OBSERVATIONS
Le pain de soupe est prélevé sur la quantité prescrite.
Pour faire le bouillon gras, il est fourni 25 gram. de gelée de viande, lorsqu’on ne peut pas délivrer de viande fraîche.
Le beurre doit servir à l’assaisonnement du riz et des pâtes féculentes.
Le lait de conserves,étendu de 20 centilitres d’eau , peut être prescrit, seul, pour servir de bois • son, ou pour préparer le tapioca et la fécule de riz.
11 en est de même pour le sucre.
L’approvisionnement et la conservation de l’eau potable sont des questions de la plus haute importance en hygiène navale. L’usage dos caisses de tôle, rendu réglementaire dans la marine française au mois de février 1825, a été un progrès immense et a rendu des services inappréciables aux marins. Vingt ans plus tard, la distillation de l’eau de mer est devenue pratique, grâce au système de cuisine dislillatoire de Peyreet Rocher, Les cuisines distillaloires ont rendu d’autant plus de services que l’emplacement occupé par la machine à vapeur et les soutes à charbon venait singulièrement restreindre l’espace consacré antérieurement aux cais.sesà eau. Mais, en dehors de l’infériorité incontestable que présentera toujours l’eau distillée sur l’eau potable de bonne qualité, on ne larda jias à signaler les dangers sérieux que ces appareils, en raison de certaines défeclnosités de leur consiruclion primitive, pouvaient offrir
PROFESSION NAVALE
pubuqueJ
pour la santé (les marins. Ces dangers augmenlaieiU surtout dans les régions éqnatoriale.s, lorsque la quantité d’eau ingérée devenait chaque jour plus grande en raison de l’élévation de la température, et que l’anémie, la cachexie palustre, contribuaient à débiliter l’organisme. En effet, la nature des tuyaux métalliques, au début uniquement formés de plomb dans certaines j)arties, ou étamés à un titre très-inférieur dans le reste de leur étendue, en cédant à l’eau des quantités notables de sels de plomb, donnait lieu souvent à toute la série des accidents de l’intoxication saturnine. C’est à partir de la généralisalion des cuisines distillatoires à bord des bâtiments de guerre et du commerce que se multiplièrent ces épidémies de co/fÿMe sèt/te qui donnèrent lieu à une foule de travaux de la part des médecins de la marine, et déterminèrent pendant plusieurs années une controverse très-animée. Les belles et persévérantes recherches de A. Lefèvre, directeur du service de santé de la marine à Brest, mirent hors de doute le rôle étiologique des divers composés du plomb, dans la production de ces coliques regardées, pendant longtemps, comme une névrose spéciale relevant uniquement des influences climalériques des pays chauds. A l’instigation de ce savant hygiéniste, une série de mesures adoptées par l’autorité vint mettre un terme à ces graves épidémies, et prémunir les équipages contre les dangers de ce métal insidieux (1).
Après des essais nombreux, tentés dans le but d’obtenir l’eau douce à l’aide d’un condensateur adapté aux machines motrices, l’appareil de l’ingénieur Perroy a été généralement adopté. L’eau, dans ce système plus ou moins modifié depuis le premier essai, sort aérée de l’appareil, et n’a plus ce goût empyreumatique qui rendait les eaux distillées si désagréables.
Vêtement. — Le marin a besoin de vêtements de laine qu’il doit changer dès qu’ils sont humides; une demi-blouse de toile cirée, recommandée par Foullioy et Laurencin, le garantirait contre la pluie et les embruns. A part cette lacune, le règlement a pourvu aux besoins du matelot. L’eau de mer imprègne les tissus d’une humidité tenace et comme poisseuse; l’eau douce est donc indispensable au lavage du linge et des vêtements, mais sa rareté ne permettait guère les deux lessives prescrites par semaine avant l’emploi de la chaudière distillatoire à bord des navires. Ordinairement le linge est lavé d’abord à l’eau de mer, puis rincé dans l’eau douce. Il faut désigner un réceptacle pour le linge sale que les marins entassent dans leurs sacs; leurs personnes mêmes doivent être soumises à des inspections journalières de propreté (pii porteront sur leur tête, leur bouche, leurs mains et leurs pieds. La biwse à dents doit entrer dans le mobilier réglementaire du marin comme
(1) A. Lefèvre, Hecherchc^ -tur int cauaas dft ta ailiiiia’ .sàchu uhacevèe fiir tes navires de fjuerre fran\;ais, particulièrement dans tes relions équatoriales et sur les moyens d’en prévenir le développement. Paris, 1859. — De l'emploi des cuisines et appareils distillatoires dans la marine. Nécessité d'élatdir une surveillance hygiénique sur la construction et sur le fosiclionnement de ces appareils. Paris, 1862.
