I. — Substances végétales
1® Chanvre. — Plante annuelle de la famille des Urticces, et qui, originaire de la Perse et de l’Inde, est cultivée aujourd’hui dans toutes les contrées de 1 Europe. Avec les fibres de sa lige on prépare la filasse qui sert à la fabrication des toiles et des cordages. La fibre ligneuse du chanvre, moins douce et moins blanche que celle du lin, résiste mieux et dure davantage. Le chanvre mâle perd par sa dessiccation à l’air Aü à 60 pour 100 de son poids; une fois séchés, le chanvre mâle contient en moyenne 26 pour 100 de chanvre teillé, et le chanvre femelle 16 à 22. Le chanvre teillé séché à l’air ne renferme que 60 à 65 pour 100 de filaments textiles, le reste étant formé de matières étiangères solubles dans les lessives alcalines; de sorte que 100 parties de chanvre vert ne fournissent, en définitive, que 5 à 8 pour 100 de filaments textiles. Ceux-ci .sont plus lourds, plus grossiers, plus résistants que ceux du bn. Cl avant d’être blanchis, ils s’en distinguent par leur coloration jaunâtre.
(1) Micliet Alcan, Essai sur l’industrie des matières textiles, Paris, 1847, avec allas.
M, LÉVY, Hygiène, 5“ édit. h. c
32 DES MODIFICATEURS. — APPLICATA. [nVGlÊNE
2“ Lin {Linum usitatissimum, L.), famille délacliée (le la famille des Linéés caryophyllées. Celle plante annuelle, cultivée particulièrement dans le nord de rEurope, s’élève sur les bords du Nil jusrju’à 4 pieds de haut; mais dans nos régions elle exige plus de soins, et produit moins (jue le chanvre. L’antique usage de cette matière est attesté par les bandelettes des momies égyptiennes, et par la description biblicfue des habits pontificaux. Cependant l’industrie mécanique du lin est la plus récente parmi celles qui ont pour hase les matières textiles : elle est due aux travaux de Philippe de Girard. Elle donne naissance à des fils, premiers éléments des toiles communes à 1 franc le mètre, et de nos batistes sans rivales à l’étranger, dont le mètre coûte 20 francs et davantage; elle produit aussi ces fils si délicats qui entrent dans la plus riche dentelle, et dont la finesse étirée à la main va jusqu’à 400 à 500 kilomètres (100 à 120 lieues) par kilogramme. La culture du lin exige des terres glaises, profondes, fermes, convenablement labourées; elle épuise en deux ans les terres graveleuses et légères. Le lin brut, détaché de la lige, se présente en filaments forts, nerveux, souples, doux au toucher, nuancés suivant leur provenance territoriale : le lin blanc est plus estimé que le lin gris, et comprend les variétés blondes ; le lin gris est plus fin, mais moins nerveux. Suivant le choix des brins, on le distingue en fin, moyen et têtard : ce dernier sert à la confection des grosses toiles. Depuis la récolte jusqu’à sa transformaiion en fil, le lin subit deux séries d’opérations, les unes agricoles, les autres manufacturières. Ces préparations sont les mêmes pour le chanvre ; nous nous bornerons à les énoncer :
Lin et chanvre.
Préparations agricoles. — Rouissage, broyage et assouplissage ; teillage.
Filature. — Peignage, cardage des étoupes : étirages sans torsion, étirages avec torsion;
filage en gros à sec, filages intermédiaires à l’eau froide, filage enfin à l’eau chaude ; dévidage et mise en écheveaux, empaquetage.
Tissage. — Bobinage, ourdissage, parage; dévidage des cannettes, tissage.
Teinture. — Teinture.
Apprêts. — Calandrage, gommage et pressage.
Quand les tissus de lin, dont l’industrie a perfectionné la beauté, la finesse ou la force de résistance sont usés, on en fait de la charpie, et plus tard du papier; de sorte que cette plante textile donne lieu, par la série de ses utiles transformations, à un mouvement prodigieux de capitaux et de bras.
