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au tremblement (1). Pendant l’opération de la foule les ouvriers sont forcés de se tenir les mains dans des eaux acides qui amènent des crevasses et des gerçures et d’un autre côté les émanations des bains acides, en pénétrant dans les bronches, déterminent souventdes inüaminations aiguës des organes thoraciques. En outre, quand les toisons ont été trempées dans la ,lie de vin, il s’élève des cuves des buées d’une odeur insupportable; l’eau aiguisée d’acide sulfurique n’a pas cet inconvénient.
Pour rendre cette profession moins insalubre, il faut recourir à une ventilation énergique des ateliers et employer pour arracher les poils la machine imaginée par Chaumont et que l’on nomme essoreuse. Pappenheim voudrait que l’on interdît l’emploi de l’acide arsénieux et que le brossage eût lieu à l’air libre. La poussière noire qui se dégage à flots par le battage du feutre après sa teinture, est une autre cause d’incommodité qui justifie le classement des chapelleries dans la deuxième catégorie.
Soie. — Dans les manufactures de soie, deux opérations compromettent gravement la santé des ouvriers : le tirage des cocons et le cardage de la liloselle ; de pauvres femmes, assises toute la journée dans la saison des plus fortes chaleurs, auprès d’un fourneau et d’une bassine d’eau bouillante, tirent la soie des cocons, au milieu des émanations infectes de la chrysalide ; et d’autres, plus misérables encore, les aident, sous le nom de tourneuses, en faisant marcher à bras leurs dévidoirs. Vincens et Baumes (1) les disent sujettes aux fièvres putrides, aux congestions pulmonaires, à l’hémoptysie, à une sorte de boulfisure du visage, à l’enflure des jambes et des pieds, aux furoncles, à des tumeurs qui ressemblent à l’anthrax, etc. Le battage et le cardage des débris de cocons séchés au soleil (liloselle ou frisons) soulèvent des poussières malsaines. Au rapport de Boileau de Castelnau et de tous les médecins du pays de Nîmes, les cardeuses de la liloselle sont pales, ont les yeux rouges, une toux fréquente, presque continuelle, et sont attaquées d’oplithalmie chronique, d’hypertrophie du cœur, de phthisie pulmonaire; les plus intrépides ne peuvent continuer ce métier au delà de quarante-huit à cinquante ans. Ces observations concordent avec celles de Vincens et Baumes et avec celles de Ilamazzini, qui attribuait une àcrcté particulière aux cadavres des vers à soie. Pendant le dévidage, des cocons, le contact de l’eau bouillante où ils sont plongés délei mine dans les derniers temps surtout un gonflement avec ramollissement de l’extrémité des doigts, et parfois des crevasses et des abcès. Sous le nom de mal de vers ou de mal de bassine, le docteur Potton, de Lyon (3), a décrit une éruption vésiculopustuleuse qui se montre à la naissance et dans l’intervalle des doigts ou sur le dos et dans les plis de la main ; cette éruption durecim| ou six jours quand
(1) André Chevalier, De l’intoxication par l’emploi du nitrate acide de mercure chez les chapeliers. — Thèse de Paris, 1860, n“ 19é.
(2) Vincens et Baumes, Topographie de Nîmes, 1802.
(3) Potton, Recherches et observations sur le mal de vers ou mal de bassine, qui attaque exclusivement les fileuses de cocons de vers à soie. Lyon, 1852.
DES l-Hül ESblONS EN l'AKIlEUl-lEl;.
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clic csl hciiigiic ; ic ))lus soiivciil elle a une durée moyenne de (juinze jours et s’accompagne de vives douleurs ; parfois elle se complicpjede phlegmons trèsgraves. Les lotions astringentes modèrent ce mal ([ui paraît n’ôtre point sujet à récidive ; les ouvrières qui l’ont eu jouissent ensuite d’une sorte d’immunité. Il est à désirer que des machines remplacent un jour le travail de la main dans les deux opérations dont nous venons de parler. Depuis l’émission de ce vœu (deuxième édition), Alcan et Linet ont appliqué la vapeur au dévidage des cocons, et ont ainsi apporté un notable amendement aux conditions sanitaires de l’industrie séricicole. L’orgasinage ou moulinage de la soie paraît être un métier tout à fait innocent.
