‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 182 sur 196 · II · texte numérisé non relu

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86Ü DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [UÏCIENE

.l’ai été aiiieiié, coiicndant, à penser ([n’une extension d’allribulioiis et la collation d’une autorité directe permettraient aux chefs propres du corps médical de réduire, dans une certaine proportion, la somme des maux inhérents à ces situations. En partant de Kamiesh, j’ai voulu moi-même accompagner une évacuation de blessés et de malades sur Constantinople et sur Nagara : c’est sur cette expérience, comparée aux résultats de tant d’autres évacuations plus ou moins néfastes, qu’est basée ma réflexion.

Depuis quelques années, la marine française possède de vastes transportshôpitaux à vapeur qui, régulièrement, plusieurs fois par an, recueillent, dans les colonies de l’océan Atlantique, les malades et les convalescents auxquels le séjour dans les climats chauds deviendrait fatalement funeste. Récemment, à l’occasion de l’expédition que l’Angleterre a dirigée contre le roi d’Ahyssinie, le gouvernement de cette nation a fait construire trois magnifiques bâtimentshôpitaux modèles qui réunissaient les améliorations hygiéniques résultant des progrès modernes. On s’est efforcé de rassembler, dans l’étroit espace d’un navire, toutes les ressources, tous les perfectionnements que montrent avec orgueil les hôpitaux nouvellement édifiés dans les grandes villes de l’Europe et des États-Unis (1).

A bord des navires, un poste particulier n’est a.ssigné aux malades que depuis un siècle environ (arlicle 1068 de l’ordonnance du 25 mars 1765); jusqu’en 1810, ce poste était établi dans le faux-pont, c’est-à-dire dans un lieu difficile à aérer, obscur, où les malades s’infeciaient mutuellement et ne pouvaient être visités qu’a la lueur d’une lampe. Les petits bâtiments n’ont point d’hôpital; mais le règlement y établit un poste, pour les malades, dans la partie de l’entrepont qui avoisine le grand panneau, et, suivant les besoins, des dispositions particulières, pour les isoler, sont ordonnées par les capitaines de ces navires, à la suggestion des chirurgiens du bord. C’est un médecin de la flotte, Sper, qui démontra le premier combien il serait préférable, à bord des b<àtiments qui ont une batterie, d’installer l’hôpital sur l’avant de celle-ci, sous le gaillard. Les principaux avantages qui résultent de cet emplacement sont: libre circulation de l’air, éclairage suffisant, nettoyage facile, possibilité de soustraire l’immersion des cadavres aux regards de l’équipage, isolement des malades, facilité du service des aliments par suite du voisinage des cuisines, etc. Plus tard (1822), un de ses confrères, J. N. Le Ilelloco, revint avec insistance sur cette affectation, qui fut rendue réglementaire en 1825 (article 8A de l’ordonnance du 12 février 1825). Actuellement, sur les bâtiments cuirassés, le • '

compartiment réservé aux malades est placé sur le pont, à l’avant. C’est là une des meilleures innovations de cette catégorie de navires. Ces postes sont vastes, aérés, et surtout très-élevés au-dessus du niveau de la mer. On peut facilement y disposer huit à dix lits. Quand toutes les ouvertures sont fermées, chaque malade couché jouit encore de 11 mètres cubes d’air. La lumière et l’air y

(1) Voy. Archives de médecine navale, t. X, p. 117.

PROFESSION NAVALE

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pùiièlrenl par plusieurs ouvertures, placées à l’exlréiuité avant, ou sur le pont. Aucun bruit ne vient plus gêner les malades, l’isolement est aussi complet que possible et le transport des blessés est rendu très-facile (1).

Les dimensions des hôpitaux des bâtiments cuirassés varient de 90 à 120 mètres cubes. Ces capacités répondent aux plus stricts besoins du service ordinaire, mais non aux prévisions épidémiciues (ju’il n’est pas possible de faire entrer dans le devis d’une construction nautique.