DES l'ItOEESSlONS EN l’AKTlCüLlElJ .
[hygiène
dans le sac du soldai. Les lianiacs, leiidus dans le sens longitudinal du navire, oscillent aisément et conservent leur cenlre de gravité malgré les agitations du vaisseau; leur garniture se compose d’un matelas de laine ou mieux de crin, et d’une couverture de laine. Ils doivent être tendus assez loin des écoutilles et des cuisines. Il faut deux hamacs par matelot; ils doivent être lavés tous les quinze jours ou tous les mois, et purifiés au chlore. Le cadre suspendu convient mieux pour les malades à bord.
5“ Travaux et mœurs. — La nécessité d’un service non interrompu a fait diviser l’équipage en deux moitiés qui alternent et qu’on appelle bordées ou quarts; la première bordée se couche au branle-bas du soir (7 heures), et se relève à 11 heures pour fonctionner jusqu’à k heures du matin; elle se recouche alors jusqu’au branle-bas du matin. Chaque bordée a de cette manière un sommeil de 6 heures environ, c’est-à-dire un sommeil insuffisant; aussi Keraudren a-t-il proposé de partager le service de jour et de nuit en trois quarts, et ce conseil est-suivi généralement, quand les circonstances de navigation le permettent. Beaucoup de matelots trouvent la vie du bord moins dure et moins pénible que celle qu’ils menaient chez eux. Chaque navire a un certain nombre d’ouvriers, tirés des arsenaux ou choisis dans les levées de l’inscription maritime; appliqués aux métiers nautiques (calfatage, voilerie, charpentage), ils appartiennent à la portion la plus vigoureuse et la plus résistante de l’équipage. Les surnuméraires (domestiques, cuisiniers, boulangers, agents de cambuse) ([ue nous avons vu figurer pour une grande proportion dans les relevés de maladies et de décès, doivent ce triste lot et à la nature de leurs travaux et à leur défaut d’habitude nautique. Entre l’équipage et les officiers, se trouve l’utile et modeste classe des sous-officiers ou maîtres dont la condition hygiénique à bord est intermédiaire. Les travaux accidentels auxquels sont appliqués les marins ont pour but la visite et le nettoyage de la carène, le ravitaillement et le chargement. Les raliers, placés sur un radeau pour fourbir les feuilles émergées du doublage et pour peindre les taches de la carène, ont les pieds dans l’eau et la tête au soleil; les plnmjeurs, qui visitent la carène après les échouages, sont exposés aux effets de la compression atmosphérique et surtout au danger de la décompression subite (1) (voy. tome I, p. 400). Par le beau temps, il convient de faire monter souvent l’équipage sur le pont et de l’y abriter sous des tentes. Lind rapporte qu’un capitaine hollandais, transportant 200 hommes à la Nouvelle-Écosse, les empêcha de monter sur le pont et en perdit la moitié par maladie. Pendant les jours de calme, les exercices de l’art nautique entretiennent l’activité des matelots : il est nécessaire de ménager suffisamment leurs forces, afin de pouvoir compter sur eux dans les moments de danger. Plus la discipline navale a de rigueurs, plus les chefs doivent se montrer justes et dignes de l’autorité qui leur est attribuée; si la faiblesse compromet le pouvoir, la brutalité despotique le rend odieux et
(1) Avehives de médecine naade, l. lit, p. 231.
PROFESSION NAVALE
PIJHI.IQUE]
dispose à la révolte. Au reste, le marin est un être à part; rude, mais cordial et franc; dépourvu de respect humain, mais plein d’une religion naïve qui s’exalte jusqu’à la superstition; prodigue de sa vie sur mer dans les périls et à terre dans les excès; dédaigneux des vanités luxneu.ses du citadin; fier d’une profession qu’il ennoblit par un dévouement de tous les jours ; tel est l’homme de mer que sa force de réaction préserve souvent des épidémies, meurtrières pour les soldats et pour les passagers. L’ivrognerie est le vice dominant des marins; on a remarqué que les matelots bretons et normands sont surtout entraînés à ce vice, tandis que les méridionaux le sont aux excès génésiques. Un Rapport de Reynaud sur les maladies vénériennes au port de Brest établit qu’en 1852 et en 1853, un effectif moyen de 16A1 hommes des équipages de ligne a fourni hkZ vénériens par an ou 26,9 pour lüO; la contagion syphilitique a donc atteint plus du quart des marins présents. En 1853, sur 1A2 901 journées d’hôpital, à3 386 appartiennent aux maladies vénériennes. L’onanisme est commun parmi les mousses. La séquestration maritime produit encore d’autres aberrations qui nécessitent la morale vigilance des chefs; aux marins comme à certains livres il faut appliquer le critérium d’Horace : ubi pliira nitent.. .
