‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 183 sur 196 · PROFESSIONS A TEMPÉRATURE ÉLEVÉE · texte numérisé non relu

PROFESSIONS A TEMPÉRATURE ÉLEVÉE

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miner les lésions oculaires qui les alteignent. La température du foyer et la distance à laquelle sont placés les ouvriers inlluent sur l’intensité de ces altérations. Les forgeursde canons et de baïonnettes, les marqueteurs et les ralïineurs, travaillent au blnnc soudant, les forgeurs de garniture et de platine au rouge blanc, les forgeurs de lames de sabre au rouge rose, les (rempeurs de l’ai'ine à feu au rouge cerise, les trempeurs de l’arme blanche au rouge cerise foncé. De tous ces ouvriers, les trem[ieurs de l’arme à feu sont les plus rapprochés du foyer; aussi ne travaillent-ils en moyenne que deux heures par jour. Les forgeurs de lames de sabre ne soutiennent leur métier pendant longues années (trente ans et plus) qu’en se restreignant à trois heures de travail par jour. Pour la rapidité et la gravité du développement des lésions oculaires, ces diverses spécialités se groupent sur l’échelle suivante : forgeurs de canons et de baïonnettes, forgeurs de platine et trempeurs de l’arme à feu, puis trempeurs de l’arme blanche ; en dernière ligne, les forgeurs de lames de sabre et les monteurs de sabre. Chez 25 de ces ouvriers, la vue a été habituellement trouble, 15 étaient devenus presbytes, 2 voyaient plus clair d’un œil ; tous offraient un changement de coloration dans le fond de l’œil qui, au lieu de sa teinte noire, avait un aspect nébuleux ou même blauchritre. Chez 15, au lieu de trois images dont on constate l’existence au fond de l’œil, quand ses membranes ont toute leur apparence et leur poli, on n’obsc'rvait que la grande image; chez les 11 autres, on voyait les deux images droites. Sur 59 cannonniers ou forgeurs qui, placés à 60 centimètres du foyer, roulent une lame de fer rougieau feu sur une broche froide, 25 jeunes ou débutant dans leur profession n’ont fourni qu’un seul cas de maladie oculaire; des 25 autres, plus anciens, 15 soulTraieut de l’action du calorique rayonnant et des paillettes de fer incande.scent qui leur jaillissent aux yeux; leur pupille était habituellement rétrécie ; chez 6, la vue était notablement altérée; h; fond de l’œil était terne, d’une nuance de pellicule d’oignon, ou même d’un aspect blanchâtre; la presbytie avec aU'aiblissement de la vue existait cliez 5. Une ou deux images manquaient chez 6 qui avaient la vue trouble; 5 ne laissaient voir dans leurs deux yeux à fond blanchâtre que la grande image, pré.somption d’opacité de tout l’appareil cristallinien ; 1 était atteint de cataracte double.

Fabriques de chaux. — • Les fabriques de chaux entraînent avec elles certains inconvénients qui les ont fait ranger dans la deuxième ou la troisième classe des établissements insalubres, suivant que le travail y est continu nu intermittent. Les ouvriers sont e.xposés à la fois à l’action d’une haute température, de vapeurs et de poussières irritantes. Chevallier (1) a constaté que les fours à chaux chaulîés au charbon de terre ou au coke exercent une influence nuisible sur les récoltes voisines des fabriques, et en particulier sur la vigne, les fruits elles prairies. La condensation des vapeurs provenant de la

(1) A. Chevallier, Sur les dangers el inconvénients que présentent tes l'ours à chaur {Annales d’In/giène, 18fi2, 2“ série, l. XVIII, p. 345). .

DliS PROFESSIONS EN PARTICULIER.

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combuslioii du charbon de terre et de la buée dégagée des pierres calcaires sur les raisins donne lieu à des vins possédant une odeur et une saveur désagréable qui leur enlèvent au moins de la valeur, s’ils ne sont pas nuisibles à la santé. Le dégagement abondant d’acide carbonique provenant de la calcination de la chaux ne doit pas non plus être sans exercer une action fâcheuse sur la végétation.