En temps de guerre, « les difficultés ne sont pas les mêmes dans la marine et dans l’armée; elles consistent surtout, après une bataille, dans le nombre des blessés, l’étendue du terrain qu’ils recouvrent et l’insuffisance des moyens de transport; c’est l’entassement, au contraire, qui entrave le service chirurgical après un combat sur mer. La position du matelot est meilleure que celle du soldat. Il n’a pas à craindre de rester en arrière et de tomber aux mains de l’ennemi, il n’a pas à subir de longues heures d’angoisse en attendant qu’on puisse venir à son secours, il est toujours sûr d’un abri, et, quelque meurtrière que soit la lutte, le nombre des chirurgiens et les ressources du bord suffisent pour faire face à toutes les éventualités; mais ces conditions, favorables à l’individu, sont un- embarras pour le service... Dans cet étroit espace où sont entassés tant d’hommes et de matériel, le défaut d’espace est une difficulté permanente. L’action du combat, les dégâts causés par le feu de l’ennemi, amènent toujours un certain désordre que la présence des blessés vient augmenter encore. Il faut les faire disparaître le plus promptement possible du pont et des batteries qu’ils encombrent (2). » Nous renvoyons aux excellentes instructions du chirurgien distingué de la flotte, auquel nous empruntons ce passage, pour tout ce qui concerne les voies et les moyens de transport des blessés dans la cale ou le faux-pont, l’emplacement nécessaire aux opérations et aux premiers pansements, le local où des matelas seront disposés pour eux. .Jules Rochard a tracé à ses confrères la marche à suivre dans les circonstances de guerre, avec l’autorité de l’expérience et du sens organisateur. Ce que coûtent les batailles navales, notre histoire le raconte; après le désastre de J’rafalgar, il ne restait qu’une poignée d’hommes sur la plupart de nos vais- .seaux pris par les Anglais; sur 700 matelots qui formaient son équipage,^ le Fomimvx en avait perdu ùOO; Intrépide 308 hommes hors de combat; le Hedoutoble, avant de tomber, sous la forme d’un débris, aux mains dcg Anglais, comptail, sur 6ù0 hommes d’équipage, 300 morts, 222 blessés, 10 aspirants tués et tout son état-major blessé. En général, les vaisseaux les plus engagés dans les luttes des guerres maritimes y laissent le tiers ou la moitié de leurs équipages, et plus. Voilà les chances de la guerre navale, quand elle se faisait à la voile et avec l’artillerie des temps passés: que seront-elles, avec le

(1) Quémar (G.). Etude sur les conditions hygiéniqties des bâtiments cuirassés [ArctL. de médec. nuu., l. V, p. 462).

(2) Jules Rochard, Du service chirurgical de la flotte en temps de guerre, ménioir de tül pages annexé au Truité /le chirurgie navale, par feu Louis Saurel, Paris, 1861»

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secom’s de la vapeur, qui aHraiichil la marche des navires de toutes les inllueuces extérieures, avec le choc de l’éperon qui arme les navires cuirassés, les Monitors, et avec les perfectionnements qu’a reçus le tir des canons sous le triple rapport de la puissance destructive, de la précision et de la portée!

§ <1. — l*i'orc8S)i»n agricole.

