, au contraire, une température de 37", 5 centigrades, de 50 degrés centigrades, produit l’effet d’un bain d’eau de 31 degrés centigrades, de 37", 5 centigrades; la vapeur d’eau s’y condense à la surface de la peau, et dispose cette membrane à l’exhalation; mais, à cause de la prompte saturation de l’air, la sueur ne s’évapore point et laisse le calorique s’accumuler dans le corps. Aussi, dès que l’étuve humide marque de 50 à 52 degrés centigrades, l’oppression, l’anxiété, les palpitations, obligent à cesser ce bain, tandis qu’on peut atteindre 60 degrés centigrades dans 1 étuve sèche sans éprouver de sensations trop pénibles. — La respiration d un air frais pendant le bain d’étuves influe beaucoup sur la fréquence de la circulation. Dans une étuve complète chauffée graduellement jusqu’à ' 60 à 65 degrés centigrades, un séjour de trente à quarante minutes porte le pouls à 130 ou 140 pulsations, tandis que la tête restant au frais, on peut supporter plusieurs heures le bain d’étuve sans aucune menace de congestion et avec un pouls de 80 à 90 par minute. Le poumon est moins impressionné par le caloiique que la peau : avant que les exjiériences de Magendie eussent fait voit que les animaux dont la tête seule est mise dans l’étuve meiuent moins vite que ceux dont le corps seul s’y trouve introduit, on savait déjà que, dans les fumigations humides, la vapeur est aspirée à la température de 60 degrés centigrades, et, dans les fumigations sèches, à 80 degiés cenligiades; toutefois 1 action prolongée d’un air à la fois très-chaud et

DES BAINS EN PARTICÜUER

privée]

humide accélère la respiration, la rend haletante jusqu’à l’anxiété, et c’est surtout par l’impression de cet air sur la surface pulmonaire que le bain de vapeur huit par devenir insupportable. Quant à la succession des phénomènes, chaque expérimentateur les rapporte dans la mesure de sa sensibilité. Loude entre dans la chambrette de Monroy avec 70 pulsations (janvier); à 37®, 5, sensation de bain tiède; à 50 degrés, pouls à 100, sueur au front; à 53®, 7, pouls à 120, respiration accélérée, palpitations, toucher incertain ; à 56 degrés centigrades, terme obligé de l’expérience, qui a duré trois quarts d’heure, au sortir de l’appareil, station difficile, battement des carotides, silllement des oreilles; la sueur continue de couler; une heure aprè.s, le pouls donne encore 95. La position horizontale ralentit la marche des phénomènes et permet de supporter une plus haute température. Dans cette attitude, le pouls de I/mde ne donnait que 92 pour 56 degrés centigrades, 98 pour 67®, 5 centigrades, 112 pour 75 degrés centigrades, et à ce degré de chaleur extrême , après trente-cinq minutes d’immersion, Londe commençait sulement à sentir des battements de cœur. G. James a décrit avec soin (1) la progression de phénomènes qu’il a éprouvés en visitant les étuves de Néron, dont le parcours est de 100 mètres environ : à 50 degrés centigrades, il ne pouvait plus compter son pouls, et il eut besoin de rassembler toute son énergie pour sortir de cette épouvantable fournaise. Le contact de l’air frais lui fit éprouver un saisissement voisin de la syncope : il avait le front violacé, les cheveux collés par la vapeur, la tête vertigineuse, le pouls à 150 ; une épistaxis vint à propos résoudre cet état de congestion cérébrale. Dans la soirée, le pouls marquait encore 100 ; il éprouvait de l’agitation, de l’étonnement, des tintements d’oreille, une sorte de fourmillement dans tous les membres. Le lendemain, fatigue encore et injection des yeux par du sang extravasé dans la conjonctive. Fordyce, Dobson, Blagden, Delaroche, ont observé attentivemeni les effets de l’étuve sèche sur le pouls; voici les chiffres qu’ils ont notés :

de séjour dans une étuve à A8®,88 ont porté le pouls à 145 pulsations.

Les bains d étuves appartiennent plus à la thérapcutl(|ue qu’à l’hygiène; néanmoins les étuves humides sont d’un usage journalier dans des climats oppose.s par leur température, mais également .secs : en Russie, en Finlande, en lurquie, en Égypte et dans l’Inde, elles y semblent néces.saircs pour entretenir la souple.sse et la perméabilité du derme. A|)rès l’étuve, où l’ou est flagellé, frictionné, massé, lotions à l’eau tiède, puis à l’eau froide, et, dans le Nord, bain d’eau glacée. Cet usage alterné des bains, bien connu des Romains, qui pa.ssaient de l’étuve au frigidarium et dans le bassin de natation

(1) C. .I.'imes, (ihzpIIo rnéil.j t. XII, p. 888, et Voyage .<tcipnUfiqup h Naples, 1844.