3“ Coton. — C’est la bourre ou le duvet qui entoure les semences du Gossypium, genre de la famille des Malvacées, originaire de l’Inde et de l’Amérique. Les espèces de cette plante sont aussi variées que leurs produits sont difficiles à caractériser, tant ils se montrent dilférents par leur multiplicité même dans le commerce. On les ramène aujourd’hui à trois classes : cotonniers herbacés, arbusUîs et arbres. La première, annuelle en Chine, dans 1 Inde et aux I.tatS'Unis, atteint une hauteur de 60 à 65 centimètres ; scs feuilles, d’un vert foncé et veinées de brun, ont cinq lobes; sa fleur, d’un jaune pale, avec un laige pistil et cinc| pétales, est remplacée par une capsule
DES VÊTEMENTS
privée]
à limbe profondément dentelé, et reposant sur cinq feuilles vertes triangulaires; le fruit, terminé en pointe et îi trois compartiments, a le volume d’une grosse noix aveline : quand la graine a mûri, il s’entr’ouvre, et des trois compartiments renfermant les graines s’échappent trois houppes ou flocons de duvet, d’un blanc de neige ou jaunâtre. Le cotonnier arbuste et le cotonnier arbre ne diffèrent du précédent que par quelques particularités de la fleur et du fruit, et le dernier par la hauteur de sa tige. Le cotonnier parasol, autre variété, offre un coton soyeux et d’une blancheur éblouissante, mais d’une fibre si courte et si cassante, qu’on n’a pu l’employer dans la filature. La longueur, la finesse, l’élasticité, la force et la douceur des filaments de coton déterminent leur valeur commerciale, qui varie dans la proportion de 1 à 7; sous ce double rapport, comme pour sa force, sa propreté et sa blancheur argentée, le Sea-Islund, ou Géorgie long, occupe le premier rang. Vues au microscope, les fibrilles de coton ressemblent à un ruban tordu sur lui-même; ce ruban est plus ou moins diaphane à sec, parfaitement transparent dans l’eau, et présente à ses bords deux bourrelets ou lisières : dans le plus fin Sea-Island ou Géorgie long, ce ruban n’a pas plus de 1/110“ de millimètre en largeur. Heilmann a vérifié que la force nécessaire pour rompre une fibre de coton varie de 2/12 à û/13 de gramme, suivant les espèces. Le commerce s’est attaché à un seul caractère pour classer les cotons, la longueur des filaments, et il est d’observation que ce caractère essentiel est généralement en rapport avec les autres qualités, c’est-à-dire que les cotons les plus longs sont aussi les plus fins, les plus soyeux, les plus élastiques : de là la division commerciale et pratique en cotons à longues soies et en cotons à courtes soies. Les uns ont une longueur qui varie de 0“,20 à ü“,39, les autres de 0"’,lû à O*”, 25 ; mais quand la seconde classe offre des filaments de cette dernière longueur égale à celle de la première classe, ils sont inférieurs sous d’autres rapports. Les États-Unis produisent seuls autant de coton (pie le reste de l’univers; viennent ensuite, sur l’échelle de production, les Indes, le Levant, l’Égypte, l’Algérie. Le coton subit successivement les préparations que nous nous bornons à mentionner :
Filature. — Battages, cardages; étirages sans torsion, étirages avec torsion; filage en gros, filage en fin ; retordage, passage à la vapeur, dévidage et mise en écheveaux; empaquetage.
Tissaije. — Bobinage, ourdissage, parage, formation des cannettes, tissage.
Teinture. — Teinture.
Apprêts. — Gommage, pressage, lustrage.
Les trois substances dont il vient d’être question, chanvre, lin et coton, servent à la confection du linge, qui joue un rôle si important dans l’hygiène moderne, dans les usages domestiques, dans le bien-être des différentes I classes de la société, dans les vicissitudes du commerce et de l’industrie.
[1 A" Le Phormium tenux, ou lin de la Nouvelle-Zélande (Liliacées), observé I pour la première fois par Forster, compagnon de Cook, et (pi’on n’a pu encore
I acclimater parfaitement en France, l.es insulaires en tirent une filasse fort belle, fort longue, et qui, peignée et ex|X)sée à la rosée, prend une blancheur
niîS MODIFICATEURS. — APPUCATA.
[hygiène
soyeuse. Elle ressemble pour la couleur à notre plus beau chanvre, el lui est supérieure en force. Un brin de phormium su|)porte 23 ^i/5, le chanvre 16 1/3, et le lin ordinaire 11 3/^i. Les naturels du pays en font des cordes, des vêtements, des ceintures, des pagnes, des nattes, etc. En France on ne l’a employé jusqu’à présent qu’à faire des cordages de luxe et des toiles à voiles ; on lui reproche de s’altérer par les lessivages.
5” Le jute, ou chanvre de l’Inde, acquiert une importance de plus en plus marquée dans l’industrie européenne, et fait concurrence au chanvre et au lin pour la fabrication des fils communs.