6® Mortalité. — Les matelots comme les soldats ont fourni de mémorables I exemples de longévité; mais ces faits n’ont pas de signification générale. Quant à la mortalité, on la voit diminuer à mesure que l’on se rapproche de l’époque actuelle, et varier dans un rapport étroit avec les mesures d’hygiène. Ainsi de AYert (1598) compte dans la mer du Sud une mortalité moyenne annuelle de ! A9,l sur lüO; celle de la flotte de l’amiral Lancaster (1610), due au scorbut,
I monteà33,ü sur 100; la même maladie frappe la flotte de l’amiral Anson d’une mortalité moyenne annuelle de 96 sur 100, tandis que Cook ne perd en 1772 I que 1,2, et en 1778 que 1,3. Le nombre moyen des décès annuels a été, dans I les expéditions du capitaine Parry, de 0,7 en 1819, de 2,1 en 1821, et de 0,5 ! en 182A. L’enquête prescrite par les lords de l’amirauté, sur la mortalité et ! les maladies dans la marine anglaise de 1830 à 1837 (1), a fourni des résul- I tats d’un haut intérêt. Déduction faite des accidents, l’influence des climats ‘ se montre comme'il suit :
Stations maritimes.
Amérique du Sud
Indes occidentales et Amérique du Nord
Méditerranée
Indes orientales
Cap et côte occidentale d’Afrique
Angleterrre (service intérieur)
— (services divers)
Décès sur 1000 iniUviJiis.
I Moyenne générale des
15,1 \ décès sur 1000 :
I Des documents plus récents, il ressort cjue la moyenne de mortalité s’est e encore abaissée (2).
(1) (îazclte médicale, 18Ô4, p. 379 et suiv.
(2) Slalisticat Report of (lie Health ofthe Nuvy, fur ttie year 1865. London, 1868.
8f)4 DES PKOKESSIONS KM PARTICULIER. [hïgiene
Stations muriliiiies. Décos sur iOOO individus.
Angleterre [home, station and Channel Fleet) 7,1
Méditerranée 8,2
Indes occidentales et Amérique du Nord 12,5
Côte S.-E. d’Amérique (Brésil, La Plata) 11, A
Station du Pacifique 7,2
Côte occidentale d’Afrique (fièvre jaune) A8,2
Cap de Bonne-Espérance et Indes orientales 15,0
Station de la Chine 23,2
— de l’Australie 10,7
Missions diverses 7,0
En 1865, sur un effectif de 51 210 hommes, il y a eu 580 décès, dont /il6 par suite de maladies et 16/i par accidents ou blessures. La moyenne des maladies a donc été de 11,3 pour 1000, ce qui donnait, sur l’année 186ft, une amélioration de 2,7 pour 1000. La moyenne de mortalité par maladie a été de 8,1 pour 1000.
Ce chiffre n’est pas supérieur à celui de la mortalité de toute la population d’Angleterre; il est au contraire inférieur à celui des classes ouvrières prises au même âge dans les villes; et si l’on songe qu’une portion de l’effectif de la marine est employée sur les rives pestilentielles des Indes et de l’Afrique occidentales, on est tenté d’accorder une certaine vertu de préservation à l’air maritime, à l’économie générale des vaisseaux de guerre et à la direction du régime. Il y a 30 et 60 ans, le chiffre moyen des décès annuels de la marine anglaise était, non de 8,1, mais de 91 et même de 125 sur 1000. Boudin a essayé de démontrer, à l’aide d’une statistique qui comprend une période de trois années et les résultats fournis par les marins stationnés dans la méditer' ranée et en Espagne, que la mortalité de l’armée de terre l’emporte sur celle de l’armée de mer; mais 1“ les éléments d’une statistique purement maritime de mortalité manquent encore (1); 2° quelques statistiques maritimes isolées ont dû peser trop dans ces calculs : ainsi, la mortalité au Sénégal et sur la côte d’Afrique est de 61,7 pour 1000 pour les troupes (Godineau, Boudin), et de 22,5 (Wilson) ou de 23,8 (Raoul) pour les équipages stationnés dans ces parages; 3° les divergences statistiques des auteurs quant aux décès d’une même colonie autorisent au moins le doute sur la valeur de leurs énonciations ; ainsi, à la Jamaïque, les troupes perdent annuellement 29,7 d’après Mac- Tulloch, et 91,0 suivant Marshall; à Ceylan, Al, 2 d’après le premier, et 18,3 suivant le second. Que si des recherches ultérieures et plus complètes viennent à confirmer aux marins cet avantage sur l’arnjée de terre, nous l’attribuerons plus particulièrement aux garanties de leur mode de recrutement par l’inscription, à la régularité plus grande de leurs travaux et de leur régime, à l’action plus constante et plus étroite de leurs chefs hiérarchiques sur leur bien-être et sur leur hygiène. En temps de guerre, le marin a son logement et i sa nourriture assurés à bord; point de bivouacs, point de cam|)enients, point 1 de marches pénibles sous un lourd fardeau de munitions et d’équipement dans
(I) Fonssagrives, Traité d' hygiène navale. Paris, 1856, p. A13.