VeiTeries. — Les ouvriers qui travaillent le verre sont exposés non-seulement aux effets nuisibles d’une haute température maintenue en permanence, mais encore par le fait même des opérations que nécessite la fabrication, ils peuvent se transmettre la syphilis. Les ouvriers souffleurs seuls courent dos dangers, et le mode de propagation de cette maladie est dn reste facile à saisir.

« Trois individus », dit Diday (1) « sont obligés de souffler immédiatement » l’un après l’autre dans un tube de fer creux (la canne) qu’ils doivent étreindre 1) fortement avec les lèvres; la contagion, si ses éléments existent, est pour » ainsi dire fatale. » Pour enrayer celte propagation de la syphilis qui, à Rivede-Gier, en 1862, avait pris des proportions considérables, on prescrivit de faire visiter tous les 15 jours par un médecin les ouvriers occupés h la fabrication du verre. Le docteur Chassagny, considérant avec raison cette mesure comme incomplète, proposa de placer entre la canne à souffler et la bouche de l’ouvrier, un intermédiaire, une espèce d’embouchure, et pour obliger les ouvriers à se servir de cet embout, Diday conseille de faire l’extrémité buccale des cannes trop grosse pour être admise dans la bouche.

Chemins de fer. — Nous croyons devoir dire ici quelques mots de l’influence des chemins de fer sur la santé de certains ouvriers, et en particulier sur celle des chauffeurs et des mécaniciens. D’après E. Duebesne (2), ces employés sont souvent atteints de courbatures, de rhumatismes, de névralgies, qu’ils attribuent aux vicissitudes atmosphériques auxquelles ils sont exposés. Duebesne a en outre décrit une affection qu’il regarde comme spéciale à ces ouvriers, et quffl a appelée la maladie des mécaniciens', d’après lui, elle consisterait en douleurs sourdes, continues, persistantes, accompagnées d’un sentiment de faiblesse et d’engourdissement qui rendent la marche et la station debout très-pénible; il pense que ces symptômes dépendent d’une affection do la moelle épinière, et n’hésite pas à la rapporter à la station verticale trop prolongée, et à la trépidation continuelle et presque inévitable des locomotives. — D’autres médecins qui se sont occupés de cette question d’hygiène professionnelle, et plus spécialement Cahen, Oulmont, Devilliers, Bisson, Gallard, Pielra Santa (3) sont d’accord pour rejeter cette maladie des mécaniciens, et ce dernier a constaté au contraire « la bienfaisante influence des chemins de fer sur les

(1) Diday, Gazette médicale de Lyon, novembre et décembre ltS62.

(2) A. Duebesne, Des chemins de fer et de leur influence sur la santé des mécaniciens et des chaufeurs, Paris, 1 857.

(3) D‘' Pielra- Santa , Etude méilicn-hyyiéniiiue sur l'infuence qu exercent les chemins

de fer sur ta santé jiulilique d'hijy., 185!), l. Nil. p. 5\

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i'HOFKSSIONS HYCROMÉTRiyiJES. «7R

» personnes qui, à priori, auraienl dn éprouver de ce nouveau genre de loco- » motion, les effets les plus désastreux. »

Nous ne croyons pas devoir nous montrer aussi optimiste. D’après des observations qui nous sont personnelles, il est peu de mécaniciens qui, au bout de dix ans de service, n’accusent un certain degré de parésie des membres inférieurs.

§ — rrofo<«»«îoii»i liygroiiié^rltnios.

Un certain nombre de professions entraînent le séjour habituel dans l’eau ou dans un air chargé de vapeur aqueuse : telles sont celles de pêcheurs, laveurs de cendres, tanneurs, blanchisseurs, bateliers, lavandières, porteurs d’eau, baigneurs ou plutôt guides des baigneurs à la mer, débardeurs ou décbireursde bateaux et de train, regratteurs ou ravageurs qui lavent les sables des rivières pour en extraire les particules métalliques entraînées par les égouts, etc. L’observation ayant démontré que les climats froids et humides sont ceux où la phthisie exerce le plus de ravages, on pouvait croire que ces professions augmentent le nombre des phthisiques ; Benoiston est arrivé à cette I conclusion pour les blanchisseuses de Paris; Lombard, au contraire, a trouvé [ à Genève ces professions au-dessous de la mortalité moyenne par phthisie.