6“ Le ma et Vabaca sont deux substances textiles exotiques d’une certaine importance. Le premier remplace, pour les Chinois, le chanvre et le lin; il n’est autre que VUrtica nivea qui s’élève à la hauteur des arbustes. C’est avec les filaments de cette plante que les Chinois fabriquent le tissu blanc écru de leur vêtement d’été, improprement appelé di'ap d'herbe par les Anglais {gi'ass cloth), et désigné en chinois sous le nom de hia-pou. D’autres plantes de ma servent aussi à jirocurer cette étoffe, le Cannabis sativa, le Sida tiliœfolia, Valoès pite. Le ma est cultivé comme le mûrier, par semis, puis transplanté, arrosé et coupé. Les liges étant plongées dans l’eau, ou en sépare les filaments à la main, puis on les réunit en pelotons pour les laver et les blanchir; ils subissent ensuite les mêmes procédés de tissage que le coton et la soie, h'obaca {Musa textilis] fournit des tissus assez grossiers aux îles Philippines : on les fabrique avec les filaments de l’écorce d’une espèce de bananier sauvage. On coupe cette écorce par tranches qui sont mises dans l’eau, on en sépare les matières mucilagineuses, on forme les filaments avec un peigne ou râtelier à dents de fer. On les divise ensuite aussi finement que possible, et l’on rattache les fibres entre elles par un nœud ou par un lordage pour les lisser sur des métiers ordinaires. Dans ces mêmes îles, on fait usage de tissus qui passent -pour les plus délicats du monde, et qui se fabriquent avec les filaments des feuilles du Pina ou Dromelia ananas.
7“ Le caoutchouc, importé d’Amérique au commencement du xviii“ siècle, et d’abord d’un usage très-borné, occupe aujourd’ui une place considérable parmi les ressources vesiimenioires de riiomme, soit comme enduit imperméable, soit comme substance propre à se transformer en fil; il sert, en outre, à la fabrication d une foule d’objets de toilette qui exigent une certaine élasticité. lourisles, soldats, marins, c’est à qui s’abrite sous les écrans impénétrables et diversement configurés que l’on fabrique avec le caoutchouc, source dune industiie toute nouvelle. Le principe qui le constitue réside dans un grand nombre de végétaux; nos euphorbes, nos apocynées, etc,, en contiennent, mais pas assez pour défrayer une exploitation. La presque totalité du caoutchouc livié au commeice est fourni par le Siphonia cahuchu, ou Jlevea guyanensis, qui cioît dans 1 Amérique du Sud et dans l’île de .lava. Cet arbre, d apiès Boussingault, est surtoul commun à Choco et dans les forêts de l’ Equateui. l’oui en e.xtiaire la gomme élastique, les indigènes incisent l’arbre jus-
DES VÊTEMENTS
pnivÉE]
qu’au delà de l’écorce; le lait qui s’en échappe avec abondance peut se conserver liquide pendant longtemps à l’abri de l’air, propriété favorable à sa mise en bouteilles qu’on envoie hermétiquement fermées en Europe. Etendu en couche mince, il se coagule au bout d’une ou deux minutes, et manifeste alors sa propriété caractéristique, l’élasticité. Les ouvriers de Quito, trèshabiles au travail du caoutchouc, le moulent à l’état laiteux sur des formes, et en font des souliers, des bottines ; ils fabriquent aussi des tissus imperméables en interposant entre deux étoffes le lait, qui se coagule en lame mince et élastique. Boussingault préfère ce mode à l’application du caoutchouc par le moyen de dissolvants. Le caoutchouc est expédié en Europe sous la forme de poires lisses et tatouées de divers dessins, forme qui est celle des moules sur lesquels les Indiens l’étendent couche par couche. On le trouve aussi dans le commerce en plaques épaisses ou en cylindres de couleur blanche, jaune ou brune. D’après Faraday et Ure, 100 parties de caoutcbouc contiennent 87,2 de carbone et 12,8 d’hydrogène. Sa densité est de 0,925; à l’action d’une basse température, il durcit sans devenir cassant; si l’on élève ensuite la température, il redevient souple et flexible. Il fond un peu au-dessus de 120 degrés centigrades, il n’est pas attaqué à froid par l’acide sulfurique et l’acide nitrique. Toutes les applications industrielles et hygiéniques du caoutchouc sont fondées sur la propriété qu’il a de se dissoudre à l’aide des huiles essentielles, et de sécher vile en revenant à son état primitif. La benzine est le meilleur agent de ces dissolutions; elle est aujourd’hui d’un emploi général. C’est en étendant sur les étoffes une couche de caoutchouc ainsi liquéfié que l’on prépare les tissus imperméables ; les tissus doubles en ont une couch.e intermédiaire à leurs deux feuillets. Les premiers essais de cette lübrication datent de ilQ?) et de 1811 ; perfectionnée par Mackintosh (de Glascow), elle emploie aujourd’hui l’enduit de caoutchouc à l’état pâteux, pour qu’il ne puisse traverser et salir l’étoffe; un cylindre répartit également l’enduit sur lequel on applique immédiatement la seconde étoffe; un second cylindre comprimeur fait adhérer celle-ci tout en égalisant encore la couche pâteuse de caoutchouc dont 1 excès déborde de chaque côté des étoffes. Une dessiccation lente et un apprêt terminent ce travail qui fournit par centaines de mille les paletots, les cabans, les manteaux, les coussins, les matelas insufllés, etc.
