‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 20 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

APPLICATA.

ARTICLE PREMIER

RES VÊTEMENTS

Le vêtement résume l’ensemble des substances que l’homme interpose iminédialemcnl entre sa surface cl le monde extérieur; il est comme riiabilalion.

nivS MÜDinCATKUHS, — APl'UCAiA. [hkükne

comme le régime alimentaire, l’un de ses moyens d’équilibration avec les inlluences qui l’investissent du dehors : c’est assez dire que le vêtement est dans la nature. Pour apprécier les paradoxes qui ont eu cours sur ce sujet, il sufïit de rédéchir d’une part aux conditions fonctionnelles de l’organisation, d’autre part aux éléments variables du milieu où elle se développe et subsiste. Les oscillations de la caloricité suivant l’àge, la constitution, l’état de santé ou de maladie, et surtout suivant les saisons et les climats, suffisent pour mettre en évidence la nécessité physiologique du vêtement. Là où la température ambiante égale ou surpasse celle du corps humain, il protège la peau contre l’insolation, contre les effluves en suspension dans l’air, contre les variations diurnes ou les perturbations annuelles de l’atmosphère, contre la morsure des insectes; partout il contribue à l’entretien de sa propreté, à l’intégrité et à la délicatesse de ses fonctions tactiles, en même temps qu’il s’imprègne du produit de ses excrétions. l.,a nature a pourvu les animaux d’enveloppes conservatrices de la chaleur, et dans de justes rapports avec les climats qu’ils habitent, et même avec la diversité des saisons; en outre, l’instinct les pousse à quelques précautions. A l’approche de l’hiver, un duvet fin couvre les intervalles des plumes chez les oiseaux, et quand le froid se fait sentir, ils écartent leurs plumes, et se mettent en boule pour y emprisonner le plus d’air que possible, parce que l’air laisse difficilement passer la chaleur; chez les oiseaux palmipèdes et particulièrement chez VAnas eider, qui fournit l’édredon, ce duvet qui tapisse le corps retient entre ses mailles la couche d’air échaulfée, et lui-n)ême est recouvert de plumes qui empêchent la déperdition ou le rayonnement de cet air : « Aussi, dit Ch. Martins (l), j’ai constaté que le froid est sans influence sur la température de ces animaux. » Chez les mammifères, la fourrure s’épaissit en hiver et un poil fin et serré vient en garnir les interstices. On voit les moutons se serrer les uns contre les autres, le chien se tapir à l’abri du vent; la sensation du froid aiguillonne leurs organes locomoteurs et les porte à un exercice violent qui, en accélérant la circulation et la respiration, double la production de la chaleur. L’organisation de l’homme n’est point coordonnée dans une mesure aussi exacte aux influences du dehors : aussi les conditions de son étahlissement dans le monde sont moins étroites. Il est manifeste qu’une part a été laissée à son intelligence et à son arbitre jusque dans les actes conservateurs de l’organisme, lesquels s’accomplissent chez les autres animaux sous la dépendance absolue de l’instinct. Le vêtement est l’un des moyens qui permettent a l’homme d’élargir la sphère natale, de déployer 1 élasticité de ses fonctions par les migrations, de résister aux agre.ssions plus ou moins violentes de 1 atmosphère. Pour défendre la fixité de sa température centrale contre un milieu plus chaud que lui-même, l’organisme de l’homme a pour lessource piincipalc les deux transpirations qui lui deviennent comme un mécanisme natui el de lefroidissement. Dans cette condition, il faut donc

(1) Martins, Du f'roul tliennoméiriiiuc el de scs relntious avec le froid phi/sio/o- ;/i)ine, de. [Mémoires de !’ Acadénne des sciences de Montpellier, 1859. I. IV.)

DES VÊTEMENTS

privée]

que le velcinoni n’oppose point à l’évaporation des niiidcs perspiratoircs une barrière imperméable. S’il doit lutter contre une température inférieure à la sienne, et c’est le cas le plus ordinaire, le vêtement lui devient indispensable; car c’est en vain que la respiration augmente d’énergie, et que la transpiration, réduite au minimum, ferme en quelque sorte la principale porte par où s’échappe le calorique produit dans le corps ; il faut encore que les pertes par rayounement et par conductibilité soient supprimées ou ramenées à des quantités minimes : or, la peau nue de l’homme ne peut jouir de ce bénéfice qu’à l’abri d’enveloppes qui soient de très-mauvais conducteurs du calorique; la nature les lui ayant refusées, c’est à l’art, à l’industrie, à les lui fournir. Le vêtement est, en un mol, comme un tégument de plus qu’il rend à volonté général ou partiel, imperméable ou poreux, épais ou mince, moelleux ou rude, de manière h régulariser le jeu des organes profonds par le degré de stimulation de la peau, et à lutter par la mobilité des moyens protecteurs avec la mobilitédes états thermométrique, hygrométrique, électrique, etc. , de l’atmosphère.

§ 1. — Matières rtu vêtement.

Les tiges de presque tous les végétaux et les poils de la plupart des espèces animales se prêtent h leur transformation en filaments textiles. Toutefois l’industrie des tissus a fait des choix restreints parmi les matières de ces deux origines; elle n’utilise en Europe, parmi les premières, que le coton, le lin, le chanvre, le caoutchouc, une proportion bien moindre de Phormium temx; parmi les secondes, les diverses espèces de laines, quelques poils et duvets de poils, les diverses variétés de soies que fournit l’insecte du mûrier. Si l’on ajoute à CCS produits naturels un petit nombre de plantes des Indes et de la Chine, on aura, dit Alcan (1), la liste b peu près complète de toutes les matières premières qui entrent dans la fabrication des étoffes en usage dans l’univers entier.

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