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898 DES l'UOFESSIONS EN PARïlCüLlER. [hygiène

dans CCS dornièrcs années, d’abord par Bécourl et Chevallier (1), puis par Delpecli (2) et Jlillairol (3). — Rlalgré les assertions contraires de Zuber et Hermann (de Rixbeim), tous les ouvriers sans exception qui fabriquent les cbromales de potasse sont exposés aux accidents suivants : plaies d’un caractère tout particulier tendant à gagner en profondeur, accompagnées d’indurations passagères et laissant après elles des cicatrices indélébiles siégeant aux mains et aux pieds, particulièrement sur les parties latérales des orteils et des doigts; — éruptions pustulo-ulcéreuses occupant les bras, le pins souvent citez les individus dont les vêtements sont trop légers ou trop lloltants, quelquefois les autres parties du tégument cutané et les parties génitales en particulier; enfin une rhinite spéciale qui se termine par la nécrose ou plutôt la destruction d’une partie du cartilage de la cloison des fosses nasales et par une perforation complète. — A ces accidents, qui sont de beaucoup les plus fréquents, Hillairet ajoute des bronchites intenses, une céphalalgie fréquente, de l’amaigrissement et enfin des ulcérations de la gorge pouvant simuler des lésions syphilitiques.

Les accidents se développent avec une grande rapidité. Les ouvriers ne sont pas occupés depuis quelques Jours dans l’usine qu’ils commencent à payer leur tribut. Les lésions que nous avons rapidement énumérées se produisent aussi bien dans la fabrication du chromate neutre que dans celle du bichromate. Ce dernier semble cependant les développer avec plus d’intensité, et les vapeurs qui s’échappent des chaudières pendant sa préparation paraissent agir très-énergiquement sur les fosses nasales. On doit attribuer tous ces accidents à une action directe et escharotique des chromâtes; la puissance caustique des matières pulvérulentes et des vapeurs chromatées est telle que les animaux qui vivent dans l’usine, en dehors même des ateliers, sont aussi atteints et parfois à un très-haut degré.

III. Phosphore. — Deux catégories d’ouvriers, deux fabrications sont intéressées dans la question du phosphore.

A. Fabrication de phosplm'c. — La maladie caractéristique des fabricants d’allumettes chimiques, la nécrose des mâchoires, manque dans ces établissements ; cependant il y a des ouvriers spécialement employés à la préparation du phosphore, ils en respirent et en absorbent les vapeurs à ce point que leur haleine devient lumineuse dans l’obscurité. Glénard (è), qui a rédigé l’excellent

(1) Récourt et A. Chevallier, Mémoire sur les accidents qui atteignent les ouvriers qui travaillent le bichromate dépotasse {Ann. d’hyg., 2® série, t. XX, p. 83).

(2) Delpech, De la fabrication des chromâtes et de son influence sur la santé des ouvriers {Bulletins de l'Académie de médecine, 1863-186A, t. XXIX, p. 289).

(3) Hillairet, Maladies des ouvriers chromateurs {Bulletins de l’Acad. de médec. 1863-18Gé, t. XXIX, p. 3A5).

(ti) Enquête du Comité d'hygiène et de salubrité de Lyon (Rapport de A. Glénard, 12 décembre 1855, dans Hygiène de Lyon, 18G0, p. 308 et suiv.). Ce docunientest plein de détails exacts et de saine appréciation.

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rappoiT du comilc de salubrité de Lyon, explique cette immunité : tandis que les ouvriers des fabriques d’allumettes, entassés dans des locaux mal aérés, absorbent presque sans bouger un air infect, ceux des fabriques de phosphore se meuvent librement dans l’atmosphère sans cesse renouvelée de vastes ateliers; la ventilation y est activée par d’énormes foyers incandescents; les ouvriers n’ont qu’à entretenir le feu, à surveiller les récipients où se condense le phosphore ; les récipients une fois pourvus d’eau et le foyer de charbon, ils se reposent, ils sortent. Les mouleurs de phosphore, assis dans une pièce sombre, humide, encombrée de masses de ce produit, doivent leur immunité à l’immersion constante des cylindres de phosphore dans l’eau, tandis que dans l’atelier du trempeur d’allumettes chimiques, le phosphore, infiniment divisé dans la pâte, est expo.sé sur une grande surface au contact de l’air.

B. Fabrication F allumettes chimiques. — Elle nécessite les opérations suivantes : a. coupe du bois et fente des tiges d’allumettes; confection de boîtes; c. mise en presse ou en châssis des tiges d’allumettes; d. soufrage; e. trempage dans la pâte ou mastic chimique ; /’. dépôt dans l’étuve ou le séchoir ; g. démontage des presses; h. mise en paquets et en boîtes; i- préparation des pâtes ou mastics chimiques.

Les allumettes ordinaires et celles de luxe se préparent d’une manière, différente : les unes, dites carrées, sont simplement soufrées et trempées; poulies autres, dites rondes, le soufrage est remplacé par la dessiccation ou l’immersion dans la stéarine, et le mastic est appliqué à froid, au lieu de l’ètre h chaud, ce qui supprime les vapeurs phosphorées. Le mastic lui- même varie; il se compose jiour les premières d’un mélange chaud de colle, de phosphoi-e, de verre pilé et de cinnabre ou bleu de Prusse; pour les secondes, d’une solution de gomme où le phosphore est mélangé, soit avec du chlorate de potasse, soit avec un oxyde de plomb préalablement traité par l’acide nitrique. A IMarseille, le conseil de salubrité n’autorise les fabriques d’allumettes qu’à la condition du travail à froid. Une partie des opérations sus-indiquées n’entraîne aucun inconvénient, ancun danger; il n’en est pas de même de la préparation du mastic, du trempage, du séchage, du démontage et de la mise en boîtes ou en paquets. Les ouvrières appliquées à ces travaux éprouvent d’abord de l’inappétence et des maux d’estomac et de ventre, symptômes notés par Tardieu et par le médecin de la fabrique de Sarregnemines; puis de la céphalalgie, des étouffements et une toux quinteuse. L’irritation des voies respiratoires peut devenir grave, la disposition aux maux de gorge persistante. Les enfants ne résistent pas à l’atmosphère de ces fabriques, ils s’y étiolent. La phosphorescence de l’haleine dans l’obscurité est un phénomène constant chez presque tous les ouvriers employés à ces spécialités. Mais une autre lésion aussi funeste que singulière les attaque, c’est la mortification lente et progressive des os de la face, débutant par l’une ou l’autre mâchoire, d’ordinaire par l’alvéole d’une dent extraite ou malade, et qui peut se propager à d’autres parties du squelette de la face. La nécrose phosphorique ou mal chimique a d’abord été obser-

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vée en Allemagne par Lorinser (de Vienne), en 18A5, sur neuf femmes dont cinq avaient succombé; puis par Heyfelder à Erlangen, par Neumann à Berlin, par Sédillot et Slrohl à Strasbourg, par Dupasquier à Lyon, Broca, etc. (1). Quand on veut calculer la proportion numérique de ces accidents, il ne faut avoir égard qu’aux ouvriers employés aux opéralions insalubres; ils forment le tiers du personnel total des fabriques. A Lyon, la nécrose pliospborique a frappé, do 18A6 ii 1855, 10 ouvriers sur 100 de cette catégorie; si on la constate plus fréquemment chez les femmes, c'est que celles-ci sont en majorité dans ces fabriques. Ce n’est guère qu’après trois ou quatre années de travail,, quelquefois plus tard, et même après l'abandon de ce genre d’occupation, que les ouvriers éprouvent les premiers symptômes du mal. En 18i6, époque où cette industrie était naissante, Dupasquier n’a pas rencontré à Lyon un seul cas de nécrose phosphorique; moins de dix ans après, la commission d’enquête en constatait douze. Sur 58 cas de cette alTection relatés dans le rapport au comité consultatif d’hygiène, 17 ont été suivis de mort; quand elle ne tue pas, elle laisse à sa suite une difformité cpii entrave pour toujours la mastification et l’articulation des sons. Dupasquier a analysé les vapeurs qui troublent la transparence de l’air dans l’atelier des démonteurs, des trempeurs, des metteurs en paquets ; il les a trouvées composées surtout d’acide hypophosphorique mélangé ivrobablement avec de petites quantités de phosphore d’hydrogène; il admet, en outre, que le phosphore y existe à l’état de vapeur. L’acide hypophosphorique, en se dissolvant dans la salive, passe à l’état d’acide phosphorique qui agit sur les gencives et sur les dents; par la salive qui séjourne dans le cul-de-sac alvéolo-dentaire, il pénètre jusqu’au périoste alvéolo-dentaire et attaque le rebord alvéolaire, qui est toujours le siège primitif de la nécrose ; dépourvues de glandes, les gencives sont plus exposées à l’action des vapeurs phosphorées que toute autre partie de la bouche ; s’il existe des caries dentaires, elles la favorisent en contribuant à rendre les gencives rouges, saignantes. Le tissu gingival, une fois atteint parle mal phosphorique, le transmet au périoste avec lequel il est confondu sur le bord alvéolaire, et se continue sans démarcation autour des dents (périoste alvéolo-dentaire); c’est en ce dernier point que les vapeurs phosphoriques, tljt Trélat (2), trouvent le plus facile passage.

En général, les malades succombent, soit à l’épuisement progressif qui résulte d’une suppuration chronique et d’une perte continue de la salive, soit à des hémorrhagies répétées qui se produisent au niveau des surfaces ])yogéniques, soit aux progrès d’une tuberculisation pulmonaire, soit encore à l’extension de la nécrose vers les os du crâne, extension qui ilétermine des méningites purulentes et des abcès du cerveau. La stéatose des viscères (foie,

(1) Tardieu, Annalcn d'hjjfjiènc, Paris, 1856, t. VI, p. 18.

(2) Trélat, thèse de concours pour l’agrégation. Paris, 1857. De la nécrose causée par le phosphore.

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reins, etc.), qui caractérise reiiipoisonnement par le phosphore, semble être tout à fait exceptionnelle dans l’intoxication phosphorique professionnelle. M. Bucquoy (1) a rapporté récemment l’observation d’une malade qui travaillait depuis dix-huit ans dans une fabrique d’allumettes, lorsqu’elle éprouva les premiers accidents; elle présentait une nécrose des maxillaires supérieurs et de plusieurs os de la face. A l’autopsie, on trouva une stéatose générali.sée des viscères et des muscles ; il n’y a pas jusqu’aux poumons qui n’aient aussi offert l’altération graisseuse. Ce fait est peut-être unique ; dans l’intoxication IR’ofessionnelle par le phosphore, affectant môme une marche aiguë et s’accompagnant des plus graves accidents , on n’observe pas de stéatose des viscères. Chez une malade observée par Alf. Fournier et Ollivier {‘2), en dix jours les accidents eurent une issue fatale, et à l’autopsie on ne trouva sur aucun point de dégénérescence graisseuse des organes ; le sang présentait une fluidité remarquable et l’on doit peut-être attribuer la mort à une altération particulière du sang, à une sorte de toxémie.

Au danger d’une maladie cruelle s’ajoute celui des explosions; celles-ci ont pourtant diminué de fréquence, soit que les interdictions locales du mélange du chlorate de potasse au phosphore aient été suivies d’effet, soit plutôt que la prudence des fabricants, avertis par de terribles exemples, se borne à préparer de petites quantités de mastics et fasse prévaloir le travail à froid.

Enlin les qualités vénéneuses du phosphore ont transformé les allumettes en un instrument de suicide et d’homicide ; les cas d’empoisonnement par cet agent se sont assez multipliés pour éveiller la sollicitude du pouvoir. Chevallier père et fds ont fait ressortir que dans le tableau des cas d’empoisonnement soumis au jury de 18A6 à 1 852, la pfite des allumettes vient en troisième ligne, après l’arsenic et le sulfate de cuivre.

Voilà bien des raisons pour aviser. Les conseils de salubrité ont prodigué les instructions; une mention est due au rapport de Cadet de Gassicourt (marsl85è)et au rapport académique où sont relatées les recherches de Chevallier (3). Mais il ne s’agit plus d’expédients pour déceler un poison, de mesures d’assainissement plus ou moins faciles à appliquer, etc. La découverte du phosphore amorphe et de son innocuité conduit naturellement à substituer un produit inoffensif à une substance toxique. Soumis à l’action prolongée de la chaleur, le phosphore est modilié dans ses caractères apparents et dans ses propriétés essentielles : c’est ce produit que son inventeur, Schrœtter (de Vienne), a nommé phosphore rouge ou amorphe, aussi différent du phosphore ordinaire que le diamant l’est du charbon, suivant l’ingénieuse comparaison de Bussy qui, le premier, a démontré expérimentalement qu’on peut le donner impunément aux animaux à des doses considérables. Il ne répand ni odeur ni vapeur; on peut l’exposer à l’air, le manier, le frotter sans l’enflam-

(1) Bucquoy, Union médicale, 23 et 25 juin 1868.

(2) Alf. Fournier cl Ollivier, Union médicale, 21 juillet 1868.

(3) Pog;giale, liullet in de V Académie de médecine, 1860, t. XXV, p. 2Û6.

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mer; il prend IVu seulcineiU au delà de 200 degrés et ne jette pas en brûlant la flamme éclatante et instantanée qui jaillit du phosphore blanc. Son application industrielle, indiquée par Schrœtter, Bussy, de Vry, est aujourd’hui sanctionnée par l’expérience. A Lyon Goignet, à Paris Camaille, dirigé par (flievallier, à Birmingham Albright, ont ollert au commerce des allumettes au phosphore rouge qui ne le cèdent en rien aux autres, et dont la fabrication, l'xempte de tout dégagement de vapeur, ne suscite aucun danger aux ouvriers. (Quanta leur innocutité, elle est attestée par les expériences de Bussy, de Vry, Lassaigne, Raynal et Chevallier, Renault et Dclafond, Orfila neveu et Rigout. t^es derniers ont administré à une chienne jusqu’à 200 grammes de phosphore rouge en 12 prises de 20 à 50 grammes à la fois, et, sauf un vomissement accidentel, elle n’a éprouvé aucun trouble, elle a continué de manger; l’autopsie n’a révélé chez elle aucune lésion du tube digestif. La prohibition du phosphore blanc est commandée par un grand intérêt public ; reste à lever les difficultés qui résultent du monopole du phosphore rouge, garanti par des brevets.

D’après Lctheby, on est parvenu, dans une fabrique d’allumettes a Stafford, à diminuer dans une énorme proportion les cas de nécrose en tirant parti de la propriété que possède l’essence de térébenthine de s’opposer à la combustion spontanée de ce métalloïde. A cet effet les ouvriers attachés au chimicage et au trempage, portent, ouvert sur la poitrine, un vase de fer blanc qui contient de l’essence de térébenthine. On n’a pas encore mis ce moyen en usage sur une assez vaste échelle pour qu’il soit permis de se prononcer sur son efficacité.

La substitution des allumettes sans phosphore, préparées d’après les procédés de Canouil, rendrait toutes ces précautions inutiles.

IV. Soufre et ses composés. — Indépendamment de la fusion et de la distillation qui, dans les raffineries de soufre, donnent lieu à un abondant dégagement d’acide sulfureux et outre l’opération du blanchiment des étoffes de laine et de soie, qui expose plus que toute autre à l’action irritante du gaz sulfureux, il est encore d’autres industries dans lesquelles le maniement du soufre détermine ipielques accidents particuliers. Les ouvriers employés dans les moulins â triturer le soufi'e (1) ont le corps entier recouvert de poussière de soufre qui s’insinue à travers les vêtements et tapisse les cheveux, la barbe, les oreilles, les mains. Au-dessous de cette couche de soufre, la peau présente une couleur rouge uniforme et une sécheresse particulière. Lorsqu’on entre dans un moulin à soufre, les yeux sont très-promptement irrités, et, chez les ouvriers non habitués, on voit survenir de l’insomnie, de l’anorexie et de la diarrhée, dont l’action purgative du soufre rend facilement compte. Tout individu qui séjourne dans un moulin à soufre pendant un certain temps est

(1) Pécliolier et Saint-Pierre, Moulins à triturer le soufre {Montpellier médical, 18GÛ, t. XII, p. 503),

pris (le toux. Géuéraleiiicnt celte irritation disparaît peu à peu, mais quelquefois il n’en est pas ainsi, et Ton voit survenir des accidents plus graves et en particulier la broncliite chronique et l’ein[)liysèinc pulmonaire. En compensation, les maladies herp6li(iues et parasitaires .sont fort rares chez ces ouvriers.

Les accidents que détermine le soufre du côté des yeux ont été étudiés d’une façon spéciale par !\I. Bouisson (de Montpellier) sur les ouvriers employés au HOU f rage de la vigne (1),

La plupart des travailleurs chargés de celle opération qui se renouvelle, depuis le mois d’avril jusqu’au mois d’août, ü chaque invasion de l’oïdium, .sont atteints d’une conjonctivite plus ou moins intense.

Le soufre est employé, soit <’i l’état de fleur de soufre ou soufre sublimé, soit à l’état de trituration; la première espèce contient une certaine quantité d’acide sulfurique libre; la seconde, au contraire, n’en renferme que des traces. Aussi le soufre sublimé produit-il plus souvent des accidents que celui qui est seulement pulvérisé.

Le mode de projection n’est pas non plus sans influence : le .soufllet qui lance directement la poussière est moins nuisible que les autres procédés qui la dispersent dans l’atmosphère.

L’inflammation, ordinairement, se borne h la conjonctive ; il est rare qu’elle s’étende à la cornée.