Le caoutchouc se découpe aussi en fils qui sont ensuite soumis au lissage; ce travail, d’abord confié à la main des ouvriers, est aujourd’hui exécuté par des machines. Au sortir de celle fenderie, les fils sont ramollis dans l’eau chaude, étirés du quintuple au décuple de leur longueur primitive et enroulés sur des dévidoirs c[u’on place ensuite dans des chambres aussi froides <|ue possible. Au bout de quelques jours, on peut dévider les fils, devenus assez roides pour le lissage; on a soin de masquer le fil de caoutchouc dans l’étoffe fabriquée. Les longues lanières lissées qu’on obtient ainsi n’ont plus d’élasticité; pour leur restituer celte propriété, il suffit de passer sur le tissu un fer convenablement chauffé, mais l’étoffe diminue aussitôt de près d’un tiers en longueur.
86 DES MODIFICATEURS. — APPLICATA. [hygiène
Le caoiilcliouc s’altère par l’usage, il s’amollit par la clialeur : dans les contrées septentrionales, le froid annule ses propriétés; dans les pays très-chauds, il est trop extensible, trop adhésif. Combiné avec une petite quantité de soufre, le caoutchouc conserve à froid son élasticité et résiste à ces conditions extérieures d’altération : cette sulfuration du caoutchouc a reçu le nom de vulcanisation. Mais, sous cette nouvelle forme, il intéresse jusqu’à présent plus l’industrie et la chirurgie que l’hygiène ; cependant Gariel a fait d’utiles applications du caoutchouc vulcanisé à un système mieux entendu de couchage que celui que nous conservons par routine. Les bas élastiques, usités contre les varices des membres inférieurs, sont constitués par d,es fils de caoutchouc recouverts d’une autre substance textile.
8“ Quelques autres substances végétales entrent dans la confection de certaines pièces d’habillement. On fait des chapeaux avec le chaume de quelques graminées (T’nVfcwm, Oryza), avec les stipes des cypéracées, desjoncées, des typhacées, etc. La meilleure paille est celle du froment d’été, à tiges déliées; la culture sait lui imprimer ce caractère. En Toscane, on le sème très-serré sur les collines tournées au midi; lorsqu’il approche de sa maturité, et que ses grains ont une consistance laiteuse, on arrache soigneusement les pieds avec leurs racines, et on les étale pendant trois ou r[uatre jours sur le sol, puis, réunies en bottes, les tiges restent encore trois ou quatre semaines à l’air et au soleil, jusqu’à dessiccation parfaite. On les blanchit ensuite en éparpillant les tiges sur un pré, et en ayant soin de les retourner souvent; l’action delà rosée et des rayons solaires ne suffit pas pour leur blanchiment, on y ajoute le soufrage en caisses, précédé ou non de l’exposition des tiges à un courant de vapeur d’eau. La i^ille est aussi employée au couchage; elle constitue tout le lit des populations pauvres, des soldats en campagne, de beaucoup d’ouvriers en garni, etc. ; elle s’imprègne de l’humidité du corps et de l’air, des émanations organiques ; elle contracte de l’odeur et fermente : aussi ne saurait-on la renouveler trop souvent. Dans les paillasses, il faut la remplacer par les spathes de maïs ou le varech ; mieux encore, substituez à cette pièce de couchage le sommier élastique, et si celui-ci est d’un prix trop élevé, renoncez à la paillasse, qui n’améliore point le lit et le superpose à un réceptacle de miasmes.
IL — Substances animales.
1® Laine. — La laine, dit Michel Alcan (1), est une des matières textiles qui présentent au plus haut degré les propriétés les plus recherchées dans la confection des tissus : sa finesse, sa douceur, sa résistance si puissamment développée par sa propriété feutrante, son affinité pour les couleurs, sa faible conductibilité de la chaleur, et scs propriétés évaporaloires et hygrométriques, concourent à donner aux étoffes qu’elle produit la légèreté, la souplesse, la
(1) Michel Alcan, hncycl. tcchno/.y ou Diction?), des ai'ts manuf,, usines, etc, Paris, 185A, 2® édit.