I D’après Hanover de Copenhague (/oc. cit.), les ouvriers habituellement exposés E à l’air humide, ou qui manient des matériaux humides, sont rarement phthii‘ siques (tonneliers, teinturiers, tanneurs, cordiers, ouvriers en tabac). Uneopi-

II nion ancienne, partagée par Ramazzini, Richerand, etc., a accrédité la fré- 1 quence des ulcères atoniques chez les individus qui ont les jambes immergées ' dans l’eau froide. Parent-Dnchàtelet n’a constaté qu’un seul cas d’ulcère ato-

nique sur (Î70 débardeurs ; un grand nombre d’entre eux portent de larges cicatrices provenant d’anciennes blessures, et qui n’ont aucune tendance ;i I se rouvrir; en revanche, ils sont tributaires d’une maladie spéciale qu’ils ap- I pellent fjrenouille, et qui consiste dans un ramollissement avec usure et ger- I cure de la peau ; les extrémités supérieures en sont moins souvent le siège que les inférieures; il affecte surtout le talon et les espaces interdigitaux; la peau est profondément fendillée, usée, mâchée, en lambeaux, et le fond des crevasses, rouge, pulpeux et très-sensible, ressemble à une plaie récente : supportable dans l’eau, la douleur qu’elles occasionnent devient cuisante à l’air. Cette lésion, que le repos seul guérit, atteint plus de la moitié des ouvriers, presque toujours les mêmes, et se développe sous l’inlluence de toutes les : causes débilitantes, particulièrement par la chaleur de l’eau ; aussi est-elh; j plus rare en hiver qu’en été, et dans les eaux courantes que dans les canaux ou bassins à eaux immobiles ; pour s’en préserver, les ouvriers saupoudrent leurs souliers de tan, ou se lavent matin et soir avec une forte décoction d’bi(''ble, ou simplement avec du vinaigre. Ramazzini et Pati.ssier attribuent E encore aux ouvriers qui travaillent dans riinmidité, des catarrhes, desllnxions 1 de poitrine, des coliques, des rhumatismes, des lièvres intermittentes ; aux

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blanchisseuses les clérangemenls du üux menstruel, etc. Dans un travail sur l’hygiène des blanchisseuses (l), le docteur A. Espagne, professeur agrégé à la faculté de Montpellier, n’a pas confirmé celte dernière assertion. D’après cet auteur, l’immersion jusqu’à mi-jambe, jusqu’aux genoux ou jusqu’à la ceinture, avant et après le repas, en toute saison, devient bientôt inolfensive, à tel point que celles d’enlre elles qui rafraîchissent à la v'mhro. pendant leurs rèyles, n’en éprouvent aucun trouble, ni dans la santé générale ni dans la régularité de l’écoulement menstruel. Cependant il faut reconnaître que, par le fait même de leur profession, les blanchisseuses sont assez sujettes aux affections rhumatismales, aiguës ou chroniques, articulaires, musculaires ou viscérales. Enfin les efforts violents auxquels se livrent ces ouvrières, occasionnent assez souvent des prolapsus utérins.