Iæs moyens propres à empêcher le développement de rophlhalmie des soufreurs consistent surtout dans le choix des .soufres, dans l’adoption de bons instruments, dans l’emploi de voiles ou de lunettes, et dans quelques pratiques hygiéniques après le soufrage.

Le soufre, mélangé de chaux, employé quelquefois, a rendu les ophthalmies plus fréquentes; le soufre plâtré, au contraire, est mieux supporté par les yeux, mais il ne paraît pas exempt d’inconvénients pour les organes respiratoires.

Enfin nous dirons quelques mots de \' affinage de l'or et de l'argent, c’està-dire leur séparation du cuivre. Il se forme pendant la réaction de l'acide sulfurique sur l’alliage d’alxnidantcs vapeurs d’acide sulfureux entraînant avec elles de l’acide sulfurique. Des inconvénients graves doivent en résulter d’abord pour les ouvriers placés dans les ateliers où s’il en répand toujours une certaine quantité, mais surtout pour le voisinage sur lequel se déversent les gaz entraînés par les cheminées. — On remédierait à ces inconvénients, en faisant arriver les vapeurs acides dans une chambre de plomb, contenant une couche d’eau de quelques décimètres dans laquelle on délayerait une quantité de chaux suffisante pour faciliter l’absorption du gaz acide sulfureux trop peu soluble pour être condensé par l’eau seule. — Les ateliers dans lesquels on détruit ainsi les émanations sulfureuses sont seulement rangés dans la seconde classe.

<\) Rouisson, Ophlhalmk produite par le soufrage de la vigne (Acad, des sciences ^ séance du 10 août 1803).

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V. Aniline et ses dérivés (1). — La fabrication des couleurs d’aniline, qui depuis quelques années a pris de grands développements, expose les ouvriers à un certain nombre d’accidents qu’il importe de signaler.

Pour préparer la pâte aniligène, suivant le procédé indiqué par âl. Béchamp, on mélange à froid la nitro-benzine avec de l’acide acétique et de la limaille de fer. Il se produit bientôt une vive effervescence, et dans les procédés de fabrication primitivement employés, chaque fois que pour les besoins de l’opération ou découvrait les chaudières de fonte où elle s’effectuait, il s’en dégageait un nuage de vapeurs âcres formées de vapeur d’eau, d’acide acétique, de nitrobenzine, entraînant aussi de l’aniline vers la fin de l’opération. Pendant la distillation de la pâte aniligène, les vapeurs d’aniline qui se répandaient étaient encore bien plus abondantes. — Actuellement, la réaction s’exécute dans un appareil dû à Nicholson, qui se compose d’une cornue tubulée de foute communiquant d’un côté par sa tubulure avec un cohobateur et de l’autre par son col avec un réfrigérant. La condensation des vapeurs qui s’échappaient et infectaient l’atmosphère des usines est effectuée par le cohobateur, et la cornue étant mise en communication avec le réfrigérant, l’aniline, au moyen d’un courant de vapeur surchauffée qui est injecté au fond de l’appareil, vient se condenser pour être recueillie dans de grandes cuves. — Grâce à l’heureuse disposition de cet appareil, la transformation de la nitro-benzine en aniline, qui était une opération pénible et très-insalubre, est devenue d’une exécution facile et présente moins de dangers pour la santé des ouvriers.

La fuchsine ou rosanüine s’obtient en soumettant l’aniline et l’acide arsénique en proportions définies à une température élevée. Ce mélange constitue ce que les ouvriers appellent la matière brute (arséniate de rosaniline). La cornue dans laquelle s’effectue le mélange est munie d’un agitateur mu par la vapeur; un gros tube descend parallèlement à l’axe de l’agitateur jusqu’au fond de l’appareil et sert à y amener la vapeur. Le col de la cornue communique avec un grand serpentin servant à condenser l’aniline qui se volatilise pendant la réaction. A sa partie inférieure existent deux grands trous de coulée : lorsque toute l’aniline a distillé, on ouvre les trous de coulée et au moyen de chéneaux de tôle, on fait arriver la matière dans des tonneaux à agitateurs mécaniques (2), En procédant ainsi, les ouvriers ne sont plus obligés de transporter ni de manier la matière arsenicale, et les ulcérations des ailes du nez et des lèvres, qui étaient la conséquence de ces opérations, ne se produisent plus.

La matière brute parvenue dans les tonneaux est traitée par l’eau acidulée

(1) Bien que ces produits soient en réalité des matières organiques, leur place m’a paru tout naturellement indiquée après le phosphore, les chromâtes, le sulfure de carbone, dans ces études d’hygiène professionnelle.

(2) Rapports du jury intertiaiional h l’exposition universelle de 1867, t. VII, p. 223. — Matières colorantes dérivées de la houille, par A. VV. Hoffmann, G. Delaire et Charles Girard.

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au moyen de l’acide chlorhydrique ; ou filtre et le produit de la filtration contient le rouge d’aniline à l’état de chlorhydrate, d’arsénite et d’ar-séniate de rosaniline, et en outre une grande quantité d’acide arsénieux et arséniqiie. En ajoutant au liquide du sel marin, on transforme la totalité de la rosaniline en chlorhydrate de la même base que l’on peut séparer de l’excès d’acide arsénique contenu dans la liqueur.

En faisant agir sur l’aniline divers corps oxydants : oxyde ou nitrate de mercure, peroxyde ou nitrate de plomb, chlorure de zinc, acide antimonique, on prépare une énorme variété de couleurs.

Les ouvriers qui débutent dans la fabrication de l’aniline accusent une céphalalgie sus-orbitaire, gravative, compliquée quelquefois de nausées et de vomissements, des vertiges, de l’hébétude; d’autres fois l’homme tombe dans un état semi-comateux qui peut se prolonger pendant plus d’une heure ; enfin, parfois on observe des convulsions épileptiformes des membres, des spasmes tétaniques de la nuque alternant avec des accès de délire et un tremblement général. — Chez les ouvriers en contact habituel avec l’aniline, on ne constate pas de véritables paralysies musculaires, mais seulement un certain degré d’anesthésie ou plutôt d’analgésie aux membres inférieurs; on observe encore de l’embarras gastro-intestinal, de la constipation^ une décoloration très-rapide de la peau et des muqueuses.

ïurnbull (1) et Letheby (2) ont constaté, dans des expériences sur les animaux, que la nitro-benzine et l’aniline à l’état de pureté agissent comme des poissons uarcotico-àcres, et i[ue les sels d’aniline ne sont pas aussi vénéneux que l’alcaloïde pur. Des expériences d’Ollivier et G. Bergeron (3), il résulte que 3 à 4 grammes d’aniline suffisent pour empoisonner un chien de moyenne taille et tous les animaux sur lesquels ils ont expérimenté paraissent sensibles à l’action de cette substance.

En 1863, dans sa thèse inaugurale, II. Charvet (à) décrivit les accidents nombreux qui s’étaient manifestés chez des ouvriers employés à la préparation de la fuchsine dans la fabrique de Pierre-Bénite. Les malades présentèrent les symptômes suivants : gonflement et pustules au scrotum s’étendant quelquefois aux jambes et aux avant-bras, crampes dans les membres avec tremblement musculaire, fourmillement dans les extrémités, affaiblissement plus ou moins marqué commençant toujours par les extrémités des membres, paralysie arrivant parfois au point d’empêcher la station, la locomotion et la préhension des objets; soif, constipation, vomissements, diarrhée. Plus affirmatif que

(1) TurnbuII (J.), The Lancet, 1861, t. II, p. /i69.

(2) Letheby, British. med. Journ., 1863, t. II, p. 550.

(3) Aug. Ollivier et Georges Bergeron, Recherches expérimentales sur l'action physiologique de l'aniline {Journal de la physiologie de l'homme, 1863, t. III, p. 368.)

(4) Charvet (H.), Étude sur une épidémie qui a sévi parmi les ouvriers employés à la fabrication de la fuchsine (Thèses de Paris, 1863, a“ 116.)

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Chai’vct, Chevallier (1) n’hésite pas attribuer ces accidents à une intoxication arsenicale due : 1“ à la respiration des vapeurs arsenicales qui se dégagent, soit lorsqu’on charge ou que l’on décharge les cornues où l’on prépare la fuchsine, soit quand on traite la fuchsine arséniée par l’acide chlorhydrique ; 2“ à l’usage, coinnie boisson, de l’eau des puits de rétablissement qui contient parfois plus de 2 centigrammes d’acitfe arsénique par litre. — Pour éviter ces accidents, il faut faire les opérations dans lesquelles les vapeui-s arsenicales se dégagent sous une hotte de cheminée; les ouvriers doivent en outre être munis d’ap])areils d’interception.

Les étoffes teintes parles couleurs d’aniline ne sont pas sans présenter des inconvénients assez sérieux. Friedreich (2) a parlé d’individus qui, ayant porté des gilets de flanelle teints avec ces couleurs avaient présenté des éruptions cutanées assez intenses. Dans ces derniers temps, en Angleterre, on a signalé plusieurs empoisonnements qui auraient eu lieu par des chaussettes teintes à l’aide de couleurs d’aniline. — Le docteur Wedler à la suite d’un procès intenté au vendeur de ces chaussettes, a déclaré qu’il avait observé de graves affections provenant du port de chaussettes ainsi colorées.

Il est une matière colorante, découverte en 1860 par Persoz fils, la coralline (3) qui, exploitée principalement en Angleterre, paraît tout spécialement susceptible d’entraîner des accidents sérieux. Il y a quelques mois, Bidard (ù), professeur de chimie à Rouen, a rapporté un fait dans lequel l’usage de chaussettes présentant sur un fond teint en lilas des lignes circulaires d’un rouge vif, avait déterminé une inflammation de la peau des pieds limitée aux parties en contact avec les lignes rouges : la couleur lilas était du violet d’aniline, le rouge était teint avec la coralline.

Dans un mémoire communiqué tout récemment à l’Académie de médecine (5), M. Tardieu a présenté deux faits analogues ; à la suite de l’usage de chaussettes teintes en rouge avec la coralline, la peau des pieds violemment enflammée, tuméfiée, s’était recouverte de vésicules contenant un liquide séropurulent. D’expériences faites sur des animaux par M. Tardieu, avec la collaboration de Z. Roussin, il résulte que la coralline est un poison énergique et qu’introduite même à petite dose dans l’économie, elle peut causer la mort. Quand elle est absorbée, elle détermine une dégénérescence graisseuse des organes analogue à celle que provoquent le phosphore, l’ammoniaque, l’arsenic.

(1) A. Chevallier, De la fuchsine, de sa préparation, des accidents qui peuvent en résulter relativement aux ouvriers [Ann. d’hyg., t. XXV, p. 12).

(2) E. Friedreich, Klinik, 1863, t. XV, p. 461.

(3) r.ette substance s’obtient par le contact de l’acide rosolique (dérivé par oxydation de l’acide phénique) et de l’ammoniaque dans un appareil autoclave chaulTé à 150®.

(4) Ridard, Moniteur scientifique, iSGS, p. 1048.

(5) Amb. Tardieu, Mémoire sur l'empoisonnement par la com//ine (Communication faite à l’Académie de médecine, dans la séance du 2 février 1869 [Bulletin de l'Acad. de médec., 1869).

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Les accidents observés chez l’homme ont consisté non-seulement en lésions locales, mais encore en phénomènes généraux (fièvre, céphalalgie, étourdissements) que rinflammation [lermet à la rigueur d’expliquer, mais qu’il est aussi possible d’attribuer à l’absorption d’une petite quantité de coralline. — Quoi qu’il en soit, si l’on doit proscrire l’emploi de cette substance pour teindre les chaussettes qui s’appliquent exactement sur la peau, on pourrait peut-être s’en servir pour les vêtements, qui ne sont pas aussi immédiatement en contact avec les téguments.

VI. Silice, grès, plâtre, émeri, etc. — Les molécules d’émeri (corindon ferrifère ou granuleux) sont les plus dures ; aussi, d’après Lombard, les ouvriers (jui emploient cette pierre sont-ils les premiers dans l’ordre de fréquence de la phthisie : les faiseurs d’aiguilles de montres jirésentent 55 phthisiques sur 100 ; les polisseurs d’acier 35. Le polissage de l’acier fait périr de phthisie presque tous les ouvriers employés h Sheffield ; on a noté que sur 2500 d’entre eux, à peine 35 arrivent à l’àge de cinquante ans, et 70 à celui de quarantecinq ans. Le plus grand nombre meurt avant la trente-sixième année; le docteur Knight a remarqué que pas un polisseur de fourchettes d’acier n’atteint sa trente-sixième année. Les nombreux essais que l’on a faits pour assainir cette profession ont peu réussi.

Les poussières siliceuses viennent ensuite pour la gravité des effets qui résultent de leur inhalation habituelle. Dans les manufactures de porcelaine, la plupart des ouvriers qui pulvérisaient la silice au moyen de meules de granit succombaient h la phthisie : l’adoption du broyage à l’eau les en préserve aujourd’hui. Les caillouteurs, les tailleurs de pierres à fusil (silex), meurent phthisiques avant l’âge : les recherches de Bourgoin, Benoiston, Lombard, ont fait voir l’eflèt dépopulateur de celte industrie (1). Morgagni (2) signale comme exposés à la phthisie les tailleurs de pierre, les plâtriers, etc. Le docteur Young a observé que les tailleurs de grès delà carrière ’Waldshut succombent presque tous à la phthisie pulmonaire; ceux des environs d’Édimbourg arrivent rarement à l’âge de cinquante ans (Alison). Leblanc a tracé une monographie de la phthisie des tailleurs de grès, appelée maladie de Saint-Roch à cause de sa fréquence dans les carrières de ce nom. La poussière siliceuse en s’accumulant dans les poumons agit de deux manières : d’abord en obstruant et en dilatant les vésicules, elle gêne la respiration et nuit à l’hématose ; ce qui explique la dyspnée qu’on remarque chez tous les anciens tailleurs de pierre. En outre les petits grains siliceux forment en s’agglutinant des concrétions dures et à facettes irrégulières qui, jouant dans le poumon le rôle de corps étrangers,

(1) Benoiston (deChàteauneuf), De l’in Iluence de certaines professions sur le développement de la phthisie pubnonaire {Ann. d’hyg. pubt. et de médec. léy., série, 1831, t. VI, et Lombard, De l’influence des professions sur la phthisie pidmonaire {Ann, d'hyg., 183/1, t. XI.)

(2) Morgagni, De sedibus et causis morborum, epist. xv et xvii.

908 des professions EN PARTICULIER. [HYGIÈNE

provoquent un travail innammatoire qui, d’après Feltz, de Strasbourg (1), conduit presque toujours à la cirrhose pulmonaire, quelquefois à Tulcéi’ation du parenchyme pulmonaire et à la tuberculose, s’il y a prédisposition de l’individu. Cette maladie dure de six mois à un an, et quelquefois même plusieurs années. Pour empêcher la pénétration des particules siliceuses, Beltz père a proposé un petit masque très-léger composé d’une mince tranche d’éponge fixée à une voilette métallique qui la maintient au devant de la bouche et des narines (2). Le docteur Eulenberg, de Cologne, rejetant l’éponge mouillée, préfère un grillage métallique en forme de masque recouvert d’une gaze à claire-voie, la quantité de poussière qui s’amasse dans les mailles de la gaze fait comprendre rinlluence nuisible qu’elle aurait exercée, si elle avait pénétré dans les bronches. Sur 115 décès survenus chez des tailleurs de pierre, il a constaté 106 décès par phthisie pulmonaire. Dans les tables fournies par ce médecin, l’àge le plus avancé atteint par ces ouvriers fut de soixante et un ans, l’âge moyen étant de trente-sept ans.

L’inhalation des molécules calcaires n’est pas moins funeste : d’après Lombard, les plâtriers comptent 26 phthisiques sur 400, environ deux fois plus que la moyenne générale ; les maçons, les balayeurs de rues et les tailleurs de pierre dépassent aussi la moyenne générale.

Aiguiseurs. — Les ouvriers qui aiguisent les armes subissent, outre l’effet des poussières inspirées, l’impression de la vapeur d’eau froide résultant de l’aiguisement par la voie humide, seul procédé maintenant usité dans les usines, de l’eau qui en mouille le pavé et des courants d’air qui frappent leur corps en sueur. Ils se servent de meules faites de grès dit bigarré et composées de silex uni par un ciment calcaire ; elles répandent beaucoup de poussière par le 7Ûllaye, qui consiste à creuser à leur circonférence des cannelures pour l’éguisement des armes ; la partie la plus lourde de la poussière s’élève un peu et retombe sur la planche disposée auprès des meules ; l’autre, plus considérable, remplit l’usine d’un nuage opaque. Cette opération se répète deux fois par jour et dure d’un quart d’heure à une demi-heure.

Les ouvriers se tiennent d’ordinaire le corps fortement penché en avant; cette attitude longtemps continuée peut produire, sinon des déviations du tronc, au moins un trouble très-marqué dans la circulation de la poitrine. Suivant Chevallier (3), les aiguiseurs qui travaillent debout seraient très-sujets aux varices et aux ulcères des membres inférieurs. Les poussières siliceuses développées pendant l’aiguisage, mais surtout les étincelles ou éclats métalliques.

(1) Feltz, Maladie d(‘.s tailleurs de pierre. Pathogénie et anatomie pathologique {Gaz. mèd. de Strasbourg, 1865, p. 25).

(2) L. Beltz, Hecherehes sur les causes de la mortalité des tailleur's de pierre et sur les 77ioyens de la prévenir {Thèses de Sti'asbourg , 1862, n“ 600).