DES VÊTEMENTS
privée]
richesse des nuances et les qualités hygiéniques si nécessaires aux vêtements, tentures et tapis. Presque tous les climats fournissent la laine, et l’industrie qui la met en œuvre, Tune des plus anciennes et des plus générales, sait l’accommoder à toutes les exigences. La laine, produit de la sécrétion épidermique du mouton, est une matière cornée, flexible et cassante, analogue aux cheveux, aux plumes, etc.; elle est enduite d’une quantité plus ou moins notable de suint ou surge, sécrétion si adhérente aux brins, qu’un dégraissage chimique est nécessaire ])our les en débarrasser. La race et la santé des moutons, le climat, la nourriture, les soins hygiéniques, la région du corps, font varier les qualités et la quantité de la laine qu’ils fournissent. Le poids de la toison, de chaque animal oscille entre 1 kilogramme 1/2 et 8 kilogrammes; ses filaments, contournés ou non, ont une longueur naturelle de 0“,08 h 0“,30. La finesse du diamètre du brin diffère de 27 à 18 millièmes de millimètre environ, de sorte qu’une surface d’un millimètre de diamètre pourrait comprendre 37 à 50 filaments. Ceux-ci sont plus ou moins ondulés, hérissés de stries saillantes recourbées en dehors sur toute leur longueur, représentant une série de petits dés à coudre microscopiques emboîtés les uns dans les autres, et qui iraient en s’amincissant de la racine à la pointe. Cette disposition facilite l’accrochage et l’cnchevêlrement des brins les uns aux autres, elle est le principe de la propriété feutrante que la laine possède presque exclusivement à un degré si notable. L’élasticité des filaments permet le foulage complet de la laine sur tous les sens; les laines fines ont tes brins les plus ondulés, les plus élastiques, et sont les plus propres à la confection de la belle draperie foulée. La finesse de la laine est généralement en raison inverse de sa longueur, tandis qu’elle est directement proportionnelle au nombre des frisures, et par conséquent à l’élasticité des brins; à nombre égal de spires, dans une longueur donnée, le brin le plus fin sera celui qui a les ondulations plus petites, plus verticales et suivant une ligne plus directe. Ce sont aussi les laines les plus fines qui contiennent le maximum de suint; celles d’Allemagne, dites de Saxe électorale, en ont jusqu’à 80 pour 100 de leur poids; nos belles laines de la Brie en renferment GO à 75 pour 100, et les plus communes n’en ont pas moins de 20. Dans la pratique industrielle, on distingue les laines courtes ou cardées, et les longues ou peignées, l^es premières, ondulées, frisées, d’une longueur moyenne de brins de 0"',12, plus propres au foulage, préparées par le travail des cardes pour 1 adhérence et l’engrenage des brins, servent à la confection des draperies les plus légères et les plus corsées, des étoffes de fantaisie, des draps pilote, des tissus pour amcublpment; avec les laines peignées sc fabriquent toutes les vaiiétés d étoffes rases et moelleuses (mérinos, (lancllcs, mousselines-laines, stoffs, serges, satins de laine, châles, etc.). Les draperies contiennent en moyenne pour moitié de matière première, et les étoffes rases seulement un quart ou un tiers. Toutes les laines peuvent être ramenées à trois types : 1° fMÎnes communes, les moins ondulées; elles sont habituellement lisses ou crépues. Elles sc caractérisent surtout par l’extensibilité de leurs filaments;
88 DES MODIFICATEURS. — ADPLICATA. [hygiène '
grossières, presque impropres au foulage et au cardage, mais unies et douces, elles conviennent au peigne : telles sont les laines du Rio de la Plala, employées à faire des chaussons, celles de Normandie, de Picardie, du Berry et du Roussillon. Ces dernières provinces fournissent les meilleures. 2“ Les laines métis sont dues au croisement entre des béliers mérinos et des brebis i de race commune; elles ont des variétés très- nombreuses et se confondent i avec les laines mérinos, sauf quelques produits de métissage qui se dénotent i par l’inégalité de finesse; on peut donc leur appliquer ce qui sera dit 3“ des p laines mérinos^ que l’on a divisées en quatre classes ; haute finesse, belle i finesse, finesse médiocre, finesse inférieure :
Finesse.
Longueur moyenne naturelle (1).
Nombre des ondulations par 0“,027 de longueur.
classe. 1/60® à 1/AO® de millim.
2e , — 1/AO® à 1/35® —
Id. environ.
de 0“,05A à 0“,10
Id.
15 environ.