Le séjour prolongés dans la mer agit-il comme le séjour dans l’eau des rivières? Les guides des baigneurs à la mer répondent à cette question. J’ai fait sur eux, pendant deux étés à Dieppe, des observations multipliées et une sorte d’enquête dont voici sommairement les résultats : de la fin de juillet jusqu’au JO septembre ils passent en moyenne sept à huit heures par jour à la mer, immergés j tsqu’au-dessus de la ceinture, souvent jusqu’aux aisselles, en butte aux vagues par les gros temps, etc. ; en juin, et du 10 au 30 septembre, la durée moyenne de leur immersion journalière est de ti ois heures. JjCs hommes de faible complexion ne résistent pas à ce métier ; les troubles de la respiration et de la circulaliorî les obligent à y renoncer; il en est de même des ivrognes. Tous éprouvent, au début de cette pratique, de la dyspnée et de l’anxiété précordiale qui nécessitent des sinspensious de travail. Forcés d’entrer dans l’eau après leurs repas, ils finissent par s’habituer à cette épreuve. Au retour de chaque saison de bains, après une interruption de neuf mois passés à d’autres travaux, ils ressentent encore quelques troubles épigastriques et dyspnéiques, sorte d’acclimatement gnnuel assez comparable à celui de,« marins qui, reprenant la mer après un long débarquement, lui payent le tribut de novice. Ils perçoivent dans les parties immergées une impression de froid qui va jusqu’au frisson par les temps de grosse mer avec abaissement de la température. J’ai relevé fréquemment chez eux la température sous la langue ou dans l’aisselle au moment où ils .sortaient de l’eau ; j’ai toujours constaté un abaissement : 36 degrés centigrades chez un baigneur de 60 ans, 36“,5 chez un autre peu ancien, et âgé de 39 ans, 37 degrés et 37®, .6 chez d’autre.s. La durée de l’immersion, l’âge, la force de constitution, l’habitude, et surtout la température atmosphérique, intervieunent le plus dans ces résultats. Dans les beaux jours de l’été, rien de pareil; mais au sortir de l’eau, ils se refroidissent, probablement par l’évaporation du liquide qui imbibe leurs vêtements; cette sen.sation est plus intense et les atteint même à la mer, s’ils y

(1) A. Espagne, Observations sur quelques points de /'industrie et de l'hygiène du blanchissage (Mantpe/lier médical, 1804, l. XII).

pubuque] professions HYGROMÉTRIQUES. 875

entrent à jeun. La réaction s’opère cliez eux à la fin du jour et pendant toute la nuit, à la faveur de la température du lit; ils la passent à transpirer. Ce phénomène est commun à tous les guides ; la sueur de nuit est assez abondante |K)ur les forcer de changer de chemise ; elle ne les débilite pas, ils la considèrent comme favorable à leur santé : « c’est ce qui nous’sauve », me disait l’un d’eux. La sécrétion urinaire est notablement augmentée pendant la durée de leur séjour dans l’eau. Point de congestion vers la tête, point de céphalalgie ni de vertiges ; point d’éruptions, d’ulcères ni de varices. L’œdème des pieds et du bas des jambes se montre assez souvent chez eux, mais à titre de symptôme passager ; ils l’attribuent plus à la station prolongée qu’à l’action de l’eau. Les affections rhumatismales sont, avec cet œdème, les seules qu’ils accusent ; elles atteignent surtout les membres inférieurs; mais pour leur explication étiologique, il faut tenir compte, non-seulement du froid humide (pii impressionne les baigneurs, mais encore de la violence et de la continuité de leurs exercices musculaires. Ce qui achève d’ailleurs de prouver leur bonne santé habituelle, c’est qu’en hiver ils se livrent à d’autres métiers pénibles, pêcheur, cordeur, etc. Sur baigneurs attachés à l’établissement de Dieppe, il n’a fallu, en dix-huit ans, renouveler que le tiers ; dans cette même période de temps, ils ont donné 3 décès dont 1 par anévrysme, 1 par delirium tremens, 1 à la suite d’une suette miliaire quia régné épidémiquement. L’un de ces baigneims compte trente-cinq ans de service, l’autre trente ans, etc. (1).