(3) A. Chevallier, accidents auxquels so)it exposés les ouvrie/'s coutelie7'S-é>7iouleurs et aiguiseurs {Annales d’hygiène, 1'® série, t. XV, p. 244).

publique] professions A MATIÈRES INORGANIQUES. 909

détachés par le frottement, déterminent des inflammations ou des brûlures, quelquefois fort graves, de l’organe de la vision. Ces poussières qui remplissent l’atelier pendant l’opération du riflage de la meule, ont sur les voies respiratoires de l’ouvrier une action encore bien plus nuisible. Ce sont elles qui déterminent la maladie spéciale des aiguiseurs, si bien analysée par Desayvre, médecin de la manufacture de Châtellerault (1); ses caractères anatomiques consistent en des granulations qui apparaissent sous forme de points noirs du volume d’une tête d’épingle, et acquièrent dans la période la plus avancée celui d’un grain de plomb : les unes, dures et blanches, et en petit nombre, sont entièrement constituées par des particules siliceuses; les autres, noires, molles, et quelquefois blanches au centre, se composent de matière noire et de silice ; les premières sont ordinairement irrégulières et à crêtes, les secondes arrondies; elles occupent, non les ramuscules bronchiques, mais les vésicules pulmonaires, d’où il faut les énucléer. Les grains blancs ou de silex pur se rencontrent dans les portions indurées du poumon, dans les parois compactes des cavernes. Les grains tout à fait noirs contiennent aussi une forte proportion de silice. Les poumons des aiguiseurs peuvent olTrir des myriades de ces corps étrangers, sans aucune autre lésion; mais il s’y ajoute souvent d’autres altérations que Desayvre rattache à trois degrés : hépatisation rouge, induration, ulcération ou caverne. Les corps étrangers dont sont parsemés les poumons des aiguiseurs n’y produisent pas nécessairement l’inflammation, car à ce prix tous ces ouvriers en seraient atteints au bout d’un certain nombre d’années ; mais ils empêchent la résolution des bronchites si fréquentes dans les conditions de ce travail professionnel ; ils sont, avec les vicissitudes de température, avec les excès de vin, les efforts de voix, etc., une cause incessante d’hypérémie qui s’étend des bronches au parenchyme, et, devenue permanente, en détermine l’engouement, l’induration. A ce dernier degré, le tissu pulmonaire, plutôt noir que rouge, farci de grains noirs et de quelques grains blancs, marbré à la coupe, présente un aspect truffé : c’est le maximum du développement de la maladie sans caverne, coïncidant avec une dyspnée continuelle. Mais les grains, et surtout les blancs, siliceux, à surface inégale, érodent, déchirent le tissu enflammé et friable; l’excavation commencée est bientôt agrandie par sa jonction avec d’autres; s’ils ne donnent pas lieu à un travail ulcératif, ils oblitèrent une certaine étendue de la surface respiratoire : cet obstacle mécanique à l’hématose explique l’essoufllement habituel de tous les vieux aiguiseurs, comptant environ vingt années d’exercice. Quant à la succession des symptômes de la maladie, elle correspond aux trois états matériels du poumon qui viennent d’être indiqués. La toux d’abord sèche et diurne, est souvent forte au réveil jusqu’à provoquer le vomissement ; l’expectoration, rare au début, augmente par le progrès des lésions; les crachats blancs jaunâtres, non spumeux, parfois tachés ou striés de sang, n’ont donné

(1) Annales d'hyg. et de mèd. légale, 1856, 2® série, t. V, p. 282 et suiv.

910 DES PROFESSIONS EN PARTICULIER. [hygiène

à l’analyse aucune trace de silice. La seule présence de la poussière de silex dans les voies respiratoires ne donne pas lieu à l’hémoptysie; peu abondante dans les périodes d’engorgement, elle devient aussi inquiétante par sa fré(|uence que par sa quantité dans celle d’ulcération. La dyspnée est en quehjue sorte le mode respiratoire des aiguiseurs; on ne les voit pas courir; ce symptôme traduit par son intensité et sa durée la marche des altérations puhnonaires. Chez les malades et même chez les vieux aiguiseurs non malades, le bruit respiratoire èst dur, incomplet, craquant, puis il s’aiïaiblit, masqué par les râles bronchiques et plus tard par les râles caverneux. Chose digne de remarque! la fièvre no survient chez eux que dans la phase ultime ou sous l’influence d’une phlegmasie intercurrente. La maladie des aiguiseurs a une marche chronique; elle peut s’arrêter au premier degré, c’est-à-dire la présence de la poussière siliceuse dans les poumons sans autres troubles qu’une toux sèche, une expectoration blanchâtre, filante, une respiration moins moelleuse avec un très-léger craquement à l’auscultation et une sonorité normale du thorax. Le deuxième degré dure d’une année à plusieurs années; le troisième d’une h deux années.

L’hygiène de cette profession a changé de face à Châtellerault par on heureux emploi de la ventilation ; celle-ci a pour élément une roue à aubes courtes placée en dehors de l’usine et mue par une chute d’eau qui lui imprime une vitesse de 12 h 1500 tours par minute; un trou pratiqué au-dessous de chaque meule, fait passer l’air ambiant dans le conduit à l’extrémité duquel se meut la roue extérieure. Au moment du riflage, on ouvre les plaques qui ferment ces trous et l’on met en jeu la roue ventilatoire; l’air qui entoure la meule s’engoulfre dans le trou, entraînant la poussière qui se répand sur la rivière (Vienne) ; chaque meule est encaissée dans une boîte de bois qui empêche la poussière fine de s’écarter sur les côtés et la dirige vers le trou d’aspiration ; la grosse poussière tombe sur la planche établie au-devant de la meule. Aussi, durant le riflage, ne voit-on plus autour de la meule qu’un trèsléger nuage, au lieu de la poussière opaque qui obscurcissait l’usine. Avant cette grande amélioration, les aiguiseurs mouraient en moyenne h l’âge de cinquante ans; encore tous n’atteignaient pas cet âge; un seul a vécu jusqu’à quatre-vingt-trois ans. L’avenir leur promet un accroissement de vie moyenne. Méanmoins l’avis de Desayvre est qu’ils cessent de travailler après vingt années de service. On ne doit admettre à ce genre de travail que des hommes robustes, sobres de boisson et d’éclats de voix ; les aiguiseurs qui ont poussé le plus loin leur carrière sont ceux qui se sont fait du silence une loi, ou qui du moins ont toujours parlé à voix basse.

Aiguilleurs. — La fabrication des aiguilles n’est pas non plus exempte de graves inconvénients. Le palmage, c’est-à-dire l’aplatissement de la tête est une opération qui ne présente pas le moindre danger. Le marquage, qui consiste à percer un trou dans la tête de l’aiguille, exige une application minutieuse et soutenue qui entraîne souvent un affaiblissement prématuré de la

PUDLIÛUE] PROFESSIONS A MATIÈRES INORGANIOEES. 911

vue. L’opération vraiment dangereuse, c’est V empointage qui se fait à la meule sèche et donne lieu à un dégagement de poussières silicieuses et métalliques que respirent les ouvriers et qui peuvent entraîner des lésions pulmonaires identiques avec celles que l’on observe chez les aiguiseurs (1). La fréquence de cette maladie signalée d’abord par le docteur Johnstone (1799), puis par le docteur Knight (1830), fut confirmée en 1850 parVillermé fils (2). Dèsl809, un Anglais, George Prier, avait imaginé un appareil ventilateur qui entoure presque toute la meule des empointeurs qui chasse la plus grande partie de la poussière hors de l’atelier.

VIL Charbon, poussier de eharbon. — Plusieurs professions exposent à l’action de cette poussière, mais aucune d’elles ne le fait d’une manière plus continue que celle de mouleur en cuivre. Plus de 2000 ouvriers la représentent à Paris, et c’est sur eux qu’il convient d’étudier avec précision les effets de la poussière de charbon ; ils respirent des poussières diverses, le sable, la fécule, le ponsif (sable calciné et pulvérisé très-fin), la farine de froment bise qui, avec le ponsif, procure des surfaces plus nettes et plus faciles à nettoyer, le noir de fumée provenant du flambage (combustion de torches de résine sous les moules préalablement desséchés h l’étuve), la cendre qui, délayée dans l’eau, sert à rendre moins poreuses les saillies du moule. Mais le poussier de charbon, poussière très-fine de charbon de bois que la fraude mélange d’une certaine quantité de matières siliceuses et surtout de houille, domine dans l’atmosphère des ateliers ; elle s’échappe sans cesse en tourbillons des sacs de toile de coton que les ouvriers agitent par saccades. L’excès de poussière dont ce tamisage peu scrupuleux charge les moules, il faut le dissiper par l’actiou d’un soufflet, ce qui donne lieu à d’autres nuages de poussière. Dans les ateliers où la ventilation est insuffisante, en hiver où les ouvriers ferment les fenêtres et les châssis vitrés des toits, telle est l’abondance delà poussière de charbon, qu’une visite de courte durée dans quelques-uns a suffi pour me noircir le visage, les mains, le linge. C’est dans ce milieu auquel l’éclairage du soir, l’entassement des ouvriers, la proximité des fourneaux et des creusets pour la fusion des alliages, la fumée suffocante du flambage, etc., ajoutent tant d’autres éléments d’insalubrité, que les mouleurs passent leur journée. Toutefois, ils y résistent assez longtemps, et d’après les recherches de Tardieu (3), c’est après plus de dix années d’exercice qu’ils en ressentent les effets nuisibles. Les troubles fonctionnels se produisent lentement, plus encore par l’action continue que par l’énergie de leur cause; ils débutent par une sensation de fatigue disproportionnée avec la dépense de force musculaire; dans la seconde moitié de la journée survient une dyspnée qui va en augmentant jusqu’à la fin du travail, se

(1) E. Beaugrand, Dictionnaire encrjclo'pédiqv.c des sciences médicales, t. II, p, 208.

(2) Villermé, Note sur la santé de certains ouvriers en aiguilles {Annales d'hygiène, série, t. XLII, p. 82, 1850).

(3) Tardieu, Études hygiéniques sur la profession de mouleur en cuivre {Annales d’hygiène et de médecine légale, 2“ série, 1855, t. II, p. 5 et 308.)

912 DES PUOFliSSlONS EN PAUTICELIER. [hygiène

prolonge gracliicllement, dans la soirée, meme hors de l’alelier, et nécessite rajoiirnement du repas ou l’usage exclusif d’aliments liquides. Bientôt la gêne de la respiration devient habituelle, la toux s’y ajoute par quintes; dès lors, suivant l’énergique langage de l’atelier, le poussier s'est attaché à l'homme. Tant que la maladie ne dépasse point ce degré, elle ne s’exprime que par ces symptômes, étouffement plus marqué le soir, difficulté de marcher, toux quinteuses surtout en hiver, coryzas fréquents, expectoration de matière noire, respiration un peu courte et haute, murmure vésiculaire plus faible à l’auscultation et parfois aboli; les ouvriers supportent le travail en se reposant par intervalles. A un degré plus avancé, l’oppression, l’essoufflement, sont presque continus, la cage thoracique semble se mouvoir tout d’une pièce, sa conformation est modifiée; la toux, les quintes, assez pénibles pour provoquer des nausées et des vomissements, redoublent jour et nuit, le bruit respiratoire et la sonorité tl^oracique sont diminués ou même supprimés par îlots ou dans tout un côté; on constate en outre les rfdes humides ou secs du catarrhe bronchique. L’hypertrophie du cœur, dénoncée par des palpitations et l’enflure des extrémités, s’est montrée à la suite de ces troubles si graves de la respiration; la dyspepsie habituelle, le teint pâle et plombé, la démarche lente et pénible. Les ouvriers malades à ce point ne travaillent plus que par fractions de journée pendant la belle saison, et ne parviennent guère à arracher leur journée tout entière. Le symptôme le plus caractéristique de leur état, c’est l’expectoration de crachats noirs; on les a vus persister depuis deux, trois et six mois jusqu’à un an, deux, trois et six ans, soit après la suppression du poussier de charbon dans la confection des moules, soit après des chômages complets, soit enfin après un changement définitif de profession. Sur 53 cas de cette maladie notés par Tardieu, 12 ont atteint le troisième degré et 3 ont eu une issue funeste. La progression des phénomènes est celle des maladies asphyxiques ; ils se rapportent comme les déformations thoraciques à l’emphysème et à l’induration du tissu pulmonaire; la toux est incessante, l’expectoration est noire, sanglante, puriforme; les signes d’embarras de la circulation s’y ajoutent, etc.

Les autopsies devaient jeter un grand jour sur l’altération pulmonaire due à la poussière de charbon ; il faut le dire, elles ne sont pas nombreuses. Béhier (1) a fait celle d’un charbonnier, Rilliet (2) celle d’un mouleur eu cuivre dont la matière noire pulmonaire, analysée par Lecanu, a été trouvée identique avec le charbon; mais Béhier admet que le charbon n’agit pas comme corps étranger, et qu’il vient seulement compliquer la phthisie tuberculeuse en oblitérant une certaine portion du parenchyme pulmonaire, laquelle se ramollit consécutivement à la fonte des portions tuberculeuses et concourt ainsi h l’agrandissement de la caverne. Les Anglais ont observé plus fréquemment les lésions imputables au charbon. Gregory, les décrivant chez un mineur qui présentait

(1) Laennec, Traité d'auscultatmi, édition Andral, 1837, t. II, note p. 323.

(2) Rilliet, A rrJtwcs fjénérules de médecine, 1838, t. Il, p. 160-63.

des cavernes pleines de matière noire, insiste sur ces caractères dilîérentiels que la mélanose n’a pas le brillant ni la nuance noire foncée de la matière noire, et qu’elle existe par plaques ou masses circonscrites, non infdlrée dans une aussi grande étendue du poumon ni limitée à cet organe. Marshall a vu, sur des ouvriers qui avaient travaillé dans des atmosphères à charbon, la matière noire déterminer l’hépatisation pulmonaire, surtout vers le sommet, et des excavations au centre de ces portions compactes ; il distingue ces lésions de celles de la phthisie ordinaire. Tardieu a ouvert, en 1856, le cadavre d’un mouleur en cuivre mort dans le service de Pidoux, à l’hôpital Lariboisière : poumons marbrés de taches noires denses, résistants, présentant à la coupe des noyaux de matière noire, sèche, granuleuse, amorphe, non enkystée, déposée dans l’épaisseur du parenchyme sain ou induré au pourtour de ces noyaux; au microscope, on constate que les derniers ramuscules bronchiques sont atteints par ce dépôt; les masses noires, écrasées, tachent de leurs détritus les doigts, le linge, le papier. Les analyses de Grassi, O. Henry, Leconte et Chevreul démontrent que cette matière n’est autre que du charbon retenant de la matière organique. Dans ce cas comme dans celui de Béhier, il y avait coïncidence de tubercules : dans l’un, excavation unique; dans l’autre, cavernules multiples; dans le troisième cas d’autopsie, dû à Monneret, les altérations pulmonaires se bornaient au dépôt de matière noire, à une induration partielle et à l’altération des derniers ramuscules bronchiques.

Plusieurs questions s’élèvent en présence de ces résultats : La mélanose dilTère-t-elle du charbon pulmonaire? Celui-ci vient-il toujours du dehors? Produit-il les effets fâcheux qu’on lui attribue? Si chimistes et physiologistes s’accordent à considérer la mélanine ou matière noire du pigment comme une dérivation des principes colorants du sang (Berzelius, Breschet, Heusinger, Barruel, Lassaigne, etc.), il est difficile, après les travaux de Nat. Guillot (1), Melsens (2), Ch. Robin et Verdeil (3), etc., de contester l’identité de la matière noire pulmonaire avec le charbon. Nous renvoyons aux recherches et aux discussions si complètes de ces deux derniers auteurs sur la nature et sur la provenance extérieure du charbon pulmonaire. A ceux qui nient la pénétration du charbon, opposons, avec les expériences de Bérard et d’Orfila, celles de Cl. Bernard qui, chez des animaux nourris avec des aliments mélangés de noir de fumée ou de bleu de Prusse, trouve les ganglions lymphatiques et les poumons colorés en noir ou en bleu par arrêt des granulations de ces matières; celles de Ch. Robin qui, ayant nourri des chiens avec des aliments mêlés de charbon de bois pulvérisé, a trouvé déjà, après quarante-huit heures d’expérience,

(1) Natalis Guillot, Recherches anatomiques et pathologiques sur les amas de charbon dans les poumons, etc. {Archives de médecine, 1845, t. VII, p. 16).

(2) Melsens, Recherches chimiques sur les matières des mélanoses {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1844, t. XIX, p. 1292).

(3) Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique, Paris, 1853, t. III, p. 505.