On tire de la laine fine de la plupart de nos départements. Le mouton do- • mestique offre une laine bien supérieure à celle du mouton qui se rencontre ; à l’état sauvage dans les montagnes de la Corse, de la Sardaigne, de la | Grèce, etc. ; on a constaté qu’elle s’améliore plus promptement par l’inter- i vention des mâles que par celle des femelles. Le produit d’une brebis h grosse i laine et d’un bélier à laine fine donne une qualité de laine qui ne tient pas le | milieu des deux laines primordiales, mais qui ressemble moitié plus à celle du i père où à celle de la mère; un second croisement, c’est-à-dire l’accouplement j d’une femelle issue du premier croisement avec un mâle de la même race pro- ' curera une laine de trois quarts plus fine que celle de l’aïeule. Les terrains secs et un peu pierreux réussissent aux moutons h laine pour le cardage; la laine à peigne vient des climats brumeux et des terrains humides. C’est au croisement de nos troupeaux avec les béliers étrangers que nous devons nos plus belles laines. L’initiative de ce progrès remonte à Louis XVI, qui chargea Daubenlon de naturaliser en France 200 béliers et brebis de race pure, originaires de Léon et de Ségovie. Bientôt l’acquisition de 367 moulons de la même race servit à créer la célèbre bergerie de Rambouillet, et en 1797 le traité de Bâle valut à la France 5500 brebis et béliers, l’élite des troupeaux de la Castille, à l’aide desquels se formèrent six autres établissements sur le modèle de Rambouillet.
Nous n’avons pas à faire connaître la série compliquée des opérations auxquelles sont soumises les laines dans les deux grandes spécialités de leur travail (peignées et cardées) ; le tableau suivant les résume par une simple indication qui n’est pas inutile au médecin :
Laines cardées.
Teinture. — Triage de la laine grasse, désuintage; teinture.
(1) Longueur des brins non redressés.
privée] des Vêtements.
Filature. — Séchage, battage, triage, louvetages, cardages ; filage en gros, filage en fin;
dévidages pour trame et chaînes, pliage en paquets.
Apprêts en traversage ou harman. — Lainage en traversage, énouages; tondogcs en traversage ; pressages à chaud et apprêts indestructibles en traversage ; lainages en apprêts ou gîtages.
Tissage. — Bobinage, ourdissage, encollage, pliage et montage des chaînes; tissage. Foulage. — Dégraissage, épinçage et rentrayage.
Derniers apprêts. — Ramage, tondage en apprêts, épinçage et rentrayage ; presse à chaud en apprêt; décatissage indestructible ; pression à chaud et à froid.
Laines peignées.
Filature. — Désuintage, louvetage, peignage, réunissage, dégraissage, doublage, tortillonnage, défeutrage, étirages, bobinages; filage en gros, filage en fin; retordage, formation des écheveaux, empaquetage.
Tissage. — Bobinage, ourdissage, dévidage en cannettes ; tissage.
Teinture. — Teinture.
Apprêts. — Grillage, tonte, pressage et lustrage.
Les draps feutres, après avoir obtenu il y a quelques années la vogue éphémère d’une invention, sont retombés dans un oubli regrettable pour l’hygiène. On les fabrique sans le secours du filage et du tissage, en feutrant directement les filaments de la laine par une action mécanique aidée de la vapeur et d’une dissolution savonneuse. Le procédé est fort ancien, puisqu’il en est fait mention dans Pline, et l’industrie de notre époque s’est bornée à le développer avec les ressources de la mécanique moderne. L’erreur a consisté à faire des habits avec ces étoffes. Outre qu’il est difficile d’obtenir un feutre d’une résistance égale dans toutes ses parties, beaucoup de laines même très-propres au feutrage, comme celles du Berry, ne conservent guère les effets du foulon et se tlésorganisent après un court usage. Mais, remarquait avec raison Michel Alcan en 18^i7 (l),ces nouvelles spécialités de lainages pourraient produire bien des tissus et des tapis communs, chauds et hygiéniques, avec des matières du plus bas prix; et depuis, le progrès de l’industrie des laines a réalisé ces types désirés de fabrication à bon marché.
Aux laines se rattache le cachemire ou duvet des chèvres du Tibet, qui nous arrive de la vallée de Cachemire par la Russie. Cette matière animale se distingue par sa souplesse, son moelleux, sa finesse tactile : on dirait, en la palpant, une agglomération de filaments de coton bien détergés et enduits de stéatite. Au tnicroscope, scs brins |)araisscnt cylindriques, parsemés de nœuds et d’irrégularités dues sans doute à des boutons de galle dont on les débarrasse difficilement. Ils n’ollrent point les espèces de dents ou scies qu’on observe sur les filaments de laine, bien qu’ils tendent à se contourner en spires analogues à celles des laines de ([ualité intermédiaire. A l’état brut, le cachemire contient près des trois quarts de son poids de matières hétérogènes et de boulons de galle ; mais il n’a rien d’analogue au suint, et par le dégraissage au savon il pord à peine 7 ou 8 pour lOü de son poids. N’oublions pas les poils d’Alpaca et ceux de chèvre d’Angora. Les premiers sont em[)loyés à former la
(1) Michel Alcan, Essai sur l'inrlustrie des matières textiles. Paris, 18il7, p. 003.
DES MODIFICATEURS. — APPLICATA.
