DU TABAC
privée]
Heure, la Cliine, dans les deux Amériques du Nord et du Sud, exige des terres très-riches ou fortement engraissées : aussi l’Amérique du Nord le voit prospérer le long de ses rivières, dans les terrains d’alluvion récemment déposés par les eaux fluviales et très-riches eu potasse, comme dans les terrains calcaires qui occupent les versants de ses montagnes, très-favorables aux tabacs légers du Maryland. On sème le tabac à la fin de mars dans la proportion d’une cuiller h café pour 1 3 mètres carrés ; au bout de deux mois, les ])lants sont en état d’être transplantés. Le sol des terrains vierges, ondulé, exposé au sud-est, assorti, suffit aux quatre premières récoltes; les terres cultivées exigent pour le tabac deux labours par an. Hus Jes plans sont distancés , plus forts seront les tabacs : ils redoutent les vents, le froid, les brouillards, les ardeurs du soleil ; une chenille de la grosseur de l’index les détruit en quinze jours. Six semaines avant la récolte, on arrache les feuilles à 1.5 ou 20 centimètres du sol ['parer), et l’on coupe la tige à la hauteur de 65 à 90 centimètres [écimer] en n’y laissant que quinze a vingt feuilles dont les premières sont les plus belles. Quand les feuilles jaunissent, s’alTaisseut et laissent suinter la gomme, on procède, par un beau temps, à leur récolte ; séchées à l’air, étendues sous des hangars, puis chauffées à une température progressive pendant cinquante-cinq heures au plus dans des chambres dites séchoirs où sont espacés six foyers à 1/2 mètre d’intervalle, les feuilles sont ensuite séparées des tiges, réunies en manoques de dix à douze et pressées en boucauts. Les tabacs d’Europe comprennent celui de Hollande (amer fort) préféré pour la poudre ; nos sortes indigènes de France sont le lot, corsé, à grand feuillage, odeur de cacao ; le nord, à feuilles longues et étroites, trèsammoniacal ; le pas-de-calais, moins fort ; Valsace, léger, à tissu fin ; Villect-vilaine, k grosses côtes, d’un tissu épais et spongieux, prompt à moisir, de peu d’utilité. Parmi les exotiques, citons le virijinie, corsé, très-aromatique ; le kentuckij, moins gras, moins fort, apte à divers usages ; le maryland, léger, odorant, employé à fumer ; le havane, exquis pour les cigares. La culture du tabac en France absorbe plus de 9000 hectares des meilleurs terrains, qui en fournissent environ 12 millions de kilogrammes; elle occupe 7000 ouvriers (1861).
Vauquelin est le premier chimiste qui ait étudié avec soin la composition du tabac. L’ensemble des nombreuses recherches dont cette substance a été l’objet conduit à y considérer les éléments suivants (1) :
(1) Pciouze et Fremy, Traité de chimie générale, t. JY, 3® cclil., 1860, p. 623.
DES MODIFICATEURS. — PERCËPTA
[hyoiene
Potasse.
Base
Chaux.
organique.
Bases
Magnésie.
minérales. '
Oxydes de fer et de
magnésie.
ApîflpS
V Ammoniaque.
' Acide azotique.
Acides ] Acide chlorhydrique.
organiques.
minéraux.
Acide sulfurique.
^ Acide phosphorique.
Autres corps
Autres corps
Silice.
organiques.
minéraux. '
Sable.
I Nicotine.
S Acide malique.
Acide citrique.
Acide acétique.
Acide oxalique.
Acide pectique.
\ Acide ulmique.
; nésiiie jaune, l Résine verte.
< Cire ou graisse.
I Matières azotées, y Matières cellulosiques.
La nicotine, signalée à l’étal impur par Vauquelin en 1809, obtenue par Reimann et Posselt, étudiée par Boutron et Henry, préparée pure pour la première fois et analysée par Barrai, retrouvée depuis par Melsen dans la fumée de tabac, est un poison d’une énergie telle, qu’elle foudroie l’organisme à la manière de l’acide prussique. Li([uide incolore dans les tubes bouchés, elle brunit à l’air; elle a une odeur âcre, une saveur brûlante; ses vapeurs sont tellement irritantes, qu’il suffit d’en volatiliser une goutte dans un appartement pour y rendre la respiration difficile. On avait prétendu que la nicotine ' se développe dans le tabac sous l’influence du traitement manufacturier auquel il est soumis ; sa préexistence dans cette plante a été démontrée par les expériences de Schlœsing. On est parvenu à doser la nicotine dans la plupart des tabacs (laboratoire de la manufacture de Paris] :
Noms (les tabacs.
Nicotine p
Virginie, séché à 100°. . .