L’hygiène des ouvriers qui travaillent dans l’humidité se résume dans l’usage des vêtements de laine et de toile cirée, et d’une nourriture fortifiante. Quant aux établissements où s’exercent les professions, comme les lavoirs, les buanderies, etc., ils exigent une ventilation suffisante pour enlever la buée qui, dans les temps froids et humides, devient une cause d’insalubrité et d’incommodité, un sol imperméable à l’eau et assez incliné pour en empêcher la slagnalion, des murs qui résistent aux infiltrations et à l’action destructive de l’humidité. Les eaux qui s’écoulent de ces ateliers ne doivent pas séjourner sur la voie publique; elles produiraient en été une odeur infecte, en hiver une accumulation de glaces, en tout temps la dégradation du pavage. Là où des égouts existent, il faut exiger (|ue les eaux s’y déversent au moyen de conduites souterraines ; là où ils manquent, que les ruisseaux soient bien pavés et aient une pente suffisante. Il ne faut pas considérer comme des eaux simples et propres à laver les ruisseaux, celles qui proviennent des blanchisseries et des lavoirs publics; chargées de savon et de matières animales, elles fermentent et donnent naissance à de l’ammoniaque, à de l’hydrogène sulfuré ou à du sulfhydrate d’ammoniaciue qui, dans leur courant gazeux, entraînent en dissolution des miasmes putrides d’une odeur très-méphiti(jue. Les eaux contenant des principes acides, alcalins ou autres, peuvent détériorer les

(1) Michel Lévy, Sur les effets de l'immersion prolongée dans l’eau de mer {Annales d’hyg. et de méd. légale, 2“ série, 1861, t. XV, p. 2él).

DKS l>nOFKSSlf*lSS KN l'AimCULIER.

HYGIENK

tuyaux iiiélalliques el les canivaux de maçonnerie; aussi esl-il nécessaire de les neutraliser ou de les niodilier avant de les écouler dans les conduites souterraines.

§ 9. — Prol'C!>isioii.«i •|iii mêlent iV l'air <lcri iiialléreH auinialcs.

Ges professions ajoutent à l’air des matières animales d’origine diverse, tant sous forme de vapeurs et d’émanations qu’à l’état de poussières plus ou moins divisées ; la plupart d’entre elles nécessitent en même temps la manipulation ou le contact de substances animales fraîches et putrides, brutes ou dénaturées par l’industrie (bouchers, équarrisseurs, garçons d’amphithéâtre, tanneurs, boyaudiers, mégissiers, égoutiers, vidangeurs, fossoyeurs, etc.). Les faits publiés par le docteur Warren et Parent-Duchâtelet tendent à décharger ces professions de toute espèce de dangers pour ceux qui les exercent. Dans les épidémies de fièvre jaune h Boston (1798), et à Philadelphie (1795), les bouchers, quoique établis au centre du quartier ravagé, n’ont offert, la première fois, que 1 cas, et la seconde 3 sur 100. Bancroft remarque que les chandeliers et les savonniers, malgré la graisse putréfiée dont ils se servent, échappent aux épidémies et se portent bien. Les tanneurs, corroyeurs, chamoiseurs, travaillent en été des peaux que la décomposition a rendues verdâtres, sans autre risque que celui des affections charbonneuses qu’ils peuvent contracter; les marins des vaisseaux baleiniers jouissent d’une santé proverbiale, au milieu des émanations fétides. Piiisch et Clarke attribuent aux fossoyeurs une sorte d’immunité contre les fièvres malignes. Les mémoires de Parent-Duchàteletsur les salles de dissection, sur les chantiers d’équarrissage, sur renfouissement des animaux morts, etc., sont remplis d’observations du même genre. Guersant et Labarraque signalent la santé florissante des ouvriers boyaudiers, quoiqu’ils vivent dans un air fétide et toujours en contact avec des intestins mis depuis longtemps en macération. On oppose à ces auteurs l’autorité de îs'avier, Lassomie, Vicq d’Azyr, Pringle, Desgenettes, Vaidy, l’opinion de Fourcroy et de Berzelius, sur la nature inconnue des combinaisons fétides organiques, les expériences de Gaspard et Magendie, qui ont produit une sorte d’empoisonnement typhique chez les animaux en leur injectant des matières putrides, et qui ont déterminé une progression croissante de phénomènes graves par l’injection de putrilages végétaux, d’animaux herbivores, d’animaux carnivores, de poisson pourri. Nous avons déjà exprimé un jugement sur ces faits en apparence contradictoires. Rappelons qu’il faut dislintinguer ici : 1“ rexpansion des émanations animales dans l’air vague, ou leur concentration dans des enceintes plus ou moins fermées; 2® l’état frais, ou la puiréfaction plus ou moins avancée des matières qui fournissent ces émanations; 3° le degré d’aisance des ouvriers, leur âge, leur force de réaction, leur nourriiurc, leur aptitude individuelle à ressentir ou à neutraliser l’elTet des émanations animales ; enliit, leur acclimatement dans l’atmosphère qui en est •salnrée. I.es bouchers rémii.ssent tontes les conditions avantageuses, viandes