[hygiène '!
trame d’une grande variété de tissus dont la chaîne est de colon, laine ou soie, et recouverte en totalité par la couche d’Alpaca. Cette fabrication a pris une grande extension, et donne des étoffes légères pour le printemps et pour la saison chaude, qui, sous les noms les plus divers, ont deux caractères coin- j
niuns, le brillant de la surface et le moelleux du toucher. Le poil de chèvre i d’Angora, au contraire, sert à faire des étoffes à la fois brillantes et roides, telles fjue les velours d’Uirecht, les articles pour gilets; il entre, à l’état de mélange, dans la grande catégorie des tissus dits nouveautés, qui se prêtent, par leur fermeté, à l’ampleur démesurée des toilettes féminines de nos jours et aux excentricités des crinolines.
2® Les poils fins et soyeux de quelques rongeurs, les fourrures, le pelage des animaux, entrent dans les moyens de protection que l’homme oppose aux rigueurs des contrées très-froides; ailleurs la peau tout entière des animaux, roulée et découpée sur les formes de son corps, lui circonscrit une atmosphère conservatrice de sa température propre. Dans nos climats plus tempérés, la mode fait rechercher les fourrures et les pelleteries, de telle sorte que les nécessités du sauvage deviennent le luxe de la civilisation.
Les plumes des oiseaux sont employées comme ornements et pour la literie. Celles d’autruche ont seules le privilège de la première destination; à cet effet, on les dégraisse par une immersion de cinq à six minutes dans l’eau de savon tiède, puis on les lave à l’eau pure, on les blanchit, on les azuré avec une i nuance d’indigo, etc. Le duvet de l’oie, séché à l’air, au four ou au soleil, puis battu avec soin à plusieurs reprises, le duvet de l’eider, oiseau des con- ' trées septentrionales, l’un et l’autre emprisonnés dans des enveloppes d’étoffes diverses, forment une partie essentielle de la literie, et réunissent au plus haut degré la légèreté et le pouvoir conservateur du calorique. On néglige trop la purification des plumes qui ont servi à la literie. Le procédé de Tafifin permet de l’opérer sans altérer ces matières : il consiste à les soumettre à une rotation continue au moyen d’un volant armé de bras, mû par une manivelle dans un cylindre à doubles parois entre lesquelles on introduit de la vapeur; les plumes sont ensuite exposées à l’action de la vapeur d’eau et séchées à l’air.
3® Modifiées par le tannage, les peaux des animaux fournissent nos chaussures, qui supportent longtemps sans rupture la pression totale du corps contre le plan inélastique du pavé. Placées en contact avec l’eau, elles s’en imprègnent et se putréfient; séchées à l’air, elles durcissent, deviennent rigides et s’usent vite par le frottement. La combinaison de leur matière animale gélatineuse avec le tannin les rend imputrescibles et les convertit en que l’on achève de rendre souples et imperméables en les comprimant par le battage ou le cylindrage et en les imprégnant en même temps de matières grasses. Cette seconde série de manipulations constitue le corroyage.
Les cuirs sont de deux sortes : les uns, mous (mollctcrie), se fabriquent avec les peaux de vache, de veau, de cheval, etc. ; les autres, forts, avec les peaux
DES VÊTEMENTS
privée]
(le bœuf, de buffle^ etc. Le tan n’est autre clinse que l’écorce de chêne sé- ■ cliée, hachée et grossièrement pulvérisée. Four les peaux destinées à la maroquinerie, on se sert des feuilles du sumac {Rkus coriaria) pulvérisées; elles sont riches en tannin. Les cuirs de Russie, colorés en rouge, ont l’avantage de résister à la moisissure de l’humidité et d’éloigner les insectes par leur odeur. Pour les obtenir, les peaux, taqnées comme à l’ordinaire, écharnées et façonnées sur le chevalet, sont macérées quarante-huit heures dans un bain d’eau contenant de la farine de seigle et du levain, puis dégorgées dans de grandes cuves d’eau et lavées avec soin; on les travaille ensuite pendant quinze jours dans une décoction d’écorce de saule, et on les imprègne finalement d’une huile eiupyreuinatique que fournit par distillation l’écorce du bouleau (1).