Kentucky, id
Maryland, id
Cigares primera à 15 c.,
id,.
moins de
Brésil, id
Havane, id
Paraguay, id
Noms des laliucs. Nicotine p. 100
Lot, séché à 100° 7,96
Lot-et-Garonne, id 7,3é
Nord, id 6,58
Ille-et-Yilaine, id 6,20
Pas-de-Calais, id A,9A
Alsace, id 3,21
Tabac en poudre 2,04
Il lésulte de ce tableau que les tabacs employés à la fabrication de la poudre contiennent le plus de nicotine.
Les manufactures de 1 État livrent journellement au commerce les cendres des diflérentes parties de la plante. Leur incinération fournil :
De 17 a 24 p. 100 pour les feuilles et les eûtes séchées à 100°.
De 6 a 16 p. 100 pour les tiges.
De 5 à 14 p, 100 pour les racines.
Les proportions de matières solubles que renferment les cendres varient suivant les espèces et les terroirs : le maryland en a donné fi 1,5 pour 100 pour les feuilles, et GO, 8 pour les côtes; le lot, 23 pour les feuilles et 3û pour les i
r)l) TABAC.
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côles, clc. Les cendres des côles fournissent le niaximiun de matières solubles, et j)ar conséquent de potasse qui y abonde; le chlorure et le carbonate de potasse représentent 75 à 80 pour 100 du poids des matières solubles dans les feuilles et les côtes ; les cendres pauvres en carbonate de potasse sont riches en carbonate de chaux (30 à 60 pour 100).
Le tabac est employé de trois manières : on le prise, on le fume, on le chique. L’usage de priser a pris naissance en Europe ; il remonte à Catherine de i^Iédicis, et fut conseillé à Charles IX, son fils, pour des maux de tête auquel il était sujet. Aspiré dans les fosses nasales, le tabac irrite la membrane pituitaire, détermine l’éternument et augmente la sécrétion du mucus. La secousse de réternument peut occasionner la rupture d’un anévrysme, une hémorrhagie cérébrale, un étranglement herniaire (Bonnet, Morgagni), la déviation du globe de l’œil (Haller). L’habitude de priser, en émoussant la susceptibilité de la muqueuse nasale, supprime cet effet du tabac ; néanmoins, elle répète sur la membrane des stimulations qui, pour cire moins perçues, n’agissent pas moins sur sa structure et finissent par l’épaissir et l’indurer. L’espèce de titillation que les priseurs recherchent ne s’obtient d’ailleurs qu’en augmentant les doses de tabac ; leur nez, leur lèvre supérieure, soumis à des frottements sans fin, s’hypertrophient ; des mucosités noirâtres qui découlent de leurs narines, l’odeur de leur haleine et de leurs habits, font souvent de leur personne un objet de dégoût, surtout quand la vieillesse et la malpropreté aggravent ces inconvénients. L’odorat se détériore, s’affaiblit par l’épuisement de l’excitabilité de la pituitaire et s’exerce difficilement à travers la couche de crasse noirâtre qui la tapisse. Dans quelques cas, l’habitude de priser a paru i amortir la disposition aux migraines, aux maux d’yeux, aux douleurs de dents,
1 au coryza, à la somnolence.
L’usage de fumer le tabac nous vient des sauvages, qui le brûlaient dans un I vase ou une pipe appelée pelun, nom que la plante a gardé. Le cigare et I la cigarette remplacent avantageusement les pipes ordinaires, mais non l’oukas > des Orientaux. Les Caraïbes rendent la fumée par le nez à l’aide d’un mouvement particulier de la langue, Les novices du cigare et de la pipe éprouvent I une salivation abondante, et bientôt les phénomènes de l’ivresse avec indiges- 1 tion (nausées, malaise, céphalalgie, vertiges, vomituritions, vomissement, etc.); ces symptômes se dissipent eu quelques heures pour se renouveler avec une intensité décroissante à chaque tentative ultérieure; une fois l’habitude de fumer contractée, ils ne se montrent plus; mais il est des individualités qui ne I la contractent jamais. Les autres effets de cette pratique proviennent de l’ac- I lion mécanique des ustensiles, de la sécrétion buccale ; de l’absorption de la ^ vapeur de tabac. IJ’après Leroy (d’Étiolles), le cancer à la lèvre s’observe une i fois 1/2 sur lüO femmes, et 26 fois sur 100 hommes; différence de propori lion qu’il attribue à l’habitude de fumer. G. Ueleslre (1) signale, chez les
(t) G. Dclcslre, Sur le ramollmemant des gencives, llièsc. Paris, 1861, p. 28.
M. LÉVY. Ilygicnc, 5“ Éurr.