Les influences générales de cette profession sont celles de l’air libre (voy. t. I, page 614), des habitations rurales, des marais, des fumiers (voy. t. Il, p. 469). Les seuls fumiers d’étable représentent une valeur annuelle de 500 millions (1), que l’on se représente la surface totale d’évaporation miasmatique développée par cette cause; d’autres, plus spéciales, dérivent du genre des travaux : élève des bestiaux et vie pastorale, labours et grande culture, vignobles, pêcheries, exploitation des marais, défrichements, jardinage et travaux légers de la campagne. Les effets que subit l’bomme livré à ces différentes occupations se rapportent à l’attitude plus ou moins vicieuse du corps, à la durée journalière du travail, à l’intensité des ell'orts proportionnellement à la force de complexion et à la nourriture, à la nature du sol qu’il remue et dont les émanations l’enveloppent, à l’action des qualités météorologiques de l’air, à la spécialité des cultures, etc. Il est inutile de revenir sur ces divers ordres de modificateurs précédemment étudiés. L’habitant des camjtagnes vit plus frugalement que celui des villes; il mange moins de viande, mais plus de pain et de laitage; son vêtement est plus grossier, son logement moins cher; son chauffage consiste souvent en bois sec, bruyère ou chaume qu’il fait ramasser par les siens. On a calculé la dépense nécessaire d’une famille composée du chef, de sa femme et de trois enfants ou de deux enfants et d’un vieillard. Pour l’ouvrier des villes, elle monte à 860 fr. par an ; pour celui des campagnes, à 620 fr. (Bigot de Morogue, Villeneuve-Bargemont, de Gérando). Que si l’ouvrier des campagnes gagne en outre le prix de ses outils, il se trouve audessus du besoin ; que si une diminution du prix des grains lui permet, comme à l’ouvrier des villes, d’économiser de 35 à 40 fr. , son aisance est proportionnellement plus grande, puisque son revenu s’est accru d’un vingtième audessus de ses besoins habituels ; remarejuez encore qu’il gagne plus sûrement 620 fr. que l’ouvrier des villes 860 fr. , l’indusli ie étant sujette à chômages et les produits des fabriques étant d’un débit moins certain que ceux des exploitations agricoles. Nous avons signalé (t. I, p. 754) la composition du régime de beaucoup de populations agricoles : il varie beaucoup d’une contrée à l’autre. D’après Combes, il se compose en Bretagne de bouillies, crêpes et galettes de sarrasin, de pain de froment, de seigle ou d’orge, de pommes de terre, de beurre, de lait, et une fois par semaine de viande de bœuf ou de porc salé. Dans la Haute-Garonne, il consiste en légumes, en salé, en pain de froment et en bouillie de maïs. Dans le Nord le paysan déjeune avec du lait, 't) De l''orca(Je, Miniilimr du 8 avrit tSiiS.

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(lu |)aiii el du beurre, dîne avec la soupe au lard et de légumes, goûte avec du pain et du beurre, et soupe avec une bouillie ou une salade. Dans le département de l’Isère, soupe aux légumes, lait, fromage, pommes de terre frites ou assaisonnées, œufs, salade ; deux fois par semaine, du salé. Dans le Tarn, pain de blé ou de seigle, rarement du millet; millas grillé (luelquefois ; farine de sarrasin, pommes de terre, soupe à la viande de porc ou d’oies salés, etc. Dans les Landes, pain noir mal pétri, fait avec la farine de seigle et de maïs, sardines de Gallice, soupe de légumes et de lard rance, bouillie de maïs ou de millet appelée escaittun, etc. A certaines époques de l’année, la nourrilui'e devient plus abondante et plus azotée à la campagne pour aider aux travaux (^xiraordinaires que nécessitent la fauchaison, la moisson, les vendanges, le battage des grains, les labourages d’automne et les semailles. C’est alors qu’un peu de vin s’ajoute au repas, luxe à peu près inconnu il y a lôO ans dans les campagnes, ainsi que nous l’apprend Vauban. Quekiue imparfait qu’il soit encore, le régime de nos paysans est en voie d’amélioration. Du temps de Vauban le commun peuple ne mangeait pas de viande trois fois en un an; dans la plupart des fermes, on en mange aujourd’hui deux fois par semaine, à la vérité dans une proportion insuffisante; le pain de froment, autrefois presque inusité dans les campagnes, n’y est plus rare ; le pain d’orge et d’avoiiie non blutée a fait place généralement à celui de froment et de seigle ou d’orge; l’introduction de la pomme de terre n’a pas seulement amélioré la nourriture féculente des paysans, mais elle leur facilite l’élève des porcs; le beurre et le lait, qui se vendaient prcscpie exclusivement dans les villes, se consomment en partie dans les campagnes (Bouchardat), etc.

En traitant des localités au point de vue de l’hygiène publique, nous avons signalé les difl’érences de maladies, de naissances et de décès que l’on observe entre les villes et les campagnes. Charpentier (de Valenciennes) a fait ressortir dans les hameaux et les villages les effets plus meurtriers des épidémies (pie les villes y propagent. Gendron a insisté sur la contagion plus évidente de (pielques petites épidémies dans les campagnes. La disposition vicieuse des maisons, l’encombrement qui y existe, le manque de soins éclairés, la privation ou le retard d’une direction médicale, etc., expliquent ces différences. Les causes de mort ne sont pas même enregistrées; les inhumations sont autorisées sur les déclarations de décès faites par des personnes étrangères à la médecine.