4° Lasofe est aux matières textiles ce que Tor est aux métaux; matière cornée, coagulable et se durcissant au contact de l’air, elle sort des deux filières de l’insecte en deux brins séparés qui forment en se soudant le fil de soie. Au microscope, ces fibrilles, d’une ténuité extrême, non cylindriques, mais sensiblement aplaties, ressemblent à deux cannelures accolées et diaphanes. La graine du papillon femelle, fécondée par le mâle, est conservée d’une année à l’autre, et amenée à l’éclosion sous l’inQuence d’une température artificielle, à l’époque de l’apparition des premières feuilles des mûriers, nourriture presque exclusive des vers à soie. En vingt jours, le jeune ver a parcouru les phases les plus critiques de son développement et cherche à se débarrasser de la matière élaborée dans ses vaisseaux de soie : il forme sur des points d’appui qu’on lui présente un premier cannevas à mailles irrégulièrement entrecroisées [bourr et te), sortç. d’abri où il établira le cocon, cette cuirasse formée de toutes parts et constituée par des couches de soie superposées et maçonnées à la manière de certains nids d’oiseaux. Le cocon n adhère à la bourrette que par quelques points de sa surface extérieure; le (lévidage des cocons montre que leur fil est continu de la surface au centre, mais il va s’amincissant, et il est trois à quatre fois plus gros h une extrémité qu’à une autre; sa longueur est généralement proportionnelle au volume du cocon. Quand le papillon perce le cocon, il bri.se les fils; on a donc soin d étouffer par un courant d’air chaud de 75 à 80 degrés centigrades les chrysalides avant leur transformation en papillon, et on ne laisse éebre que ceux nécessaires à la reproduction. La longueur d’un fil de cocon dévidablc sans interruption a été évaluée.par IMalpighi à 1091 pieds cl quelques pouces ou 365 mètres; Michel Alcan (2) l’estime au double pour un cocon ordinnire, bien que dans l’état actuel de l’industrie séricicole 1/3 ou 1/4 de la soie continue échappe au dévidage et ne soit utilisé que sous forme
(1) Voyez (tans Pclouze et Fremy, t. IV, p. 387 et suiv., les articles Tannage, Corroyage, ClIAMOISERIE, etc.
(2) Michel Alcan, EnqjcJopàlic leclinoL, ou Diclinnnniro des arts vwmf., ngrinUl., etc. Paris, 185A, 2« édit., t. II.
92 DES MODIFICATEDllS, — APPLICATA. [iiYClÉNE ,
de bourre ou de frison. Les premières et dernières couches du cocon sont dans CCS cas, les unes par l’irrégularité de leurs circonvolutions, les autres par défaut de ténacité. On ne distingue pas moins de trente variétés de cocons en Europe ; mais il n’est entre ces races que deux différences à prendre en compte, la couleur et le rendement. Les cocons blancs fournissent une qualité de soie supérieure à celle des cocons jaunes, et d’une blancheur plus franche que celle de la soie jaune artiüciellement décolorée. Le rendement varie ])Our les races comme pour les individus; il est en moyenne de 10 à 18 pour 100, c’est-à-dire que 100 kilogrammes de cocons produisent 10 à 18 kilogrammes de soie. Dans nos climats, la récolte de soie se borne aux résultats d’une seule éducation par an ; mais dans les localités où l’on peut obtenir deux poussées de feuilles de mûrier dans une saison, on fait pendant l’été sept ou huit éducations. Heads, délégué du commerce en Chine, a constaté que les choses s’y passent ainsi.
Le fil fourni par le dévidage du cocon constitue la soie grége ou écrue, composée de trois tubes concentriques ; la substance fibreuse animale qui en occupe le centre n’est autre que la soie, recouverte d’une double couche de ‘ gomme végétale qui représente 25 à 30 pour 100 du poids total; la première couche de cette matière se dissout dans l’eau chaude, la seconde dans l’eau alcaline. Débarrassée de ces corps étrangers, on a la soie décreusée ou soie cuite.
La production de la soie est un des plus grands revenus de notre industrie agricole du Midi. La France, qui tirait autrefois de l’étranger, et surtout de ‘ la Chine, les plus belles qualités de soies, n’a plus de rivale aujourd’hui pour la perfection de ses tissus; mais elle ne se suffit pas encore dans l’approvisionnement delà matière première, qu’elle reçoit en partie des États sardes, de la Suisse, de la Turquie, de l’Italie et de l’Espagne. Malheureusement, la pebrine et une autre maladie appelée le mort-flat semblent menacer aujourd’hui cette précieuse industrie.
Le tableau suivant retrace l’ensemble des opérations auxquelles est soumise i la fabrication des étoffes de soie : :
Industrie agricole. — Récolte des feuilles de mûrier, éducalion des vers à soie.
Production de la soie grége. — Tirage de la soie des cocons, dévidages. i
Moulinage. Production du poil ou trame, organsinage [à torsions du lil).
Teinture. Décreusage (enlèvement des matières gommeuses); teintures. j
Opérations accessoires. Conditionnement, dévidage et titrage.
'lissage. Dévidage pour former les cannettes; ourdissage, pliage et montage; tissage < uni, tissage façonné.
Apprêts, Pressage, calandrage, gommage et lustrage. '
IIL Caractères co.mparés des matières textiles, et moyens |