7C DES MODIFICATEUUS. — EXCRETA. [uygié,ke

[piscina nutalis), commence à s’étendre chez nous. Il existe à Paris plusieurs établissements à l’instar des bains orientaux ou russes, où la gent soulîreteuse des rhumatismes, des névralgiques, des anciens blessés, etc., va chercher quelque adoucissement ou même une sorte de volupté dans le contraste des températures et dans les manœuvres d’une gymnastique passive. Dans les pays froids et humides, où la transpiration cutanée est réduite à son minimum, les étuves sèches sont un excellent moyen pour exciter périodiquement cette importante fonction et ranimer la circulation capillaire de la peau ; elles serviront aussi de correctif à Texubérance des lluides blancs, qui est le cachet des constitutions dans ces localités. En général, leur emploi est indiqué dans toutes les situations où l’économie tend à la pléthore lymphatique, à la bouflissure séreuse. Pour les personnes qui subissent les inconvénients de la vie sédentaire, elles sont en quelque sorte le succédané de l’exercice musculaire, surtout si elles y joignent des pratiques accessoires des bains. Dans les pays marécageux, les étuves sèches ont l’avantage de provoquer l’organisme à une série de mouvements excentriques, sorte de dépuration nécessaire au milieu d’une atmosphère chargée de principes toxiques. Enlin il est des individus qu’une répugnance invincible éloigne des bains d’eau, ou qui n’eu peuvent endurer sans angoisse la pression à l’épigastre; à ceux-là, du moins, les bains de vapeurs humides dont s’accommode leur sèche et frémissante irritabilité. En dehors de ces indications spéciales, il faut préférer l’étuve sèche à l’étuve humide ; celle-ci représente une atmosphère saturée de vapeurs d’eau où les liquides exhalés par les surfaces vivantes ne peuvent se vaporiser, où le poumon est mis en contact avec un air chaud et humide, où le pouls et la respiration s’accélèrent, où la température du corps s’élève notablement : l’étuve sèche n’a pas ces inconvénients. Les Orientaux abusent de rime et de l’autre; leurs femmes y passent une partie de la journée, moins par une prédilection réelle de ce genre de bain que par désœuvrement et pour échapper à la captivité monotone des harems. C’est avec raison que les médecins éclairés de Constantinople attribuent en partie à l’usage excessif des bains de vapeur l’anémie presque générale et la précoce décadence des femmes turques.

ümns à l'hydrofère. — L’idée de l’emploi des liquides pulvérisés, due à Saies-Girons, a été mise en pratique par Mathieu (de la Drôme) pour l’administration des bains. Le bain à l’hydrofère est surtout applicable aux eaux médicamenteuses, qui peuvent, par le moyen de la pulvérisation, être considérablement économisées : 3 à ô litres de liquide, réduits en pous.sière, remplaçant les 2 à 3 hectolitres qui entrent dans la composition d’un bain ordinaire. Ce procédé entretient à la surface de la peau une couche très-mince et incessamment renouvelée de liquide qui joue le même rôle que la portion du bain en contact immédiat avec le corps, la seule qui exerce une action sur la peau, et qui fournisse, s’il y a lieu, à l’absorption.

(• Le liquide, enfermé dans une boîte de cuivre, est très-finement divisé par un courant d air fourni jiar une soudlerie fonctionnant sous ujie pression

privék] HAINS KN l'Ain'K'.lLIKi;. 77

de 5 à 6 ceiUimclres do mercure. Le baigneur élanl assis dans une boîte de bois analogue à celle dont on se sert pour les fumigations, le jet de gaz cl de Ii(|uide divisé s’échappe par un orilicc d’écoulement situé au niveau des genoux, s’élève obliquement en s’étalant, et se résout en une poussière d’une excessive ténuité,. qui arrose incessamment de haut en bas le corps du malade. .Ajoutons que la tête peut, à volonté, être tenue en dehors de la boîte ou rester exposée à l’action de la pluie, dont il est facile de régler la température suivant les indications (1). »

Les résultats physiologiques obtenus dans les bains à l’hydrofère ne dilîèrc- I aient en rien, selon Hardy, de ceux des bains ordinaires. Reveil pense, au contraire, que l’absorption cutanée est favorisée par la pulvérisation de l’eau. Des essais thérapeutiques faits par Hardy, à l’hôpital Saint- Louis, semblent promettre quelques résultats heureux dans les maladies de la peau.