Sous le rapport psychologique, les agriculteurs nous montrent l’influence torpide que les travaux continus exercent sur l’intelligence ; dispersés pour leurs travaux au milieu des champs, l’isolement les porte à l’égoïsme, à la méfiance, à la susceptibilité; penchés vers le sol comme leurs bêtes de labour, se redressent-ils vers le ciel, c’est pour l’interroger sur le sort de leur moisson; l’idée de la propriété les absorbe, et s’ils ignorent les grandes passions de la cité, ils sont dévorés par l’orgueil, par le sentiment de la vengeance, ]*ar l’envie des biens d’autrui ; ils prisent leurs enfants poiirle secours qu’ils en tirent

DES PKOEESSIONS EN PARTICULIER

Ihygiènê

dans le travail des champs, aussi faut-il qu’une loi les force de les envoyer à l’école. Ce que l’instruction et le contact des sentiments généreux pourront sur leurs natures hébétées, le recrutement le démontre ; leurs fils acquièrent dans les rangs de l’armée tout ce qui manque aux pères, et c’est surtout pour les campagnes que l’armée peut devenir, comme nous l’avons dit, un instrument de régénération.

§ 5. — Professions* à température élevée.

Une foule d’ouvriers (taillandiers, émailleurs, forgerons, fondeurs, boulangers, cuisiniers, mécaniciens, chauffeurs de machines à feu, raffineurs de sucre, etc.), séjournent habituellement dans une atmosphère dont la température, rarement au-dessous de 20 degrés centigrades, atteint fréquemment 40 et même 75 à 80 degrés; la sécrétion de leur peau s’accroît d’une manière extraordinaire; ils ont en général peu d’embonpoint et on les voit s’exposer à peine couverts à l’air froid du dehors, et cela avec une apparente impunité. John Davy a étudié les effets physiologiques que produit sur les chauffeurs la température d’une machine : la température extérieure étant à 26®, 7 centigrades^ le pouls à 60, la respiration à 15 et la chaleur du corps à 37®, 17, il a vu, après un quart d’heure de séjour dans une soute à charbon où le thermomètre marquait /j3°,89, le pouls s’élever à 83, la respiration à 16, la température de la langue à 37®,50 ; au bout de 25 minutes, le pouls était à 102, la respiration à 18, la température de la langue à 37®, 89. Dans une autre expérience, il a vu le pouls monter à 142 pulsations et la chaleur du corps à 39®, 5 centigrades. Rien de positif sur les maladies ou sur les différents genres d’imminence morbide qu’on impute à ces catégories d’ouvriers, si l’on excepte les lésions de l’appareil visuel (voy. t. II, p. 162), et la remarque faite par Esquirol que les professions qui exposent à l’action du feu envoient beaucoup d’aliénés à Charenton. On les dit sujets à l’anémie, suite des sueurs excessives et d’une hématose incomplète, au rhumatisme, aux congestions cérébrales, à l’apoplexie, à l’hypertrophie du cœur, au flux diarrhéique déterminé par l’ingestion immodérée d’eau froide, aux phlegmasies aiguës des bronches et du parenchyme puhnonaiie; mais la statistique n’a rien établi à cet égard. Lombard pense qu’ils succombent plus facilement que les autres ouvriers à la phthisie pulmonaire (127 sur 1000, au lieu de 114, moyenne des autres professions) : conclusion conforme à l’expérience générale qui signale l’air sec comme irritant; mais les chilfres qu’il donne sont fort restreints, et sur les 47 fondeurs qu’il mentionne, aucun n’est mort phthisique.

Manufactures d'armes. — Üesayvre (1), par une observation attentive de diverses catégories d’ouvriers, qui, dans la manufacture de Chàtellerault, travaillent exposés de près à l’action du calorique rayonnant, est parvenu à déter-

(1) Desayvre, Annules dlhyoïène et de médecine légale, 2® série, 1856, t, V, p. 73 et 341 .

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