Crins. — De même qu’il faut bien laver les laines avant le battage, pour en lendre la poussière moins abondante et moins désagréable à l’odorat, de jnême il faut, au déballage, assainir les crins et les laver à la vapeur de l’eau bouillante. Un homme est mort à l’hôpital de Seez, pour s’être servi d’un mouchoir dans lequel il avait conservé longtemps les crins d’une jument (Huzard). En effet, les crins, imprégnées de sécrétions cutanées, de sang, salis par les matières fécales qui s’échappent au moment de l’abatage ou de la mort naturelle, sont mis en ballots pour être expédiés du Brésil, de Buénos-Ayres ou de la Russie ; ils donnent une poussière de débris animaux fermentés, altérés, qui, respirée en grande quantité, peut agir comme un poison, sans que les animaux soient morts de maladies contagieuses. Dans les prisons de Metz, la plupart des détenus sont employésià battre, à éplucher et tirer le crin. Outre la toux et l’irritation perpétuelle des bronches que la poussière entretient chez eux, ils absorbent les émanations délétères qui se dégagent des crins de qualités inférieures. Le docteur Ibrelisie, de Metz, a observé chez quinze d’entre eux des éruptions furonculeuses, chez sept des anthrax, dont plusieurs fort graves, et chez les autres des tumeurs intermédiaires entre le furoncle et l’anthrax (1). Si dans les ateliers libres ces accidents ne surviennent point, c’est que le déballage et le battage ont lieu en plein air ; les crins sont triés à la main, peignés par un procédé mécanique, fdés, puis soumis à l’ébullition dans une chaudière à robinet inférieur qui déverse immédiatement les eaux dans un conduit souterrain ; ensuite ils sont séchés et frisés.
Dans les ateliers de brosserie, le travail des carottes de .soies de porcs peut donner li'eu à quelques accidents que l’hygiéniste doit connaître. Pour débarrasser la carotte de la poussière qu’elle contient, l’ouvrier après l’avoir déliée, en saisit successivement quelques portions et les froisse vivement entre les faces palmaires de ses deux mains. Cette opération donne lieu à la production d’une quantité considérable de poussière dans l’atelier. Après que les soies ont été insérées en petits pinceaux dans les trous du dos de bois ou de la patte; on les égalise à l’aide de ciseaux appelés forces, et celle opération a encore pour résultat la jtroduclion d’une poicssière très-fine. Potir combattre le développe-
U) Ibi'clisle, Sur h:s iio:itlcitl\ (jiii priiuriil réxu/lrrila tu iiiiiiiijui/nlioit des l'nii'. (Aniudes d'hi/fjièiif, t8i5, l. XXXlll, ji. ttitf).)
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ment de la poussière an moment de l’ouveiTure de la carotte, il faut humecter légèrement celle-ci avec de l’eau ou la soumettre à l’action de la vapeur. Il est indispensable aussi dans les ateliers de brosserie de prescrire une ventilation énergique ( l).
Les tanneries, mégisseries, corroieries, sont des foyers d’émanations animales qu’on laisse multiplier dans les villes. Les peaux sont apportées fraîches ou en vert, c’est-à-dire très-odorantes ; salées et séchées, elles subissent ensuite un traitement par la chaux ou par l’action de la vapeur, d’un courant d’eau chaude ou simplement celle de l’eau courante ; ces opérations qui facilitent le grattage des poils, constituent le travail de rivière. Les peaux ainsi préparées sont mises en couche avec du tan (écorce de chêne broyée) ou de l’alun ; c’est le tannage, suivi du séchage et du graissage à l’aidedu suif fondu ou de l’huile de dégras. Les manipulations des corroyeurs et des maroquiniers, moins compliquées, sont l’humectalion, le battage, le graissage et la teinture des cuirs. On voit que cette industrie produit une grande quantité de résidus organiques, s lides et liquides, très-putrescibles, et devenant presque toujours pour le voisinage une cause d’insalubrité par l’omission ou l’observance difficile des précautions nécessaires. Les citernes d’eaux sales, les plains, les cuves, les fosses, doivent être étanchés; les cours et dépendances pavées de grès rejointoyé avec une pente suffisante pour l’écoulement des eaux dans la citerne ; les eaux grasses doivent s’écouler par des conduits souterrains ou être transportées dans des tonneaux bien fermés jusqu’à un cours d’eau où l’on puisse les déverser. La bourre et la tannée ne doivent pas être conservées dans l’intérieur des usines. Les mégissiers sont exposés à deux maladies des doigts, décrites par Armieux (2) : la première, dite cAo/éra des doigts, consiste en une ecchymose de la partie interne des doigts, où la peau finit par s’ulcérer; de là, au contact de la chaux, des .souffrances atroces; la seconde, nommée rossignol, plus douloureuse encore, consiste en un trou capillaire à l'extrémité des doigts, dû à l’amincissement de la peau corrodée par la chaux, et mettant l’air en contact avec les papilles nerveuses. Des gants huilés préserveraient les ouvriers de ces deux altérations.