M. LÉVY. Hygiène, 5® Édit. n. — 58

91 a DES DDOFESSIOISS EN l'AUTICULIEU. [HYGIÈNE

du charlion dans les parties centrales et marginales du foie et du poumon. Reste à déterminer la part d’action de la poussière de charbon. Ici des divergences graves se manifestent. Nous avons cité l’opinion négative de Béhier. Guérard la partage. Le conseil de salubrité de Paris, chargé d’une enquête sur les conditions sanitaires des mouleurs en cuivre, paraît attribuer plus de nocuité aux matières terreuses et siliceuses mélangées par fraude avec le poussier de charbon qu’à cette dernière substance. Il est certain que cette fraude se pratique plus amplement et plus souvent que Tardieu ne le fait supposer d’après les analyses qu’il rapporte. En Angleterre, Gibson, tout en reconnaissant que les ouvriers qui travaillent aux mines ont tous plus ou moins de charbon dans les poumons, n’admet pas que cette poussière soit la cause des altérations décrites par Marshall; sur des mineurs morts d’accidents sans avoir jamais éprouvé de troubles respiratoires, il a rencontré l’infiltration de matière noire dans les poumons. Graham cite aussi plusieurs cas où le charbon, constaté dans le poumon et venu du dehors, n’avait donné lieu à aucun symptôme morbide. On a vu que pour plus de 2000 mouleurs en cuivre employés à Paris, on n’a relevé jusqu’à présent que trois autopsies dont deux, signalées par l’existence de tubercules ramollis, prêtent à controverse quant à la cause de la mort. Nous ne ferons pas valoir l’immunité souvent invoquée des charbonniers, d’abord parce qu’elle n’est pas démontrée par une enquête authentique, ensuite parce qu’ils n’exercent pas une profession sédentaire dans une atmosphère constamment chargée de poussière de charbon. En notant la rareté des autopsies qui témoignent avec certitude de l’action léthale du charbon, nous ne saurions méconnaître la réalité des troubles pathologiques qui surviennent chez les mouleurs; nous en avons nous-même visité et interrogé un grand nombre au milieu de leurs travaux, comme délégué du conseil de salubrité; nous avons rencontré parmi eux des anémiques, des dyspnéiques; d’autres se plaignaient seulement de dyspepsie; mais aussi nous avons constaté la complexité desinduences qui agissent sur eux : à l’étroit dans les ateliers mal aérés, placés au fond des cours ou sur des ruelles, ils respirent avec la poussière de charbon la poussière de sable, les fumées de zinc et de cuivre, les vapeurs fuligineuses du flambage, etc. Le rôle pathogénique du poussier ne ressortira dans toute son évidence que chez des mouleurs qui n’auraient à subir dans leurs ateliers que cette seule cause d’insalubrité. Il résulte des enquêtes et vérifications du conseil de-salubrité de Paris (1) que l’élément le plus nuisible des ponsifs au charbon est la matière sablo-siliceuse qui s’y trouve dans la proportion de 12 à 25 pour 100: c’est à l’inspiration de cette poussière minérale (ju’il faut attribuer la fréquence du catarrhe bronchique chez les ouvriers pendant les mois d’iiiver où ils cessent de ventiler leurs ateliers, et le développement prématuré de l’emphj’sème pulmonaire avec les symptômes de l’asthme (entre SA et A6 ans, Guérard). Ces accidents surviennent plus fréquemment en toute saison dans les ateliers mal ventilés et obligent beaucoup d’ouvriers à changer d’état.

(t) Rapport (jéncral de 18i9 à 1858, p. 13C.

Quoi qu’il on soit, ceüe industrie exige impéricuscnient des mesures d’assainissement. Là où l’emploi du poussier de charbon est continué, il faut se montrer sévère quant aux conditions générales de salubrité, espacement, aération, séparation suffisante des locaux où se pratiquent et la fonte des alliages et le flambage des moides, afin que les fumées irritantes, dues à ces opérations, ne refluent pas dans les ateliers de mouleurs. Mais surtout il faut faire usage de poussier de charbon de bois pour le moulage en bronze (le poussier est impur quand il contient de 6 h 7 pour 100 de matières étrangères), et il faut substituer aux sacs de toile de coton, qui déversent par agitation le poussier par toutes leurs surfaces, les tamis fermés proposés par Lechâtelier, et laissant tomber par percussion la quantité de poussier nécessaire. Il n’est pas moins urgent de réprimer un abus dont nous avons été témoin et dont se plaignent tous les chefs d’atelier : la profusion du poussier, la dépense exagérée de toutes les matières pulvérulentes par l’ouvrier qui les emploie ; c’est à qui les ménage le moins; il faudrait intéresser les mouleurs à l’économie du poussier, et cette mesure, suivant nous, diminuerait de moitié l’insalubrité des ateliers où il est usité. Une ventilation bien réglée ferait le reste.

La substitution de la fécule de pomme de terre au poussier de charbon est un moyen plus radical d’assainissement. Les chefs d’atelier l’ont repoussé parce qu’elle paraît nuire au fini, à la netteté des détails du moulage; quelques échantillons, déposés au conseil de salubrité de Paris, nous ont paru justifier ce reproche et, dans nos enquêtes, nous avons vu des ouvriers qui, frappés de la différence des résultats, étaient revenus spontanément à l’emploi du poussier. Nous n’admettons pas avec ïartUeu l’innocuité de la poussière de fécule; mais ses avantages pour la salubrité relative des ateliers sont incontestables. Cet habile hygiéniste a reconnu lui-même que les accidents propres à cette industrie se développent lentement sous l’influence du poussier de charbon ; il pourrait en être de même de la poussière amylacée, et c’est d’après une expérience de quelques mois que l’on s’est hâté de préconiser la fécule avec une absolue conliance. Si le travail n’eu exige qu’une petite quantité, les ouvriers ne la prodiguent pas moins que le charbon.

VIII. Houille, Houillères. — Les mines de houille produisent sur les ouvriers qui y travaillent des effets communs, et d’autres qui varient suivant leur degré de ventilation, leur humidité, leurs eaux stagnantes, la quantité de gaz méphitiques qu’elles renferment, etc. Cette dernière condition dépend ellemême de l’étendue et de la profondeur des galeries, de la composition des roches encaissantes, etc. Les maladies et la mortalité des mineurs se rapportent : l“à l’excès de travail; 2“ aux attitudes gênées et difficiles; 3° aux effets accidentels des gaz et vapeurs; k° à l’influence lente et prolongée du séjour dans les mines. — Nous ne reviendrons pas sur le premier ordre de causes ; il faut lire les résultats de l’enquête (|ue le gouvernement anglais a fait faire en 18/i0, suivant le vœu de la chambre des Communes (1), pour prendre une idée des

(1) Annales d’hygiène, série, t. XXIX, p. 241.

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fatigues et de l’épuisement quotidien des mineurs du IJerbysInre, où le travail souterrain se poursuit pendant lù et même l(i heures sur 2ù, du Nortliumberland, du district est de l’Écosse, etc. Tous les commissaires anglais attestent la croissance lente et imparfaite des enfants employés dans les mines; les mesures de taille ont donné une forte différence au profit de la po])ulation agricole, comparée à celle des mines. Le peu d’élévation des galeries souterraines oblige souvent les ouvriers à se tenir baissés; de là de fréquentes courbures du rachis, et chez les enfants ce que l’on appelle des poitrines de poulet. Dans le Lancashire, les femmes qui charrient le charbon dans les fosses ont généralement le dos voûté. Les enfants occupés à pousser les wagons et les traîneaux éprouvent au sommet de la tête des pressions, des frottements qui déterminent la chute des cheveux, l’épaississement et l’inflammation du cuir chevelu, etc. Les ouvriers employés à la taille sont exposés à desinfiammations des jointures des genoux et des coudes, par suite des froissements qu’ils éprouvent dans leur position forcée. — Quant aux accidents, ils sont causés par des chutes, des éboulements, des asphyxies par submersion, des déflagrations de gaz inflammables, etc.

Dans la statistique sanitaire des mineurs présentée au congrès international de statistique (1), le tableau des décès à partir de l’âge de quinze ans et poulies cinq années 18Ù9-1853, présentait 1813 cas de mort par suite de violences extérieures sur un chilTre total de 7ù3ù décès; la plupart des accidents reconnaissent pour cause l’ineflicacité de la ventilation, l’accumulation excessive de gaz impropres à la respiration, le défaut de surveillance des machines qui servent à descendre et à remonter les ouvriers, l’usage de préposer de très-jeunes enfants à la garde des portes d’aérage.

Les gaz sont produits par la respiration des ouvriers dans un air stagnant, par les eaux croupissantes, par la décomposition des bois qui revêtent et soutiennent les puits et les galeries, par la fumée des lampes et celle de la poudre brûlée, enfin par les exhalaisons des matières extraites. On présume que l’atmosphère des mines contient les gaz acide carbonique, hydrogène carboné, oxyde de carbone, et diverses combinaisons du gaz hydrogène avec des substances minérales (gaz sulfhydrique). L’analyse de l’atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, par P. Moyle (2), a démontré une altération considérable de l’air que le mineur respire pendant un tiers de son existence (8 heures de suite sur 2U). En moyenne, il a trouvé pour 100 d’air : 17,067 d’oygène, 0,085 d’acide carbonique, 82,848 d’azote, et des gaz azotés provenant en partie de la poudre h canon. Parmi ces gaz, les uns s’enflamment et détonent au contact des corps en ignition, les autres détei'minent les symptômes de l’asphyxie.

(1) A. Wilson, Habitudes et maladies des 7uineurs du Durham et du \orthu>7iberla7id (B/'itish 77ied. Jou7m., 1863, t. II, p. 329).

(2) P. Moyle, A/males de chùnie et de plujsique, 3“ série, t. III, p. 318.

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Les ouvriers (lislingiiciit deux espèces de gaz : le feu grisou ou feu sauvage, formé presque exclusivement d’hydrogène protocarboné; mêlé à une certaine (juantité d’air, il s’enflamme avec une explosion terrible quand il rencontre une lumière; la moffette, qui se dégage à flots épais à l’ouverture des mines voisines de volcans éteints ou des mines fermées depuis longtemps avec les déblais : sa présence s’annonce par la diminution ou l’extinction de la lumière des lampes ; formée par le gaz acide carbonique, elle cause l’aspbyxie.

Les principales précautions contre les accidents que peuvent produire ces divers gaz sont l’emploi de la lampe de Davy, des lumières introduites de très-loin dans la mine, la désinfection par le chlore, mais surtout la ventilation. Il est maintenant démontré qu’un aérage sulbsant, produit par des moyens mécaniques, préviendra toujours ces diverses causes de danger. Dans les mines abandonnées pendant quelque temps, il faut provoquer l’inflammation du feu grisou dont l’ignition purifie l’air; l’ouvrier, chargé de cette opération, la fait impunément en se couchant aplat ventre. Quand on perce des galeries pour l’écoulement des eaux, il faut s’en éloigner au moment de la débcàcle, et ne rentrer qu’après avoir essayé l’air. La lampe de Davy ne procure point une sécurité absolue : un air trop agité, un courant rapide de gaz hydrogène carboné, comme il advient dans ce que l’on nomme un sou/flard, et probablement d’autres causes non connues, peuvent annuler momentanément l’elfet de la lampe et produire des accidents que l’on impute à l’impru dence des ouvriers. Éclairer les mines en soustrayant le foyer de combustion leur atmosphère explosive, tel est le problème que la science paraît appelée résoudre par l’application des appareils voltaïques à l’éclairage. Boussingault a expérimenté avec la pile de Müneb; le courant, établi entre deux pointes de charbon placées sous l’eau ou dans le vide, a fourni un jet de lumière qui a pu être lancé impunément dans une atmosphère détonante. De la Rive a fait d’autres tentatives, et l’on doit espérer un progrès qui sauvera un ouvrier par jour en Europe de la mort par le feu grisou (1). Grove l’a peut-être réalisé, car il a pu lire plusieurs heures à la lumière émise par un fil de platine roulé en spirale et traversé par un courant voltaïque.

Le séjour prolongé dans les mines donne lieu à une maladie spéciale des organes respiratoires, dite mélanose, phthisie charbonneuse du poumon, crachement noir [blaek spittle), et à la cachexie connue sons le nom d’anémie des mineurs. En 1831, le docteur G regory publia l’observation d’un bouilleur mort avec les symptômes de la phthisie pulmonaire ; les cavernes qu’olfrirent ses poumons étaient incrustées dans leurs parois d’une matière noire que Ghristison analysa et trouva analogue aux produits de la distillation de la bouille. En 183fi, le docteur Marshall fit de cette fausse mélanose l’objet d’un mémoire (2) où il attribue cette maladie à l’accumulation de la poussière de

(1) Voyez GuérarcI, Sur l’emploi de la lampe de Davy [Annales d’hygiène, 1846, l. XXXV, p. 59 et 349).

^2) Marshall, /.««ce/ïe ««ÿîrtwe, 1834.

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charbon dans les vésicules pulmonaires. Le docteur Gibson croit que tous les mineurs de la bouille en sont plus ou moins atteints. L’enquête de 18ù0 a mis hors de doute la fréquence, la nature et la gravité de la pbtbisie cbarbonjieuse. Les docteurs Thomson (d’Édimbourg), Scott, Alison, iMakellar, etc., s’accordent à dire que l’infiltration du charbon dans le tissu pulmonaire est parmi les ouvriers d’un certain âge la maladie la plus ordinaire comme la plus funeste : l’asthme, que Fellowes a observé chez presque tous les ouvriers de quarante ans, ne reconnaît point d’autre cause.

On est encore loin d’être d’accord sur la nature et la provenance du charbon que l’on trouve dans les bronches, les poumons, les ghandes bronchiques. Dans sa monographie des maladies métallurgiques du Harz, Brockmann soutient que dans la pseudo-mélanose des houilleurs, les dépôts charbonneux sont constitués non-seulement par du charbon végétal, mais encore et surtout par du charbon animai, c’est-à-dire du carbone résultant de la transformation de la matière colorante du sang. Par leur travail, les mineurs sont exposés aux alfections bronchiques et pulmonaires qui favorisent précisément le dépôt de pigment dans la substance du poumon.

Quel rôle joue la poudre à canon employée pour faire sauter des roches ou des quartiers de houille? Ce n’est pas là bien certainement l’agent exclusif de l’anthracose, quoi qu’on en ait dit, puisque celle-ci peut exister, comme l’a rapporté W. Thomson dans des localités où la poudre n’est pas employée. Quel rôle attribuer à la fumée des lampes qu’on a aussi voulu rendre surtout responsable de la maladie? Sur tous ces points, on n’est pas encore complètement édifié.

Le poussier de charbon peut devenir cause de maladie, soit en irritant les bronches, soit en obstruant une partie plus ou moins grande des poumons, mais il n’exerce qu’un effet mécanique, et comme le remarque avec raison Boëns-Boissau (1), il ne saurait déterminer une maladie spécifique. La phthisie tuberculeuse est, au contraire, rare chez les mineurs; Hervier (2), François (3), Riembault (Zi) ont en particulier insisté sur ce fait qui se trouve confirmé dans le rapport de la commission chargée de l’enquête sur l’état des mines de la Grande-Bretagne {Bhæ Book, 186Zi). L’asthme est aussi rare chez les mineurs que la bronchite et l’emphysème sont fréquents; dans les tableaux dressés par Kuborn, on voit figurer au premier rang après l’anémie (81 cas) la bronchite pour 51 cas, l’emphysème pour 21 cas; l’asthme n’est signalé que 9 fois sur 5ZiO malades. — En résumé, l’authracose des mineurs est un catarrhe bronchique avec enijihysème compliqué de dépôts

(1) Roëîis-Büissau, Traité ijratique des accidents et des difformités des houiiieurs. Bruxelles, 1862.

(2) Hervier, Gazette médicale de Lyon, 1859, t. III, p. 516.

(3) François, Ihdlctin de T Académie de Belgique, 1857, t. XVI.

(4) Riernbaiill, Hygiène des ouvriers mineurs dans les explodaiions houillères. Paris> 1861, p. 209.

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charbonneux. Le crachement noir élimine une partie du charbon qui pénètre les poumons, mais il s’accompagne des phénomènes progressifs de la consomption ; parfois au contraire la matière noire existe longtemps dans les poumons sans produire ni toux ni expectoration, et on l’y constate en cas de mort accidentelle. Dans le Dictionnaire encyclopédique, Dechambre a consacré à l’étude de celte alTeclion un excellent article (|ue l’on consultera avec fruit.

Si l’on représente par 100 le nombre de décès par suite d’affections pulmonaires chez les hommes non employés aux mines, pour chaque période de la vie, on voit, d’après les documents recueillis dans les trois années 1860-1861- 1862, que le chiffre de la mortalité chez les mineurs du Cornwall est de \ik entre 15 et 25 ans, de 108 entre 25 et 35, de 186 entre 35 et /i5 ans, de ti55 entre 45 et 55 ans, de 834 entre 55 et 65, et enfin de 430 entre 65 et 75 ans (1). Les seuls moyens de prévenir ce mal, c’est d’amener de l’air pur dans les galeries, d’y diriger une ventilation assez énergique pour balayer les vapeurs, les gaz, la poussière de charbon, et de substituer à l’huile un autre mode d’éclairage. L’heureuse idée qu’a eue Triger (18ti6), d’employer l’air comprimé comme force motrice pour l’exploitation des mines, aura pour effet de préserver les ouvriers du crachement noir; car, à l’aide de deux machines à vapeur de dix à douze chevaux qu’il établit, l’une à l’intérieur de la mine et l’autre à l’air libre, il assure l’aération de toutes les parties de l’exploitation et il fait affluer l’air pur sur des points jusqu’alors inaccessibles aux autres agents de ventilation. Dans les houillères bien ventilées, on ne rencontre pas le crachement noir : le docteur Makellar mentionne l’immuailé de l’exploitation de Peuston, voisine de celle de Peucailland où sévit la phthisie charbonneuse, et il a connu des ouvriers qui, ayant passé de la première à la seconde, y ont trouvé une mort lente.