ô® Accessoires des bains. — On désigne ainsi quelques pratiques usitées après le bain chez certains peuples, et dont les principales sont les allusions, les onctions, les frictions, la flagellation, le massage et l’épilation. Les affusions d’eau froide que Ton administre au Russe, au Finlandais préalablement flagellé et frictionné, calment l’excitation de la peau et exercent celte membrane à l’impression successive de températures extrêmes ; bornées à la tête pendant la durée du bain, elles s’opposent aux hypérémies cérébrales. Les onctions rendent, au sortir du bain, la peau moins sensible à l’impression de l’air, et, d’après Celse, préservent les anciens blessés des douleurs que leur causent les vicissitudes atmosphériques; nous ne voyons pas qu’elles puissent donner de la souplesse aux muscles, comme le prétendent certains hygiénistes. Propres seulement à entraver l’absorption cutanée, elles ne diminuent pas l’exhalation de la sueur, suivant Berger et Delaroche. Cet effet est-il d’ailleurs désirable’ alors que l’immersion dans l’eau chaude a surchargé le corps d’un excès de calorique? L’utilité des frictions e.st plus évidente : elles contribuent au nettoiement de la peau, excitent scs papilles nerveuses et ses capillaires sanguins, augmentent l’exhalation et l’absorption dont elle est le siège; elles sont toujours toniques et stimulantes; elles favorisent la réaction après le bain froid; fortes et prolongées, elles appellent sur le tégument externe un excédant de fluide et de vitalité, phénomènes dont d’autres organes font les frais : ce qui fait des frictions un moyen de révulsion douce et de déplétion interne sans perte de matière. La flagellation, pratiquée en Russie avec des verges de bouleau assouplies dans l’eau, succède au bain d’étuve humide cl précède les affusions; elle a quelque analogie avec la strigilation que les friculores romains exerçaient autrefois en raclant la peau avec le slrigile, sorte de cuiller de bois, de corne ou do métal. Le massage est une des pratiques favorites des bains orientaux : des serviteurs dressés à cet effet étendent le baigneur sur une planche, l’arrosent d’eau chaude, le pressent, le pétrissent, lui

(1) Gaviirrel, l<rij>in)rl xur ks (ip/Kiriuls imlvévüalcurs dns nau.c minùr(des cl i)iedtca~ menteuses {Ihdlelindr /' Académie de médecine, 18G0, |i. ô8!)).

7s des modificateurs. — EXCRETA, l^nYGiÉNE

lii-aillcni la peau, les muscles, font crépiter les articulations de ses doigts et de ses membres, le retournent sur le ventre, s’agenouillent sur ses reins, font des percussions sur les parties les plus charnues, etc. 11 est évident que cette manipulation variée, comme les frictions à un moindre degré, doit appeler le sang dans les tissus excentriques, en favoriser la circulation, activer les fonctions du derme, réveiller la contractilité musculaire, assouplir les parties articulaires, etc. ; aussi est-elle un véritable bienfait pour les indolents Indiens et pour tous les Orientaux qu’amollissent leur climat et leurs mœurs, comme elle peut devenir une ressource d’équilibre physiologique pour les gens sédentaires de tous pays. L’épilation, en usage autrefois et de nos jours encore chez beaucoup de peuples, n’est qu’un artifice de coquetterie, sans aucun rapport avec l’hygiène; nous renvoyons aux recettes épilatoires de Galien, et n’insistons pas sur le danger qu’entraîne l’emploi despotes arsenicales {rusmaAes Égyptiens, noti- 7’c^ des Arabes) auxquelles on ne craint pas de recourir pour un si frivole objet.