La pathologie des ouvriers peaussiers présente encore quelques particularités qui ont été très-bien étudiées par Beaugraud (3) et [par Pécholier et Saint-Pierre (;i). Ces deux derniers ont décrit une espèce de colique qui n’avait pas encore été signalée chez les tanneurs. Ces coliques attaquent surtout les débutants dans le travail de rivière; elles les surprennent au milieu de leurs
(1) M. Vernois, iVo/e sur la préparation des soies de porcs et de sangliers, et sur les ateliers de brosserie {Ann. d’hyg., 2® série, 1861, t. XVI, p. 289).
(2) Armieux, Gazette des hôpitaux, 3 septembre 1853.
(3) E. Beaugrand, Recherches sur les maladies des ouvriers gui préparent les peaux en général {Ann. d’hyg., 2® série, 1862, t. XVIII, p. 241).
(4) Pécholier et Saint-Pierre, Montpellier médical, 1864, t. XII, p. 301.
M. LÉVY. Hygiène, 5® éüit. ii. — 56
DES PROFESSIONS EN PARTICULIER
[hygiène
occupations, persislenl pendant quek[ues heures et reviennent h des intervalles assez rapprochés. Elles seraient dues au refroidissement du ventre et des membres inférieurs chez les novices qui ne savent pas garantir ces régions contre le refroidissement et l’humidité, et qui, aussi, ne sont pas habitués à braver cette double influence.
Beaugrand a constaté que les rhumatismes et les inflammations des voies respiratoires sont les maladies les plus fréquentes chez ces ouvriers. Nous signalerons encore les varices et les ulcères des jambes. Des recherches de Pécholier et Saint-Pierre, il paraît résulter que les tanneurs ont payé, dans les dernières épidémies de choléra, un tribut moitié moindre que le reste de la population du même âge. Beaugrand, qui a cherché à élucider cette ([uestion, est arrivé à des résultats très-différents. En 1832, à Paris, les ouvriers peaussiers eurent, il est vrai, une mortalité moitié moindre que les autres hommes; mais, en 18i9, la proportion se renversa, et ils payèrent un plus large tribut. La phthisie présente chez eux une fréquence au-dessous de la moyenne, et Pécholier et Saint-Pierre ont encore noté la rareté, sinon l’absence complète de fièvres intermittentes parmi ces ouvriers.
Les boyauderies ont été rangées avec raison dans la première classe des établissements insalubres; elles doivent être éloignées, au moins de 100 mètres, de toute habitation, et situées sur le bord d’une rivière ou d’un ruisseau. L’infection qu’elles répandent est des plus méphitiques; les ouvriers qui débutent éprouvent des troubles fébriles des voies digestives qui cèdent à l’emploi des purgatifs (Guérard et Chevallier). Les principales opérations consistent à dépouiller les intestins delà graisse que les bouchers y ont laissée adhérente et des matières fécales qui les obstruent, puis à en séparer, par une macération de six à huit jours, dans des tonneaux remplis d’eau, la membrane péritonéale dont le dégraissage n’a enlevé que des lambeaux. Quand la putréfaction est assez avancée, les boyaux sont immergés à plusieurs reprises dans l’eau fraîche, et ratissés sous la pression de l’ongle; ils sont ensuite soufflés et portés au soufroir où ils blanchissent et perdent leur odeur. Le conseil de salubrité de Paris prescrit de ne recevoir, dans les boyauderies, que des intestins préalablement nettoyés dans les abattoirs, de transporter journellement les résidus à la voirie, de préférer le procédé par les alcalis au procédé de fermentation pour séparer les matières animales fermentescibles ou solubles d’avec les deux membranes de nature musculeuse et fibreuse qui sont employées dans l’industrie, de répandre continuellement du chlorure de chaux dans les ateliers et d’en saupoudrer les débris de fabrication avant de les envoyer à la voirie.