l'UHi.HiUK] l'KOKKSSlüNS (iUI MIÏLKNT A L’Alll Db'.S MATIEKKS ANIMALES,

fraîches, diiïusion des produits (|ui s’en dégagent par volatilisation, régime fortifiant, etc. : quoi d’étonnant à les voir en rubiconde santé? Que l’on examine, d’après les points de vue précités, les dilférentes professions nommées plus haut; presque toutes trouvent, ou dans la dissémination des miasmes, ou dans des conditions spéciales, ou dans l’aisance des ouvriers, l’explication de leur innocuité. Il n’en est pas de même pour les fossoyeurs qui exhument des débris de cadavres ; aussi courent-ils alors des dangers que l’on n’écarte d’eux qu’à force de précautions (voy. page hbl ). Les fosses d’aisances, les égouts qui n’ont pas été curés depuis longtemps, s’éloignent aussi des conditions d’innocuité, et c’est ce que personne ne nie, pas même Parent-Duchâtelet (voy. page /i38). Nous avons indi(pié les règles d’hygiène applicables aux amphithéâtres, aux lieux d’équarri.ssage (page aux fosses d’aisances,

aux vidangeurs et égoutiers. Les émanations animales ont-elles un pouvoir de préservation contre la phthisie ? On connaît l’ancien usage de loger les phthisiques au-dessus des étables. Lombard a trouvé que les ouvriers entourés d’émanation animales sont environ deux fois moins sujets que les autres à contracter la phthisie pulmonaire.

Une foule d’ouvriers vivent au milieu des poussières animales de toutes sortes : tels sont ceux qui travaillent la laine et la soie, les chapeliers, les couverturiers, les brossiers, les fourreurs, les matelassiers, les plumassiers, les cardeurs, etc. Parent-Duchâtelet, après avoir constaté le bon état de santé d’ouvriers vivant au sein de poussières épaisses d’origines diverses, pose en principe qu’elles peuvent ne nuire qu’aux individus en proie ou an moins prédisposés à la phthisie pulmonaire. Lombard place, au contraire, en seconde ligne des causes de phthisie, et immédiatement après les poussières fines et dures, les substances filamenteuses, comme celles qui servent au travail des cardeurs, des fdeurs, des plumassiers et des brossiers; toutefois les chiffres sur lesquels il a opéré sont trop limités.

Le battage à la main des laines teintes au chaulées, qui n’ont pas été bien lavées, et le peignage à sec des couvertures pour les garnir de poils à leur surface, sont des opérations qui, pénibles par les efforts de bras qu’elles nécessitent, donnent lieu h un dégagement de poussières capable d’occasionner des affections pulmonaires ou de les aggraver, et d’en hâter la terminaison funeste; le battage des laines à la mécanique est exempt d’inconvénients. Nous renvoyons à l’ouvrage de Villermé pour les détails relatifs h la santé des ouvriers qui travaillent dans les manufactures de laine. Il n’a pas vu, comme le prétend Pâtissier, les ouvriers qui travaillent debout, être atteints de varices, d’ulcères aux jambes, ni les foulonnicrs sujets aux anévrysmes du cœur. Les peigueurs de laine éprouvent des maux de tête à cause du charbon de bois qu’ils brûlent dans leurs fourneaux; on leur a conseillé de placer ces fourneaux sous une cheminée à tirage énergique ; dans le peignage à la mécanique, la vapeur d’eau remplace le charbon. Les laines d’Angleterre, lavées sur le dos même des moutons, n’ont pas cet inconvénient. Le lavage des laines