5" Ablutions et bains partiels. — Les demi-bains (jusqu’à l’ombilic), les bains de siège, les manuluves et pédiluves sont plus usités en thérapeutique qu’en hygiène. Les pédiluves quotidiens devraient entrer dans les usages de l'hygiène familière; pris froids matin et soir pendant une à deux minutes, ils préviennent les engelures, s’ils sont suivis de frictions faites avec un linge rude. Les hains de siège froids sont recommandés par les médecins hydropathes dans les cas de tendance congestionnelle vers la tête, de douleurs nerveuses si fréquentes chez les femmes délicates; ils sont efficaces pour provoquer ou rappeler la menstruation chez les jeunes filles, auxquelles on les prescrit de température progressivement plus basse ; à l’époque de la puberté, elles doivent les prendre froids. Quand l’écoulement des menstrues est laborieux, imparfait, des ablutions froides sur les parties génitales le facilitent, le rétablissent. Les lotions ou ablutions sont une nécessité 'hygiénique de tout âge, de toute constitution ; elles exigent seulement quelques ménagements. Nous avons dit que le nouveau-né doit être lavé avec de l’eau tiède. Malgré le conseil de Mufeland('l), il nous paraît dangereux de soumettre journellement les enfants dès le plus bas âge à des ablutions froides de la tête aux pieds, d’abord parce que beaucoup de ces petits êtres ne sont pas assez forts pour réagir, ensuite parce que ces lotions exigent des soins dont ou ne peut espérer l’exacie et journalière observance. Ainsi elles doivent être faites très-rapidement, et le corps de l’enfant soustrait lestement au contact de l’air pour éviter l’effet glacial de l’évaporation de l’eau h sa surface ; il faut encore que l’enfant soit levé depuis quelque temps pour que la moiteur du lit ait pu se dissiper. Jusqu à 1 âge de cinq ans, on doit s’abstenir en hiver de laver les enfants avec de 1 eau sortant de la pompe; mais h partir de cet âge, on peut renoncer à ces précautions. Les ablutions.de tous les jours sont indispensables au maintien de la santé; les négliger, cest compromettre, entraver les fonctions si

(1) Ilufcland, La Macrobiotique^ ou l’art de protomjcr la vie de l'homme, Paris, 1838, p. A45.

t)KS VÊTEMENTS.

privée]

importantes de la peau, c’cst s’exposer aux maladies qu’entraîne tôt ou lard la dépuration imparfaite du sang, h celles qui résultent de sa viciation par les matières qui se déposent incessamment à la surface du corps et que l’absorption fait passer dans les voies circulatoires. L’aspect sordide des classes les plus nombreuses et les plus misérables, leur malpropreté entretenue par l’insullisance du linge, des vêtements et par l’encombrement de leurs habitations, font comprendre que les premiers instituteurs des nations aient fait de la pratique des ablutions un précepte de la religion. Le christianisme, en exaltant la spiritualité, a perdu de vue ces grands besoins de l'existence matérielle : plût au ciel que l’hygiène eut encore la foi pour auxiliaire dans ses efforts d’amélioration physique des masses! Les lotions doivent être dirigées surtout vers les parties où les sécrétions cutanées abondent, tête, pieds, périnée, parties génitales, anus, etc. , et être répétées dans la mesure des causes qui tendent à souiller la peau de mgtières étrangères. Mais les ablutions ne sont pas seulement un moyen de propreté et de purification ; pratiquées avec méthode, elles peuvent améliorer la santé habituelle. Les sujets à constitution faible, rhumatismale, lymphatique, fatigués par d’excessives sueurs, exposés aux coryzas, aux supersécrélions catarrhales des bronches, etc., ne sauraient recourir à un correctif plus sûr de ces dispositions organiques ; ils abaisseront graduellement la température de l’eau qu’ils emploieront, del5àl2, à9, à8,à6 degrés centigrades. Une serviette pliée en plusieurs doubles, et trempée dans un baquet d’eau, servira d’abord à frotter une seule jambe et le pied; dès que le linge est chauffé par les frictions, on essuie le membre avec une serviette sèche. On fait ainsi de l’autre jambe, des cuisses^ et de toutes les parties du corps, avec la précaution de ne laisser aucune humidité sur le corps. La peau, sous l’influence de ces frictions humides, ne larde pas à se nettoyer, à devenir plus lisse, plus polie, plus vasculaire. Une fois habitué ;i ces frictions, on peut se laver à grande eau; un pied dans un petit cuveau contenant 3 à quatre litres d’eau, ou arrose tout le membre à partir de la hanche, et quand le pied commence b s’engourdir, on essuie exactement la peau avec une serviette sèche : ces ablutions sont répétées sur tontes les parties du corps. La réaction survient promptement ; on la hâte en s’habillant vite et en marchant h l’air libre. L exercice b I air libre est utile tous les malins après ces ablutions, qui, en été, peuvent être remplacées par les bains de rivière.

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