Les fabi'iques de colle forte utilisent les brochettes ou raclures de peaux préparées par les mégissiers, les buenos-ayres ow peaux d’emballage et rognures de peaux venant du Brésil, les elfleurures ou débris de la fabrication des buffles, les patins on gros tendons de bœuf, les des parchemineries,
les tanneries, ou parties rejetées par les tanneurs, et les os qui, sans prix il y a
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cinquante ans, sont aujourd’hui un élément de trafic important et de fret des navires. Les matières sont macérées dans un lait de chaux, égouttées, desséchées, dénudées dans l’eau bouillante, au bain-marie, jusqu’à ce que le liquide de la chaudière, soumis à un courant d’air froid, se prenne en gelée. Les os sont dégraissés et traités, soit par la chaleur dans une chaudière autoclave, soit par l’acide chlorhydrique. Les fabriques où l’on n’agit que sur des os sont rangées dans la troisième classe, les autres dans la première ; les eaux qui s’en écoulent sont chargées de matières animales, fermentescibles, et répandent une odeur infecte.
Les fonderies de suif, de graisse, incommodent par leurs vapeurs sébaciques, quel que soit le mode de fabrication. En plein air, une buée lourde et nauséabonde Hotte sur les poêles et répand son méphitisme aux alentours des abattoirs, seules localités où la fonte des suifs en branche est autorisée h Paris. En vase clos et avec le concours des acides qui identifient avec le suif les débris de chairs dont il est accompagné, il n’y a pas de résidu (creton), il y a moins d’odeur ; mais, d’après Bizet, cette odeur modifiée, moins choquante pour l’odorat, acquiert un caractère de nocuité; elle occasionne aux ouvriers des douleurs thoraciques et un malaise qu’ils évitent en opérant la fonte des suifs dans les vases découverts. Le procédé de Darcet, consistant à introduire, par petits morceaux, le suif en branche dans une chaudière de cuivre rouge, et de l’y chauffer en contact avec 1 d’acide sulfurique et 50 pour 100 d’eau, donne des produits plus blancs et plus fermes, un creton plus facile à sécher, mais il ne supprime pas l’odeur infecte, irritante et diffusible de cette fabrication.
Les générateurs à vapeur étant d’un usage presque général dans ces fabriques, comme dans celles de colle forte, on exige habituellement que les gaz dégagés des matières en fabrication soient ramenés dans le foyer des fourneaux et brûlés avec les matières combustibles; ce qui procure le double avantage de détruire des émanations insalubres et d’utiliser des produits propres à la combustion; mais ce moyen crée un danger d’incendie par la communication du feu à la chaudière à travers les conduits.
§ 8. — Professions jV matières végctnlcs.
I. Emanations végétales. — L’inlkience qu’exercent les émanations des végétaux vivants a été signalée (t. I", p. ù2(5). Les agriculteurs, les jardiniers et les fleuristes, constamment entourés d’émanations végétales, sont loin d’en souffrir. Mais nous ne pensons pas qu’on puisse, avec Lombard, rapporter à cette cause le petit nombre de phthisiques parmi les professions agricoles. Nous ne reviendrons pas sur l’influence des émanations des végétaux qui se putréfient sur le sol ou dans l’eau. Nous avons étudié en détail les effets morbides que l’on rattache à cette classe d’agents toxiques et les moyens de préservation qu’il convient de leur opposer.
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II. Poussières végétales. — ■ Les unes, cümine le duvet unifonnémenl répandu sur les feuilles et les branches du platane, comme les poussières amylacées (pii entourent les meuniers, les boulangers, les amidonniers, irritent mécaniquement les surfaces muqueuses sur les(pitlles elles se déposent (yeu.v, narines, larynx, bronches); les autres, outre cet effet, pénètrent par absorption dans l’organisme et déterminent alors une autre série de phénomènes : telles sont les poussières de noix vomique que respirent les pileurs de drogues, les poussières d’aconit, dejusquiame, de tabac, etc. Cette dernière plante mérite, avec le coton et le chanvre, un examen spécial à cause de l’importance industrielle de ces végétaux et des discussions qu’ils ont fait naître parmi les hygiénistes.