L’anémie des mineurs a été décrite au commencement de ce siècle par Hallé, d’après l’épidémie qui affligea les ouvriers des environs de Valenciennes (Anzin) : décoloration universelle, effacement des ramifications des vaisseaux capillaires; teinte jaune de la peau, pareille à celle de la cire blanche quand elle a été longtemps gardée; bouffissure, impossibilité de marcher sans suffoquer; palpitations, sueurs habituelles, accélération du pouls, céphalée; appétit conservé ou même augmenté ; bonnes digestions, souvent selles demi-liquides: tels senties caractères que Hallé assigne à cet état, et auxquels on peut ajouter aujourd’hui des bruits de souffle dans les artères et dans le cœur. Chômai a publié un cas d’anémie de mineur (2); un autre s’est présenté dans le service d’Andral (3) ; un jeune soldat, sortant des mines de Saint-Etienne, est entré dans notre service au Val-de-Gràce avec tous les symptômes de l’anémie.

(1) Sur la santé des mineurs [Annales d’iajçjiène, 2® série, 1865, t. XXIV, p. 439).

(2) Chomel, Dictionnaire de médecine, en 30 volumes, article Anémie.

(3) Andral, Journal de médecine, par Beau, avril 1843.

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üucpcliaux signale l’état chlorotique de la plupart des jeunes houilleurs de Belgi(iue. On a considéré à tort cette affection comme une intoxication sulfhydrique lente, ou comme due à l’usage interne de l’eau qui filtre à travers les mines, car les houilleurs ont cessé d’en boire et continuent d’être anémiques. Succèdet-elle à l’absorption des émanations charbonneuses? .Mais les charbonniers de Paris, toujours en contact avec les poussières de charbon, en sont affranchis : elle provient de la privation d’air parfaitement respirable, de soleil et de lumière que subissent les houilleurs dans des souterrains humides d’une immense étendue; le même étiolement, le môme appauvrissement du sang survient dans les prisons, dans les ateliers mal éclairés, dans les logements obscurs et humides des pauvres, etc. On ne peut en préserver les houilleurs qu’en les faisant sortir souvent des mines pour respirer à l’air libre et s’exposer à rinlluence plastique du soleil. Les statistiques anglaises prouvent que la vie des houilleurs est abrégée; dans le sud du pays de Galles, ils atteignent rarement leur (juaranle-cinquième année, et sur 1163 individus, il n’y en a pas six qui soient arrivés à soixante ans.

IX. Fer. — Les mines de fer, exploitées d’après les procédés analogues à ceux des houillères, exigent un travail plus rude à cause de la pesanteur des matières à transporter; mais leur insalubrité ne provient que de leur défaut de ventilation, de leur dessèchement imparfait, etc. Dans les mines de fer où ces causes n’existent point, les ouvriers ne paraissent subir aucune influence nuisible. Julien (1) rapporte que les ouvriers employés daus les mines de fer de Vic-Dessos ne sont nullement sujets aux maladies qu’on rencontre dans les autres mines : ils sont robustes, vivent très-longtemps; seulement les courbatiers, qui portent continuellement des fardeaux très-lourds, sont affectés de voussure dorsale.

Les inconvénients liés à la fabrication de l’acier (2) peuvent être rangés sous quatre chefs principaux : 1° l’action de brusques alternatives de température auxquelles sont exposés les ouvriers employés à la fonte du fer dans les hauts fourneaux ; 2“ les effets fâcheux résultant des attitudes forcées de tout le corps ou de certaines parties seulement; 3° l’action nuisible des fumées, des vapeurs et des poussières; k° les circonstances qui favorisent la production de diverses lésions traumaticiues. Les graveurs sont souvent atteints de phlegmasies chroniques de l’œil, d’amblyopie; les ouvriers exposés aux bruits éclatants présentent de l’obtusion de l’ouïe; enfin ceux qui travaillent debout sont sujets aux varices et aux ulcères des membres inférieurs.

X. Plomb. — Malgré les améliorations hygiéniques qu’a reçues l’industrie de la céruse, malgré l’atténuation du danger des émanations saturnines

(1) Julien, Thèse de Montpellier, 1824.

(2) Jordan (de Sülil), Maladies des ouvriers dans les fabriques d'acier {Casper's Vierteljahrcsschrift) , extrait et traduit de l'allemand par le docteur Beaugrand {Annales d’hygiène publique, 2“ série, t. XXllI, p. 264).

dans beaucoup de professions où l’on manie le plomb, cette influence continue de faire beaucoup de malades et d’infirmes, ainsi qu’on le voit par le relevé de cas traités dans les hôpitaux de Paris pendant lù années :

Cérusiers

Total Total Autres

Années.

des morts.

des malades.

morts.

malades.

Peintres.

professions,

De 1849 à 1858 inclusivement, les hôpitaux de Paris ont reçu 1945 individus atteints de maladies saturnines, dont 15 seulement ont succombé, tandis que dans la période décennale précédente le nombre des malades s’est élevé à 3149, et celui des décès à 121.

Les coliques de plomb atteignent, outre les cérusiers, des peintres, des tailleurs de cristaux, des chaulTeurs, des fondeurs en cuivre et en plomb, des fondeurs en caractères, des broyeurs de couleurs, des polisseurs en caractères d’imprimerie, des potiers de terre et d’étain, les ouvriers employés à la vitrification des étiquettes en émail. Les accidents saturnins observés chez ces ouvriers ont été étudiés d’une manière spéciale par le docteur Beaugrand (1).

Des accidents d’intoxication saturnine peuvent être observés chez les ouvriers qui travaillent à la fabrication des pains à cacheter (2); chez des enfants qui ont mangé des bonbons colorés par le chromate de plomb ou contenus dans des boîtes ou sacs de papier préparé à l’acétate de plomb (3).

Enfin, nous devons encore signaler, parmi les professions qui exposent à l’intoxication saturnine, l’émaillage du fer (4) et la fabrication du verre mousseline (5).

(1) £. Beaugrand, Gazette des hôpitaux, 1862, p. 7.

(2) M. Vernois, De la fabrication des pains à cacheter {Ann. d'hyg.publ. et deméd, légale, 2® série, 1854, t. XXII, p. 36).

(3) A. Chevallier, De la vente des sucreries coloriées et de diverses autres substances; des dangers qu’elle présente {Annales d'hygiène, t. XXVII, p. 344).

(4) Archambault, Intoxication saturnine par la poussière de cristal chez des ouvriers travaillant à la contre-oxydation du fer {Arxliives de médecine, 1861, p. 129). — Duchesne, Mémoire sur la colique de plomb chez les ouvriers employés à l’émaillage du fer [Académie des sciences, séance du 20 août 1861).

(5) 0. Dumesnil, Étude sur l’hygiène des ouvriers employés à la fabrication du verre-

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L’émaillage du fer, on le sait, a pour but de recouvrir la surface de ce métal d’une couche vitreuse qui le rend inaltérable. La poudre d’émail, composée de débris de verre, de sable, d’un peu de manganèse, et d’nne forte proportion de minium, est tamisée au-dessus de la surface métallique préalablement recouverte d’une solution de gomme. C’est pendant l’opération du tamisage que l’absorption des particules plombiques peut s’effectuer.

La fabrication du verre mousseline donne aussi lieu à plusieurs des accidents signalés dans l’empoisonnement par le plomb. L’intoxication est produite par l’absorption des poudres contenant des préparations plombiques à l’aide desquelles on émaillé le verre. On pourrait diminuer les accidents en remplaçant par une préparation visqueuse, telle qu’une solution de gomme ou de dextrine, l’essence de térébenthine dont on se sert dans plusieurs ateliers pour humecter les lames de verre, afin que l’émail qui se dépose sur elles puisse y adhérer.

L’introduction dans l’économie des molécules de plomb détermine un empoisonnement qui se révèle sous les formes diverses : dans le système nerveux de la vie organique, par l’exaltation de l’action nerveuse; dans celui de la vie de relation, tantôt par l’exagération, tantôt par l’abolition du mouvement et du sentiment. Avant le développement des maladies saturnines, la présence du plomb dans l’organisme se manifeste par une action toute spécifique sur la plupart des solides et des liquides; c’est ce que Tanquerel des Planches (1) ciualifie d’intoxication saturnine primitive, et il lui attribue les caractères suivants : 1® teinte ardoisée ou bleuâtre des gencives, au voisinage des dents, s’étendant parfois à toute la muqueuse buccale ; due au sulfure de plomb, elle ne s’enlève c[ue très-difficilement par des frictions réitérées et faites avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique ou chlorhydrique ; c’est au bord libre des gencives, point le plus favorable à une réaction chimique, que siège le liséré caractéristique des ad’ections saturnines; chez les individus à dents et gencives saines, on n’observe qu’une strie d’un violet très-foncé. Plus les dents sont déchaussées et le cul-de-sac giugivo-dentaire prononcé, plus augmente la zone de sulfuration, et avec elle le liséré; s’il n’existe plus de dents, la coloration manque : preuve certaine qu’elle est due à la décomposition des matières organiques dans le cul-de-sac giugivo-dentaire; 2“ goût sucré, haleine fétide; 3“ ictère saturnin (teinte jaune plombé ou terreuse, plus prononcée à la face et se montrant après la mort sur presque tous les organes de l’économie); h° amaigrissement avec diminution des forces ; il annonce la saturation toxique de l’économie ; 5° pouls petit, grêle, quehjuefois ralenti. Ces phénomènes n’apparaissent que chez les individus exposés à respirer ou à avaler une grande quantité de plomb

mousseline, thèses de Paris, 2G août 1864, n° 177). — T. Gallard. De la fabrication du verre-mousseline danrjers auxquels sont exposés les ouvriers qui y sont employés]; mesures à prendre [Annales d’hygiène, 2* série, t. XXV, p. 37).

(1) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb. Paris, 1839, 2 vol. in-8.

(cénisiers, ouvriers de fabriques de minium); ils sont les précurseurs des maladies (le plomb proprement dites, lesquelles ne tardent pas 5 se développer, et que nous nous contenterons de mentionner. 1“ Colique saturnine : elle n’atleint que les ouvriers qui, dans leurs travaux, disséminent autour d’eux des particules plombiques qu’ils absorbent ensuite par la surface pulmonaire ou digestive, la peau revêtue de son vernis épidermique étànt peu propre à les introduire dans le sang en quantité suffisante ; aussi les ouvriers qui travaillent le plomb à l’état fixe sont à l’abri de la colique saturnine. Sur ‘285 malades atteints de colique saturnine et traités dans les hôpitaux de Paris pendant le deuxième semestre 18/i6f on compte 167 cérusiers (plus de la moitié), Ik peintres en bâtiments (plus du quart), 6 broyeurs de couleurs, 5 peintres en voiture, 5 confectionneurs de cartes sur porcelaine, h fondeurs. 2" Arthralijie saturnine (rhumatisme saturnin de Sauvages, rachialgie saturnine d’Astruc), caractérisée par des douleurs avec ou sans crampes, siégeant par ordre de fréquence dans les membres inférieurs, supérieurs, le tronc, la tête, dilacérantes, contusives, lancinantes, variant depuis un simple malaise jusqu’à la plus atroce souffrance. C’est, après la colique, la plus fréquente des affections saturnines, et ceux qui contractent le plus souvent la première sont aussi le plus sujets h la seconde ; toutefois les ouvriers des fabriques de minium sont le plus exposés à l’artbralgie, sans l’être autant à la colique. 3“ Paralysie saturnine; l’abolition du mouvement volontaire frappe ordinairement les muscles situés dans le sens de l’extension des membres, sur les muscles extenseurs du poignet et des doigts; il n’existe aucun signe appréciable de lésion matérielle des centres nerveux ; dans le relevé fait par Tanquercl et qui comprend 101 ouvriers de diverses professions atteints de paralysie saturnine, les cérusiers et les peinti’es en bâtiments figurent dans les proportions les plus fortes (31 et 22). h° Anesthésie saturnine ou abolition de la sensibilité tactile, moins requente que celle de la contractilité musculaire ; parfois l’une et l’autre coexistent; elle peut être bornée à la peau ou frapper toute l’épaisseur d’un membre, ou, se limitant h la rétine, donner lieu à l’amaurose saturnine, simple ou double, passagère ou très -persistai! te. 5” Encéphalopathie saturnine, névrose apyrétique de l’encéphale dont les symptômes changent brusquement d’aspect et de forme, du malin au soir, du jour au lendemain; ces symptômes sont du délire, du coma, des convulsions, accompagnées ou non de la perte d’un ou de plusieurs sens; de là les expressions synonymiques de démence, délire, convulsions, éi)ilepsie, coma de plomb. Tous les composés de plomb peuvent donner naissance aux différentes formes d’encéphalopathie, et d’autant plus aisément qu’ils sont plus diffusibles dans l’air à l’état d’émanations; les cérusiers et les peintres en bâtiments en fournissent le plus grand nombre de cas. Celle maladie ne se manifeste que chez ceux qui sont restés quelque temps exposés à l’action du plomb.

Le principe de la prophylaxie consiste à empêcher l’ouvrier de respirer et d’avaler des molécules ou des émanations plombiques, quoiqu’il se trouve dans

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une almosplièrc chargée des particules de ce poison. Le moyen prophylactique par excellence estime ventilation suffisante pour emporter au dehors les particules de plomb disséminées dans l’air; on l’obtient par de nombreuses et larges fenêtres percées à l’opposite et dans tous les sens, par des vasistas et surtout par des fourneaux d’aérage ou cheminées d’appel de Darcet, fondées sur réchauffement de l’air. L’eau est un merveilleux moyen pour prévenir la dissémination des particules de plomb : les ouvriers qui manient le plomb sous l’eau sont à l’abri de tout accident. L’arrosage du sol avec de l’eau ou de la sciure de bois humide s’oppose à l’ascension de la poussière saturnine. Iles éponges imbibées d’eau pure ou légèrement acidulée avec l’acide sulfurique doivent être appliquées sur la bouche et les narines des ouvriers; deux ou trois fois par jour il faut nettoyer ces éponges de la poussière toxique qu’elles retiennent; on se sert encore d’un masque de cuir avec des yeux de verre, et percé vis-à-vis la bouche d’une ouverture où se trouve une éponge humide. Les gants employés par plusieurs ouvriers n’ont aucun pouvoir préservatif. L’appareil du colonel Paulin a l’avantage d’isoler l’ouvrier et de lui constituer une atmosphère pure qui se renouvelle sans communiquer avec l’air toxique de l’atelier; il préserve d’une manière absolue et n’a qu’un inconvénient : c’est d’être un peu lourd et compliqué. L’humanité veut que dans les grands établissements les ouvriers alternent pour les travaux les plus et les moins dangereux; ils ne doivent pas les commencer h jeun. Le régime lacté préserve beaucoup d’ouvriers ou éloigne les attaques ; les aliments gras, comme le lard, sont recommandés par de Haen et Christison comme un antidote ; les excès dans le boire, le manger ou les plaisirs vénériens, disposent aux atteintes des maladies saturnines et les rendent plus dangereuses : on doit exiger que les ouvriers prennent leurs repas hors de l’atelier. La blouse en toile cirée dont on affuble les ouvriers, et les vêtements de fil^ substitués à ceux de laine, n’ont pas donné de résultat. La propreté est indispensable ; avant chaque repas, les mains doivent être soigneusement lavées, et quand la matière toxique adhère fortement h l’épiderme, il faut se laver avec de l’eau seconde ou du sulfure de potasse; le soir et le matin les dents et la bouche seront nettoyées avec du charbon en poudre. Les bains d’eau tiède et par intervalle d’eau sulfureuse, avec des lotions savonneuses, ne peuvent qu’être utiles. Gendrin, dans l’espoir de transformer le poison en un sel insoluble, a préconisé la limonade suivante : pour 3 litres d’eau 1 gros 1/2 d’acide sulfurique à 66 degrés, quelques onces de cassonade. L’efficacité de cette boisson est aujourd’hui contestée. La limonade d’hydrogène sulfuré, de Chevallier, n’a fait que retarder de trois jours l’invasion des accidents toxiques; elle répugne d’ailleurs aux ouvriers. Grisolle a proposé une limonade d’acide nitrique; les quatre ouvriers qui en ont bu sont tombés malades quinze jours avant les autres. Le tabac fumé et chiqué s’oppose un peu à l’absorption du plomb par la partie supérieure des voies digestives et respiratoires. Les purgatifs de quinze en quinze jours, sont, d’après Tanquercl, d’une utilité remarquable. Le conseil de salubrité de Paris insiste

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sur l’emploi des bains sulfureux, des lotions de même nature et des bains de vapeur; sur l’utilité de combiner l’action des éméto-purgatifs et celles des boissons neutralisantes (limonade sulfurique) avec le retour des symptômes digestifs, pour rendre le poison inerte et l’expulser à l’aide des selles et des vomissements (1). Dès les premiers signes de l’intoxication l’ouvrier doit être éloigné de ses travaux. En terminant, nous avons deux remarques à faire : l“de toutes les spécialités professionnelles qui exposent à l’absorption des émanations plombifères, la fabrication de la céruse est la plus dangereuse; tous les relevés statistiques témoignent de ces faits; 2° toutefois, et c’est l’infatigable Chevallier qui a mis cet important résultat en évidence, les fabriques de céruse, convenablement établies et fonctionnant d’après les procédés nouveaux, ne font plus une victime; depuis plusieurs années aucun ouvrier n’y a présenté les symptômes de l’intoxication saturnine. Les progrès accomplis dans cette industrie consistent surtout dans la substitution des machines au travail à la main, et des appareils clos à l’exploitation à l’air libre. Tel est le bienfait de ces changements, que l’une des deux principales usines de Paris (Ivry), où ils ont été adoptés, n’a plus envoyé un seul malade aux hôpitaux en 1851 et en 1852, tandis que l’autre (Glichy), plus lente à les imiter, a fourni encore 125 malades en 1851. Les usines du nord de la France et de l’Angleterre paraissent avoir réussi à supprimer complètement toute cause d’insalubrité dans la préparation de la céruse. Quant aux peintres qui, après les cérusiers, payent le plus rude tribut aux maladies saturnines, l’opération la plus nuisible est pour eux le grattage des surfaces peintes; elle perdrait son danger, s’ils mouillaient préalablement les surfaces avec de l’eau seconde, d’après le conseil de Chevreul. L’emploi du blanc de zinc les affranchit d’ailleurs de tous les inconvénients de la peinture au blanc de céruse. Il est à peine utile de rappeler que Ruolz a proposé de substituer l’oxyde blanc d’antimoine à la céruse dans tontes les applications qu’on a faites just|u’à présent du carbonate de plomb; l’oxyde blanc d’antimoine ferait disparaître les conséquences déplorables de la fabrication du blanc de céruse. Rousseau a indiqué un procédé pour le retirer du sulfure d’antimoine naturel (2); moins cher du tiers que le blanc de céruse, son adoption l’emettrait en prospérité l’exploitation languissante des mines d’antimoine qui abondent en France. Comme on peut le broyer dans l’huile immédiatement sans autre manipulation, les peintres l’emploieront sans inconvénient. Depuis que cette substitution a été proposée, une autre plus efficace encore s’est effectuée au grand profit de l’humanité. Le blanc de zinc remplace dans la peinture en bâtiments le blanc de céruse ; dépourvu de toute propriété délétère, moins cher, inaltérable, se mêlant parfaitement à toutes les couleurs, recommandé par l’Académie d’architecture de Paris, proposé depuis 1781, le blanc de zinc est resté ignoré ou méconnu par

(1) Rapports généraux du conseil de salubrité de Paris de 1846 à 1848, p. 148.

