‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 27 sur 196 · I. — Rapports des vêtements avec les parties · texte numérisé non relu

I. — Rapports des vêtements avec les parties

|o 2'ète. — D’après Pcrcy, les chapeaux n’ont été introduits en France que sous Charles VIII. Les Grecs, les Romains, les Gaulois, ne se couvraient la tète que malades ou en voyage. Le chapeau, dôme cylindrique ou cône renversé, est resté dans notre costume comme une forme dégradée des armures dont nos guerroyants ancêtres se couvraient la tête. Son utilité la moins contestable est de défendre la tête contre les chocs extérieurs. Trop étroit, il détermine un engourdissement douloureux du cuir chevelu en comprimant les filets nerveux des paires cervicales et de la branche frontale de l’ophthalniique de Willis. Dans la première enfance, la tête, encore molle, compressible, facile à déformer, incomplètement ossifiée, réclame des moyens de protection contre le froid et contre les agents vulnéranls du dehors ; les bourrelets faits avec des tiges flexibles de baleine, sont à la fois légers et solides. Dans quelques pays les parents exercent sur la tête de leurs enfants une compression méthodique pour en modifier la forme d’après un type conventionnel de beauté : usage barbare qui se retrouve chez les Caraïbes et quelques peuplades de la Polynésie. L’allongement de la tête, la saillie de l’occiput, la dépression circulaire du front, tels sont les effets de certaines coiffures dont on affuble les enfants nouveau-nés ; dans le département de la Seine-Inférieure on prépare les petites filles à supporter l’échafaudage de bonnets montants en leur entourant la tête d’un bandeau qui, du sommet frontal, se rend au-dessous de la base occipitale et passe latéralement au-dessus de la conque des oreilles. Cet usage bizarre est la cause d’une difformité errmienne signalée par Foville chez un grand nombre d’aliénés, et à laquelle il rapporte l’étiologie de lésions profondes des facultés intellectuelles et scnsoriales, telles que l’idiotie, l’épij lepsic, la démence. Il est utile d’accoutumer les enfants des deux sexes à rester la tête découverte ; quand il y a lieu de la protéger, les serre-tête de toile I conviennent mieux que les fichus adoptés par le luxe ou par la mode, et surtout que les bonnets épais qui accumulent le calorique sur la tête, la congestionnent et favorisent les sécrétions morbides du cuir chevelu. Pour l’adulte, les chapeaux de nattes de paille ou d’autres tissus végétaux fins, ceux de coton I et de soie tissés, les casquettes modernes à visière, méritent la préférence sur I le feutre de poil de lapin ou de castor : mininia de malis, car toutes ces coif- * fures laissent à désirer, et détestables sont les chapeaux en usage, non-seulea ment par les matières non conductrices du calorique, telles que la peluche,

Îles feutres, mais encore par la manière dont ils sont montés. Le chapeau de peluche collée sur un cylindre de carton, et le chapeau de feutre, sont posants, étreignent la tête, concentre une masse d’air qui s’échauffe rapidement, ne préservent ni du chaud, ni du froid, ni de la pluie ni de l’irradiation solaire, accumulent les fluides circulatoires dans les téguments du crâne, produisent (\ la macération des bulbes pilifères par la sueur. La fréquence plus grande de la

DUS MODIFICATEDHS. — APPLIüATA.

calvitie chez les lioinines que chez les femmes témoigne assurément de l’ac- | tion fâcheuse de la coilfure de notre sexe ; je n’en excepte pas les casquettes, lés calottes, qui s’encrassent au contact immédiat des cheveux et empêchent presque entièrement leur aération. Nulle part la chevelure des femmes n’est plus riche et plus belle que dans les pays où elles la couvrent à peine d’un voile léger, comme en Corse, en Espagne, dans tout l’Orient. Les coiffures militaires pesantes, le casque, l’ancien shako, le bonnet à poil, ont dépouillé bien des tètes, jeunes et vieiiles. Une coiffure souple, légère, poreuse, si la mode une fois bien inspirée l’adopte et la vulgarise, fera plus contre la calvitie (jue tous les arcanes d’une médecine ambiguë. On fabrique aujourd’hui des chapeaux de feutre moelleux et flexibles, aussi commodes en voyage que légers à la ville : c’est un progrès digne de recommandation. Quand l’àge ou une autre cause ont amené la calvitie générale ou partielle, il y a lieu souvent d’en corriger les incommodités (coryzas, céphalalgies, douleurs dentaires, etc.) par l’application de toupets et de perruques. Excepté quelques circonstances, le plus souvent professionnelles, qui exigent la soustraction totale de la tête à l’atteinte de causes nuisibles, la face n’a pas besoin d’un vêtement spécial. , grâce à la vitalité de son tégument, à l’activité circulatoire de sou réseau capillaire, à l’abondance des cryptes muqueux et sébacés qui l’assouplissent continuellement.