878 l)KS PROFESSIONS EN PARTICULIER. [nYGlKNt

dans les cuves, leur dégraissage dans une eau chaude alcaline, leur séchage, leur teinture, sont des travaux qui se font à l’air libre ; leur battage, soit par les mécaniques appelées diables ou loups, soit à l’aide de baguettes, produit une poussière nuisible, mais qui^ en plein air ou dans des ateliers à fenêtres ouvertes, fournit peu à l’absorption. Le peignage à l’aide de peignes d’acier chaulïés sur des fourneaux, qui dans certains ateliers manquent de cheminée d’appel ou de tuyaux de tôle, communiquant à l’extérieur, donne assez souvent lieu à des accidents d’asphyxie qu’il est aisé de prévenir.

Pâtissier avance que les trieurs et laveurs de laine en suint sont sujets au charbon et à la pustule maligne, mais les ouvriers ont assuré le contraire à Villermé; toutefois les trieurs qui manient les laines avant tous les autres exécutent un travail immonde, et répandent autour d’eux l’odeur du ranci des toisons.

La chapellerie emploie les poils les plus propres au feutrage, castor, loutre, chameau, lièvre, lapin, laine de cachemire, de vigogne et des agneaux de deux ans. La provenance des toisons peut avoir sou danger ; Guérard (1) a visité une femme découpeuse de poils de lapin et chez laquelle un œdème charbonneux, développé à la paupière, avait envahi la face, le cuir chevelu et le cou. Une fois nettoyées, peignées, battues [dégalage)ei débarrassées des longs poils qui ne sont pas susceptibles de se ieuiy:e,Y {ébarbage et éjarragé), ces toisons sont, soumises aux opérations suivantes : 1" au se'cretoÿe qui consiste à frotter les peaux avec une brosse à poils de sanglier imbibée d’une solution de nitrate de mercure ainsi composée : 7 à 8 parties de mercure pour 6ü d’acide azotique ; on ajoute 3 à 4 parties d’acide arsénieux et de 1 à 3 de sublimé et l’on étend la solution complète dans deux ou trois fois son volume d’beau : cette opération préparatoire permet à l’ouvrier de couper ou d’arracher facilement les poils ; 2“ à l'arçonnage ou battage à l’arçon (l’arçon est une espèce d’arc fixé au sol et relié par une corde qu’on fait vibrer sur les poils afin de les agiter et de les feutrer) ; 3“ au batissage ou premier feutrage : c’est dans cette opération eju’on humecte les poils réduits en duvet par l’arçonnage; enfin « foule qui termine le feutrage : après avoir été trempée dans une cuve remplie d’eau acidulée avec du tartre (lie de vin) ou avec de l’acide sulfurique l’étoile feutrée est pressée et foulée en tous sens pendant trois ou quatre heures avec un rouleau de bois puis avec les mains.

Le dressage sur une forme, la teinture et V apprêt complètent ces opérations.

Pendant la préparation du nitrate acide de mercure il se dégage d’abondantes vapeurs hypo-azoliques. Quoi qu’en ait dit Parent-Duchàtelet, l’arçonnage est une opération à juste titre réputée insalubre. Pendant qu’on l’exécute, l’air de l’atelier se trouve rempli de poils et de poussières, imprégnés de nitrate acide de mercure et d’acitle arsénieux qui agissant sur les mains, les paupières et les orifices des muqueuses et des bronches peuvent déterminer des accidents graves et variés. En même temps, les ouvriers absorbant du mercure sont exposés aux ell'ets de l’intoxication hydrargyrique et en particulier

(ù) Guérard, litijjiiurl général du Conseil de salubrité de Paris, 18é8.

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