(2) Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 20 nov. 1843.

92G HES professions EN PARTICULIER. [hygiène

le.s peintres en liàtiment, qu’il préservera de maux affreux : on ne saurait trop leur en recommander l’usage (voy. Zinc).

XL — Cuivre. Si l’on en croit Blandet, les ouvriers qui travaillent le cuivre sont sujets à une colique métalli<[ue qui a des rapporls avec celle de plomb; on la croit plus rare parce qu’elle conduit rarement à l’iiopiial ; les relevés faits par Blandet (1) indiquent que sa fréquence dans les hôpitaux est de 1 sur 1500 malades, tandis que d’après l’interrogatoire des ouvriers en cuivre euxmêmes, elle est de 1500 sur 1500. Cette maladie, qu’il faut chercher dans les ateliers, serait l’inévitable tribut que les apprentis payent au cuivre. Les ouvriers qui en sont atteints continuent de travailler, ou, dans les cas les plus graves, ne suspendent leur besogne que pour quelques jours. Voici les caractères différentiels que Blandet assigne à la colique cuivreuse et à la colique saturnine. Dans la première, diarrhée, plus fréquemment matières alvines vertes; ventre le plus souvent douloureux tà la pression ; vomissements assez fréquents, flux sanguin, durée de quarante-huit heures; point d’accidents du côté du système nerveux. On finit par s’acclimater à l’atmosphère cuivreuse. Le lait et l’albumine sucrée préviennent et combattent l’affection. Dans la seconde, constipation, selles séro-muqueuses, ventre indolent et soulagé par la pression ; vomissements très-rares, jamais de flux sanguin ; accidents graves du côté du système nerveux; durée de plusieurs semaines ; point d’acclimatement possible : ceux qui continuent le travail du plomb périssent misérablement. Dans un intéressant travail sur la pathologie des ouvriers en cuivre employés dans les arsenaux maritimes, Maisonneuve (2) admet l’existence de la colique de cuivre <{ui, selon lui, dépend d’une irritation de la muqueuse digestive par le contact de molécules d’oxyde ou de sels de cuivre déposées dans les cavités buccale et pharyngienne, par les inspirations, et plus tard par la déglutition dans l’intérieur de l’estomac et de l’intestin. Ces coliques s’accompagnent, d’après cet observateur, soit de vomissements, soit de diarrhée; elles sont de courte durée et très-peu graves dans l’immense majorité des cas. Elles n’impliquent pas, pour lui, l’existence d’une intoxication générale antérieure.

Les ouvriers en cuivre ont les avant-bras, les cheveux et la barbe verts; leurs dents sont recouvertes d’une couche grise de sulfure de cuivre ; ils mangent dans l’atelier, ils mordent dans leur pain posé sur la limaille de cuivre, de sorte qu’ils absorbent peut-être aussi le cuivre par la surface digestive ; mais la cause la plus évidente de la maladie serait l’inhalation de la poussière du métal, car elle atteint les personnes qui nettoient les tours et les tables le samedi ou le dimanche, et qui soulèvent des poussières de cuivre; les chaudronniers' qui nettoient des vases de cuivre, les tourneurs ou limeurs qui souillent la poussière qu’ils produisent en travaillant sur leurs pièces, etc. Plus la poussière est

(1) Blandet, Journal de médecine de Trousseau, mars 1845.

(2) Maisonneuve (de Rocliefort), Hygiène et pathologie professionnelle des ouvriers des arsenaux maritimes, ouvriers en cuivre {Arch. deméd. navale, t. III, p. 25).

pübuqde] professions A MATIÈRES INORGANIQUES. 927

fine, comme dans le tour au poncé, plus la maladie est fréquente : ces tourneurs devraient se garnir les narines et la bouche d’un objectif propre à arrêter les corpuscules métalliques.

Blandet ne voit dans la colicpie cuivreuse qu’une phlogose du tube digestif, et recommande le traitement antiphlogistique. En admettant les faits qu’il a publiés, on en tirerait la preuve de son erreur et la réalité d’une intoxication fort analogue à celle du plomb, sans nier les effets primitifs de la poussière de cuivre, lesquels consistent en coryza, bronchite, etc., et ne s’éloignent guère de ceux des autres poussières dures. Les observations I et III, qu’il rapporte, sont évidemment des cas d’absorption du cuivre. N’a-t-il pas lui-même constaté la présence du cuivre dans les matières fécales du sujet de l’observation première ?

Mais voici d’autres faits qui militent puissamment contre les observations de Blandet et portent à y soupçonner une erreur d’induction : les chaudronniers de Durfort (Tarn), qui travaillent le cuivre rouge à froid, et qui ne cessent d’avaler par le nez et parla bouche la poussière cuivreuse, en absorbent une telle quantité, qu’au rapport de beaucoup de témoins (1), leurs os se colorent en vert ou en bleu, et communiquent après leur mort ces teintes à la terre ambiante des cadavres ; le sternum présente au maximum cette coloration. Vivants, ces ouvriers ont les cheveux colorés en vert; leur urine donne cette couleur au mur ou à la portion du sol qu’ils en arrosent fréquemment ; et néanmoins ils sont robustes et vivent en moyenne aussi longtemps que les autres. Chevallier et Boys de Loury ont visité à Paris tous les établissements où le cuivre se travaille : fondeurs, acheveurs, ciseleurs, bronziei’s, lamineurs, cloutiers, fondeurs de médailles et de monnaies, chaudronniers, poêliers, capsuliers, ils les ont tous explorés, interrogés ; ils n’ont pas rencontré un seul cas de colique cuivreuse, pas plus que le docteur de Pietra-Santa (2). Les ouvriers qu’ils ont visités ne leur ont présenté aucun accident qui pût être attribué à l’action d’une influence toxique particulière; aucun des malades signalés dans les hôpitaux comme atteints de coliques de cuivre n’était réellement atteint de cette affection. Il résulte des observations de Maisonneuve que le travail et la manipulation du cuivre métallique à froid doivent être considérés comme inoffensifs. Les accidents susceptibles d’être engendrés par le cuivre ne se rencontrent que dans les ateliers de coulage du métal en fusion, dans ceux de la chaudronnerie et dans tous ceux où des molécules d’oxyde et de carbonate ou autres sels de cuivre, voltigeant dans l’air, peuvent se déposer sur l’arbre aérien et la muqueuse pharyngienne. D’après cet auteur, la profe.ssion d’ouvrier en cuivre n’est pas incompatible avec une bonne santé ; l’aspect chétif qu’ils présentent dans les arsenaux maritimes doit être attribué,

(1) Audouard (de Béziers), Note sur les ouvriers qui travaillent le cuivre, etc. {Ann. d’hygiène, l''“ série, 1847, t. XXXYII, p. 395).

(2) De Dietra-Santa, Union médicale du 22 octobre 1858).

DES PROFESSIONS EN PARTICULIER

[hïgiêse

tout aussi bien qu’à l’action du métal, à la fatigue résultant d’un travail continu, à la misère, et souvent aussi, aux excès dont ils se rendent coupables.

La préparation de l’acétate de cuivre basique (vert-de-gris) ne paraîtrait point plus nuisible d’après les renseignements publiés par Chevallier (1), et la faible proportion de vert-de-gris à l’état humide, que les mains peuvent absorber à longs intervalles, resterait sans influence sur la santé comme sur la durée moyenne d’existence des ouvriers.

Pécholier et Saint-Pierre (2) ont repris cette intéressante question de l’influence de la fabrication du verdet, et ils ont en grande partie confirmé les conclusions de Chevallier.

Ces médecins ont constaté que, malgré les effets toxiques du verdet à haute dose, l’absorption lente et journalière de faibles quantités de cette substance est favorable à l’engraissement et à la santé de plusieurs espèces d’animaux.

Les ouvrières en verdet absorbent du cuivre dans l’exercice de leur profession, et cependant leur santé est excellente; jamais elles n’ont présenté de colique de cuivre. L’absence de chlorose chez toutes les ouvrières les a amenés à conclure c[ue la profession n’était pas étrangère à cette immunité, et que le cuivre possède des propriétés analogues à certains égards à ceux du manganèse, et surtout du fer.

A côté des avantages dus à l’absorption lente du verdet, se placent les inconvénients de l’action topique de ce produit à l’état pulvérulent. Les poussières de verdet peuvent irriter, chez les personnes non accoutumées, les muqueuses des yeux et des voies respiratoires, et amènent de légères ophthalmies, des angines sans gravité, de la toux, etc.

Dans les cas où, sans porter sérieusement atteinte à la santé, l’action des poussières produirait quelques-uns des accidents qu’on vient de relater, on devrait engager les ouvrières à tamiser l’air qu’elles respirent en plaçant au devant des ouvertures des voies respiratoires, un simple mouchoir attaché à la manière d’un cache-nez. Au point de vue de l’hygiène publique, la fabrication du verdet est absolument sans inconvénient.

Quant au travail qui consiste à renfermer des pains secs de vert-de-gris dans les futailles destinées aux expéditions, on lui reproche seulement de produire une poussière irritante pour les yeux el les orifices muqueux. Un seul fabricant l’accuse d’occasionner quelquefois un peu de colique. Ces témoignages d’origine directe, mais intéressée, nécessitent un contrôle. Pour les mouleurs en cuivre, les inconvénients de leur travail se résument dans l’inspiration des poussières de charbon, de ponsif, de noir de fumée (voy. Charbon).

D’après Perron (de Besançon) (3), les ouvriers horlogers qui presque

(1) Chevallier, loc. cit.

(2) Pécholier et Saint-Pierre, Étude sur Vhycjicnc des ouvriers employés à la fabrication du verdet [Montpellier médical, ISGé, t. XII, p. 97).

(3) Perron, Des maladies des horlogers produites par le cuivre et Vabsorption des molécules cuivreuses [Ann. d'injg. et de méd. légale, 2'^ série, t. XVI, p. 70).

publique] PUOl'ESSlüNS A MATlÈRIiS INOnGANiQEES. 929

ions maiiieiil le cuivre, sont soumis à des intoxications lentes par ce métal ; ils présentent des accidents gastriques, de la diarrhée, de l’oppression, un peu de fièvre. Ces intoxications allèrent la santé de l’ouvrier, et constituent pouri-ji une prédisposition puissante à la phthisie. A Besançon, sur 200 décès observés chez les ouvriers horlogers, il y en a 127 par phthisie pulmonaire. — 2000 ouvriers sont disséminés dans la ville qui compte U5 000 habitants, et ils fournissent 36 décès par phthisie sur 86 survenus dans toute la popiilalion, c’està-dire les i2/100'=®. Sans pouvoir affirmer que l’absorption du cuivre joue un rôle aussi considérable (|ue le prétend Perron, dans la production de cette maladie, il ressort bien évidemment des chiffres précédents que la profession d’horloger exerce une grande influence sur le développement de la phthisie pulmonaire.

XII. Zinc. — L’emploi de ce métal a pris une extension considérable dans les usages domestiques et dans les constructions; il s’est substitué heureusement au plomb pour la toiture des maisons, dans la préparation des couleurs, pour la fabrication d’un grand nombre d’ustensiles, etc.

On extrait le zinc de la calamine et moins abondamment de la blende où il est associé au soufre et au plomb. Ses plus riches gisements appartiennent à la Belgique et à la Prusse. Ce minerai, séparé de l’argile qui se délite par une longue exposition à l’air, lavé et calciné dans des fours coniques analogues aux fours à chaux, est ensuite pulvérisé .sous des meules verticales, tamisé, mélangé avec moitié de son poids de houille sèche en poudre et introduit dans des espèces de cornues de terre que l’on chauffe à blanc dans des fours de réduction. Le travail de ces fours comprend : le chargement des creusets, le tii'age du métal et le nettoyage ou le remplacement des creusets. Dans ces opérations, les ouvriers sont exposés à l’action d’une haute température et des vapeurs du zinc. Les recherches de Chevallier ont établi que cette dernière influence ne se traduit par aucun résultat fâcheux pour leur santé et leur longévité; on a observé seulement, parmi les ouvriers les plus âgés, quelques cas d’asthme, dus sans doute h l’inhalation très-prolongée des poussières. Celles-ci, lancées en grande quantité par les fours à zinc, agissent-elles sur la végétation et les animaux ? L’herbe des prairies, certains légumes et arbres à fruit (pécher, pommier, cerisier, etc.) paraissent en souffrir, de l’aveu même des industriels du zinc, mais sans qu’on puisse en accuser plutôt les émanations du zinc que l’action toute mécanique des matières pulvérulentes ; il faut aussi considérer la nature de ces terrains métallifères, peu favorables par eux-mêmes au développement des plantes et des arbres. L’enquête faite en Belgique n’a pas démontré la réalité des maladies que le zinc aurait produites sur le gros bétail. La couperose blanche (sulfate de zinc) est le seul élément très-soluble des poussières des fours h zinc; en évaluant celle des dix fours de la Vieille-Montagne à 320 kilogrammes par jour (32 kilogrammes par four) et à 125 000 mètres carrés l’étendue territoriale où elles se disséminent, on a pour chaque mètre carré 2®'',5/r de poussière en 2ù heures, et, comme 1 gramme contient M, LÉVY. Hygiène, 5“ édit. ii. — 59

DES PROFESSIONS EN PARTICULIER

f HYGIÈNE

0,007 crélérneiUs soluliles, les de poussière déversée en 2/i heures sur

1 mètre carré de surface renferment 0,0175 de sels solubles dont une partie seulement adhère aux herbes des jiàturages ; cette proportion est trop minime pour nuire à la santé des ruminants ; au reste, en raison du peu d’élévation des cheminées et de leur pesanteur spécifique, les matières qui s’échappent des fours à zinc retombent à peu de distance. Du linge placé le matin à 100 mètres d’intervalle des fours, n’a présenté à trois heures de l’après-midi aucune trace de dépôt de poussière.

Le laminage dii zince^l une opération inoffensive pour la santé des ouvriers, ainsi que Chevallier l’a constaté dans la plupart des usines; elle exige la refonte des lingots ; les plaques de zinc, chauffées à 100 degrés centigrades, passent ensuite entre des laminoirs de fonte, mus par la vapeur ou par un cours d’eau.

C’est aux de zinc, surtout à celles de zinc et de cuivre, queBlandet a imputé une maladie spéciale, caractérisée par la courbature, des douleurs musculaires, de l’oppression, de la céphalalgie, des hallucinations, des bruits de marteau dans les oreilles, des vomissements, des frissons persistant durant trois à quatre heures et se terminant par une réaction fébrile avec sueurs copieuses. La courbature métallique ou maladie de zinc, comme l’appelle Blanchet, dure de 28 :i Ô8 heures, et se produit le jour ou le lendemain du jour de fonte dans les conditions suivantes : tirage imparfait de la cheminée, vent contraire rabattant la fumée dans l’atelier, clôture de celui-ci pendant l’hiver, coulée du métal en fusion au milieu de l’atelier. On l’observe dans les fonderies d’alliages de zinc et de cuivre, non dans celles de zinc seulement, où ce métal est liquéfié à une température moins élevée; elle cède d’ailleurs aux sudations et aux purgatifs. Le vin chaud et le thé sont les remèdes empiriques des ouvriers. Nous pensons avec Guérard que, dans les faits de ce genre, il faut tenir compte de l’action de plusieurs fourneaux ardents sur l’encéphale, du travail prolongé, de l’ingestion d’une grande quantité d’eau, etc.