III. Tabac. — Le monopole du tabac rapporte aujourd’hui en France 100 millions, dont 75 de bénéfice net; et depuis 1811, époque de son établissement, il a fait rentrer au Trésor plus d’un milliard et demi. Il y a loin de là au temps de Louis XIII et du cardinal de Richelieu (1635), où un règlement de police défendait la vente du tabac à tout autre qu’aux apothicaires, sous peine d’une amende de 80 livres parisis, et interdisait son usage jusque dans l’intérieur des maisons, h peine de prison et du fouet. En 18Ziù, la consommation s’élevait à 16 millions de kilogrammes, ce qui fait en moyenne 500 grammes par individu, dont 1/3 en poudre et 2/3 en tabac à fumer. En 18à7, elle est montée à 18 230 700 kilogrammes, et, en 1853, à 19 581 700 kilogrammes. Le produit net de la vente a été, en 18ù7, de 86 millions de francs; en 1853, il a été de 105 millons. Dans la période comprise entre ces deux dates, la fabrication du tabac en poudre, des rôles et des carottes, est à peu près restée stationnaire; mais celle des scarferlalis et des cigares a notablement augmenté.
Quelle influence la fabrication du tabac exerce-t-elle sur la sauté et les maladies des ouvriers? D’un côté, Ramazzini, Fourcroy, Cadet-Gassicourt, Tourtelle, Percy, Pâtissier et Mérat, les représentent maigres, décolorés, jaunes, asthmatiques, etc. D’autre part, Parent-Duchâtelet a été conduit par une enquête minutieuse à nier ces effets. Suivant lui, les ouvriers s’acclimatent au bout de quelque temps, ne contractent pas de maladies particulières et vivent longtemps ; les émanations du tabac ne les incommodent que lors de la démolition des masses. Les rapports des médecins attachés aux manufactures de l’État semblent confirmer cette opinion. Le document officiel qui les résume pour l’année 18ô2 fait connaître : 1° que les ouvriers n’ont ofl'ert aucune maladie particulière que l’on puisse attribuerai! tabac lui-même; il aurait seulement aggravé ’a Paris des bronchites et des céphalalgies qui y ont régné pendant les chaleurs d’été; 2° que le tabac aurait agi comme préservatif de quelques maladies, de la fièvre typhoïde à Lyon, de la dysenterie à Morlaix, de la suette à Tonneins ; 3“ que le séjour des manufactures de tabac serait peut-être salutaire aux individus menacés de la phthisie, qu’il pourrait les |yéserver de cette maladie et même en guérir ceux qui en seraient affectés.
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Mèlier (1), examinanl les faits avec attention, reconnut que le tabac n’était pas sans exercer quelques effets nuisibles sur les ouvriers, et lui dénia toute induence prophylactique salutaire. Indiquons d’abord la série des travaux auxquels donne lieu la fabrication du tabac et dont plusieurs ont été modifiés depuis la publication du mémoire de Parent-Duchâtelet. Les opérations préliminaires sont l’époulardage ou triage des feuilles, et la mouillade ou leur humectation par l’eau froide simple ou salée. La mouillade se fait dans des salles dallées, divisées en travées, où les feuilles sont étalées par couches minces et arrosées ; on mouille à 21 pour 100 d’eau salée à 12 degrés Baumé pour la poudre, à 28 pour 100 d’eau salée à 6 degrés pour les scarferlatis : à 20 pour 100 pour les rôles ; à 8 pour 100 d’eau pure pour les cigares. Les manipulations préparatoires s’arrêtent là pour les feuilles destinées à la poudre, aux rôles, et aux cigares; mais pour les scaferlatis, ou tabacs à fumer, elles subissent l’écôtage qui a pour but de leur enlever la portion saillante des côtes ou nervures, le hachage, qui se fait maintenant h l’aide de machines à vapeur, et la dessiccation ou torréfaction des feuilles placées à cet effet sur des cylindres que la vapeur venant de la chaudière des machines échauffe jusqu’à 80 degrés centigrades et davantage. Le tabac à priser est aussi haché, à 10 millimètres de coupe environ ; mais ensuite on le réunit en tas rectangulaires de k mètres de hauteur sur à à 5 de largeur et 6 à 7 de profondeur, du poids de ÔO à 50 000 kilogrammes, que l’on met à fermenter dans des magasins fermés. Les masses s’échauffent, la température s’y élève à 60 degrés lentement; d’autres fois elle y monte rapidement et atteint, au bout de trois mois, 75 à 80 degrés centigrades. Elles éprouvent, par la réaction de leurs principes, un travail intestin qui communique au tabac des qualités nouvelles; en même temps il se dégage une quantité considérable de gaz non encore analysés jusqu’à ce jour, mais que l’on suppose, d’après leur impresssion sur l’odorat, être de l’ammoniaque, de l’acide acétique et probablement de la nicotine; ils imprègnent l’air d’une odeur âcre, et le rendent difficile à respirer à une certaine époque de la fermentation. Celle-ci marche d’autant plus vile que les masses contiennent une plus forte proportion de virginie et de bons tabacs indigènes; elle est plus faible, quand elles se composent de tabacs légers, de débris ; l’état de l’atmosphère n’est pas sans influence sur son développement; à la suite d’un orage, on voit quelquefois partir une masse en retard. La fermentation n’est pas égale dans les diverses zones de la masse; nulle au pied, faible à 1 mètre de hauteur, très-sensible à 2 mètres, elle a son maximum aux jonctions des ma.sses et aux angles antérieurs à 50 ou 60 centimètres de la surface supérieure. A cette hauteur, la coupe met à nu un cordon de parties d’autant plus noires qu’elles sont plus fermentées ; quelquefois elles sont entièrement carbonisées; ces deux nuances s’expriment dans le langage des ouvriers par les mots bouilli et rôti; une bonne fermentation doit donner la
(1) Môlier, thdktin de l'Académie de médecine^ 1845, l. X, p. 500.