PUOFl'lSSKtN NAVALE.
n liUoiJKj
l(?s conlrées insalubres, point de corvées journalières pour les vivres, le combusiihle, etc. Non que les périls et les privations manquent aux marins; mais dans certaines limites, ils trouvent en s’embarquant, ils conservent sous la main une somme de ressources et de bien-être que l’administration la plus active et la plus prévoyante ne peut toujours assurer au soldat en campagne.
Un mot, en terminant, sur les hôpitaux maritimes de France et sur l’hôpital à bord des bâtiments.
Hôpitam: maritimes. — La marine a de magniliques hôpitaux dans les ports militaires ; ceux de Brest, de Rochefort (situé hors de la ville), de Toulon (Saint-Mandrier, situé à l’entrée de la rade), sont des constructions monumentales dont l’étendue permet une trop grande réunion de malades, mais où l’hygiène la plus attentive veille au bien-être des malades. Ces étahlis.sb nients servent en même temps d’écoles à la médecine navale, et fonctionnent sous le contrôle et avec les garanties de la compétence scientifique la plus éprouvée. A diverses époques, des navires ont été transformés en hôpitaux lloltants et ont rendu de grands services, .soit pour le transport des malades, soit pour leur traitement dans l’atmosphère maritime et loin des foyers d’intoxication miasmatique qui infestent les côtes de l’Afrique méridionale, ou d’autres stations des tropiques. Thévenot, au Sénégal, a signalé l’utilité de cette pratique, depuis longtemps adoptée par les AnglaLs. En Orient, j’ai sollicité, dès les premiers temps (185/i), l’installation spéciale de quelques frégates pour le service des évacuations par mer. Inutile de détailler ici les conditions de cet emménagement, qui nécessite la suppression de tout appareil militaire. Quelque précaution que l’on emploie, la navigation est pénible aux fiévreux, hasardeuse aux blessés, et cette considération d’humanité doit décider l'alTeclation, à cet usage, de navires d’une grande vitesse. En Orient, les blessés et les opérés que l’on renvoyait en France étaient embarqués comme passagers de 3® classe; j’ai demandé et obtenu, pour ceux qui avaient trop à sou.Trir de cette répartition, des places de 2® classe à bord des bateaux à vapeur. L’encombrement, si dangereux pour les passagers valides, l’est bien plus encore pour les malades. Il était excessif à bord de la plupart des bâtiments qui ont desservi, par mer, nos diverses .stations en Orient, pendant la dernière campagne ; celui qui m’a porté à Constantinople dépassait, de 250 hommes, relfectif de sa contenance réglementaire. C’est ainsi que la frégate la Calypso, qui a transporté, de Sébastopol à Constantinople, plus de 3000 blessés, s’est convertie en un foyer de typhus. Fonssagrives voudrait que le chiffre des [lassagers fût fixé, pour les grands navires, au quart de leur équipage et au sixième pour les petits (1); malheureusement, les situations que la guerre engendre et multiplie, forcent souvent radministration de pa.sser outre aux lirescriplions de ce genre ; surchargée d’atlrihulions et de devoirs, elle ne peut veiller avec la même précision à toutes les parties de tous les service.s.
(1) l'oiissagrivcs, Tnnh: d’Iiiji/iciic ncod/a, l’aris, 1856, p, 208, •M. LKVV. Hygiène, 5® Édit.