V opération du zingage, consistant à revêtir d’une couche mince de zinc des pièces de fer pour les préserver des altérations que leur ferait éprouver l’oxydation, peut déterminer chez les ouvriers des accidents qui ont élé parfaitement étudiés par Maisonneuve (1). — Les zingueurs, c’est-à-dire les ouvriers qui trempent les pièces de fer dans le bain de zinc, sont exposés aux vapeurs de sel ammoniac que l’on projette sur le métal en fusion pour s’opposer à son oxydation, et peuvent être atteints de ce qu’ils appellent la fièvre de sel (ivresse zincique de Blandet). — Les ouvriers de Rochefort, l’attribuent à l’action du chlorhydrate d’ammouiaque ; Maisonneuve croit devoir l’attribuer aux vapeurs de zinc qui en contact permanent avec la muqueuse respi-

(1) Maisonneuve fde Rochefort), Hi/oiène et pathologie des zingueurs (Arch, de méd. navale, 18G5, t. II, p. 283).

pdblique] professions A MATIÈRES INORGANIQUES. 931

ratoire sonl facilement absorbées : la température élevée du milieu ambiant ne faisant que favoriser leur pénétration.

On peut grouper les accidents qu’éprouvent les zingueurs en trois groupes: accidents respiratoires, accidents nerveux, accidents fébriles. 1“ Accidents respircitoires : enchifrènement, dyspnée, râles sibilants, crachats noirâtres chargés de poussières métalliques non absorbées et de fuliginosités provenant du cblorliydralc d’ammoniaque ; 2“ accidents nerveux : engourdissement, resserrement à la base de la poitrine, vomissements, tremblements et crampes dans les membres ; 3° accidents fébriles : réaction qui lutte contre cette intoxication passagère jusqu’à ce qu’une abondante diapliorèse, l’émission des urines et une expectoration active aient débarrassé l’économie de l’attaque qu’elle avait éprouvée.

On a encore observé des démangeaisons à la peau et particulièrement au scrotum, aux mains et sous les ongles. Les plaies et les brûlures se cicatrisent dilïicilement chez ces ouvriers : ce qui pourrait s’expliquer par la présence dans les tissus d’une petite quantité de chlorure de zinc.

Il y a quelques années, Greenhow (1) a observé chez les ouvriers fondeurs à Birmingham, à Sheffield, etc., des accidents particuliers qu’il a décrits sous le nom de fièvre des fondeurs de cuivre {Brass founder ugue). Ils ne s’observent ni dans la fonte du cuivre pur ni dans celle du zinc pur, mais seulement quand on agit sur un alliage de cuivre et de zinc. Dans la fonte du zinc pur, la température du métal n’est pas portée jusqu’à la sublimation, ce qui a lieu, au contraire, quand il est mêlé au cuivre et porté au degré de fusion de ce dernier métal. Les accidents reviennent par accès présentant quelque analogie avec les accès de fièvre intermittente, et Greenhow les attribue à la respiration des vapeurs de zinc auxquelles les ouvriers sont exposés. Il est important de faire remarquer que le zinc contient souvent de l’arsenic et ce métal très-volatil pourrait bien être la cause des phénomènes observés.

Le produit qui intéresse le plus l’hygiène, c’est l'oxyde ou blanc de zinc que Leclaire est parvenu à substituer à la céruse, par le perfectionnement économique des procédés de fabrication. Les ouvriers qui y sont employés sont exposés en partie à une haute température ; tous sont tapissés de la tête aux pieds par la pou.ssière de blanc de zinc. Bouchut a signalé chez eux (2) des maux de gorge, de la toux, des démangeaisons et des éruptions superficielles aux aines, au scrotum et aux aisselles. Une ventilation mieux réglée et l’usage réglementaire du pantalon à pied et de la blouse fermée ont supprimé ces accidents. Quant à ceux dits cadmiques, fièvre nocturne, céphalalgie, agitation nerveuse, ivresse passagère, les vérifications minutieuses de (chevallier et Tardieu, et l’observation si imposante de Rayer, ont prouvé qu’ils n’étaient pas

(1) Greenhow, Med. Times and Gazette, 1862, t. 1°'^, p. 227.

(2) Bouchut, Mémoire sur l’industrie et l’industrie de la peinture au blanc de zinc [Annales d’injyiène, 1852, t. XLYIi, p. 5).

DES PROFESSIONS EN PARTICULIER

[hygiène

réels. L’iiuliislrie du blanc de zinc, si ferlile en applications salubres aux arts, n’oU're par elle-inênie aucune insalubrité.

Après le fer, le zinc est sans contredit le métal qui se prête aux usages les plus variés : toitures et gouttières, citernes et réservoirs, tuyaux, conduits d’eau et pompes, plaques hydrofuges, doublages, chevillages et clouages des navires, baignoires, vases et ustensiles d’économie domestique, enveloppes de conserves et munitions, zinc perforé, fil de fer galvanisé, grains métalliques, caractères typographiques, etc. Il a cela d’excellent, suivant la judicieuse remarque de Tardieu, que, tandis que le danger des autres métaux est dans la facilité de leurs oxydation et dans la solubilité de leurs oxydes prompts à former avec les acides beaucoup de sels à propriétés toxiques, il donne lieu à un oxyde innocent par lui-même et relativement insoluble.

Nous avons mentionné l’emploi dn zinc pour citernes, gouttières (voy. t. II, p. 616), pour les ustensiles de ménage (t. I, p. 899). Nous empruntons à Schauefèle les résultats suivants d’expériences qu’il a poursuivies avec persévérance et qui sont d’accord avec celles de Payen et Chevallier ;

Mise en contact avec le zinc, l’eau-de-vie contient des traces de ce métal dès le premier jour ; au bout de huit jours, elle en contient une quantité notable; dans un vase de fer galvanisé, elle contient des traces de zinc vers le deuxième jour et une quantité très-appréciable vers le huitième jour.

Le vin, l’eau de fleur d’oranger et le vinaigre attaquent les vases de zinc et de fer galvanisé et contiennent, après 24 heures, des proportions notables de zinc. Le vinaigre en contient le plus.

Nulle trace de zinc dans l’huile d’olive, même après 15 jours de conservation dans des vases de zinc et de fer galvanisé.

Il y a du zinc, après 2fi heures, dans le bouillon maigre placé dans ces deux espèces de vases; le bouillon n’en a offert en proportion sensible que vers le quatrième jour.

l es deux espèces de récipients cèdent du zinc au lait au bout de 48 heures.

Contrairement aux observations de Boutigny, l’eau con.servée dans un vase de zinc n’a présenté au bout de 13 jours aucune trace de zinc; celle qui avait été mise dans un vase de fer galvanisé, en a fourni des traces. L’eau distillée les révèle dans les deux vases dès le cinquième jour; l’eau de Sellz, dès le premier jour dans le fer galvanisé, au bout de 24 heures dans le zinc, a dissous ce métal qui augmenle notablement au bout de deux jours.

L’eau salée dissout du zinc en notable quantité après 24 heures de contact avec ce métal et le fer galvanisé.

Après 15 jours de contact, Schauefèle a trouvé les proportions suivantes de zinc dans les liquides filtrés et clairs :

publique]

Noms des liquides.

Liijuillû retire* du vase de zinc.

Liquide retiré du vase île fer galvanisé

Eau-de-vie

Vin

Eau de fleur d’oranger

Vinaigre

Bouillon gras

Bouillon maigre

Lait

Eau salée

Eau de Seitz

Eau distillée

des traces.

des traces.

Eau commune

néant.

des traces.

Huile d’olive

. néant.

néant.

On esi parvciui à fabriquer des clichés et des caractères d’imprimerie en zinc d’une grande netteté: cette innovation préservera les fondeurs en caractères et les imprimeurs typographes des accidents d’intoxication saturnine; elle supprime une autre cause d’insalubrité, l’emploi du sable, la fonte du zinc s’opérant dans des matrices métalliques, non dans des moules siliceux. L’oxyde de zinc réalise dans la peinture l’un des plus salutaires progrès que l’hygiène professionnelle ait ou à enregistrer ; il assainit non-seulement la peinture en blanc, mais celle en jaune et en vert; grâce à la découverte d’un siccatif approprié que l’on mélange par avance au blanc de zinc (2 p. 100), on substitue des couleurs inaltérables et d’une application innocente aux teintes infidèles et perfides de plomb, de cuivre, d’arsenic. Le blanchiment des dentelles, l’apprèt des cartes et papiers, des cartons-porcelaines et des toiles à tableaux, la préparation dos fards, la confection des mastics destinés à luter les points des machines à vapeur et les ajustages des divers tuyaux, etc.; toutes ces opérations et d’autres qui se faisaient avec les dangereux composés de plomb, s’exécutent aujourd'hui à l’aide du blanc de zinc. Ce produit sert aussi h préparer des enduits hydrofugos, formant une couche inaltérable sur les surfaces de pierre, plâtre, ciment, bois et métaux.

XIII. Mercure. — Le mercure se volatilise à la température ordinaire; il imprègne alors les vêtements, pénètre dans le sang par les voies respiratoires, et agit sur l’organisme comme s’il avait été ingéré ou appliqué sur les tissus. Des élèves, pour avoir séjourné dans des infirmeries de vénériens, ont été pris de gonflement mercuriel des gencives sans avoir touché aucune préparation hydrargyrique (Colson). En 1810, le vaisseau anglais /e Triwnph, ayant reçu un chargement de mercure qui s’échappa des vessies et des barils pour se répandre dans toutes les parties du bâtiment, l’équipage eut dans l’espace de trois semaines 200 hommes affectés de salivation, d’ulcérations delà bouche et à la langue, de paralysies partielles et de dérangements d’intestins; les animaux mêmes qui se trouvaient à bord, moutons, cochons, volailles, chèvres, chats, etc., subirent l’atteinte mortelle de la même cause. Le fait de l’absorption du mercure volatilisé à la température ambiante explique les phénomènes ol)servés chez les ouvriers des mines de mercure, chez ceux qui le distillent, etc.

934 HKS PROFESSIONS EN PARTlfAHlER. [hygiène

Ces phénomènes ne diirèrent que par la rapiclilé de leur succession el par leur degré d’intensité, suivant la force individuelle des constitutions et surtout la durée de l’exposition aux vapeurs mercurielles.

llamazzini a tracé un tableau lamentable des ouvriers qui exploitent les mines de mercure. Tremblement, paralysie, vertiges, enllure des pieds, ulcères des gencives, chute des dents, asthme, phthisie, paralysie, etc., tel serait le cortège de leurs maux; au bout de quatre mois se manifestent les premiers symptômes, et ils ne peuvent travailler au delà de trois ans. Dans les mines de Fréjus, aucun ouvrier, dit-on, ne peut travailler plus de six heures. La plupart des auteurs attribuent à cette classe de mineurs les accidents qu’entraîne parfois le traitement mercuriel des maladies syphilitiques ou l’exposition aux vapeurs mercurielles dans certaines professions : salivation, vertiges, perte de la mémoire, tremblements, paralysies partielles, douleurs ostéocopes, etc. D’un autre coté, Bernard de Jussieu, dans un mémoire sur les mines d’Alrnaden (1719), remarque, que les ouvriers libres sont h l’abri de toute incommodité et vivent aussi longtemps que les autres hommes, parce qu’ils ont soin de changer de vêtements et de se laver au sortir de ces mines ; mais que les criminels qui y travaillent forcément et qui sont privés de ces aises, contractent d’alfreuses salivations et périssent en peu d’années des maladies cjuc les mercuriaux développent à dose excessive.

Par ouvriers libres, Jussieu désignait sans doute ceux qui ne faisaient pas un long séjour aux mines, quittaient et reprenaient ce travail pour une courte période de temps, car on n’a eu recours aux galériens pour l’exploitation des mines d’Ahnaden qu’en raison de la pénurie de bras libres. Le presidio ayant été supprimé vers 1801, la dispeirsation d’importants privilèges, tels que l’exemption d’impôts et du service militaire, a pu seule y attirer des ouvriers en nombre suffisant.

De nouvelles études sur celle clas.se de la population professionnelle ont permis de préciser les accidents qui dérivent réellement de la nature du milieu où elle est placée (1). Après leur première journée de travail, ils éprouvent une grande fatigue, de la courbature, une dyspnée intense, du malaise épigastrique, de la propension au sommeil qu’il faut vaincre sous peine de nouveaux accidents, enfin un mouvement fébrile passager. Au sortir de la mine, les ouvriers se lavent à l’eau tiède, et font un exercice assez énergique pour provoquer une sueur abondante ; ceux qui, au lieu de favoriser ainsi l’élimination du mercure absorbé, se livrent au sommeil, subissent une augmentation de fièvre et de courbature, et ne tardent point à présenter les symptômes de stomatite mercurielle, salivation, aphthes, ulcères. La tendance au sommeil se répète les jours suivants, non justifiée par la dépense de force; avec les précautions indiquées, la fièvre et la courbature ne reviennent point. Mais à

(1) Théophile Roussel, Lettres sur l’Espagne, 1848 et 1849 {Union médicale). — Alfaro, Maladies des ouvriers {Archives de médecine, t. XII, p. 70), etc.

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la longue, l’appétit diminue, la bouche devient mauvaise, l’anière-gorge et souvent l’estomac sont le siège d’une sensation d’ardeur. Les ouvriers se dégoûtent de la viande, appètent les végétaux, les fruits, les acides qui leur sont nuisibles; ils ont intérêt à surmonter cette répugnance, à se nourrir substantiellement ; le lait leur est dans cette disposition un aliment salutaire. Théoph. Roussel n’a pas constaté chez eux les affections vermineuses qu’on leur impute; il semblerait, d’après don Lopez de Arebado, que s’ils n’éprouvent pas, comme on l’a dit, une excitation vénérienne, les facultés génésiques persistent chez eux jusqu’à un degré avancé de leur maladie. Les altérations tout à fait spécifiques, mercurielles, sont celles de la bouche et du système nerveux, décrites pour la première fois par Th. Roussel chez les mineurs d’Almaden. Il distingue la stomatite aiguë et la stomatite chronique. La première se voit chez les ouvriers nouveau-venus qui se livrent sans précautions aux travaux les plus insalubres; elle ne diffère pas, quant à ses phénomènes, sa marche et sa durée et sa terminaison, de la stomalite produite chez les vénériens par la médication hydrargyrique. La seconde, beaucoup plus fréquente, résulte d’une action lente et graduelle du mercure, et constitue un état morbide caractéristique : c^uand la salivation et les ulcères ont disparu, les gencives l'estent fongueuses, décollées ; les dents, déchaussées, s’ébranlent et tombent ; des ouvriers de trente ans ont les mâchoires entièrement dégarnies de dents et infectent par leur haleine. Chez d’autres, qui n’ont jamais eu de douleur ni de fièvre, ni de gonHement marqué des glandes salivaires, on observe seulement une légère tuméfaction du bord libre des gencives en forme de bourrelet, une sécrétion de matière grisâtre ; ils éprouvent une sensation incommode en mâchant; quelquefois ils présentent sur le bord gingival, sur le côté de la langue, etc., des ulcérations qu’ils traitent eux-mêmes avec de l’alun ou du sulfate de cuivre ; peu à peu leurs gencives deviennent fongueuses, saignantes; la chute des dents est le terme de cette série d’accidents. Alors ils ne souffrent plus et se considèrent comme étant désormais à l’abri de toute altération mercurielle de la bouche.

Le tremblement, autre expression de l’empoisonnement hydrargyrique, est chez les mineurs le même que chez les doreurs, les metteurs au tain, les miroitiers; il est d’abord léger, intermittent; il cesse presque entièrement dans l’intérieur des mines, au lit, dans le repos ; il augmente par les émotions, les excès alcooliques, par les vents d’est. Après un temps plus ou moins long, il survient des douleurs vives, des contractures musculaires qui s’étendent à un grand nombre de muscles; la prédominance extrême des fléchisseurs sur les extenseurs y ajoute un caractère convulsif; c’est une sorte de chorée. Les douleurs sont quelquefois aiguës, lancinantes, intolérables ; elles peuvent exister d’un côté, tandis que le côté opposé est le siège de contractures convulsives; l’insomnie devient alors opiniâtre. Si le mal continue de s’aggraver, les malades achèvent de perdre leur force et tombent dans un état de véritable paralysie ; le tremblement persiste, il est presque continuel

DES PROFESSIONS EN PARTICDLIER

[hygiène

et par moment convulsif, mais il ne s’accompagne d’aucune douleur; l’intelligence s’affaisse, la mémoire se perd, le visage prend une expression stupide, la voix s’échappe en sons vagues et confus ; point de délire, mais plus de détermination raisonnée. Sur 3 911 ouvriers employés annuellement aux mines d’Almaden, on en compte ffS par an qui sont atteints de névroiiatbie mercurielle (douleurs, tremblement, contractures et convulsions); la moitié de ces malades succombent dans l’année, l’autre moitié reste impropre au travail des raines. Les médecins e.spagnols opposent à cette affection les antispasmodiques^ un traitement par le soufre. Natalis Guillot et Melsens ont conseillé l’iodure de potassium en boisson à titre de moyen prophylactique et curatif. Une ventilation bien entendue des mines, le changement des vêtements, les lotions tièdes et l’exercice musculaire au sortir des mines, la défense d’y manger, d’y boire des eaux qui filtrent à travers les parois des galeries, de s’y reposer, l’application alternative des ouvriers aux travaux agricoles et à l’exploitation des mines, telles sont les mesures indiquées par l’hygiène.