2'^ Cou. — L’habitude de laisser le cou à découvert, commune chez les Orientaux et dans certaines classes ouvrières de nos pays, procure l’immunité des angines et d’autres affections morbides; il faut donc la faire prendre aux enfants. Le double ou triple enveloppement du cou à l’aide de cravates fait que cette partie ne peut être exposée à l’air sans risque de maladie. Les autres inconvénients des cols, cravates, etc. , proviennent de leur rigidité, de leurs aspérités, de la pression circulaire qu’ils exercent, de la chaleur qu’ils concentrent autour du cou. La cravate, introduite en France en 1660 par un régiment de Croates (Pcrcy), se compose de divers tissus propres à s’adapter à la forme du cou, soutenus à l’aide d’une carcasse de baleine flexible ou de poils de sanglier réunis par petits faisceaux, etc. Le cou, parcouru par de gros troncs artériels et veineux et par les voies aériennes, forcé de se prêter incessamment à des mouvements très-étendus en tous sens, ne peut subir un certain degré de constriction sans qu’il en résulte un commencement de stase veineuse dans les méninges et dans les poumons : la face s’injecte et se boursoufle, les yeux deviennent saillants et rouges; il survient des céphalalgies, des vertiges, des saignements de nez ; et dans les brusques mouvements du tronc, il y a danger imminent d’apoplexie, les artères carotides et vertébrales ne cessant d’envoyer du sang au cerveau, tandis que l’étreinte de la cravate ou du col empêche le retour au cœur |>ar les veines jugulaires comprimées. La funeste mode des cravates serrées détermine ces symptômes chez les individus les plus blêmes; les vieillards surtout et les gens re])lets, à cou volumineux et court, doivent les redouter. Autrefois des colonels étreignaient ,

DES VÊTEMENTS

privée]

le cou lie leurs soldais avec des cols caiTonnés, alla d’animer leur prestance. Percy assure que celle pratique absurde avait pour résultats dos ulcérations, des callosités, renrouement et l’évasement de la mâchoire inférieure, etc. Naguère encore le col militaire était trop rigide, trop serré; joignez-y la conslriclion exercée à la base du cou, en avant, par l’agrafe des collets d’uniforme souvent trop hauts et trop serrés, et vous admettrez avec Bégin, H. Larrey (1) et la plupart des chirurgiens militaires, que celte cause n’est pas étrangère au développement des adénites cervicales, l’un des fléaux pathologiques de l’armée, surtout chez les jeunes soldats. Il faut choisir la cravate d’un tissu souple, élaslicpie et doux, c]ui s’adapte aux saillies du cou et SC prèle à ses mouvements; l’appliquer sans interposition de crin, de carton, de fdde laiton, etc., de manière à permettre aisément l’introduction du doigt entre ses plis et la partie qu’ils recouvrent ; qu’elle ne forme pas une double ou triple enveloppe dont la chaude épaisseur provoque la transpiration et accoutume le cou à une température trop élevée; qu’on ne s’en débarrasse point dans un lieu froid, quand le corps est en sueur; pendant le chant, la déclamation, le travail de cabinet, il faut lui donner plus de laxité, et, pendant le sommeil, s’en affranchir entièrement.

3” Tronc. — On a beaucoup critiqué la forme étriquée de nos modernes habits ; mais l’instabilité atmosphérique de nos climats et l’activité de nos relations sociales excluent les draperies flottantes du costume antique cl l’ampleur majestueuse du vêtement oriental. Procédons du dedans au dehors. L’introduction du linge est une des révolutions de l’hygiène. La chemise se charge des matières sécrétées par la peau, excite très-légèrement la peau par scs propriétés tactiles sans provoquer l’exhalation ; l’adjonction des vêlements extérieurs corrige l’inconvénient d’une prompte évaporation qui est propre aux tissus de lin, de chanvre et de coton. La chemise ne doit être ni trop P épaisse ni trop mince; le col et l’inserlion des épaules doivent être larges. Le 1 fréquent changement de linge est utile à la santé; il faut changer de chemise soir et matin, pour que l’odeur et l’humidité du linge que l’on quitte s’éva- I p()rent au lieu de s’altérer par un contact prolongé avec la peau. Dans les pays méridionaux, le pauvre se couche tout nu pour exposer sa chemise en I plein air, pratique avantageuse qui supplée au défaut de linge. Le caleçon, f qui contiibue à la propreté du corps, est soumis aux mêmes règles que le

^ pantalon et la culotte. Celle-ci protège la moitié inférieure du tronc cl la plus

fl grande étendue des membres pelviens. Fixée autrefois par une ceinture autour des londx'S et arrêtée au niveau des genoux, elle descend aujourd’hui ^ jusqu’au bas des jambes et ])rcnd ses points d’appui sur les épaules à l’aide

•1 de bretelles. Trop large, le pantalon ne conserve |)as au corps sa chaleur et

r refuse à la paroi abdominale le soutien (pi’cllc exige en certains points; trop

il étroit, il repousse les viscères, gène le jeu du diaphragme, trouble les mouve-

(I) Itipp. LaiTPy, Mérnoirc.i du /'Académie de médecine, M. i.ÉVY. tlygiètic, 5“ édit.

Paris, 1852, I. XVI, p. 273.

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