886 des professions EN PARTICULIER. [hygiène
pins forte proportion de bouilli et la moindre de rôti. Quand la température s’élève il 80 degrés, on pratique des tranchées pour mettre à nu les parties trop échauffées et éviter un excès de rôti; les tassements, ouvrant par des fentes un accès ii l’air jusqu’aux endroits les plus chauds, donnent lieu aux coups de feu, c’est-à-dire à la carbonisation. Les parties noires refroidies ont une odeur douce et éthérée. Au bout de cinq h six mois, la température des masses devient stationnaire : on procède alors à leur démolition ; il en sort une vapeur épaisse et fumante. Cette opération ne peut être exécutée que par des ouvriers acclimatés et robustes. Le tabac subit ensuite le râpage, qui se faisait autrefois à bras, et qui est remplacé par une sorte de mouture dans une suite de moulins d’où le tabac s’échappe de plus en plus fin. Après la mouture, il est soumis h une deuxième fermentation dite en cases, précédée d’une inouillade salée par suite de laquelle le râpé sec, qui prend alors le nom de rùpé parfait, acquiert environ 18 pour 100 d’humidité. Pressé, foulé au tas de 25 à 50 000 kilogrammes dans des chambres ou cellules où il subit une fermentation de neuf à dix mois, et soustrait autant que possible au contact de l’air, il acquiert une température de 55 à 60 degrés centigrades; la chaleur irait même jusqu’à produire la carbonisation du tabac, si on ne le changeait de cases. Ces transvasements sont le travail le plus pénible et le plus dangereux : l’ouvrier forcé de remuer une poudre brûlante d’odeur ammoniacale et d’en remplir des sacs ou hottes, respire un air âcre et infect qui pique les yeux, irrite la pituitaire, prend à la gorge et suffoque. Ces transvasements, qui ont pour but de ranimer le travail du tabac, ont lieu deux ou trois fois, suivant que la couleur, le montant et le goût répondent plus ou moins aux exigences de la consommation; ce point détermine ce que l’on appelle la matuiùlé des cases. Il faut distinguer le montant, la force et le parfum du tabac : le montant s’apprécie à l’odeur et dépend des sels ammoniacaux; la force, due à la nicotine, se mesure par les effets de la prise, c’est-à-dire de l’absorption par la muqueuse nasale. Le parfum paraît indépendant [de l’ammoniaque et de la nicotine ; il n’est autre que l’odeur douce dont sont doués certains tabacs, ceux de la Virginie au plus haut degré, et qui se développe surtout pendant la fermentation. Celle-ci, dans la fabrication du tabac à priser, alinalement pour but la formation de l’huile essentielle qui contribue pour beaucoup au parfum du tabac; la destruction d’une partie de la nicotine qui, sans cette réduction, exercerait une action dangereuse sur l’organisme ; la production du caractère alcalin par la décomposition partielle des acides malique, citrique, pectique; enfin la transformation des matières azotées en ammoniaque et on corps noirs auxquels le tabac doit sa couleur brune aimée des consommateurs (1). Au sortir des ca.ses, le tabac n’a plus besoin que d’être tamisé, opération qui se fait aujourd’hui à la vapeur; l’atelier du tamisage est un des moins désagréables. Toutefois la poussière du tabac y voltige comme la farine dans un moulin.
(1) Pelouze et Freiny, Chimie ijùnùrale, t. IV, p. i/iS.