La médication mercurielle détermine les mêmes accidents dans la bouche et parfois avec une grande rapidité; ordinairement ils n’apparaissent qu’après 6 à 7 jours: sensation de chaleur buccale, souvent métallique, haleine fétide; les gencives des dents antérieures de la mâchoire inférieure, sont les premières le siège d’une tuméfaction douloureuse ; leur bord libre prend une teinte foncée, se boursoulle et abandonne les dents, la mastication est gênée; puis l’altération s’étend à toutes les gencives, qui se recouvrent d’une exsudation blanchâtre analogue au muguet. Si le mal persiste, il survient au bord libre, surtout au niveau des grosses molaires, des ulcérations arrondies qui se confondent sous une couche d’apparence pseudo-membraneuse ; les gencives peuvent se gangrener et tomber en putrilage. Les dents, d’abord agacées, donnent au malade la fausse sensation de leur allongement, vacillent, se détachent de leurs alvéoles et tombent. G. Delestre {thèse citée) a observé chez les malades soumis au traitement mercuriel une coloration jaune serin des dents qui se produit au moment où les gencives commencent à s’affecter ; cet indice, s’il est confirmé par de nouvelles observations, sera iirécieux pour la direction du traitement. Le chlorate de potasse, employé à ce moment, pourra, suivant ce médecin, enrayer les accidents locaux, sans qu’il y ait nécessité d’interrompre l’usage des mercuriaux.

Nous ne rappellerons pas ici toutes les professions qui exposent à l’inhalation des vapeurs mercurielles. Nous signalerons cependant d’une façon particulière Vétamage des glaces. Les ouvriers qui exercent cette profession présentent presque tous la cachexie hydrargyrique, et les enfants de ces ouvriers sont chétifs et d’apparence scrofuleuse. Les accidents qu’ils présentent sont la stomatite, le tremblement, des périostoses du tibia, du fémur, des éruptions papuleuse et .squameuse, du dos, de la poitrine, du cuir chevelu. La fréquence des avortements chez les femmes employées aux travaux de l’étamage

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a décidé l’administration à ne plus employer les femmes mariées (1).

Ces professions sont dangereuses, non-seulement pour ceux qui les exercent, mais encore pour les habitants des maisons où elles sont installées, et souvent pour ceux des maisons attenantes. Yoici des faits bien authentiques et dignes de mention. Une industrie ayant pour objet de retirer par distillation le mercure contenu dans le tain des vieilles glaces et dans les eaux acides des doreurs, s’était établie rue Vieillc-du-Temple, à Paris, dans une petite cour entourée de bâtiments, et fermée au niveau du quatrième étage par un châssis vitré; la distillation s’opérait sur un fourneau sans cheminée ni hotte; les vapeurs sans issue se condensaient dans un espace étroit; trois enfants d’une famille demeurant au troisième étage d’une maison qui prenait jour sur cette petite cour furent atteints de tremblements nerveux. Ailleurs, une industrie du même genre dirigeait les vapeurs de son appareil distillatoire dans un corps de cheminée commun à plusieurs foyers : dans une des pièces adjacentes, plusieurs personnes furent prises de salivation ; on constata qu’un tuyau de poêle de celte chambre, où l’on n’avait pas faitdefeu depuis longtemps, s’ouvrait dans la cheminée donnant passage aux vapeurs mercurielles (2).

T,e mercure a des usages multipliés dans les arts, à l’état métallique comme à l’état de combinaison; l’amalgame d’étain pour l’étamage des glaces, le sulfure pour la coloration de la cire à cacheter, le deutonitratedansla chapellerie, l’amalgame de cuivre pour prendre les empreintes, etc. La dorure et l’argenture peuvent se pratic|uer aujourd’hui d’après le procédé de Ruolz, qui a bien mérité de plusieurs professions par ses belles applications du galvanisme à la superposition des métaux. Aux ouvriers que leur état condamne à vivre dans une atmosphère mêlée de vapeur mercurielle, il faut recommander l’usage du masque ou de l’éponge de Gosse (de Genève), la courte durée du travail du journalier, des ablutions fréquentes, la respiration à l’air libre de temps en temps, le changement fréquent des habits, les repas au grand air, des bains réitérés, etc.

XIV. Arsenic. — Les ouvriers des mines d’arsenic soumettent le minerai arsenifère à un certain nombre de préparations qui ne sont pas sans présenter des dangers. Ces opérations consistent dans l’extraction du minerai arsénifère, le broyage (bocardage), le grillage et la sublimation de l’oxyde formé. Le docteur Brockmann, auquel on doit une excellente monographie sur les maladies métallurgiques des mineurs du Harz, et le docteur L. Pappenheim, dans son Dictionnaire cV hygiène publique , ont fourni des documents complets sur la pathologie des ouvriers employés à la fabrication de l’arsenic. L’empoisonnement aigu est rare. Ceux qui travaillent au bocardage et au grillage sont exposés aux

(1) Relier, Sur les maladies des ouvriers employés dans les fabriques de glaces de Fricdrichsthal, Neuhurkenthal et Plisenthal (Bohême). {Gaz. hebd. de méd. et de chir., 28 décembre 18G0. — Extrait du Wiener medicinische Wochenschrift, 18C0, n° 38).

(2) Rapports généraux du Conseil de salubrité de Paris, 1855, p. 98.

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accidenls siiivaïUs : aslhme, diarrhées assez intenses, troubles de la digestion, dysurie, céphalalgie, spasmes musculaires, paralysies, anasarque, rhinite chroni([ue, épistaxis, inflammations de l’arrière-gorge, érythème (paratrimma) à la région inguinale, dans le creux de l’aisselle, autour du coude et du genou; exanthèmes papuleux avec un prurit très-vif et suivis d'ulcérations aux mêmes régions. Rien n’est plus commun que les excoriations aux doigts et aux orteils. Il existe une grande analogie d’aspect entre les ulcérations syphilitiques et les ulcérations arsenicales avec leurs bords taillés à pic. D’après le docteur Heintze, médecin en chef des usines de Reichenstein, les onvriers qui extraient le métal sont atteints de fièvre intermittente comme le reste de la population, tandis que les hoc ndeurs et ceux qui grillent le minerai, en un mot, ceux qui subissent l’empoisonnement, en sont complètement exempts.

Un de mes collègues du conseil de salubrité, qui a suivi le travail du fer aux forges d’Alais (Gard), a vu, dans ces usines où l’on traite du minerai de fer arsenical, les ouvriers fréquemment atteints de tumeurs de mauvaise nature qui ne sont pas sans quelque analogie avec les accidents observés chez les fabricants d’allumettes chimiques (1).

Récemment, Blandet a appelé l’attention sur l’empoisonnement produit par le vert de Schweinfurt, ou vert arsenical, chez les ouvriers en papiers peints. On prépare ce vert avec parties égales d’acétate de cuivre et d’acide arsénieux dissous dans l’eau que l’on fait bouillir. La fabrication du vert sec et son tamisage sont deux opérations très-dangereuses ; la fabrication du vert hydraté expose moins, si ce n’est les personnes à engelures, à crevasses ou plaies non cicatrisées sur les mains ; l’impression des fonds verts n’est pas exempte de danger pour les ouvriers dits fo7iceurs;mm l’opération la plus nuisible est le satinage, qui consiste à polir les imprimés avec la brosse qui en détache une poussière arsenicale. Les effets des émanations et des poussières d’arsenic se bornent à la surface du corps, ou, dus à l’absorption, ne sont autres que ceux de rempoisonnement par l’arsenic. Z. Roussin (2) a cherché à établir que l’absorption pouvait avoir lieu par la peau, lorsque le produit arsenical se trouve sous forme de matière pulvérulente très-finement divisée. Coryza initial, sputation continue, gonflement œdémateux de la base du nez, des joues et des lèvres, éruption j)apulovésiculeuse sur les parties mises en contact avec la poussière toxique, parfois engorgement des bourses avec douleur, éruiùion ou fourmillement, tels sont à un premier degré les symptômes de ce que Blandet appelle l’empoisonnement professionnel des ouvriers en question. Que si l’action du poison ne s’arrête pas aux téguments, les symptômes deviennent intérieurs et plus généraux : les coliques se déclarent et l’on assiste à la scène mitigée de l’empoisonnement arsenical. Les accidents durent deux semaines environ et n’ont entraîné la mort d’aucun malade. Ils se traitent par le lait. Les lésions externes ne com-

(1) Hapitorls sur les travaux du Conseil de salubrité de 18iG à 1848. Paris, 1855.

(2) /,. Roussin, Annales d'hygiène puhlujue, 2“' série, t. XXVllI, p. 179.

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poi tent aucun traitement spécial, et quand riuloxicalion est réalisée, c’est au peroxyde de fer qu’il faut recourir (90 grammes dans 500 grammes d’eau). L’n fabricant, Hébert, a substitué à l’action de la brosse et de la main, le salinage mécanique à l’aide d’une pierre lisse : c’est là une grande amélioration pour les ouvriers en pa))iers ])eints. On doit exiger, de la part des ouvriers salineurs, l’usage d’un masque à éponge ou d’un mouchoir mouillé pour empêcher la pénélralion du composé arsenical dans les voies aériennes, et le lavage des mains et des a^ant-bras au sortir de l’atelier et avant leurs repas; les ouvriers devraient alterner, de manière à n’être point em|doyés au salinage plus d’une journée pour un temps déterminé; l’adoption de la machine à satiner, inventée par Hébert, devrait couronner ces mesures (1). On autre fabricant, Zuber fils, a eu l’idée de remplacer le vert de Scliweinfurt par le vert de chrome. Armieux a signalé chez les mégissiers deux lésions douloureuses qui se produisent aux doigts; nous les avons nousmême constatées dans la visite de quelques ateliers : auraient-elles quelque rapport avec l’emploi presque général du sulfure d’arsenic pour la préparation et le dépilage des peaux, dans la proportion de 1 pour 10 de chaux? Ce mélange, usité chez tous les mégissiers de Paris, hâte le. travail et retarde l’altération des peaux en été; il peut être utilement remplacé pour l’épilage des peaux par le carbonate de soude ou le sulfure de .sodium, qui n’ont pas les mêmes inconvénients.

Chevallier et Guérard avaient d’abord taxé d’exagération les premières observations de Blandet sur le danger de la fabrication des papiers verts arsenicaux; aujourd’hui ce danger n’est <[ue trop démontré, non-seulement pour cette catégorie d’ouvriers, mais encore pour les Ileuristes et les apprêteurs d’étoiïes destinées à la fabrication des fleurs artificielles. Des industriels ont été poursuivis en justice correctionnelle et condamnés par suite des accidents graves que la préparation et la vente de ces objets ont causés à des ouvrières ou à des acheteurs. Paris compte plus de 15 OUO individus employés à la fabrication des feuillages artificiels ou herbes, et sur ce nombre, un quart au moins ont h manier le vert de Schweinfurt, dans les conditions souvent les plus défectueuses d’aération, d’espace et d’outillage. Nous renvoyons aux recherches de Vernois, Beaugrand, Chevallier, Pietra-Santa (2). Pour fabriquer des herbes, on trempe des herbes naturelles desséchées dans une solution aqueuse ou à l’essence de \ert arsenical ; on les saupoudre ensuite avec de l’arsénite de cuivi e en poudre. On prépare les étoffes destinées à la confection des fleurs artificielles en les imprégnant à la main d’une solution de vert arsenical unie à l’amidon ; viennent ensuite le battage et le séchage qui consistent à tendre l’étoffe sur des cadres en bois garnis de pointes aiguës; les piqûres que s’y

(1) Hébert, Comptes rendus de V Aea.démie des sciences, 2 juillet 1846.

(2) Voy. Annales d'hygiène, etc., t. XXXVIII, 1847 ; t. XLI, 1849; 2' série, t. XII, 18.’î9, et t. XIII, 1860.

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font les ouvrières aux doigts et aux iiiaiiis sont autant d’inoculations du sol toxiiiuc. Les étoiles sont ensuite calandrées, découpées en feuilles; celles-ci sont dédoublées, gaufrées, passées à la cire et montées : série d’opérations qui exposent les ouvrières à respirer la poussière arsenicale, à se salir les mains et les bras de poudre et de pille arsenicale.

En peinture et en teinture, on fait usage de deux sulfures d’arsenic, le jaune (orpin ou orpiment) et le rouge (réalgar), couleurs non adhérentes et d’autant plus dangereuses. Ces mômes sulfures se rencontrent dans le rusma, pâte épilatrice très-employée en Orient. Les accidents ne se sont point bornés aux ouvriers. « De nouvelles industries, dit Vernois (1), ont appliqué aux étoffes, soit dans leur coloration, soit dans leav velouté, des arsénites de cuivre en poudre, retenus seulement par un apprêt peu gommé ou préparé avec l’albumine du sang ou des œufs ; on a fait ainsi des gazes verdâtres à redets chatoyants (fabriques de INîmes et d’Avignon), destinées à des robes de bal ou à la confection de fleurs artificielles. Des femmes du monde ont été empoisonnées par l’usage de ces étoffes; des bracelets^ fabriqués en pâte verdâtre arsenicale, imitant la [malachite, ont provoqué sur les bras des éruptions assez graves; des robes, froissées par la danse, ont répandu dans plus d’un salon une poussière identique avec celle des ateliers.

Perte de l’appétit, maux de cœur, douleurs de ventre parfois très-violentes, dérangements d’entrailles, céphalalgie constante, oppression pénible, afl'aiblissement marqué de la force musculaire et pouvant aller jusqu’à la paralysie, éruptions vésiculeuses ou pustuleuses sur plusieurs points du corps, surtout au front, à la face, sur les bourses, sur la poitrine, aux bras et aux mains; tels sont, en somme, les effets de cette intoxication presque toujours lente. En Prusse et en Suède l’usage des sels d’arsenic, verts de Scheele, ou de Schweinfurt, ou vert d’Allemagne (arsénites de cuivre), est proscrit dans la fabrication des papiers colorés; celte interdiction n’est encore appliquée en France qu’aux papiers d’enveloppe des bonbons ; elle devrait s’étendre, non-seulement aux papiers peints, mais aux étoffes, aux feuillages et fleurs artificiels, aux abatjour, aux pains h cacheter, etc. En un mot, l’activité toxique de l’arsenic à faible dose motive sa proscription absolue dans l’industrie qui peut y substituer une assez grande quantité de verts, en combinant dans des proportions variées le bleu de Prusse verdâtre, l’indigo, l’outremer, le bleu de cobalt, le bleu au bois d’Inde, avec certaines matières colorantes jaunes ; acide picriijue (amer de Welter), chromate de plomb, graine de Perse, etc. En attendant celle réforme, on ne peut que répéter avec Vernois (2), les prescriptions suivantes:

1° Ne jamais opérer le mélange du vert arsenical avec l’amidon ou d’autres substances à l’aide de la main, mais y procéder dans un large vase avec une

(t) Max. Vernois, Traité d'tiygiéue industrielle et administrative. Paris, 1860, t. 1, p. 259.

(2) Max. Vernois, Truité d' hygiène industrielle, l. I, p. 261.

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spatule (le bois ou de métal ({iii traversera le centre d’uiie platjue de peau ou de parchemin servant de couverture au récipient de la pâte ;

2" Étendre la pâte arsenicale sur rétolTe à l’aide d’une brosse à dos de bois, haut de k centimètres au moins; l’usage d’uii gant de cuir épais serait trèsutile;

3“ Faire le battage de l’étolTe à la main, d’une manière indirecte, c’est-àdire à travers un morceau de forte toile;

h” Immédiatement après le brossage et le battage de l’étoiïe, se laver les mains dans une eau acidulée avec l’acide hydrochlorique et les enduire de poudre de talc;

5° A cet effet, avoir toujours dans l’atelier, ou dans la chambre où se pra. titillent ces opérations, un batiuel contenant de l’eau acidulée dans la proportion suivante : une partie d’acide pour 9 parties d’eau et une boîte pleine de talc en poudre ;

6° Laisser un espace de 6 centimètres au moins entre chaque pointe destiné à fixer l’étofié sur les cadres de bois pendant le séchage ;

1° Dès que le séchage de la pièce d’étoffe est opéré, plier celle-ci en larges rouleaux, de manière à ne déterminer que très-peu de cassures, et la porter immédiatement au calandreur ;

8° Recommander aux ouvriers de se frotter les mains avec la poudre de talc, au commencement de la journée, de se les laver k l’eau acidulée, et ensuite h l’eau de savon, avant de quitter l’atelier, et d’avoir, autant que possible, un pantalon et une blouse de travail : enfin, leur rappeler de se nettoyer les mains toutes les fois que, pendant le cours de la journée, ils cesseront leur travail pour manger, boire, rentrer dans leur ménage, préparer leurs aliments, soigner leurs enfants, etc.

9° Ne pas laisser manger les ouvriers dans l’atelier de travail, n’y pas déposer leurs aliments; et spécialement, quant à ceux qui travaillent chez eux, avoir une chambre séparée pour les manipulations et les détails de leur industrie; ne point coucher ni manger dans cette chambre, et n’y point laisser jouer de jeunes enfants.

10“ Porter des sabots, préférablement à des chaussons ou à des souliers usés.

11® Deux fois au moins par semaine, saupoudrer le sol de l’atelier avec de la sciure ou de la cendre de bois, et l’asperger d’eau avant de le balayer, afin de diminuer la quantité de débris de verts arsenicaux et la poussière produite pendant le balayage.

12“ Jeter le soir, dans le ruisseau de la rue, les résidus du nettoyage de l’atelier, ainsi que les eaux chargées d’arsénile de cuivre, provenant du lavage des mains des ouvriers.

13® Aérer convenablement, chez les ouvriers ncurisles, la table où s’opèrent le dédoublage et le montage des feuilles, et conseiller aux ouvrières chargées de ce travail d’éponger fréquemment les fosses nasales et les lèvres avec de

INFLUENCE DES PROFESSIONS SUR LA DURÉE DE LA VIE. [hygiène

l’eau légèrcinenl acidulée avec l’acide clilorhydrique, et de plonger souvent les doigts dans la poudre de talc, qui prendra dans la peau la place qu’y occuperait, sans cela, la poussière du sel arsenical.

ARTICLE III

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